FLORE ORNEMENTALE DES JARDINS
Kio. 163. — Piciis Chauvit
- Parmi les arbres transplantés au chariot, citons un grand nombre d'espèces diverses d'Acer, d'.Esculus,
Ailantus, Betula, Catalpa, Cedrela, Fagus, Fraxinus, Gledilschia, Gymnocladus, Juglans, Magnolia, Pavia,
Paulownia, Platamis, Populus, Pterocarya, Robinia,
0 Salix , Sophora , i Tilia, Ulmus, etc.
£ Parmi les arbres k
1 tiffR, Acer (nomc breuscs variétés), * ^scutus , Ailan- 1 lus, AInus, Citrus, i Elœagnus, Fagiis, '^ Fraxinus, Gledit- ^ scliia; Malus, Jus glans, Norus, etc.
1 Parmi les arbres e résineux : Abics , g Araucaria.Cedrus, g Cephalotaxns , S Cryptomeria, La- " rix,Pinus,Seqiioia
2 gigantea. Thuya , ■^ Salisburia , etc.
I Parmi les arbustes
I à feuilles cadu-
S qncs : Amorpha,
i Aralia , Benioin ,
^ Berberi3,Brousso-
nelia, Callicarpa,
Calycantbus, Ca-
ragana , Carya ,
Cercîs, Chamtecerasus, Chionanlhus, Goriaria, Coro-
nilla, Cydonia, Cytisus, Citrus, Doutzïa, Desmodium.
Elœagnus, Hibiscus, Indigofera, Leycesteria, Magnolia, Potentilla, Pruims, Ptelea, Ribes, Robinia, etc. Parmi les arbustes à feuillage persistant ; Abelia, Arbutus, Atriplox, Aucuba, Baccharis, Bambusa, Buddleia, Buxus, Evonymus, Garrya, Genista, Ilex, Laurus,Ligustrum, Mahonia, Phlomis,Quercus,Rhamnus, Vibumum, etc. Parmi les arbustes de terre de bruyère : Andromeda japonica, Azalea, Kalmia, Rhododendron (150 variétés hybrides). Parmi les arbustes grimpants : Akebia, Ampélopsis, Aristolochia,Bignonia, Glematis, Gobœa, Jasminum, Periploca, Rosiers, Rubus, otc.
Parmi les végétaux variés, groupés ou isolés sur les pelouses : Acanthus, Agave, Alcaea, Anémone, Aralia, Arundo, Bambusa, Canna, Chamœrops, Cocos, Croton, Dahlia, Erythrina, Eucalyptus, Eulalia, Ficus, Gynerium, Heliotropium, Jubœa, Lantana, Latania, Magnolia, Musa, Onopordon, Parella, Phœnix, Phlox, Paeonia, Rheum, Ricinus, Rosiers, Solanum, Statico, Wigandia, Yucca (1).
Au total, il y a au Champ-de-Mars :
Arbres au chariot 538
Arbres à tiges, baliveaux, pleureurs 1,524
Arbres résineux 208
Arbustes à feuilles caduques 10,345
— — persistantes 13,126
Arbustes, terre de bruyère 1,224
— grimpants 3,545
Végétaux varies groupés ou isolés sur les pelouses. 803
Total . . . 33,373
(1) Voir pour la flore ornementale des parcs et jardins l'ouvrage suivant : VArt des Jaixiins, par A. Alphand (directeur général des travaux de la Ville de Paris). Étude historique, composition des Jardins, plantations, décoration artistique des parcs
11 est presque superflu de dire tout le succès qu'ont eu les jardins, le jour et môme la nuit, avec leurs brillantes illuminations. Les fleurs à la lumière électrique, entourées d*une demi-pénombre, produisent un efl'et charmant; les massifs, comme éclairés par la pleine lune, tranchaient par leurs perspectives sur les carrés aux couleurs vives et bien nuancées. Les jours de fête et les dimanches, le public a malheureusement envahi, plus d'une fois, les pelouses et saccagé les massifs. Les dégâts se comptaient par milliers de francs. Mais un jour après les vides étaient combléset les jardins reprenaient leur belle apparence. La toilette était faite. Que de fois, hélas! il a fallu recommencer et que de fleurs et d'arbustes rares ont été brisés par un public inconscient! N'importe, jusqu'au dernier jour, les jardins ont fait l'admiration des visiteurs et des amateurs.
et des jardins publics. Traité pratique et didactique. — 3» édition. Ouvrage de luxe in-4<>, avec 512 illustrations représentant des plans, kiosques, ponts, tracés, détails et architecture pittoresques de la flore ornementale. — J. Rothschild, éditeur.
La galerie des Machines. — La grande nef. — Dimensions. — Dcmi- Toûtes à articulations. — Les grandes fermes métalliques en 1818 et 1889. — Fermes do Dion. — Hauteur au faîtage. — Emploi architectural du fer. — Vestibule d'entrée. — Escaliers, rampes, Ycrrières, motifs décoratifs, figures allégoriques. — Période de construction. — Les fondations. — Le sous-sol du Champ-de-Mars. — Les piles. — Massifs do maçonnerie. — Piles à pilotis. — Montage et levage des grandes fermes â 45 mètres de hauteur. — Entreprise Cail; entreprise Fives- Lillc. — Les travaux.
{e palais des Machines est un véritable temple élevé en Thonneur de la métallurgie et de Tarchitecture modernes. Nous sommes à Taurore d'un autre âge industriel, de Tâge de fer, et surtout de Tacier; l'emploi du métal va amener des transformations profondes dans l'établissement des grandes constructions. On adopte de plus en plus les longues portées et les dimensions géantes. A l'Exposition, les arceaux de la galerie s'élèvent d'un jet vigoureux, sans aucun point d'appui intermédiaire, à des hauteurs que l'on n'avait pas encore atteintes. Sous cette vaste étendue, aucune colonne de soutien n'arrête le regard ou ne rompt les perspectives. On
SOS CAUSERIES SClEXTIFiyUES.
dirait d'une voûte immense délicatement posée sur le sol d'un seul bloc et tout d'une pièce. C'est grandiose. La f^ande nef, cependant, représente un rectangle de iîO métrés de longueur et de 115 mètres de largeur : le double de la longueur et de la largeur de la
nef du palais des Champs-Elysées de 1833 ; elle couvre une surface de i hectares et demi. La hauteur est de ■{5 mètres au faîtage. La colonne Vendôme y tiendrait à Taise.
L'auteur du palais des Machines est M. Dutert. Il l'a conçu tout entier, il l'a dessiné; il en a étudié les détails et surveillé l'exécution; il a été assisté, tant dans les études générales que dans la direction des
travaux, par MM. Blavellc, architecte, grand prix de ttome, premier inspecteur; Deglane. deuxième inspecteur, et Eugène Hénard, architecte, premier sousinspecteiir (1). Les dimensions exceptionnelles de la nef ont néccs-
^Jà^ù^^
silé de longs calculs de contrôle; ou ne pouvait prendre aucun terme de comparaison ; il a fallu résoudre de nombreux problèmes de résistance pour
(I) Le Comité dn la Prossc ovaii c'US chnrpù de décorner le prii Osiria dR 100,000 francs, doscinù à l'iiivr^nliun nu à l'ieuTre la plus imiiortaiilc Aa l'ICiposilion. Apr<>8 BTiilr rendu liomiiia)^ à la magniUcciicc dcn palais drs Bcaux-Arls et dca Arts libAraui. consti'uili par M. Fonni(n.<. Rt au Dùnic central, construit p»r M. BouTSi-d, le Ci)initL< n décidé que te piix do 1011,000 francs dCTait éirc décerne aux cunslructcura ilu palais des Machines : M. Dulert, l'arcliitecle qui en a eonru l'idce, recevra 20,000 TrancA
T la stabilité d'un édifice aussi colossal, pour déterminer et arrêter les dimensions des pièces de métal, etc. Tous les calculs ont été faits par M. Contamin, ingénieur en chef du contrôle des constructions métalliques, asfiisté de M. Charton, ingénieur en chef
il-projet do Palais dn
adjoint, et de M. Pierron, ingénieur. M. Contamin en particulier a dû se livrer à un travail de bénédictin; il a dû examiner, au point de vue de la résistance et
M. Cuntsiuin, (j.OUU fr.inos. cl 1m ingfnirurs nu arc h il ce les qui i>nt coopriKi à r...uïrr. .MM. Cliai-loii, Picrron. D^î-'laiic. BbTCUe,
PALAIS DBS MACHINES. 211
de l'économie des pièces métalliques, toutes les constructions du Ghamp-de-Mars. Il est juste que ces noms restent attachés h une œuvre qui comptera certainement parmi les plus remarquables de notre époque. En 1878, d«^jà, M. de Dion a%':iit fait une première
rt («vri
tentative audacieuse en construisant la galerie des Machines sans aucun tirant ; la galerie était élégante et d'un bel effet. Les fermes de la galerie étaient solidaires avec les pieds-droits encastré:) dans des dés de maçonnerie. Mais ces fermes n'avaient que 30 mètres de portée, et la hauteur de la galerie ne dépassait pas 23 mètres.
On ponrrait encore citer le bail de la gare Saint-
Pancrace, de Londres ; les fermes ii'ont pas, en apparence, de points d'appui intermédiaires; en réalité, on a relié les pieds-droits par des tirants cachés sous le plancher, et la portée des arcs n'a que 73 mètres. En 1889, on s'est décidé à adopter un tout autre
système déjà employé, il est vrai, par Oudry, en France, au pont du port de Brest, pour certains grands viaducs métalliques, et ensuite dans quelques gares en Allemagne; mais il n'avait pas encore été appliqué sur une échelle aussi colossale.
On a composé chaque ferme de deux arceaux appuyés par leurs bases sur des tourillons fixés à des massifs de maçonnerie et venant buter au faîtage sur un autre tourillon Chaque demi-arceau a donc
en bas et en haut un seul point d'appui commun. Ces demi-arceaux sont comme articulés h charnière à la base et libres au fattage, de façon que tout le sommet, sous Faction de la chaleur ou du froid, peut se déplacer un peu, monter ou descendre. En réalité, ce mouvement de déplacement ne dépasse pas, enhiver ouen été, quelques centimètres (1).
On a choisi de préférence h, tout autre ce système intéressant, non pas dans le but de faire nouveau, mais parce qu'il facihtait notablement le calcul des efforts auxquels sont soumises les pièces et quïl conduisait en fin de compte à des résultats économiques. La méthode donnait le moyen de préciser avec sûreté les dimensions strictement nécessaires et d'édifier la construction avec le minimum de matière. Ces fermes à articulation ont permis de diminuer
(1) Pour une différence de Icmpôraturc de 50© (— lo<» en hiver et 4- 350 en été), chaque dcnii-fcruic ne s'allonge que de 4 ceatiniôlrcs.
Fi(i. 171. — Dëtail du piod d'une grande fenno À articulation libre.
de beaucoup la dépense. En 1867,pour abriter les machines, on avait employé ISi kilog. de fer par mètre carré de surface couverte. En 1878, on avait réduit ce chiffre à 1 10 kitog. En 1 889, il est vrai.le nombre monte à 148 kilo^., mais la quantité de métal p&r mètre cube d'air enveloppé dépasse à peine i kilog. et demeure très inférieure aux chiffres des expositions précédentes.
On a pu éviter aussi l'emploi de tirants qui auraient fait beaucoup moins bon effet au point de \Tie architectural et auraient gêné ultérieurement l'installation des machines. Quant îi l'idée de mettre des tirants sous le plancher comme à la gare Saint-Pancrace, elle eût conduite des dépenses plus grandes. Les tirants, pour les vingt fermes, auraient nécessité un supplément de poids de plus de 600,000 kilog. (30,000 kilog. par tirant), d'une valeur moyenne bien supérieure au prix de la construction, et un développement de plus de
â,300 mètres de caniveaux maçonnés. L'excédent de maçonnerie des fondations pour résister aux poussées est loin de représenter la dépense occasionnée par la suppression des tirants. D'ailleurs, les fondations pour les machines de la galerie n'auraient pas permis l'éta- . blissement des tirants.
Toute ro»;sature de la grande nefdu palais est cous-
." éite^.
lituée par la succession de vingt fermes k trcOlis de 115 métrés de portée, soit 57"", 50 pour chaque demiarceau; elles sont espacées de 2r',5û, sauf pour la travée centrale, qui mesure 56", 40, et les deux travées extrêmes, qui ont 25"", 30.
Chacun de ces grands arcs métalliques a la forme d'une ogive surhaisséc. Ils sont maintenus dans leur écartement, entretoisés par six cours de pannes oq
216 C.VUSERIES SCIENTIFIQUES.
longues poutres longitudinales. Trois cours de chevrons en fer parallèles aux grandes fermes réunissent les pannes entre elles et contribuent à soutenir les petits fers qui constituent la couverture proprement dite. L'ensemble est ainsi rendu très rigide, et les fermes uepouvent s'incliner ni sortir de leur logement sur le tourillon supérieur du support. Deux pannes très voisines du fattage consolident la construction et portenldes* solides qui soutiennent le petit chemin de service qui court au dessus du sommet de
F a. lU.- M„-,iW, du P=la.s d.« Machine,. ^^ "^^■
I" ^lag--. Chaque ferme
est composée de panneaux à croisillons, un long et un court alternés. Chaque anneau forme un véritable caisson k clairevoie. Seul le panneau qui constitue le pied de la ferme est plein. 11 se termine à son extrémité, qui s'amincit en trapèze, par une sorte d'encoche ou de logement cylindrique qui épouse la forme du tourillon d'articulation. Le tourillon repose sur un coussinet logé
lui-même dans ime épaisse plaque de fonte Dxée au massif de maçonnerie par six gros boulons solidement ancrés. Et c'est tout. Pas d'autre point d'appui.
En sorte que la nef peut être assimilto à deux grandes demi-voûtes en fer s'appuyant simplement à
la base sur des tourillons, au sommet sur de petits rouleaux d'acier, et s'ouvrant ou se fermant un peu selon les variations de température.
La poussée de la fprme sur chaque articulation des pieds-droits est évaluée environ à 115,000 kilogrammes y compris les surcharges accidentelles, neige ou vent fort de 40 mètres ; les pièces métalliques
ont été calculées en conséquence çt elles ont déjà subi répreuve de Thiverde 1888, pendant lequel les neiges ont été abondantes; on n'a relevé aucune déformation sensible.
Le poids d'une ferme courante est d'environ 196 tonnes. Le poids des fermes de tête, un peu plus larges •et exposées au vent, est de 240 tonnes. Le poids d'une demi-travée de pannes, chevrons, fers à \âtrage, est de 62 tonnes ; le poids des pièces formant paroi verticale (sablière, chéneau et arc d'une demi-travée), est de 23 tonnes. Bref, le tonnage de la grande nef du palais des Machines s'élève à 7,400,000 kilogrammes. C'est un chiffre à peu près équivalent à la masse de fer qui entre dans la construction de la tour Eiffel.
La surface d'appui de chaque rotule des fermes audessus du coussinet étant d'en\'iron 68 centiniètres carrés, il en résulte que cet énorme poids de fer repose uniquement sur une surface de fonte qui ne dépasse pas 28 mètres carrés, soit un carré n'ayant guère plus de 5 mètres de côté.
Le palais des Machines ne consiste pas seulement en une nef gigantesque. Sur toute la longueur et aux extrémités on l'a entouré d'une galerie avec premier étage de 15 mètres de largeur desservie par de larges escaliers et même des ascenseurs. L'ensemble du palais, y compris les galeries latérales, couvre une surface de 60,800 mètres ; si on y ajoute les galeries du premier étage de 16,500 mètres, on obtient une surface horizontale et utilisable de 77,300 mètres. Les points d'appui sont pris sur les montants métalliques sauf pour les tribunes extrêmes, où Ton a ajouté quelques piliers de soutien. Malgré ces belles galeries
latérales, le regard a de la peine ù s'iiahituer ù ces
dimensions inconnues jusqu'ici; il estdéroutiS devant cette immensité. L'ogive surLaissi^c des fermes trompe
aussi et ne donne pas à tout le monde la notion exacte de la hauteur de l'édifice; l'œil se fera peu à peu k ces perspectives gigantesques ; d'abord surpris, il finira par tout admirer. C'est la vision du grand.
Il y a lieu d'insister en passant sur le parti que l'architecte a su tirer du fer. On aurait de prérérence
choisi l'acier, qui eût donné plus de légèreté à la construction ; mais il a fallu y renoncer, cette fois du moins, par raison d'économie et pour gagner du temps. On a plié le métal k toutes les exigences artistiques. Jusqu'ici on ne pensait pas que l'on pût tirer du fer franchement accusé sans surcharge de fonte et de staff des effets artistiques convenables. Son aspect grêle et maigre, la difficulté d'en assouplir les forme»
avaient fait rejeter son emploi par la plupart des architectes. La tentative a été satisfaisante. On a employé exclusivement le fer dans tout le palais. Les colonnes des tribunes ont été construites non pas en fonte, selon l'usage classique, mais bien en fer et en tâle
d'un dessin agréable, Les rampes et les balustres des escaliers sont eux-mêmes en fer de commerce à T ou en U. Toute l'ossature apparente est aussi composée d'éléments semblables qui ont inauguré des formes nouvelles pour l'architecture du fer. L'architecte a rompu avec l'usage de peindre les fers apparents en bleu. La décoration générale est d'un excellent effet, d'un jaune rosé ipii se dore au soleil. A la fin du jour,
la neT prend des tons chauds et colorés ; il se produit des jeux de lumière singuliers. Ainsi, tout le titrage du plafond de la nef côlé droit, côté du parc, apparaît en rose, et, par effet de contraste, tout le vitrage côté gauche se dessine en vert clair, si bien que la voûte apparaît moitié rubis, moitié émeraude.
La converture de la nef est en dalles de verre de
Saint-Gohain. Les parties basses vers les cheneaux sont pleines; on y a peint divers motifs de décoration qui sortent en relicl'. On a représenté les écussons des chefs-lioHx des départements, des principales villes de nos colonies et des capitales des pays étrangers. Les armes de la ville de Paris occupent le centre de la travée du niihou ; puis celles de Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, etc. Ailleurs, on remarque aussi les armes
de Washington, de Londres, de Saint-Pétersbourg, Vienne, Pékin, Rome, Copenhague, Téhéran, Mexico, la Haye, Athènes, Lisbonne, Bruxelles, Tokio, Buenos- Ayres, Siam, Stockholm, Tanger, lUo-de-Janeiro, le Caire, Belgrade, Bucbarest, Luxembourg, etc. Les
reliers en stalT ont été exécutés par M. J. Martin, et les partie» peintes par MM. Rubé, Chaperon cl Jambon. Le pignon de l'avenue de SulTren a été décoré, au centre de la tribune, de vitraux représentant la bataille de Bouvines, exécutés par la maison Champigneulle, de Bar-le-Duc. Le pignon de l'avenue de La Bourdonnais, qui correspond à la principale entrée du palai3 des Machines, est flanqué de deux pylônes
JW
en fer et b. jour de 3S mètres de hauteur, renfermant l'unl'esciilierdesen'ice, l'autre un ascenseurélec trique. L'archivolte est oroée des armes des principaux pays représentés à l'Exposition ; États-Unis, Grande-Bretagne, Belgique, Suisse, Russie, Autriche, Italie, Espa-
gne, Japon, etc. Les verrières reposent sur un arc'plein en stair, avec un grand rinceau décoratif accompagné d'instruments de travail. Celte arcade est épaulée par deux groupes de 10 mètres de haut, la Vapeurct V Électricité, exécutés on plâtre d'après les modèles de MM. Chapu et Barrias. Enfln, au milieu, on lit l'inscription « PALAIS DKs HACDiNES u , en gTosses lettres de faïence aux^ives couleurs, sorties des ateliers de M.Mortreux.
Les parois verticales des bas côtés sont en briques rouges et blanches, les verrières en verre blanc avec bordures teinte émeraude ; les plafonds sont garnis de toiles peintes. Le pignon du grand escalier cAté Ecole- Militaire est diïcoré d'une verrière exécutée par M"* Lo-
rin, de Chartres. M. Crauk, peintre, est Tauteur du carton.
On communique du palais des Industries diverses dans le palais des Machines par un beau vestibule qui termine la grande rue du Dôme cfntral.
Du vestibule s'élèvent à droite et à. gauche, derrière le groupe de Bartholdi, deux larges escaliers qui conduisent directement à la galerie du premier étage du
palais des Machines. On peut d'un coup d'œil, à 8 mètres de hauteur, embrasser toute la grande nef de M. Dutert. Les rampes de ces escaliers, tout en fer forgé et bronze, exécutés par M. Maison, constituent une véritable œuvre d'art ; elles portent à leur origine, au point de départ, deux figures en bronze, dues à MM. Cordonnier et Barthélémy , et deux l lampadaires avec vingt i lampes à incandescence.
; Le vestibule d'entrée
- est couvert par une 1 large coupole portant sur pendentifs. La verrière du plafond, œuvre de M. Cliiimpigneulle fils, de Paris, rappelle ' les productions de l'industrie : le lin, le clian- Fia. 1X3. — Foniiiiiiona au pini <ii>> vre, le blé, le maïs, etc. lermc» .lo IIS niiiiri-t. .ïpc couii.- q^ nlafond cst écluiré
Rciolojfi.iHo du iprrain Ju Chain|i- '
di>Mar». en transparence au
moyen de cinq puissants régulateurs l'-lectriques et de quatre-vingt-seize lampes il incandescence. Les pendentifs peints représentent les arts, les sciences, les lettres, le commerce. Le bus de la coupole est orné de groupes d'enfants tenant des attributions des principaux corps d'état : la teinture, le tissage, le bronze, l'imprimerie, la reliure, la papeterie, etc. Les six fenêtres du vestibule
sont aussi décorées de figures allégoriques : Torfèvrerie, rébénisterie, la verrerie, la céramique, etc. Lesvoussures latérales portent des cartouches en relief: la justice, la guerre, la marine, Imstruction publique. Tout ce magnifique ensemble aura coûté la somme de 7,514,094 fr. 69, ainsi répartis :
Fr. c.
Terrassements et maçonneries 592,425 54
Constructions métalliques 5,398,307 23
Charpente en hoi» 193,760 51
Couverture, plomberie, zinc 236,682 74
CaiTclajre et parquctage 78,591 04
Menuiserie.. . 34,345 86
Vitrerie 182,242 67
Ornementation en staff. 256,141 50
Peinture 158,547 40
Im])rcvu et rèjjrif. Somme à valoir. . . . 190,227 66
Frais dagence 192,922 52
Total 7,514,094 69
Soit un peu moins de 100 francs par mètre carré de surface horizontale utilisable.
Si le palais des Machines excite aujourd'hui avec raison la curiosité générale, la période de constructiona attiré avec non moins d'empressement Tattentioa des ingénieurs. Ce fut un événement quand on parla pour la première fois d'élever des fermes de 115 mètres de portée, de 196 tonnes, à une hauteur de 45 mètres. L'édification de ce vaisseau incomparable appartient à l'histoire de l'art du constructeur ; il convient d'en rappeler au moins très sommairement les principales phases.
Les fondations du palais des Machines, commencées seulement le 5 juillet 1887, furent achevées le 21 dé-
FiG. 184. — Arc auxiliaire de rotation ! pour le levage du pied d'une grande ferme. Système Plves-Ulle.
Roula
Syst&mp Cail
Fio. 1.S9 à 191. — Figure th<^oriquc comparative des deux Systèmes de moDti
Fia. 18». — Face lu dago h'ivca-LUIc.
m grande» Formo" oin[.loji-« parla Coinp^^gnio de Fiïcs-Lilla « la SociiinS Cail.
2a0 CAUSERIES SCIENTIFIQUES.
cembre de la même amiée ; ces fondations comportaient deux rangs de 20 grandes piles de maçonnerie destinées à supporter les pieds-droits des 20 fermes de 115 mètres, et une série de points d*appui pour les piliers des tribunes. Le palais n'a aucime cave. Les quarante piles sont des blocs de maçonnerie de meulière complètement isolés et distants les uns des autres, comme les fermes, de 21", 50 d'axe en axe, sauf pour les travées centrale et extrême, un peu plus écartées. Chacune des piles recevant le sabot de fonte d'un pied de ferme devait pouvoir résister aune charge verticale de 412,000 kilogrammes et à une poussée horizontale de 115,000 kilogrammes. L'architecte était obligé, pour satisfaire à de pareilles conditions, de n'employer que des matériaux de premier choix. On s'est uniquement ser^d de ciment de Portland et du même ciment mêlé à deux tiers de sable pour hourdir la meulière et couler le béton.
Il a fallu surtout se préoccuper de la résistance du sol, car le Champ-de-Mars est im des terrains les plus bouleversés que Ton puisse rencontrer.
Depuis un siècle, il a vu toutes les grandes fêtes et les expositions ; on y trouve encore des fragments du mur de soutènement du fossé qui Tentourait en 1789, et les fondations, les restes des galeries d'égout de l'Exposition de 1878; en outre, dans la zone qui borde l'École- Militaire, on avait établi, en 1878, toute une exploitation de couche de sable, une véritable carrière.
Aussi a-t-on dû opérer suivant des types différents les fondations des 20 piles, en raison même de la nature du sol.
PALAIS DliS MACHINES. 331
Lorsque la couche d'allurion avait une épaisseur supérieure l'i 3 mèlres. on fwida In pile à l'aide d'an massif rectangulaire de maçonnerie de 7 mètres de long sur S^iSO de large et S^.SO de haut, reposant itiT un plateau de béton de 50 centimètres d'épaisseur débordant le massif de 33 centimètres au pour-
tour. 25 piles sur 40 ont été ainsi assez facilement construites.
Lorsque la couche de graviers n'avait plus que f.SO, on augmentait l'empâtement et l'épaisseur du béton- Dans ce cas, on a donné au plateau de béton de ciment dePortland If.aosur 6"',50 et i",80 d'épaisseur ; audessus on éleva une assise de maçonnerie d'épaisseur variable selon le terrain ; au-dessus encore, Ln pilepro-
prement dite de 7 mètres de long sur 3", 50 de large et 3",32 de hauteur. •
C'est à rintérieur de ces massifs supérieurs, dans une gaine en fer, que furent fixés les six gros boulons de la plaque de fonte du pied des fermes. Il n'existe que cinq piles de ce type ; elles se trouvent du côté de la façade qui regarde la Seine.
Enfin, lorsque la couche de graviers, par suite des remaniements du soi, était réduite à0™,50, on fut forcé de fonder sur pilotis.
Après le sable superficiel on rencontre, au Champ-de- Mars, un banc de glaise de 7 mètres d'épaisseur, \me couche de sable de 4", 50, un autre banc de glaise de 8 mètres, un banc de marne de 49 mètres reposant sur la craie. On dut enfoncer en quinconce 28 pieux de 33 centimètres de diamètre et de 9 à 44 mètres de longueur (4). Selon les cas, ces pieux battus à satiété à Taide d'une sonnette à vapeur du système Lacour s'arrêtèrent dans la couche de sable quartzeux servant de support à la couche de glaise de 7 mètres. Sur les pieux recépés au même niveau on établit le plateau de ciment, l'assise intermédiaire et la pile proprement dite avec les dimensions adoptées pour les piles du type n° 2. La résistance demandée au sol ne dépassait pas dans ce cas 2 kilogrammes par centimètre carré ; elle atteignait 3 kilogrammes pour les autres piles sur le bon sol.
On a établi dix piles de ce genre ; leur construction a exigé beaucoup d'efforts et de prudence au milieu de
(1) Les pilotis sont en sapin du Jura, frettês et sabotes en fer avec pointe en fonte dure.
ces terres sujettes à éboulements : elles se trouvent toutes réparties du côté de l'École-Militaire.
Nous passons sur le travail considérable des fouilles en cuvette, des piles à pilotis, feur le battage, etc. Il a fallu extraire par fouille plus de 1,000 mètres cubes de terres; le plateau de béton cube 131 mètres; la maçonnerie proprement dite, de 120 à 130 mètres cubes, etc.
Ces travaux ont été très bien conduits pour la terrasse et pour la maçonnerie par les entrepreneurs MM. Manoury et Grousselle, et pour les pilotis par M. Poirier ; ils ont duré six mois, de juillet au 21 décembre 1887.
La première ferme du palais des Machines a été levée et mise en place le 20 avril 1888 ; le montage complet de la grande nef a été terminé dans les premiers jours de septembre de la même année ; il aura fallu moins de six mois pour accomplir cette opération. C'est un véritable tour de force, qui donne bonne opinion de la puissance de notre industrie. La mise en place, à de pareilles hauteurs, de masses métalliques aussi considérables soulevait un problème neuf et diflicile. Il a été résolu à la fois de deux manières différentes, deux solutions pour une ! et il serait malaisé de dire quelle a été la meilleure.
La Compagnie de Fives-Lille ayant M. Duval pour directeur, d'une part, et de l'autre la Société des anciens établissements Cail ayant pour directeur M. le colonel de Bange, se rendirent adjudicataires, chacun par moitié, delà construction du palais. La demi-nef, côté avenue de La Bourdonnais, a été élevée par la Compagnie Fives-Lille ; la demi-nef, côté avenue
•i:. lot. — Roulage; Jfl
SuiTren, par la Société Cail. La Compagnie Fives-LQle leva les fermes par grandes masses jusqu'à 48 tonnes; la Société Cail, au contraire, construisit par petits fragments n'excédant pas 3 tonnes.
Le premier système de montage fut combiné par il. Lantrac, ingénieur en chef. Le travail fut mené de
front par piles symétriques. D'un côté et d'autre, deux équipes assemblèrent sur le sol même du plancher les peids-droits et les arbalétriers d'une même femie. Sur les 33,000 rivures qui réunissent les éléments constitutifs d'une ferme, 19,^00 furent exécutées aux ateliers, 10,300 sur le so), 2,100 seulement dans les écha-
Fives-Lille se senit de trois échafaudages : un
pylAne central el deux échafaudages latéraux qui se déplaçaieut sur rails. Chaque monlant étant prêt, pour le mettre en place on le fit basculer sur un cylindre d'acier auxiliaire jusqu'à ce que le pied du montant vint s'emboîter sur le tourillon ; dés lors le mou-
vement de bascule devenait facile : on soulevait l'i^nonne pi^ce avec des palans, de façon qu'elle prit sa place normale; puis on l'assujettissait et on la calait sur l'échafaudage latéral. Les montants ainsi levés de pari et d'autre, on saisit les arbalétriers au moyen de câbles et de poulies moufles, et on les éleva jusqu'à ce que la partie inférieure de l'arc ffit au contact du montant et que la partie supérieure ton-
chât au rouleau d'articulation du faîtage. Les deux demi- arcs se trouvèrent alors en équilibre, soutenus d'ailleurs par les gradins à échelons du pylône centraL
Les câbles de levage en chanvre se composaient de six brins de 75 miUimètres de diamètre. Le poids de l'arbalétrier étant de 38 tonnes, chaque câble avait été essayé à 40 tonnes ; il fallait, en effet, être sûr d'engins devant porter à 46 mètres une masse aussi considérable. La première ferme fut levée le 20 avrU. La moyenne d'ouvriers employés sur le chantier a été de 250. Il a fallu cinquante jours pour monter les trois premières travées; puis, le personnel étant au courant, chaque travée suivante n'a plus nécessité que dix jours.
Le système GaU a été étudié par M. Barbet, ingénieur en chef. On s'est astreint, de ce côté, à faire grande économie de bois dans les échafaudages ; on leur a demandé peu d'efforts, et on a pu les construire relativement légers. On a établi cinq grands pylônes soUdaires pouvant se déplacer sur rails dans l'axe de la construction; un pylône central et deux sur les côtés. A la partie supérieure, ces pylônes portaient un plancher à gradins épousant à peu près la courbure de la ferme qu'il devait supporter; au-dessous on disposa un plancher horizontal. On éleva successivement les éléments de la ferme par petits tronçons de 3 tonnes, et l'on opéra le rivetage sur le plancher.
Sur les 32,000 rivures de la ferme i,000 seulement furent exécutées aux ateliers, 8,000 furent faites à pied d'œuvre et 40,000 exécutées sur les échafaudages. Ces chiffres sont la contre-partie de ceux du système Fives-Lille.
Après avoir boulonné et réglé sur chaque pile de fondation les sabots en fonte et les rotules, on leva par petits fragments chaque pied-droit, les riveurs suivant les monteurs à mesure de l'avancement, et les pièces étant d'ailleurs supportées parles échafaudages et calées avec soin. Le levage s'est poursuivi ainsi, simplement et très régulièrement, jusqu'au sommet.
La première ferme fut terminée le 24 mai. La moyenne d'ouvriers n'a été que de 215 pendant la marche normale du travail. Le temps employé pour les quatre premières travées a varié de treize à douze jours. Les travées suivantes ont demandé dix jours. Ces résultats sont sensiblement équivalents à ceux qu'a obtenus la Compagnie de Fives-Lille.
L'ossature métallique des pignons de la grande nef a été exécutée par MM. Baudet et Donon. La coupole du vestibule central a été montée par MM. Moreaux frères.
Quant aux bas côtés, la construction en avait été divisée en quatre lots échus à la Société d'Ivry, à la Société de Saint-Denis, à M. Robillard et à MM. Moissant et Q^. Les dispositifs employés, bien qu'ingénieux, n'offrent aucune particularité nouvelle à signaler.
Les travaux de charpente en bois, de couverture en zinc et en dalles de Saint-Gobain, de vitrerie, de peinture, etc., ont dû être menés de front avec le montage des parties métalliques, afin d'arriver dans les délais-
Au fur et à mesure de Taché vement de la partie métallique d'une travée, les divers corps d'état en prenaient possession et y exécutaient leurs travaux.
Tel est très en gros le travail colossal qui a été accompli comme sans efforts apparents, avec une mé-
thode et une régularité dignes d'éloges, dans cet incomparable palais.
Sept millions de kilogrammes de fer rivés, montés et levés en quelques mois! Après cette œuvre de Titan, il sera sans doute permis^de dire que les grands arceaux de fer de la galerie des Machines sont de véritables arcs de triomphe élevés à la gloire de notre industrie nationale.