SERVICE ÉLECTRIQUE - L'ÉCLAIRAGE LES ILLUMINATIONS
L'Exposition pendanl la soir<^c : aspect pcncral. — Ëclaira(;e. — Illuminations. — Le Trocadéro, la tour Eiffel, le gi*and Dôme. — Le gaz au Champ-dc-Mars. — Service électrique. — Les six stations centrales d'électricité. — Les six grandes usines de l'Exposition. — Chaudières, moteurs, machines électriques. — Fabrication de rélcctricitè. — Travail continu de 4,000 chevauxvapeur. — Éclairage de la galerie des Machines. — Les grands lustres. — Intensité lumineuse. — La grande galerie de 30 mètres.— Les régulateurs, les lampes à incandescence. — Illuminations des façades, des jardins, des promenoirs. — 180,000 becs Carcel au Champ-de-Mars.
|l est permis de dire qu'il existe en réalité deux expositions en 1889, l'exposition du jour et l'exposition du soir ; celui qui n'aurait vu que Tune des deux n'emporterait certainement pas un souvenir exact des splendeurs accumulées au Champ-de-Mars et aux Invalides,
Le coup d'œil pendant la soirée est indescriptible. Le regard reste tout surpris devant cette illumination magique. C'est une orgie de lumière à laquelle on n'avait encore jamais assisté. Tout brille, scintille, flamboie. C'est une fôte perpétuelle pour les yeux. On dirait
qu'un artiste habile s'est sem d'une palette étincelante pour couvrir de lumière l'Exposition, pour poudrer d'or les grands dômes, pour piquer de traits de feu les pelouses et les pavillons. De loin on voit comme une mosaïque aux couleursmiroitantes.puis dos taches rutilantes dans les masses sombres, des éclairs à travers les vitraux, des flammes dans les massil's. Nous sommes au milieu de jardins enchantés.
Le Trocadéroest magnifiquement éclairé, c'est presque un brasier; l'eau de laciiscadc tombe de degré en degré en nappe enflammée comme de la fonte en fusion. Le grand arc, le premier étage et le haut de la tour EiS'el sont garnis de perles Fiii. îea. - La Porto du Qusi donaj. lumineuses. Au sommet scintille le phare électrique avec ses feuY rouge, bleu et blanc éblouissants; on dirait d'une grosse étpile délicatement posée sur la grande tour. Les projecteurs promènent dans l'espace leur immense rayon de comète qui fait jaillir des étincelles de la crête des arbres; quand le rayon blanc effleure les statues du parc, il semblerait qu'il les anime ; il les couvre d'effluves brillants et les entoure d'une auréole d'argent blouâ-
tre comme dans une apothéose. Lumière d*auroreI
Et dans le fond, derrière la féerie des fontaines étincelantes, le grand Dôme qui apparaît tout enguirlandé de festons de feux, puis, à Tintérieur, tous ces soleils électriques dont les radiations éclatantes viennent provoquer, le regard comme les étoiles sous un ciel des tropiques. Illuminations incomparables qu'il faut voir ; spectacle. merveilleux qui ne lasse jamais.
Et les grands jours, quand le parc du Trocadéro et les jardins, du Champ-de~Mars sont aussi en fête, les lanternes vénitiennes piquent de leurs lueurs jaunes les massifs de verdure ; on en voit partout, jusque sur la cime des arbres, comme de gros fruits lumineux. De loin, on dirait de jardins saupoudrés d'une poudre d'or.
Et Tembrasement de la tour Eifiel! Les feux de bengale n'ont jamais produit d'effets plus remarquables.
Les jardins sont illuminés par des feux verts; tout à coup la grande tour s'éclaire ; du haut en bas, à chaque étage, aux quatre piliers, on allume des feux rouges. Le coup d'œU devient admirable, toute la tour devient rouge. La couleur rouge sombre de l'ossature s'avive pou à peu. On dirait que le métal, échauffé comn^e paruti incendie, va entrer en fusion. C'est une fournëise. En bas, les quatre foyers électriques accrochera 25 mètres à chaque pilier envoient leurs rayons lolancs à travers ces lueurs rutilantes. La fontaine du milieu apparaît bleue au milieu du brasier. Tout a l'air de chauffer, de brûler, aux étages supérieurs jusqu'au grand phare. Des pétards et des bombes éclatent sur les plates-formes, dans les interstices si compliqués des
fers et des croisillons. On croirait entendre le pétillement de la flamme et les éclats des charpentes qui se brisent. Les fumées rouges entraînées par le vent vont se perdre dans les fumées vertes du parc. L'incendie est à son comble. Le fer va fondre. L'embrasement est général, et éclaire de teintes sinistres la fourmilière humaine qui regarde déconcertée cette scène indescriptible. Certes, oui, c'est un spectacle singulier qui vaut lemérite d'être vu et nous tenions,au milieu de toutes ces magnificences, à en garder le souvenir.
Autrefois, on n'ouvrait pas les expositions pendant la soirée ; pour la première fois, on laissa libre accès au public à l'exposition d'électricité de 1881 ; comment fermer le soir une exposition d'éclairage électrique ? Depuis, à Londres, à Munich, à Vienne, à Manchester, à Anvers, à Barcelone, à Glascow, etc., on ouvrit les portes largement tous les soirs ; on ne pouvait faire autrement pour l'Exposition de 1889. Et, en adoptant cette mesure, on a certainement augmenté son succès dans une proportion très considérable.
On a aussi considérablement accru, s'il est permis de s'exprimer ainsi, le rendement utile de l'Exposition; on éprouve comme un sentiment de tristesse et de regret lorsqu'on voit accumuler tant d'eflforts pour une période de temps si courte; en augmentant sa durée, on donne satisfaction à un plus grand nombre de visiteurs et de travailleurs et Ton tire un meilleur parti des sommes dépensées. On ne se doute guère, à première vue, des frais colossaux qu'entraîne une Exposition de durée limitée. Le prix de revient de l'heure est bien fait pour frapper l'imagination et nous engager à profiter le mieux possible de dépenses qui ne
sauraient être consenties que dans des circonstances absolument exceptionnelles.
L'Exposition de 1889 coûtera àVÉtat et à la Ville, au bas mot, 50 millions ; les exposants auront dépensé au minimum 150 millions et nous sommes certainement bien au-dessous de la vérité ; car ce chiffre ne représente qu'une moyenne de 3,000 francs pour les 50,000 exposants, et Ton sait si certains d'entre eux ont ménagé l'argent avec leurs pavillons luxueux.G'est donc plus de SOO millions qui auront été engloutis par Tœuvre gigantesque que nous avons sous les yeux.
La durée de l'Exposition étant de 180 jours, il y aurait eu, à raison de 9 heures par jour, si l'on avait fermé les portes le soir, seulement 1,620 heures pendant lesquelles le public aurait pu la visiter. Chaque heure aurait donc coûté li3,000 francs. En ouvrant pendant la soirée, on a allongé chaque journée de 5 heures, ce qui produit un supplément de 900 heures. Et le prix de l'heure s'abaisse à 79,000 francs.
79,000 francs, c'est encore un joli denier, et quelquefois les entrées d'un jour ne couvrent pas les dépenses d'une heure ! Bien entendu, il ne convient de considérer ces chiffres que pour ce qu'ils valent, comme une indication curieuse et nullement comme un résultat économique qui dépend de données bien autrement complexes ; mais tels quels, ils suffisent pour prouver que le visiteur qui entre avec son modeste ticket jouit d'un spectacle qui revient par jour h la somme ronde de 1,106,000 francs : un million cent six mille francs I Cela ne se voit pas tous les jours.
L'électricité est la grande magicienne des soirées de l'Exposition. Sans elle on serait pai*\'enu difficilement
à un éclairage aussi brillant. Le gaz est loin d'avoir été délaissé (i). Le cube total, consommé par jour, s'élève à 17,290" ^,94 de gaz. On a posé 6,032 mètres de conduites en tôle et en bitume de 0,054 à 0,216 de diamètre, 1,886 appareils. On compte 150 abonnés, consommant 2,605 mètres cubes, pour le chauffage et 2,562 mètres cubes pour Téclairage, soit iaiu total 5,107 mètres cubes. Les candélabres consomment 2,501"- *"-, 97; l'illumination du Dôme central avec ses 3,800 becs environ, 1,000 mètres cubes; la tour Eiffel avec 4,000 becs, plus de 1,000 mètres cubes. Le Trocadéro est éclairé par 51,862 becs et consomme plus de 7,000 mètres cubes. L'éclairage du palais du Gaz absorbe 600 mètres cubes ; la galerie des Machines, pour la force motrice, 200 mètres cubes; les guichets, portes d'entrée, pompiers, police, 90 mètres cubes. Les jours de fête, la consommation normale quotidienne de 17,290 mètres cubes est augmentée de 25,800 mètres cubes, uniquement pour l'illumination complète du Trocadéro.
L'éclairage électrique a été confié à un syndicat international qui devait se rémunérer sur les recettes du soir. La combinaison des bons amena une modification dans le contrat primitif. On lui a alloué une sonmie fixe de 1,800,000 francs. Ce syndicat, d'abord composé d'exposants français, s'est adjoint, suivant ses statuts, des exposants étrangers qui participent, pour leur part, à l'éclairage général.
(1) D'après M. Cornuault, président de la Société technique de l'Industrie du gaz, l'emploi du gaz va toujours se développant en France. En 1878, la production totale était de 430,700,000 mètres cubes; en 1888, elle était de 628,000^000 mètres cubes.
On a établi au Champ-de-Mars six stations centrales crélectricité : la station de la Société Gramme, la station Edison, la station de la transmission électrique de la force, la station de la Société « l'Éclairage électrique », la station Ducommun et enfin la station spéciale du syndicat.
Trois de ces stations, celles du transport de la force, du syndicat, de Gramme, sont installées dans la cour intérieure qui sépare le palais des Machines du palais (les Industries diverses. La station alsacienne Ducommun se trouve dans la cour de la force motrice ; la Société Edison, près du pavillon de la Presse, le long de Ta venue de La Bourdonnais, la Société « l'Éclairage électrique » sur la berge de la Seine, près de l'exposition du pétrole.
Toute station centrale comporte des chaudières pour alimenter de vapeur les moteurs, et des moteurs pour faire marcher les machines génératrices de Télec- Iricité. Nous retrouvons naturellement chaudières, moteurs et dynamos dans toutes les stations.
La station de la transmission électrique de la force s'élève la première dans la cour intérieure, à droite de la rue centrale en arrivant du Dôme. Elle comprend une machine Corliss à cylindres accouplés horizontaux de MM. Lecouteux et Garnier, chaque cylindre pouvant donner 500 chevaux. Elle est alimentée par un générateur de vapeur Roser. On a installé quatre dynamos à double anneau Marcel Deprez, qui fournissent lo courant sous trois tensions différentes : 600 volts et 80 ampères pour les régulateurs, 75 volts et 690 ampères pour d'autres régulateurs, et 115 volts et 7,000 ampères pour les lampes à incandescence. Les dyna-
mos à 115 volts qui fonctionnent sont en relation avec deux batteries d'accumulateurs Julien de 65 éléments chacune. Chaque accumulateur pèse 160 kilogrammes et possède une capacité reconnue de 1 0 ampères-heures par kilogramme de plaque. Ces batteries jouent le rôle de réservoir d'énergie électrique.
Lo poste voisin appartient au syndicat; remplacement est de 360 mètres carrés. La force en chevaux est d'environ 400. On remarque un moteur à vapeur de 200 chevaux et deux dynamos de M. Borssat, un moteur de 4i chevaux et une dynamo de la Société des forges et chantiers de la Méditerranée, im moteur de 30 chevaux et une dynamo de la Société française de matériel agricole, une locomobile avec turbine à vapeur Parson, exposée par M. Garnot.
A la suite vient la station Gramme, d'une surface de 640 mètres carrés. Elle comprend deux dynamos de 175 chevaux et trois dynamos de 100 chevaux. Toutes sont compound et fonctionnent sous !200 volts de différences de potentiel. Les machines motrices et les chaudières ont été installées par MM. Paxman, Davey, de Colchester. Les chaudières sont au nombre de 9. Les machines sont h triple expansion : une de 350 chevaux, une seconde de 250 chevaux, une troisième de 1 00 chevaux.La station Gramme dispose de 700 chevaux.
La station Ducommun, dans la cour de la force motrice, est installée dans l'aile gauche du bâtiment de MM. Steinheim et O". Sa puissance est de 300 chevaux. Les moteurs, construits par M. Ducommun, sont du type Armington à grande vitesse; les chaudières sont du système Lagasse. Les dynamos, au nombre de 15, sortent aussi des mêmes ateliers.
La station Edison occupe 400 mètres carrés : un élégant pavillon de 1 5 mètres de profondeur sur 30 de largeur. On y trouve trois générateurs Belleville, quatre moteurs-pilons compound,à triple expansion Wehyer et Richemond, de 160 chevaux, un moteur-pilon compound, du même constructeur, de 150 chevaux; au total, 800 chevaux.
On tend de plus en plus à se servir pour les installations électriques de machines très condensées du type employé dans la marine. Les machines à triple expansion du pavillon Edison ne consomment que 9 kilogrammes de vapeur par heure, tandis que la machine adoptée en consomme 11 kilogrammes. La dépense en houille par heure et par force de cheval est réduite à 780 grammes, résultat remarquahle.
Les moteurs mettent en marche deux dynamos en dérivation Edison de 120 volts et de 1,000 ampères; six dynamos en dérivation Edison de 120 volts et 550 ampères. Cette station, la première prête avec Tusine Gramme, a fonctionné régulièrement depuis le soir de l'ouverture. On la voit de loin. On a eu Tidée de hisser au sommet de la cheminée de 18 mètres une grosse lampe électrique. Le public s'y arrête encore pour une autre raison. Le petit parterre gazonné qui précède le pavillon est entouré d'un gros fil métallique fixé sur des pieux et formant ceinture. Or une dérivation faisait souvent passer par le fil un petit courant d'une centaine de volts. Quand les curieux mettaient la main sur le fil, ils ressentaient une légère secousse : c'était à qui se ferait ainsi électriser. D'où des rires, des boQ% culades qui ont rendu ce petit coin populaire.
La Société Edison, près du grand moteur du Greusot,
possède difTtSrcntes annexes dans la galerie des machines, et, notamment, une transmission de mouvement avec moteur électrique de 40 chevaux actionnant des macliines-outils.
La station de la Société << l'Éclairage électrique »
de la berge occupe ainsi une surface ào 400 mètres. Sa puissance est de 800 chevaux, obtenue par quatre chaudièresTermeetDeharbeetqualremacliinesàvupeurLecouteu'x Pt fiarnier. de 130 chevaux chacune. Les machines électri<tues sont au nombre de 19 : 8 machines (irammc ii courants alternatifs, 10 dynamos Rech-
362 CAUSERIES SCIENTIPMQUES.
niewski à courants continus, et 1 machine Ferrant! à courants alternatifs.
Cette dynamo Ferranti fournit un courant de 2,700 volts, qui est envoyé par des conducteurs souterrains jusqu'à Tesplanade des Invalides et modifié àTaide de transformateurs de façon à réduire la tension en raison de la nature des lampes à allumer.
Il existe en outre différents postes : le poste MUdé, destiné à alimenter les lampes-soleils du grand Dôme avec distribution par transformateurs Clerc-Gra^der ; le poste Sautter-Lemonnier; le poste Popp, etc.
Le syndicat a, en effet, à sa disposition dans le par lais des Machines, pour actionner des dynamos dé systèmes divers, des moteurs à gaz de la Compagnie parisienne (150 chevaux), de la Compagnie Otto (250 chevaux), moteurs à air comprimé Popp (20 chevaux), machines à vapeur Sautter-Lemonnier (100 chevaux). Boulet et C^» (100 chevaux), ateliers d^Œrlikon (70 chevaux), Allioth et C'« (30 chevaux), Farcot (80 chevaux): soit 800 chevaux.
La force dont, en somme, peut disposer le syndicat de lumière, dépasse 4,000 chevaux-vapeur. Ces t,000 chevaux se transforment en électricité et c'est cette électricité, qui, rayonnant des diverses stations le long des fils conducteurs, va allumer les lampes groupées ou disséminées dans toutes les parties de l'Exposition. Le nombre des lampes réparties dans l'enceinte serait suffisant pour éclairer une ville de 100,000 âmes ; nous allons brièvement passer en revue leur distribution.
La galerie des Machines est illuminée au point que Ton s'y promène comme en plein jour. C'est superbe
de clarté ; il ne reste pas un coin dans l'ombre. La grande nef a cependant U,000 mètres carrés de superficie. En outre, la galerie de 18 mi^tres de largeur, des bas côtés au rez-de-chaussée, présente une surface totale de planchers de 16,675 métrés sur 8 mètres de
hauteur de plafond; puis la même galerie se répète au premier étage avec la même superficie, ce qui fait que la surface totale des planchers à éclairer du palais des Machines est très voisine de 77,000 mètrus carrés, soit près de 8 hectares. Le volume de ce colossal vaisseau est de 3 millions de mètres cubes. Voici comment M. Fontaine a installé l'éclairage du palais :
• Dans la grande nef on a placé quatre lustres dans l'axe longitudinal, à distances à peu près égales, et à 35 mètres d'élévation; ils sont manœuvres avec des treuils. Chaque lustre est composé de 12 régulateurs, brûlant à feu nu, et de 60 ampères. Un régulateur de 60 ampères donne une intensité lumineuse de 1 ,000 carcels. Chaque lustre représente donc 12,000 carcels. Les crayons de charbon de ces foyers ont 2 centimètres 1/2 de diamètre. Les régulateurs sont disposés en couronne sur un cercle de fer de 3 mètres de diamètre ; les arcs voltaïques ne sont donc distants que de 80 centimètres. Les quatre régulateurs fournissent au total 48,000 carcels; ce qui aurait pu suffire à Téclairage de la nef. Ils sont alimentés par Tusine Gramme, sous 200 volts de différence de potentiel. Mais, en outre et indépendamment, on a installé 86 régulateurs de 25 ampères, à 15 mètres du sol, sur 5 rangs longitudinaux et sur 18 rangs transversaux, soit un régulateur par environ 400 mètres de surface. Ces foyers sont munis de globes de verre clair de 45 centimètres de diamètre. Les crayons ont un diamètre uniforme de 14 millimètres. Un régulateur de 25 ampères fournit 350 carcels. De ce chef, la lumière répandue encore dans la nef est donc de 30,100 carcels (1).
Enfin, les bas côtés du rez-de-chaussée et les galeries du premier étage sont éclairés encore au moyen de 276 régulateurs de 8 ampères, placés à S mètres
(1) Ces régulateurs ont été répartis entre les adhérent» au syndicat, qui sont : MM. Crompton (Angleterre), 24; Ducommun (Alsace), 20; Sautter-Lemonnicr (France), 12; Jaspar (Belgique), 9 ; Société belge do transport de la force à grande distance, 6 ; Borssat (France), 5; Société française do matériel agricole, 4; Hcnrion (de Nancy), 4.
du plancher. Un ré^Iateur de 8 ampères équivaut h 100 carccls. Donc encore à ajouter 57,600 carceis (I), c'est du la prodigalité. On a concenli'é dons le palais des Machines 105,600 carceis. Sur le seul plancher du
rez-de-chaussi'^e on dispose de 78,100 becs, près de 2 becs Carcel par mètre superficiel.
Mais il ne faut pas confondre le pouvoir lumineux
(1) Cfs SU' rtpiilnlcups onl élè poses par les ex])osanls di'ji'i cite», aumiiirls il faut adjoiiidri; MM. Alliolh ol C'", les ateliers d'Œrlikon n la Cumpagnic Po)ip.
d'nn foyer avec sa puissance d*éclairement. En réalité, dans les espaces couverts, tous les brûleurs contribuent à réclairage de chaque point; réclairement bénéficie du voisinage de tous ces foyers multiples et l'intensité lumineuse totale est très supérieure à la somme des intensités partielles de chaque foyer.
M. Brault a recherché comment était éclairée une feuille de papier blanc placée horizontalement et promenée en divers points du plancher. Il a trouvé que, selon les régions où on faisait Texpérience, un mètre carré de papier recevait des foyers de 60 ampères un éclairage compris entre i et 10 carcels, et des foyers de io ampères, de 3 à 6 carcels. La moyenne de Téclairement du plancher par les deux genres de foyers atteint 10 carcels par mètre. Il faudndt donc en conclure que la lumière répandue dans la nef du palais des Machines atteindrait en fait et à elle seule 4i0,000 carcels. L'Administration avait demandé pour l'éclairage public qu'on lui assurât une intensité de 150,000 carcels. Dans le seul palais des Machines, on relèverait, si les déterminations de M. Brault sont exactes, près de trois fois Tinlensité totale réclamée d'abord pour l'ensemble de l'éclairage public du Champ-de-Mars.
Ajoutons que la maison Sautter-Lemonnier a encore placé au centre du palais des Machines, en face du vestibule d'entrée, un phare tournant, analogue à celui de la tour Eiffel, d*une intensité de 3,000 carcels, et im projecteur de i"',50 de diamètre, d'une puissance de 10,000 carcels.
Les escahers du palais ont néanmoins leur éclairage spécial. Escalier, côté de rÉcole-Militaire, "iOQ lampes à incandescence de 8 bougies W'oodhouse et Rawson ;
SERVICE ÉLBCTRrQlJK.
les bureaux agemV's sous ICscaber,
*S0 bougies de M. Uamot. Le grand escaUer, côté de
l'avenue de SufTren.SHO lampes de 8 bougies Jarriant.
L'escaber, c6té avenue de La Bourdonnais, 160 lampes de 8 bougies Crompton. Voiiù pour les machines.
L'annexe de Li classe des chemins de fer occupe, à côté de la galerie des Macbines, un rectangle de 187 mètres de long, sur 30 mi'tres de large, soit une superficie de .1,718 mètres carrés, M. Borssat l'a éclairée avec 'à régulateurs de 35 ampères et 30 de H ampères. Le vestibule d'entrée du palais des Ma-
chines est éclairé par 10 régulateurs de 8 ampères et 3!20 lampes de 8 bougies; Tinstallation est due à la Société des forges et chantiers de la Méditerranée.
La grande rue centrale du Dôme a reçu de son côté une illumination non moins belle. Sur toute sa longueur, on a placé 70 régulateurs Cance de 8 ampères, et 5,- de 25 ampères, à la façade du Dôme. Le courant est fourni par la Société de la Transmission de la force par rél(»ctricité. A la naissance du Dôme, la Société Gramme allume une couronne de iS lampes, de 500 bougies ; au premier étage, le syndicat des brevets Clerc a installé 16 lampes-soleils; sous les voussures d'angle, la Société de Transmission électrique allume 14 lustres de 20 lampes. C'est elle aussi qm éclaire les galeries de raccordement, la galerie Desaix qui sépare le palais des Industries diverses de celui des Arts liljéraux, la pelouse centrale, le terre-plein de la statue de la République, certains vélums, le restaurant russe, le restaurant des Ambassadeurs, etc. Cette Société allume encore 120 régulateurs pour Téclairage des galeries des restaurants, pour les pourtours des pavillons de la Ville de Paris, y compris la galerie Desaix, enfin, et au total, 2,500 lampes à incandescence.
L'usine Edison envoie le courant à 22 régulateurs, à la porte Rapp ; à 46 régulateurs, dans la galerie des Beaux-Arts ; à 30 régulateurs, sur la façade extérieure du palais des Beaux-Arts; à 160 lampes, dans les bureaux de la Direction générale ; à 150 lampes, au pavillon de la Presse, etc. En outre, elle allume 1 ,000 lampes sous les vélums du jardin central, 330 aux porches du palais des Beaux-Arts et h rentrée Rapp ; 4,000 en bordure des pelouses, des bassins et des fon-
taines, 1,00(1 dans les massifs du jardin central. C'est encore elle qui alimente IS régulateurs au théâtre des Folies-Parisiennes et 120 lampes; 120 lampes au pavillon des Téléphones et 3 régulateurs; au pavillon
des Diamants du Cap, S régulateurs et 26' lampes ; au pavillon du Mexique, 22 régulateurs et 400 lampes; au pavillon de Suez, 9 régulateurs : au pavillon de l'Equateur, 50 lampes, etc. Tout cela est resplendissant. En somme, on peutdire que, dans le parc, la Société
de Transmission électrique s'est chargée de l'éclairage du jardin supérieur et des kiosques des orchestres; la Société Edison, du jardin central avec Taide, pour quelques parties accessoires, de la Compagnie électrique et de la Société « TÉclairage électrique ». L'éclairage de la façade des Arts libéraux a été fourni par la Compagnie électrique, 3i régulateurs de 8 ampères. De son côté, la Société « l'Éclairage électrique » s'est chargée de la partie nord du palais des Beaux- Arts : 34 régulateurs contre la façade, 12 régulateurs dans les massifs et 23 bougies JablochkofT, à l'entrée des escaliers. Tout le jardin inférieur est dans les attributions de cette Société, ainsi que les abords de la Seine. Nombreux foyers sur le pont d'Iéna, annexes de Tagriculture, passerelles, tranchées de chemins de fer, etc. Cette Société éclaire aussi les Invalides; elle a pour auxiliaire, à l'Esplanade, la Société Genest et Herscher et la maison Garnot qui possède une force motrice importante de 100 chevaux. Au Trocadéro, la Société Gramme a installé un moteur à gaz de 16 chevaux, actionnant une dynamo qui alimente 2 ares et iiù lampes à incandescence au restaurant de France.
Les installations électriques ont nécessité la pose de plus de un million de mètres de câbles aériens et souterrains. Limitons ici cette nomenclature qu'il est superflu d'allonger encore. Nous avons voulu fixer pour l'avenir la part qui revient à chacun dans cet éblouisscment des yeux.
L'illumination des fontaines est comprise dans le service du syndicat. C'est la station Gramme qui envoie le courant aux fontaines lumineuses . Au moment où l'on doit éclairer les gerbes, on éteint, dans la ga-
lerie des Machines, 9 régulateurs sur les i'i qui composent les grands lustres, et le courant qui leur est enlevé est envoyé aux régulateurs du sous-sol des fontaines. Il est donc préférable de. visiter la galerie des Machines pendant que les fontaines ne jouent pas. Essayons maintenant, avant de unir, d'évaluer la quantité de lumière produite dans l'enceinte du Ghampde-Mars. Avec le directeur du syndicat, M. Fontaine, nous admettrons les intensités lumineuses suivantes :
Régulateur à arc de 8 ampôros .... 100 carcels.
BoujJTÎc .lahlochkofl' 40 —
Lampe -soleil 100 —
Lam[)es à incandescence de 100 volts et
12 ampères 50 —
Lampes 6 ampères 25 —
— 1 '2 ampère 1 —
— * 1;5 ampère 1/2 —
Comme on a installé au moins 50 régulateurs à 1,000 becs, 100 à 350, 10 à î200, 725 à 100, on a déjà de ce côté 162,000 carcels. De plus, on dispose de 100 bougies JablochkofF, de 16 lampes-soleils, de 72 lampes à incandescence de 50 carcels, 10 de 25 et d'environ 10,000 lampes à incandescence depuis i/2 jusqu'à 10 carcels ; donc à ajouter encore 14,680 carcels. Au total, rintensité peut être fixée à plus de 180,000 carcels, soit environ un million cinq cent mille bougies.
Au Trocadéro, l'éclairage électrique équivaut à 4,500bougies;àrËsplanade desinvalides, àl20,000 bougies.
En fin de compte, toute cette lumière est engendrée par la combustion d'environ 10,000 à 12,000 kilogrammes de houille par heure (1). D'une part un grand brasier, de l'autre des torrents de lumière! La chaleur du brasier se transforme en électricité et Télectricité en lumière. On parvient ainsi à faire courir sur des fils et à utiliser sur place l'énergie engendrée par la combustion du charbon.
(1) D'après cela, chaque bec Carcel no dépense en charbon, par heure, qu'environ 60 grammes, soit à peu près deux dixièmes de centime. En ajoutant les frais de matériel et de personnel, le prix de revient do la carcel est encore bas et inférieur à celui du gaz.
La Tour de 300 mètres. — Les grandes tours. — Obélisque de Washington. — La colonne de Turin. — Projet Bourdais-Sébillot. — Projet Eiffel. — Origine et genèse. — Hauteur comparée des principaux monuments. — Les premiers travaux.— Fondations. — Les quatre piles. — Pressions sur le sol, — Pressions sur la pierre. — Les pieds de la tour. — Montage. — Inclinaison des montants. — Le premier étage. — Raccordement des poutres horizontales et des montants. — Les presses hydrauliques. — Soulèvement en bloc de la tour. — Le travail en l'air. — Résistance contre le vent. — Stabilité exceptionnelle. — Poids des fers. — Poids total de la tour. — Prix de revient. — Conventions avec l'État et la Ville. — Exploitation.
ARis possède, en 1889, le monument le plus haut que Thomme ait jamais élevé sur terre. A l'entrée du Ghamp-de-Mars, devant le pont dléna, comme un gigantesque portique, servant d'entrée à l'Exposition, se dresse, superbe, la tour de 300 mètre?. Une grande partie du monde civilisé a passé sons cet immense arc de triomphe, symbole de la victoire toute paciflque du génie humain.
Elle était depuis bien longtemps dans l'air, l'idée de cette construction colossale. Depuis la tour de Babel,
rhomme a touj ours rêvé d'ériger une tour dont la flèche élancée allât se perdre dans le bleu du ciel. Pendant des siècles, l'œuvre parut rester au-dessus des efforts des constructeurs ; on n'essaya même pas de la réaliser. Toutefois, en 1832, le vote du bill de réforme suggéra au célèbre ingénieur anglais Trevithick le projet de perpétuer le souvenir de cet événement par l'érection d'une colonne de 1,000 pieds (304",80).
Dans une note insérée d^Moming He7*ald, du 19 juillet 1833, Tre\'ithick proposa de tenir un meeting et d'ouvrir une souscription où seraient admises toutes les cotisations, môme les plus faibles. La colonne devait être à jour et en fonte, de 1,000 pieds de hauteur, avec un diamètre à la base de 30 mètres et au sommet un diamètre de 3 mètres 60.
On devait employer pour la construire 1,500 plaques de fonte, de 3 mètres de côté, avec é\'idement circulaire au centre de 1",80 de diamètre. Les plaques auraient eu 50 millimètres d'épaisseur, avec des brides sur les côtés pour permettre l'assemblage par boulons avec interposition de plaques de plomb. Chaque plaque pesant 3 tonnes, le poids total eût été d'environ 6,000 tonnes. La colonne devait reposer sur une fondation circulaire avec soubassement de 18 mètres de hauteur. Elle devait se terminer par un chapiteau avec plate-forme de 15 mètres de diamètre portant une statue de 1 2 mètres de hauteur. Au centre de la colonne on eût installé un tube-piston mû par l'air comprimé qui se serait élevé de la base au sommet pour monter les curieux. En cinq minutes cet ascenseur aurait parcouru le trajet total à la vitesse de i mètre par seconde.
Le dessin de cette colonne fut publié par les jour-
naux du temps. Trevithick réclamait un an pour élever le monument et il évaluait la dépense à î millions de francs. Les plans furent présentés an roi Guillaume le 1" mars 1833. Mais Trerithick mourut le 21 avril
de la même année et après lui on n'entendit plus parler de la colonne de la Réforme.
En 184S, les Américains conçurent le projet plus modeste d'élever à Washington un obélisque de 183 mètres et ils commencèrent la construction ; mais en 1 854 alors que la pyramide était parvenue à 46 mètres de hauteur, on s'aperçut qu'elle penchait d'une façon inquiétante ; on suspendit les travaux. En 1877, on fit de nouvelles
fondations, on reprit la construction de la partie supérieure et l'on s'en tint, par prudence, à la hauteur de 169 mètres. On avança de 1880 à 1885 à peu près au taux de 30 mètres par an.
L'obélisque a été inauguré le 20 février 1885, jour du 50" anniversaire de la fondation.de Washington. Il a coûté 7,100,0i}0 francs. Les principales dimensions sont : hauteur au-dessus des fondations, avec chapiteau, leO'^jie: sans chapiteau, 152™,39. Labaseestun carré de 16°, 75 de côté.. Au sommet, le carré n'a plus que 10"',69 de côté. La base se prolonge sur une hauteur de 45°, 72. La muraille a une épaisseur de 4", 56 à la base et de 0°,50 au sommet. Les fondations ont 11°,28 de profondeur. Le côté de la base mesure 38°, 40. Sur le premier massif de béton, qui a 4 mètres d'épaisseur, eçt assis un second massif de 30°,48 de côté et de 7°, 17 de hauteur, avec environ 20 mètres de côté à la base supérieure.
Almtérieur, sur 45 mètres de haut, la tour a 7°, 67 de diamètre; au delà, l'épaisseur de la muraille diminuant, elle a 9°,63: enfin, à partir du chapiteau, qui a 16°,86 de haut, le diamètre est de 10°,69.
Les parements extérieurs de cette haute pyramide sont, de la base au sommet, en marbre blanc. Le gros de maçonnerie, qui a 4°,56 d'épaisseur àlabase, est en granit. Ce n'est que vers le sommet, dans la partie où le monument n'a plus que 0°,50 d'épaisseur, que Ton a employé exclusivement le marbre. Les matériaux ont été montés à l'aide d'un ascenseur à vapeur, à treuil et à double câble en fils d'acier. Cet ascenseur a été établi à titre définitif; il sert maintenant à élever les visiteurs qui ne veulent pas s'astreindre à gravir les
910 marches de l'escalier, ascension laborieuse qui exige plus de 35 minutes. Il est question d'entourer cet inmiense obélisque d'un monument circulaire non moins immense qui servirait de Panthéon pour les illustrations des Etats-Unis.
En 1874, à Toccasionde l'Exposition de Philadelphie, MM. Clarke et Reeves, les célèbres ingénieurs américains, proposèrent de bâtir une tour de 304 mètres. A Bruxelles , on parla aussi d'ériger une tour de 200 mètres , en bois. En Italie, à Turin, on vient de terminer, au mois de mars dernier, une tour de 170 mètres, la tour Mole Antonelliana, plus élevée d'un mètre que l'obélisque de Washington. Le Génie de la maison de Savoie couronne l'édifice. Évidemment, les peuples étaient hantés du désir de construire la plus élevée des tours. L'heure psychologique était proche ; le centenaire de 1789 devait la faire sonner.
En 1881, un ingénieur, M. Sébillot, était revenu d'Amérique avec le dessin d'une tour de 300 mètres, surmontée d'un foyer électrique destiné à éclairer Paris. L'idée fut reprise en commun par MM. Bourdais et Sébillot; la tour devait avoir 370 mètres : 300 mètres en pierre, 70 mètres en tôle. Un second projet d'une tour tout en fer fut encore présenté en 1885 à la commission de l'Exposition par M. Boifrdais Mais en même .temps M. G. EifiFel, de son côté, préparait l'édification d'une grande tour métallique. C'est M. Nouguier, ingénieur de la maison Eiffel, qui le premier, conçut cette tour; avec Iji collaboration de MM. Kœchlin et Sauvestre, il la dessina et la calcula. Le projet Unit par séduire M. Eiffel lui-môme, qui résolut d'en entreprendre la réalisation aVec quelques mo-
dilications. La possibilité de construire une tour aussi élevée ressortait avec évidence de plusieurs travaux antérieurs. Il faut chercher la genèse de la tour de 300 mètres dans l'étude préalable des grandes piles métalliques gue l'on a élevées dans ces vingt dernières années pour ditférents viaducs. Il n'est pas superflu de montrer comment peu à peu on a été conduit àconstmire de hautes piles résistant au vent. L'histoire df la tour touche b. certains égards à l'histoire des viaducs métalliques.
Le plus ancien ouvrage métallique de co genre date de 1853; c'est le viaduc de Crumlin, dans h' jiays de Galles; les piles étaient des char|"'"'f s en fonte de 53 mè^ très de hauteur. Kn 1 834, on exécute de même le viaduc de la Sitter en Suisse entre Saint-Gall e*t Winterthur avec des piles de 17 mètres.
En 1857, les ingéiueurs du Creusot entreprennent sur la
ligne de Lausanne à Berne, dont M. Nordling était l'ingénieur en chef, le viaduc de la Sarinp près de Fribourg, avec despilesmétalliques de i3mètres. La superstructure métallique avait pour conséquence une grande économie, pr<";s de 50 p. iOO d'économie sur la pierre. Aussi M. Nordling, passé au réseau central de la compagnie d'Orléans, n'hésite pas à adopter également le métal pour le Busseau d'Ahun qui franchit la Creuse et pour le viaduc de la Cére sur la ligne de Figeac à Aurillac. Le premier, guidé par des considérations de résistance et d'esthétique, il construisit des piles de 35 mètres en forme de troncs de cônes, formées chacune de huit arbalétriers ou colonnes en fonte supportant une poulre en treillis à travées de 45 mètres. Ces deux ouvrages, achevés en i8fi3,furent justement admirés pour leur grande légèreté. C'est encore M. Nordling qui fit exé- p,o. î;û. viaduc de i> cuter, moitié par ta maison sîooiio, «ur u Ugoa ao Cail, moitié par la maison smiitparM.Eiirfioa'iwe.
Eiffel, quatre viaducs métalliques à simple voie, sur la ligno de Commontry à Gannat. L'un de ces ouvrages, celui de la Double, a des piles de 56 mètres formées seulement de quatre arbalétriers en fonte reliés par des étrésillonsen fer ; ce travail fut terminé en 1870. Nous voilà arrivés peu à peu à la forme pyramidale des piles et à quatre simples arbalétriers. Il n'y avait plus qu a i:emplacer la fonte par le fer dont le prix de revient a été si fort abaissé, pour arriver aux constructions plus récentes, au viaduc du Douro en Portugal commencé en 4877.
Le Douro, très large, profond de 15 à 20 mètres aux environs de Porto, avec un courant rapide, ne permettait pas la fondation en maçonnerie; il fallait franchir Tobstacle par une seule travée, soit 160 mètres, d'une rive à l'autre. Les Américains avaient déjà, de 1868 à 1870, jeté sur le Mississipi un ponten tubes d'acier dont les travées en forme, d'arcs surbaissés avaient environ 137 mètres d'ouverture. Mais si Ton avait construit un arc surbaissé sur le Douro, on barrait l'entrée du port. C'est alors que M. Eiffel eut l'idée hardie de jeter sur ce vide immense un arc métallique à courbe très accentuée qui monterait assez haut pour porter directement le tablier destiné au chemin de fer, tandis que ses reins serviraient d'appui à deux petites piles diminuant de moitié la partie comprise entre le sommet de l'arc et les supports métalliques extrêmes fondés sur le roc. Les éléments de cet arc furent calculés par M.Seyrig*alors associé de M. Eiffel. L'arc a 160 mètres de portée avec 42 mètres de flèche. A ses deux extrémités, il s'appuie sur une rotule comme on l'a fait pour les grands arcs de la galerie des Ma-
chines, comme l'avait fait M. Oudry au pont tournant de Brest. Le succès du viaduc de Maria Fia engagea le gouvernement portugais à édifier ensuite le pontviaduc de Luis /*"' destiné à fournir une double communication : un passage inférieur entre le quai de Porto et celui de Villanova de Gaia, un passage supérieur reliant les plateaux voisins à 62 mètres audessus du fleuve. Ce fut le projet de M. Seyrig qui fut adopté et exécuté en 1885. C'est un peu la répétition du précédent viaduc avec portée plus grande de 172 mètres et passerelle inférieure suspendue à Tare sur lequel porte le pont, un peu aussi comme la passerelle du pont de l'Aima est suspendue à l'arc ogival que MM. Moissant, Laurent et G** ont jeté pour le passage des visiteurs au-dessus des avenues Rapp et Bosquet. L'arc est aussi appuyé sur des rotules.
Un peu avant qu'on exécutât ce travail, on se préoccupait, en France, de terminer le chemin de fer de Saint-Flour à Marvejols. A 10 kilomètres de Saint- Flour s'ouvre une gorge profonde, la gorge de la Trueyre, affluent du Lot. Il eût fallu faire un long détour pour trouver des rives assez basses permettant de jeter un pont aux dimensions ordinaires, ce qui augmentait les dépenses. M. Léon Boyer, le regretté ingénieur que nous avons perdu à Panama, eut l'idée de faire pour le Trueyre ce qui avait si bien réussi au Douro.Il projeta d'asseoir la portée centrale du tablier sur un grand arc. La portée était celle de Porto à très peu près, mais la hauteur du sol au-dessus de la rivière atteignait 124 mètres, le double de ce qu'elle est en Portugal; la longueur totale du tablier métallique,
■ I ■■ Mil ^^l^^M^pa
reposant sur Tare et sur des piles ayant le rocher pour fondement et sur celles qui supporteraient les reins de l'arc, s'élève à 564 mètres. Le Conseil général des Ponts et Chaussées accepta le projet de M. Boyer en 1879 et « décida qu'il convenait d'en confier l'entreprise à M. Eiffel qui pouvait en revendiquer la première paternité (1) ». Ainsi s'éleva le célèbre viaduc de Garabit (2).
Nous avons insisté sur ces détails rétrospectifs, parce qu'on le voit bien, les grandes piles ont réellement servi de genèse à la tour de 300 mètres, et réciproquement l'exécution de la tour démontre que maintenant on pourra établir des piles de grande hauteur. M. EifTel lui-même, pour bien montrer que la tour était parfaitement exécutable, et qu'il ne promettait rien qu'il ne pût tenir, avait déjà étudié des piles d'une hauteur de 125 à 130 mètres; il avait exposé les dessins devant la Société des ingénieurs civils, et indiqué les moyens qu'il comptait employer pour l'exécution.
Du reste, M. Nordling, Tauteur, en France, de nos premiers viaducs métalliques, s'exprimait ainsi en 1864 : « L'art moderne a réalisé simultanément deux importants progrès dans la construction des ponts et des viaducs. L'un consiste dans l'application de l'air comprimé sous l'eau, l'autre dans l'application de la charpente métallique aux piles des viaducs. Le premier permet de descendre les fondations à des profondeurs autrefois inabordables; le second, d'atteindre
(1) M. DH liAPPARENT, le Correspondant du 2."i août 1889.
(2) Voir le dessin au chapitre consacré aux Travaux publics.
des hauteurs auxquelles on n^ aperçoit pas deUmites[\). » C'est encore M. Nordling qui étudia le premier avec soin l'influence si prépondérante du vent sur les hautes piles. Le résultat analytique auquel il a été conduit a été contrôlé sur les piles des viaducs de Busseau et de la Gère ; il est curieux ; les efl*orts de traction et de compression augmentent de moins en moins, selon une loi simple, avec la hauteur. Ainsi, si Ton doublait la hauteur des piles du système de Busseau, l'effort de traction n'augmenterait que de 43 p. 100 et TefTort de compression de 24 p. iOO. Mais si l'on triplait la hauteur, l'effort de traction augmenterait de 37 p. 100 seulement et celui de compression de il p. 100. Pour le viaduc de la Gère, si l'on double la hauteur des piles, l'effort de traction n'augmente que de 21 p. 100 et l'effort de compression de 27 p. 100.
Enfin, si Ton triple la hauteur, l'effort de traction n'augmente plus que de 6 p. 100 et celui de compression de 44 p. 100. D'après cela, on voit que les efforts dus au vent diminuent sensiblement à partir del 25 mètres.
M. Nordling a insisté aussi le premier sur la suppression des arbalétriers intermédiaires. Il est un premier moyen, dit-il, d'une efficacité puissante qui réduit les efforts de traction, c'est de supprimer les arbalétriers intermécliaires et de concentrer toute la charge sur les quatre arbalétriers (Vangle.., Le nombre des arbalétriers, qui est de 14 à Crumlin, de 12 à Fribourg, de 8 à Busseau .et à la Gère, est ainsi défini-
(l) Mémoire sur les piles en charpente métallique da grands viaducs. Annales des Ponts et Chaussées. — Paris, 1864.
tiyement réduit à A par pile. C'est le nombre adopté par la maison* Gail pour quelques piles métalliques exécutées en Espagne (1).
Sans insister davantage sur ces détails techniques, on voit apparaître peu à peu dans les recherches antérieures les principes fondamentaux que M. Eiffel a su si parfaitement mettre en œuvre dans son incomparable et gigantesque pylône. C'est ainsi que Téminent ingénieur fut conduit h admettre, pour les pieds de la tour, quatre simples arbalétriers d'angle, à supprimer les grandes diagonales et entretoises qui alourdissaient tant autrefois les constructions. L'intervention des pièces en croix devient superflue du moment où l'on rend l'efTort du vent perpendiculaire aux arêtes des arbalétriers. Et pour rendre la force perpendiculaire aux arêtes, il suffit de donner partout, de bas en haut, à cette arête, une courbure caractéristique, celle que Ton retrouve dans le profil des piles en pierre des grands viaducs construits par les ingénieurs des Ponts et Chaussées. Cette courbe d'égale résistance est telle qu'en chaque point,, la direction de l'arête vient se rencontrer au point d'application de la résultante du vent. Voilà pourquoi on a donné aux arbalétriers de la tour cette courbure spéciale qui frappe le public. Tout TefTort porte sur les arêtes des piliers, et il a suffi de remplacer les lourdes pièces de fer de jonction à l'intérieur par de légères entretoises qui n'ont d'autre but que d'assurer l'invariabilité du système.
Quatre grandes arêtes, un prisme, et la construc-
(1) Mëmoire cité, p. 117.
tion peut défier les eflforts du vent. La forme de la tour n'a donc pas été choisie arbitrairement, ni davantage pour obéir à des considérations d^ordre architectural; elle résulte dii*ectement du calcul.
Les détails dans lesquels nous sommes entrés n'ont nullement pour but de diminuer les mérites de M. Eiffel. Tout est dans tout. Sans lui, la tour serait sans doute encore à construire. Il a fallu non seulement de grandes qualités personnelles pour entreprendre cette œuvre colossale et la mener à bonne fin, mais encore une organisation très puissante, un outillage hors ligne, une usine aménagée et déjà entraînée pour de grands travaux. A l'usine de Levallois- Perret, on est parvenu à simplifier le travail, à substituer à un montage lent et coûteux un montage rapide et économique, au moyen de pièces toutes découpées à l'avance et toutes prêtes à river.
Ëtant données ces diverses conditions de succès, on pouvait avancer que la tour pourrait être élevée dans un temps très court et avec une dépense relativement faible.
En outre, le fer est dix fois plus résistant que le bois, \ingt fois plus que la pierre ; le métal est doué d'élasticité, ce qui lui permet de résister aux efforts de tension aussi bien qu'aux efforts d'extension. La légèreté des constructions en fer donne le moyen de diminuer l'importance des supports et des fondations.
La construction du pont de Forth confirmait d'ailleurs les vues de M.. Eiffel. Les deux travées de ce pont ont l'énorme ouverture de 517 mètres, et les piles en fer ont 1 10 mètres de hauteur.
Le projet était donc séduisant; il devenait ainsi Tex-
pression même de l'art de l'ingéiiieur eD 1889; c'était h la fois un objet d'exposition et le témoignage le plus frappant que l'on puisse imaginer du caractère qu'ont
lu etiAf.
i. (ix.).-». Pr«-
pris à notre époque les grands travaux d'art. Aussi parut-il à la commission de rKxposition tout à fait réalisable. M. Alphand accepta les plans, et, le 8 janvier 1887, fut signée la convention avec l'État et avec la ville de Paris ; convention qui Tixait les conditions dans lesquelles la tour devait être construite.
La tour Eiffel a été popularisée par le dessin dès la fin de 1886 ; tout le monde en connaît Tesquisse générale. Quatre grands pieds inclinés s'élèvent du sol et soutiennent à 55 mètres un plancher qui forme le premier étage. Au delà, quatre nouveaux supports forment une pyramide assise sur la première et aboutissant à 115 mètres de hauteur. Enfin, sur le second étage se dresse comme une colonne une troisième pyramide aux formes de plus en plus élancées, se terminant par un chapiteau avec terrasse à 276 mètres, et par un campanile dont le sommet est exactement à 300 mètres du sol. A la base les quatre piles de soutien dessinent un carré de 129™,22 de côté; la tour occupe donc plus d un hectare de superficie. L'axe de la tour est dans Taxe même du Ghamp-de-Mars, et comme celui-ci est incliné à 45<^ sur le méridien, il en résulte que les quatre piles sont exactement placées aux quatre points cardinaux. Les deux piles du côté du pont d'Iéna regardent le nord et Fouest ; celles du côté opposé, Test et le sud. Aussi les désigne-t-on respectivement sous les noms de pile Nord (n* 1), pile Est (n* 2), pile Sud (n» 3), pile Ouest (n« 4).
La tour de Paris est sans contredit le monument le plus élevé du monde, comme il est facile de s'en rendre compte par les chiffres comparatifs suivants :
Colonne de la place Vendôme, 43 mètres ;
Colonne de la Bastille, 47 mètres ;
Balustrade de Notre-Dame de Paris, 66 mètres;
Sommet du Panthéon, 79 mètres ;
Capitole de Washington, 93 mètres ;
Cathédrale d'Amiens, 100 mètres;
Flèche des InvaUdes, 105 mètres;
Coupole de Saint-Paul (Londres), 410 mètres;
Clocher de la cathédrale de Chartres, 113 mètres ;
Tour Saint-MLchel (Bordeaux), 113 mètres;
Flèche de la cathédrale d'Anvers, 120 mètres;
Coupole de Saint-Pierre de Rouen, 132 mètres;
La tour Saint-Étienne (Vienne), 138 mètre.s ;
Flèche de la cathédrale de Strasbourg, 142 mètres ;
Pyramide de Chéops (Egypte), 142 mètres ;
Flèche de la cathédrale de Rouen, 150 mètres ;
Tour de la cathédrale de Cologne, 156 mètres ;
Obélisque de Washington, 169 mètres ;
Tour de Mole Antonelliana (Turin), 170 mètres.
Tout le monde peut monter aujourd'hui à la troisième plate-forme de la grande tour; mais tout le monde n'aura pu suivre les détails de la construction, ni assister au montage de cette ossature immense. Et cependant il s'attache un intérêt particulier à l'édification de la tour. Elle est sortie de terre comme par enchantement, avec une rapidité étonnante ; il eût fallu, avec la pierre, compter par années : on a compté par moi§ avec le fer.
Le premier coup de pioche fut donné au Champ-de- Mars le 28 janvier 1887 ; il n'a fallu que dix mois à peine pour établir les fondation s etatteindre le premier étage. Au milieu de juin 1888, on était parvenu au deuxième étage, àl 15 mètres ; on a tiré sur la deuxième plate-forme lefeu d'artificedu 14 juillet. Le 31 mars 4889 le drapeau tricolore flottait sur la tour complètement édifiée, jusqu'à son sommet de 300 mètres. Ces résultats remarquables sont dus à la façon méthodique et en quelque sorte mathématique avec laquelle on a conduit les travaux. Toutes les pièces avaient été dessi-
nées et préparées aux ateliers EifTel ; elles arrivaient sur place prêtes à être posées et rivées. A Tusine de Levallois-Perret, on forgeait les fers provenant des usines de TEst, on achevait toutes les pièces ; au Champde-Mars, on montait, on rectifiait quelques petits écarts impossibles à prévoir sur des portées aussi grandes, puis Ton rivait. Tout s'est succédé avec une régularité saisissante ; il y a là un exemple bien remarquable de la division du travail. Ingénieurs, chefs d'ateliers, monteurs, riveurs, ouvriers, tous ont eu conscience de leur rôle ; ils ont tous compris qu'il s'agissait d'une œuvre désormais nationale, et chacun, pour sa part, s'y est adonné de cœur et d'âme. On a travaillé, même parles plus grands froids, alors que la gelée paralysait les mains ; on se réchauffait une minute au feu des fourneaux à river, et, de nouveau, vite à la besogne. Et ainsi, toujours, par laneige,par la pluie, par les grands vents. Les autres chantiers du Champ-de-Mars se vidaient par les mauvais temps ; on voyait néanmoins briller les feux dans le chantier de la tour et monter et descendre les ouvriers, toujours et sans cesse à leur poste (i).
Le premier travail, et le plus difficile, c'étaient les fondations et le montage des quatre grands pieds jusqu'au 1*' étage. L'emplacement avait.été fixé, par l'administration, à l'entrée du Champ-de-Mars, sur l'ancien
(1) Le nombre maximum d'ouvriers a été do 200; il a été réduit à 150 et même à moins, à la fin des travaux. La paye a été de 80 centimes l'heure jusqu'au 31 août 1888 : elle a été augmentée de 5 centimes à partir du 1^' septembre ; de 5 centimes à partir d'octobre, de 5 centimes encore à partir de novembre, et encore de 5 centimes pour le personnel des chantiers supérieurs, soit 1 fr. de l'heure dans ce dernier cas.
a90 CAUSERIES SCIENTIFIQUES.
square. Le terrain du Champ-de-Mars se compose d'une couche d'argile de 16 mètres, recouverte de sable sur une épaisseur moyenne de 7 métrés. Mais, près du pont d'iéna, on se trouva, dans certaines régions, sur
un ancien lit de la Seine : le sable y est marneux, vaseux, sans consistance. Les fondations des deux piles qui regardent l'École-Militaire ont pu être facilement établies sur une couche de sable avec une couche de béton et de ciment; mais 100 mètres plus loin, les deux piles les plus rapprochées de la Seine n'auraient pu tenir sur le fond vaseux ; on a dû sonder jusqu'&
17 mètres de profondeur ; on n"a rencontré le gravier résistant qu'à 5 mètres environ au-dessous du niveau de la Seine ; l'argile se trouve plus bas sous une couche de plusieurs mètres de
sable, de grès feiTugineux et ' "" ~'
de calcaire chlorité.
La pile Nord, celle qui regarde Paris, fut assise sur une coucbe incompressible artiftcielle de 6 mètres d'épaisseur; celle d'Ouest, qui regarde Grenelle, seulement sur une couche de 3 mètres. -
Avec ces fondations, il n'y a y,B. m. - Tour Bitioi.
aucun danger de tassement; KoixiMian d un puicr-
caria pression exercée sur le
terrain par chaque pile, eu égard à la grande surface d'appui, est plus faible que celle que produit sur le sol une maison t cinq étages ; elle ne dépasse pas i kilogrammes par centimètre carré, même par les grands vents; c'est à peu iLm près la pression
"*^ d'un mur de 9 mètres de hauteur sur le sol.
Pio. Î80. — AocragB dans le» foodaiions. " ^ ^^""^ ^^'
Coups dnpiiini d'un maBuntd* Il Tour. bUr les fonda-
tions de la pile Nord k 5 mètres de profondeur au-dessous du niveau de la Seine; les eaux d'infiltration auraientnoyé la fouille; on a eu recours, comme pour les piles de pont, aux caissons à air comprimé. Sur l'emplacement choisi, on
amena des caissons en tôle partagés horizontalement en deux étages. Celui du dessous, sansfond, communiquait par des cheminées avec celuidu dessus et avec des machiaes à comprimer l'air. Celui du dessus était lesté . avec du béton. Les ouvriers. descendaient par les clie-
mlnéesdans le compartiment inférieur et, < comprimé refoulait l'eau, ils pouvaient enlever les terres ii sec ; chaque caisse s'enfonçait ainsi dans la fouille à mesure de son approfondissement au taux de 30 centimètres par jour.
Chaque grand pied de la tour est constitué par quatre montants, et chaque montant a sa fondation parti-
culière; on avait donc réuni sur remplacement de chaque pile quatre caissons de 15 mètres de long sur H mètres de large. Chaque fouille terminée, on remplit de béton avec ciment de Bourgogne, de sorte que la fondation se compose en définitive de quatre blocs de béton, doiit chacun supporte un massif de maçonnerie noyé dans le sol. Aux angles de ce grand carré de maçonnerie de 15 mètres de côté, on a superposé en saillie deux revêtements de pierre de taille pour servir de base à chaque montant métallique. Ces revêtements de pierre sont inclinés à 52° dans le sens môme de la direction donnée aux montants qui reposent sur eux par Tintermédiaire d'un sabot de fonte. Chaque montant est fixé au soubassement à Taide de deux boulons de 7",80 de longueur sur 10 centimètres de diamètre, scellés dans la maçonnerie et engainés dans les sabots de fonte. Les grands montants tiendraient en place sans scellement, sous le poids des pièces supérieures, mais les boulons augmentent encore la stabilité, et, d'ailleurs, ils étaient nécessaires pour maintenir les pièces en place pendant le montage.
Quant à Técrasement des assises en pierre de taille sous le poids de la construction, il est impossible, car ces pierres de Château-Landon pourraient supporter 1,235 kilogrammes par centimètre carré, et la pression sur les sabots de fonte ne saurait dépasser 30 kilogrammes.
Les quatre montants constitutifs de chaque pied de la tour sont entourés d'une enceinte de murs peu élevés, fondés sur des piliers avec arcades, formant un carré de 26 mètres de côté. Ces murs soutiennent un socle de maçonnerie qui masque les pieds en pierre
de taille, les sabots de fonte et la base des montants. Le socle lui-même est orné à la base de grandes dalles en béton Goignet. Dans la pile Sud (n® 3) on a ménagé ime ca\dté destinée à recevoir les machines nécessaires au fonctionnement des ascenseurs. Enfin, à la base de chaque pile, on peut voir deux tuyaux en fonte de 0",50 de diamètre qui servent de gaine à des câbles en fil de fer en relation avec la tour; les tuyaux et les câbles se prolongent dans le sol jusqu'à la nappe aquifère. Ce sont ces conducteurs métalliques qui livrent passage à Télectricité atmosphérique et complètent le réseau métallique protecteur constitué par la tour elle-même. Cet édifice tout en fer, en relation certaine avec le sol, doit réaliser le plus puissant paratonnerre que Ton ait jamais construit.
Voilà pour les fondations; donnons maintenant une idée rapide du mode de montage. Chaque grand pied de support de la tour forme un prisme à base quadrangulaire de 15 mètres de côté. Les quatre montants ou arbalétriers de chacune des quatre piles sont reliés entre eux par des pièces de fer ajourées, disposées en croix de Saint-André, et par des traverses horizontales également ajourées. Les montants et les traverses servent de cadre aux croix de Saint-André, et chaque cadre constitue un panneau de 12", 50 de haut. Il y a quatre panneaux entre la base de chaque pile et la base inférieure du 1" étage, soit environ 55 mètres. Toutes les pièces transportées de l'usine étaient déchargées au centre de l'emplacement compris entre les piles ; elles arrivaient à pied d'œuATe sur de petits chemins de fer. Les pièces destinées à construire les montants étaient des tronçons de poutres de fer
creuses carrées de 0'',80 de càté et pesant de 3,000 à 3,000 kilogrammes.
Od a commencé par donner aux tronçons inrérieurs rinclinaison de 51' en les Ûxant, comme il a été dit, sur le socle en fonte des fondations avec les boulons. Le sabot de fonte pèse 5,500 kilogrammes; dans son milieu existe une pièce d'acier fondu du poids de
2,700 kilogrammes dont nous dirons le rôle dans un instant. Chaque montant ainsi appuyé sur le soubassement a été élevé, tronçon par tronçon, jusqu'à 26 mètres de hauteur. Les pièces étaient montées par un treuil au moyen d'une grande chè^Te. Les tronçons mis bout à bout étaient réunis par 8 plaques appliquées deux par deux sur chaque face du montant, l'une au dehors, l'autre en dedans. Chaque plaque avait été percée à l'usine de 16 rangées de trous qui reçurent provisoirement des boulons.
On procéda ensuite k la pose des fers des croix de Saint-André et des traverses horizontales. Les tronçons montés, les riveurs succédèrent aux monteurs et
remplacèrent les boulons par des rivets déflnitirs. Le rivet est apporté chaud, sortant de la forge portative. Un ouvrier, nommé teneur de las, l'enfonce dons le trou en le maintenant par la tête . Le riveur frappe sur l'extrémité opposée pour l'écraser et former l'autre tête. Un autre ouvrier, appelé frappeur, termine le ri-
vage en frappan t sur les têtes à tour de bras avec une masse de 6 kilogrammes. Il y avait 20 postes de riveurs, composés de 4 ouvriers et d'une forge.
De distance en distance, à mesure que le travail avançait, on établissait des planchers qui servaient de centre d'approvisionnement. Jusqu'à î26 mètres, les montants încUnés pouvaient se maintenir en équilibre, leur centre de gravité tombant en deçà de la base de sustentation. Mais au delà, le calcul montrait que chaque montant incliné aurait pu se renverser complètement s'il n'avait été maintenu à la base par les boulons. En s'élevant toujours, le renversement aurait pu se produire. Aussi n'a-t-onpas hésité à soutenir les extrémités supérieures des montants avec des échafaudages ou des pyramides en bois. Ces étais permirent d'élever les pieds de la tourjusqu'à la hauteur de 50 mètres. Les pylônes de soutien avaient été disposés au nombre de 12; ils nécessitèrent 6,000 mètres cubes de bois.
Pour élever les tronçons des montants au delà de 26 mètres, on abandonna la chèvre et le treuil et on eut recours à un autre dispositif. Sur les arêtes intérieures des montants, on fixa des poutres à grande surface plane qui servent aujourd'hui de point d'appui aux ascenseurs, Pendant la construction ces poutres formèrent des glissières, sur lesquelles on déplaça, à mesure que le montage l'exigeait, des grues de 12 mètres de volée et de la force de 3,000 kilogrammes. Ces grues s'élevèrent de 4 mètres en 4 mètres environ à mesure de l'avancement; on les boulonnait temporairement. Les tronçons étaient montés par ces appareils au moyen de longues chaînes en fer et distribués
sur les points oii ils devaient être rivés. On atteignit ainsi la hauteur de 50 métrés, celle où l'on devait procéder à la mise en place des grandes poutres transversales de 45 mètres de long, destinées à relier
Fia. tu. — Tour do 300 Mfciras. — Ëtsl dsa tr*raux su li mal 1«88.
les pieds, et à servir de base au premier étage. Pour placer ces poutres horizontales, former la première ceinture, on dressa un échafaudage de 48 mètres de hauteur se terminant par une plate-forme de 3S mètres de cAté. On hissa les pièces sur la plateforme, on opéra leur jonction à droite et à gauche en allant vers les montants. Puis les poutres assemblées allèrent se réunir aux montants comme le tabUer d'un
pont se rejoint aux culées. Cette partie de la construction était la plus délicate. Gomment faire coïncider à 50 mètres de hauteur les 200 trous percés dans les montants et les 200 trous correspondants des poutres horizontales? Il eût été bien étonnant qu'il ne se produisît pas un petit écart après un pareil montage et avec Tinclinaison assez prononcée des montants. On Tavait prévu et on avait tout disposé pour modifier légèrement Tinclinaison des montants, de façon à amener la coïncidence parfaite entre les trous percés à l'usine. L'artifice employé est très intéressant.
Nous avons dit que chaque montant à sa base reposait directement sur une pièce d'acier encastrée dans le socle en fonte. Cette pièce d'acier pénètre dans une chambre ménagée à l'intérieur du sabot, et elle est là en contact avec le piston d'une presse hydraulique capable de soulever un poids de 900,000 kilogrammes. La tour tout entière pèse environ 8 millions de kilogrammes de fer. Chaque montant, puisqu'ily en a seize, supporte un poids seize fois plus faible, soit 500,000 kilogr. Les presses hydrauliques installées dans les soubassements pourraient donc soulever la tour entière.
Le vérin hydraulique employé se compose d'un cylindre d'acier forgé de 62 centimètres de diamètre extérieur avec des parois de 95 millimètres d'épaisseur. -A l'intérieur peut se mouvoir un piston d'acier. Le •cylindre est en relation, par un tuyau de 6 millimètres, avec une pompe foulante. L'eau est refoulée sous le ■piston et le soulève. Le piston fait monter la pièce d'acier, et la pièce d'acier soulève le montant. Ce poids énorme est déplacé, au moyen de l'appareil, par deux hommes qui suffisent pour mouvoir le levier de la
LA TOUR DE 30U MKTllES.
pompe foulante. Il est donc vrai de dire que quelques hommes pourraient , i eux seuls, soulever toute la tour.
lUie Ssptamb» 18«S.
- Il a suffi d'un faible déplacement de quelques millimètres dans le sens vertical pour amener les trous des
montants à la hauteur des trous des poutres horizontales. Le réglage opéré, on a glissé entre le sabot de fonte et les bords de la pièce d'acier des cales en fer qui ont immobilisé les montants dans leur place définitive. Mais il fallait aussi changer un peu rincUnaison des montants pour amener la concordance des trous dans le sens horizontal ; encore un écart de quelques millimètres à faire disparaître. Autre artifice ingénieuxl
Il a été dit que les montants avaient été soutenus à partir de 26 mètres par des échafaudages. Le contact entre les échafaudages et les montants avait lieu par l'intermédiaire d une console en acier et d'une boite à sable. Or on avait monté les arbalétriers un peu moins inchnés qu'il ne Teût fallu, parce qu'on avait prévu un petit affaissement du soubassement qui ne s'est pas produit; il devenait nécessaire d'augmenter légèrement leur inclinaison. C'est ce qu'a permis de faire la boîte à sable. Qu'est-ce qu'une boîte à sable ? Un grand cylindre plein de sable surmonté d'un piston et portant à sa partie inférieure un trou bouché. L'arbalétrier appuyait sur la console en acier qui, ellemême, était soutenue par le piston de la boîte. On enleva le bouchon ; du sable s'écoula, le piston descendit laissant aller la console, et par suite l'arbalétrier, de la quantité nécessaire pour que les trous destinés aux rivets se recouvrent sans subir la moindre retouche.
On demandera peut-être pourquoi, au lieu d'avoir recours à cette opération de précision, on ne s'est pas avisé de percer de nouveaux trous ? Le résultat n'eût plus été le même. Toutes les dimensions ont été calculées de façon que les pressions se répartissent uniformément sur chaque montant et sur les socles de
fondation, et la concordance des trous impliquait régale inclinaison des montants et forcément fournissait la preuve de Tégale répartition cherchée. C'était un réglage et un contrôle.
Les quatre poutres de ceinture établies sur les quatre faces de la tour, les montants se trouvèrent fixés et réquilibre définitif obtenu. Le plus difficile était fait. On continua le montage des arbalétriers, et à 55 mètres on construisit une seconde ceinture de poutres horizontales. Avec cette double ceinture de poutres reUées par des pièces de fer entre-croisées, la base de la tour est inébranlable. On éleva sur cette seconde ceinture un plancher. C'est le premier étage.
On continua le travail à peu près de la môme façon jusqu'au deuxième étage, à 115 mètres du sol. Les quatre grues d'élevage montèrent peu à peu le long des arbalétriers portant à pied d'oeuvre les pièces qui prenaient bientôt leur place dans l'ossature de la tour. Au delà, on n'utilisa plus que deux grues que Ton hissa le long d'un montant vertical formé par le guide central des ascenseurs supérieurs. Des relais d'élevage avaient été créés pour l'installation de locomobilesau deuxième étage et au plancher intermédiaire, situé à 200 mètres au-dessus du sol. La construction se fit avec plus de lenteur, mais sans difficulté jusqu'au sommet.
Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer que l'arc monumental qui fait voûte sur chaque façade de la tour ne porte rien, comme on tendrait à le supposer ; il est porté au contraire, c'est un simple décor. Chacun de ces grands arcs a été placé à la fin des travaux uniquement au point de vue architectural.
La stabilité de l'édifice est certaine. C'est vainement
que les voisins de la tour ont mesuré le chemin qu'elle parcourrait abattue par un coup de vent. La forme de la tour, nous Tavons fait remarquer déjà, n'est pas due au caprice de Tarclntecte. Elle a été calculée de façon ^ pouvoir résister à un vent exerçant une pression anormale de 400 kilogrammes au mètre carré, soit une pression de 3 millions de kilograi^mcs pour la tour entière. A Paris, jamais la force du vent n'a dépassé 150 kilogrammes ; il reste donc 250 kilogrammes de marge. Si jamais dans nos parages la force du vent approchait de 400 kilogrammes, bien peu d'édifices parisiens résisteraient. Si un monument doit résister au vent, c'est précisément la tour Eiffel.
Le poids total des fers et fontes entrant dans la tour est d'environ 7,300,000 kilogrammes sans compter les caissons de fondation. Le poids total, avec les accessoires, planchers, etc., dépasse 9 millions de kilogr. En gros, on compte 3,500,000 kilogr. jusqu'au premier étage, 1 million de kilogr. du premier au deuxième, 2 millions de kilogr. du deuxième au troisième, 1 demimillion de kilogr. pour l'extrémité avec le campanile. . Les travaux préparatoires ont été considérables. La tour a été divisée en 27 panneaux ; chaque panneau a donné lieu à une épure distincte, qui elle-même a été subdivisée en un grand nombre de dessins géométriques, dont toutes les dimensions ont été calculées à l'aide des logarithmes à une fraction de millimètre près. On a ensuite dû fabriquer 1:2,000 pièces métalliques, chaque pièce ayant son dessin spécial avec la position et l'ouverture des trous destinés aux rivets. Les épures comportent 500 dessins d'ingénieur pour le reste des 27 panneaux, 2,500 feuilles de dessin d'a-
telier de 1 mètre de longueur sur 80 centimètres de hauteur. 40 dessinateurs et calculateurs de Tusine Eiffel ont travaillé sans relâche pendant deux ans.
Les plaques de tôle destinées à Tassemblage des pièces métalliques ont été percées de trous à Levallois-Perret. Le nombre de ces trous atteint 7 millions. L'épaisseur des plaques étant en moyenne de 1 centimètre, les trous placés bout à bout formeraient un tube de 70 kilomètres de longueur. Les rivets sont au nombre de 2,000,500 et pèsent au total 450,000 kilogrammes*
La dépense a atteint 6,500,000 francs.
Francs.
Fondations, maçonnerie, soubassements. . . . 900,000
Montage métallique, fers, octroi 3,800,000
Peinture (4 couches, dont 2 au miniuml. . . . 200,000
Ascenseurs et machines 1,200,000
Restaurants, décorations, installations diverses. 400,000
Total 6,500,000
Le prix de re\ient n*est pas énorme : le kilo de fer mis en place ressort à 57 centimes ; le kilo de la construction terminée et agencée ressort à 74 centimes en\iron.
Le constructeur de la tour a reçu de TÉtat deux subventions ; on lui a accordé sur les crédits de l'Exposition 1,500,000 francs; on lui a donné en outre le privilège d'exploiter la tour pendant l'Exposition ; après la clôture, l'État cédera la tour à la Ville de Paris qui a concédé le terrain, et celle-ci en laissera encore l'exploitation au constructeur pendant vingt ans.
Nous venons d'esquisser la tour pendant la période de construction. Pour terminer, il nous reste à parler de la tour dans son état actuel, enfin des ascenseurs, des étages et du phare.
(suitk)
La tour de 300 mètres. — Ascension de la tour. — Les escaliers. — Ascenseurs hydrauliques. — Ascenseur Combaluzior, du premier étage. — Ascenseur américain Otis, du deuxième étage. — • Ascenseur Edoux pour le troisième étage. — Premier étage : les restaurants, les cuisines, les kiosques, le promenoir. — Deuxième plate-forme. — Plancher intermédiaire. — Troisième plate-forme vitrée. — Les chambres, le campanile. — Le phare, les projecteurs électriques. — Portée de 200 kilomctres du rayon électrique. — L'usine mécanique de la tour. — La terrasse tenninale.
OU S avons décrit la tour pendant les travaux ; il nous reste à la visiter dans son état actuel et à suivre la foule qui se presse à tous ses étages.
On peut faire Tascension avec ses jambes. C'est le moyen le plus certain d'arriver vite au premier étage, car les ascenseurs sont envahis parles visiteurs et il faut quelquefois attendre son tour avec patience pendant de longs quarts d'heure. Il existe, du reste, des escaliers très doux dans les piles. Par des motifs d'ordre, on a livré seulement au public, pour la montée, l'esca-
lier de la pile Ouest n* i), et, pour la descente, l'escalier de la pile opposée, pile Est (n* j . Eu sept minutes, sans se presser, on gnxii les 3fi0 marclies de 1 mètre de largeur de cet escalier coupé par de oombreux paliers ; c'est fomme si l'on moDtait 3 fois de suite au cinquième étage d'une maison parisienne. La première plate-forme se trouvant à S7 / mètres, un homme
Z' du poids de73 Icilo-
gramnies effectue, pendant la montée "" en dix minutes,
*,300 kilogrammètres, soit 7 kilogrammélre« S par scconde.le dixième du travaild'un cheval-\'ape «r , travail
F».î89.-E«»lierdH.To«rKiffelcot.d«i>aD, ^'èS Supportable.
du 1- BU »■ *tage. Du premicrétage
au deuxième, les quatre escaliers sont livrés au public, deux pour la montée, deux pour la descente ; les escaliers montants sont dans les piles Sud et Nord. Cet escalier est beaucoup plus raide que le précédent; il est en hélice et sans paliers, il a 380 marches; il faut 8 à 9 minutes pour le gravir.
Enfin, du deuxième étage & la troisième plate-forme, existe encore un autre escalier installé au milieu de.la tour ; il tourne en hélice et il a 1 ,062 marches ; il n'est pas mis en ce moment à la disposition du public ; c'est un escalier de service affecté à l'exploitation. De la base au sommet, pour monter à pied, U est nécessaire de franchir 1 ,792 marches. Les escaliers du premier et du deuxième étage peuvent donner passage à environ 2,000 personnes Jt l'heure.
- Les personnes qu'effraie lamontée à pied sont obhgées d'attendre les ascenseur 3. Il en existe & : quatre ascenseurs du pied de la tour au pre-
. Fio. 290. — Aacenienr Roui, Comb&Liuier
mier et au deu- ei upape.
xièma, un ascenseur de la deuxième h la troisième plate-forme. Dans les piles Est et Ouest, n° 2 et n° i, sont installés les ascenseurs Roux, Combaluzier et Lepapo ; dans les piles Nord et Sud, les ascenseurs américains Otis. La marche de ces ascenseurs a été réglée comme suit, au moins cette année : les ascenseurs Combaluzier desservent uniquement le premier étage par les piles Est et Ouest. L'ascenseur Otls, de la pile Nord, va directement au deuxième étage; l'ascenseur Otis, de la pile Sud, va uniquement du premier étage au deuxième étage.
L'ascenseur Roux, CombaluKier et Lepape est d'un fonctionnement très sûr. Tous les ascenseurs imagiuables ne peuvent se rapporter qu'à deux types. Ou la cage est soulevée de bas en haut par un piston qui s'élève, ou elle est entraînée par des câbles de suspension, comme les bennes des puits de mines. Le dispositif Roux et Combaluzier appartient an premier type; l'ascenseur Otis, au deuxième type. La cage Roux et Combaluzier est poussée en avant par deux pistons latéraux, l'un à droite, l'autre à gauche, le long des montants inclinés du pied de la tour. Hais ce»
montants n'ayant pa»
partout une inclinaison égale, on ne pouvait se 8er\-ir comme d'habitude
Fio. Ml et »î. - ABcen«oiir Combslu- de piStOUS d'uue SeulO
piaiouB?" ^ " ""sfiouf- «'OB es pj|\(.e; il fallait bien que chaque piston épousât eu route les changements de direction des montants- MM. Roux et Combaluzier ont eu l'idée de créer ud piston souple, en le composant de tiges de fer forgé de 1 mètre de long, articulées les unes avec les autres un peu comme les maillons d'une grosse chaîne. Ces tiges articulées progressent dans des gaines en tôle qui portent dans toute leur lon^eur une rainure latérale pour laisser passer les points d'attache de la cabine à chaque piston articulé. Ainsi la cage est fixée, à droite, i un piston articulé; à gauche, à un piston articulé; si bien que les deux pistons s'élevant dans leur gaine.
il faut bien que la cage s'élève avec eux jusqu'^au point d'arrivée.
Chacun de ces pistons articulés représente, à vrai dire, une véritable chaîne sans fin. Chaque brin propulseur s'appuie, au premier étage, sur une poulie et se prolonge en redescendant jusqu'au rez-de-chaussée, pour s'enrouler sur une grande roue à empreintes qui reçoit les maillons. Si la roue motrice tourne, elle pousse chaque brin ascendant ; si elle tourne en sens inverse, eUe ramène chaque brin dans sa position première, faisant du même coup redescendre la cage.
Le mouvement est communiqué à la roue par une machine hydraulique. Deux gros pistons horizontaux peuvent aller et venir dans leur cylindre ; ils reçoivent, tantôt sur une face, tantôt sur Tautre, de l'eau qui provient d'un réserv'oir installé au deuxième étage, à 115 mètres. Cette eau, sous une pression de plus de 11 atmosphères, pousse le piston au gré du mécanicien, soit en avant, soit en arrière, et la roue ellemême tourne soit pour faire monter la cage, soit pour la faire descendre. Des engrenages multiplient la course des pistons hydrauliques de façon que, lorsqu'ils se déplacent de 1 mètre, la chaîne se déplace de 13 mètres. La course des pistons est d'un peu plus de 4 mètres. Quand ils ont fait progresser de leurs quatre mètres, les chaînes de la cage ont effectué leur pai»cours de 57 mètres.
Il n'y a qu'une cabine dans chaque pile. Cette cabine est à deux étages ; le compartiment du bas est de plainpied avec le sol; on parvient à celui du dessus par un escalier de fer et une plate-forme. La cabine porte des banquettes rangées transversalement. On peut tenir
très facilement 60 personnes ; on pourrait en emporter 80 à 90. Et l'on effectue douze voyages par heure. L'ascension se fait avec une vitesse d'environ 1 mètre par seconde, par conséquent en une minute du rezde-chaussée au premier étage.
Cet ascenseur, s'il marchait continuellement, pourrait donc élever par jour, de dix heures du matin à dix heures du soir, au taux de 720 personnes à l'heure, 8,6*0 visiteurs. Il nous parait à l'abri des accidents, car si un pistou articulé se rompait, comme il est pris dans sa gaine, la cabine en serait quitte pour rester sur place.
^«.iidumfcïJ.'iMZwfiiMir" ^ système amé-
ricain Otis est très répandu ii New- York. 11 est fondé sur le principe de la moufle. La cabine, guidée par des roulettes sur les montants inclinés de la tour, s'élève entraînée tout bonnement par des cftbles. Mais il va de soi qu'il ne serait pas commode, en pratique, de déplacer sur un rouleau une longueur de 113 métrés de câbles pour parvenir au deuxième étage ; on a recours à un artifice poor obtenir avec une petite coursedu moteur l'énorme course de 1 IS métrés des câbles de suspension. Le long
d'un des montants inclinés, on a disposé un cylindre hydraulique avec piston d'une longueur de 11 mètres. L'eau du grand réservoir du deuxième étage arrive à volonté sur l'une des faces du piston pour le faire progresser ou descendre. Pour hisser la cabine, on donne au piston un mouvement ascendant. Celuici agit sur un chariot mobile qui supporte sbc grandes pouUes de 1",40 de diamètre reliées successivement par le cftble ascenseur à si\ grandes poulies fixes semblables installées au deuxième étage.
On a ainsi un palan gigantesque
moufle à 12 brins. '■■>'>■ «'■ - A»eïu«i-nr on,, cmii...
Chaque mouvement d'élévation du piston se trouve multiplié par l'action de la moufle dans la proportion de I à 12. Lorsque le piston hydrauhque a parcouru ses 10 mètres, le câble moufle a fait au moins ses [115 mètres, et la cabine est arrivée au deuxième étage.
La cabine est & deux, compartiments superposés et analogue à celle du précédent ascenseur. Elle porte un contrepoids et un frein de sûreté à mâchoires, de
telle sorte que si Tun des câbles se brisait, le frein ferait mordre ses tenailles dans les montants et arrêterait la cabine sur place. L'expérience en a été faite à vide et le frein a bien fonctionné. Les câbles de soutien sont au nombre de six, dont deux reliés au contrepoids lui-môme muni d'un frein. Un seul de ces câbles pourrait soutenir sans se rompre le poids de la cabine et des voyageurs.
La cabine Otis ne transporte jusqu'au deuxième étage [qu'environ 30 à 35 \isiteurs par voyage, mais comme elle s'élève avec une vitesse d'environ 2 mètres t\la seconde, double de celle de la cabine Roux et Combaluzier, elle peut faire encore 12 voyages en une heure et transporter par journée 4,320 personnes.
Ou a augmenté dans le courant de Tété la section des câbles et les cabines Otis pourront transporter jusqu'à 45 visiteurs à la fois. *
Les quatre ascenseurs du bas peuvent donc monter au moins, tant au premier qu'au deuxième étage, environ 25,000 visiteurs par jour ou un peu plus de 2,000 visiteurs par heure.
Du deuxième au troisième étage, il n'y a plus qu'un ascenseur, l'ascenseur hydi*aulique vertical Edoux, bien connu à Paris. Ordinairement, dans ce système, la cabine monte soulevée par un piston logé dans une gaine ; le piston est poussé de bas en haut par de l'eau sous pression. L'ascenseur du Trocadéro est de ce type ; le piston a la hauteur considérable de 65 mètres. Il va de soi que l'on ne pouvait songer à faire un piston de 160 mètres de haut pour élever les visiteurs du deuxième au troisième étage. M. Edoux a tourné la difliculté ingénieusement. Entre la deuxième et la
LA. TOUR DE lOU METRES. *t5
troisième plate-formo. à 19S métrés de hauteur, il
existe un plancher intermédiaire. Le constructeur a établi à ce niveau une cabine reliée non pas à un seul
piston, mais par précaution à deux pistons qui plongent chacun isolément dans une gaine montant du deuxième au plancher intermédiaire. La cabine affleure
r/anc/ier </u ^^tsg'e
^ii.
pwc^
F|o. 296 à 208. — Tour Eiffel. Ascenseur Edoux.
par conséquent le plancher ; les deux pistons verticaux parallèles disparaissent dans leur gaine de 80 mètres de hauteur. On fait arriver au deuxième étage, sous
les pistons, de l'eau provenant d'un réservoir de 20,000 litres installé à la partie supérieure de la tour. Cette eau, sous pression, tendant à reprendre son niveau, soulève les deux pistons et avec eux la cabine,
.qui quitte le plancher intermédiaire et monte guidée entre deux montants de la tour. Quand les deux pistons sont arrivés k bout de course, ils ont parcouru 80 mètres et la cabine est parvenue au troisième étage & la
-hauteur de 275mè-
■ fres.
Voilà pour aller du plancher intermédiaire à la troisième plate-forme; mais maintenant, pour aller du deuxième, de la hauteurlI3mètres,au
plancher intermé- fio- »99. — Aicunseur Edoux,
diaire, 193 mètres? ■'■"'■•'«■^•-■■"''"«i-p™" ■"""!'"•■'' a-fl.i->. Comment fait-on?
C'est très simple. La cabine montante a été reliée par un système de cibles et de poulies de renvoi ù une seconde cabine qui peut circuler, guidée entre
' deux autres montants parallèles aux premiers, entre le deuxième étage et le plancher intermédiaire. Quand la cabine motrice redescend de la plate-forme supérieure, elle entraine par les câbles de suspension la cabine remorquée qui quitte le second étage et s'élève. Quand l'une est revenue à son point de départ, l'autre est arrivée au plancher. Les voyageurs quittent l'une pourmonterdans l'autre : il y a transbordement. La
cabiae montante s'élève emportant ses nouveaux voyageiu*s, et la cabine descendante ramène jusqu'au deuxième étage ceux qui avaient précédemment monté jusqu'à la troisième plate-forme. La cabine remorquée fait en même temps contrepoids à la cabine motrice. Par cet artifice on franchit, avec relais intermédiaire, 160 mètres de hauteur.
La cabine Edoux n'a pas de banquettes ; on reste debout; elle a 14 mètres carrés et 63 personnes environ peuvent y tenir. On compte 4 minutes d'ascension pour franchir les 160 mètres, une minute pour le transbordement, soit au moins 5 minutes pour le voyage. On fait environ 8 voyages à l'heure, et Ton transporte un peu moins de 600 personnes, ce qui fait par jour environ 6,000 visiteurs, le tiers à peine des visiteurs de la tour quand il y a certaine affluence* H existe pour cet ascenseur un frein énergique du système Bachmann qui, en cas de rupture des câbles, arrêterait sur place la cabine.
Le mouvement d'ascension est très doux dans tous les ascenseurs de la tour. Dans les ascenseurs du bas, les banquettes sont très inchnées du rez-de-chaussée au premier étage ; Tinchnaison change du premier au deuxième étage et les banquettes se redressent, de sorte que les ascensionnistes changent eux-mêmes automatiquement de position. On n'éprouve pas de vertige, puisqu'on est enfermé dans une véritable cabine. L'ascenseur Edoux donne la sensation d'une ascension en ballon captif; quand le vent ne fait pas fouetter les câbles de suspension, on n'éprouve aucun ballottement, aucune trépidation, et, par les portières de la cabine, on voit s'abaisser rapidement la terre; les
grandies charpentes de la tour descendent à mesure que Ton monte, par une illusion d'optique ; en même temps Thorizon fuit et s'agrandit. Le coup d'œil offre de l'intérêt.
Arrêtons-nous au premier étage, exactement à 57", 63 au-dessus du sol. Ce premier étage forme un grand carré de 70 mètres de côté. Le plancher, qui a une surface de 4,200 mètres, ne s'étend pas dans toute son étendue; il y a un trou énorme de 200 mètres carrés au centre, par lequel l'œil peut plonger jusqu'au sol. La galerie intérieure qui limite cette ouverture béante est très curieuse à parcourir. On voit en raccourci circuler sur le sol, dans le jardin, les innombrables visiteurs de l'Exposition; ils commencent déjà à être bien petits. La galerie couverte extérieure à arcades dorées forme \m promenoir de 2",60 de largeur et de 280 mètres de développement.
Au premier étage, l'architecte de la tour, M. Sauvestre, a construit quatre grands restaurants qui peuvent contenir environ 500 personnes. Le restaurant français, le bar flamand, le restaurant russe, le bar anglo-américain. Chaque construction est en bois, très élégante, et rappelle, par son style à l'intérieur, l'architecture du pays qu'elle doit représenter.
Les cuisines et les caves sont en contre-bas, juchées comme de grands nids dans les branches de fer de la tour. Les provisions montent par les ascenseurs. On peut élever à chaque]voyage 3,000 kilogrammes. Chacim de ces établissements a son caractère propre, et l'on peut goûter à volonté des aliments russes, flamands et anglais. Du reste, le premier étage constitue ime toute petite ville avec ses restaurants, ses marchands de
m CAUSERIES SCIENTIFIQUES.
curiosités ; on se croirait dans uae ville d'eaux : marchands de médailles, de tours Eiffel, marchands de journaux, de gravures, marchands de tait fort bien y passer sa journée it le bon plaisir des ascenseurs.
oniloltantey est considérable.
D'après notre petite enquête, le bar flamand reçoit en moyenne 2,000 personnes par jour; le restaurant français donne environ 600 à 700 déjeuners et dîners, les restaurants russes et anglais SOO à 600.11 y a des ^ens qui s'installent là du matin au soir. D'autres qui ivahissent le promenoir Nord :s 7 heures, pour contempler â fontaines lumineuses, qui nt d'ailleurs moins belles d'en lut que d'en bas, puisque la rspective abaisse les gerbes et i aplatit.
Passons au deuxième étage. La conde plate-forme est à H5",73 300- - Ln marrhanJ, 1" tagf. ^^ ^ol ; elle a 30 mèlres de cOté et elle a 1,400 métrés carrés de surface ; elle est entourée d'un promenoir qui a 2", 60 de largeur et 120 mètres de développement. Elle est encombrée de petites constructions en bois, de kiosques pour les tickets du troisième étage. C'est là que se trouvent l'imprimerie et les bureaux
LA TOUR DE 300 METRES. Hl
du Pelit Figaro de la tour avec les registres où le public inscrit son nom. On y rencontre très souvent Tartarin. Pour être juste, il faut ajouter que tous les
princes qui ont fait l'ascenseur de la tour ont. aussi ap-
posé leur signature, de[>uia le roi roi Salifou, aux princes sénégalj vrai livre d'or que ce registre du Fi
de Grèce jusqu'au
etc. Ce sera un
igaro. Il y a grande
affluence en général, car on peut considérer cette plate-forme comme une véritable gare de transbordement. Les visiteurs attendent Tarrivée de l'ascenseur du premier pour redescendre, ou celle de Tascenseur du troisième pour monter.
En quelques minutes, on atteint avec l'ascenseur Edoux la troisième plate-forme. Tout le centre de cette plate-forme est occupé par une construction inaccessible au public ; mais tout autour règne un grand promenoir de 16 mètres de côté qui peut donner place à environ 500 personnes. Cette galerie est couverte et garnie latéralement de châssis mobiles que l'on ferme par les grands vents. On est alors dans une grande salle close et Ton voit Thorizon à travers les vitres.
Le public ne va pas au delà de cette plate-forme vitrée. L'ascension s'arrête là. La partie centrale delà troisième plate-forme est occupée, comme nous l'avons dit, par une construction. Nous ouvrons une porte et nous prenons un petit escalier tournajit. Dix marches à franchir. Nous sommes dans une grande salle circulaire que l'on a partagée en chambres par des cloisons. Le plancher forme le plafond de la salle inférieure où se promène le public.
Les chambres succèdent aux chambres, à ce nouvel étage ; les unes sont grandes, les autres petites ; toutes de forme irrégulière. On lit sur les portes : Biologie, Physiologie, Météorologie, etc. Ce qui indique suffisamment leur destination. M. Eiffel s'est réservé la plus grande pour son usage particulier. A droite une cheminée au gaz, en face une large table, au fond un canapé; au-dessus une belle glace ornée d'une guirlande
de roses peinte par un artiste russe; le long de la muraille un piano Pleyel, à côté un téléphone ; plus loin, un joli buffet-bibliothèque, des lustres avec lampes Edison, etc. C'est dans cette chambre que M. Eiffel et M. Salles ont reçu M. le Président de la République quand il a fait l'ascension de la tour jusqu'au di^apeau. Un lunch y avait été servi. Depuis, l'appartement réservé de M. Eiffel est devenu le lieu de repos des ascensionnistes de marque, depuis le roi de Grèce, le duc de Bragance, le duc de Cambridge, etc., jusqu'à M. Edison. Le phonographe Edison a même fonctionné, à cette hauteur, et reproduit un concert organisé par M. Lyon, avec Taffanel, etc. Le phonographe fait merveille même à 280 mètres au-dessus de la terre ferme.
Les autres pièces sont destinées à des cabinets de physique, d'astronomie, à des laboratoires de microbiologie et de physiologie. Par le§ temps calmes, on sera très à l'aise pour travailler là-haut. Plusieurs portes de cet appartement ouvrent de plain-pied sur une vaste terrasse circulaire munie d'un garde-fou. Quelques pas, en effet, et l'on trouve le vide. C'est un balcon à 280 mètres de hauteur. Sur ce balcon court un petit chemin de fer sur lequel se déplacent chaque soir les ileux projecteurs électriques Mangin, qui envoient dans toutes les directions leurs grands rayons lumineux.
En levant la tête, on voit au-dessus de soi la partie terminale de la tour, qui a encore plus de 20 mètres de haut, une maison de Paris. Quatre grands caissons en treillis se courbent au-dessus de nous et forment <iuatre arceaux rigides orientés suivant les diagonales
de la section carrée de la tour. Ces arceaux supportent le phare et la terrasse du sommet. Ouvrons do nouveau une porte : elle conduit, par un petit escalier, à une plate-forme formée par la toiture de l'appartement de M. Eiffel. De cette plate-forme part un escalier on spirale qui contourne un gros tuyau par lequel on peut encore monter de l'intérieur jusqu'au phare, si le vent est trop fort. Cet escalier n'est pas, en effet, accessible au premier venu, surtout par forte brise. Au bout de l'escalier, encore le tuyau, puis le phare !
Nous sommes-dans une cage de verre, avec une température tropicale. Au milieu, une puissante lampe électrique automatique; autour des lentilles à échelons, deux systèmes optiques superposés ; en haut, des verres dioptriques destinés à porter la lumière très loin ; au-dessous, des verres catadioptriques produisant la réflexion totale. Le tambour diop trique supérieur multiplie l'intensité du foyer lumineux par 13. La lampe électrique donne 5,500 carcels. Le système optique supérieur fait donc passer l'intensité à 70,000 carcels. Le système catadioptrique inférieur, étant destiné aux petites distances, multiplie la lumière dans des proportions moindres.
La lumière qu'envoient ces anneaux de verre taillé superposés est graduée suivant la distance; elle ne commence à être vue qu'au delà de 1,500 mètres de la tour, qu'à partir de la place de la Concorde par exemple, de telle sorte que l'intensité visible à Paris dans les éclats du phare est de 24, 146 carcels à 1,503 mètres de la tour; elle passe à 64,474 carcels à 1,850 mètres, à 86,711 carcels à 2,194 mètres, enfin à 99,283 car-
LA TOUR DE 3U0 MliTRES.
cels & 3,500 mètres. Le tambour dioptrique supérieur ne commence à signaler son action qu'à la distance d'mie lieue (4,120 mètres). Son intensité est de 69,398 carcels pour le feu fixe et quand on produit des éclats de &16,T61 carcels. La portée du phare en ligne droite est de 200 kilomètres.
Le système optiqueestflxe.
Autour des tambours deverre peut tourner une couronne .
mobile (jui porte des lames verticales de verre bleu , blanc, rouge. Les rayons qui passent à travers ces verres ont donc les couleurs nationales et nous voyons le phare successivement bleu, blanc et rouge. La couronne mobile est entraînée à la vitesse de 90 secondes par toor au moyen d'un petit moteur électrique gros comme le poing. Toute cette belle installation est due à MM. Sautter-Lemonnier.
L'arc électrique de la lampe est alimenté par un courant de 100 ampères. Cet arc
aveugle et il ne faut pas le regarder longtemps. Les charbons entre lesquels il éclate sont énormes. Ils ont trois bons centimètres de diamètre. Le chef du service électrique a bien voulu nous remettre à titre d'échantillon un des bouts de charbon qui avait servi la veille. Le courant est envoyé du bas par un câble conducteur. L'électricité est produite par des dynamos installées dans le pilier Sud.
Il existe, en eifet, à Tintérieur de ce pilier, une véritable usine, machines à vapeur pour les dynamos, machines actionnant les pompes destinées à monter l'eau aux étages de la tour pour le service des ascenseurs, etc. On produit dans ce pilier plus de 600 chevaux-vapeur pour assurer la marche des pompes et des dynamos. Deux moteurs du système Wheelock, de 150 chevaux chacun, actionnent une pompe à double effet, qui élève à 120 mètres Tcau emmagasinée dans un immense réservoir creusé sous la salle des machines. Cette eau, après avoir servi pour les ascenseurs, est de nouveau ramenée au réservoir. Deux machines Worthington, de 100 chevaux chacune,' élèvent Teau jusqu'au plancher intermédiaire pour l'ascenseur Edoux. Deux autres moteurs font fonctionner les dynamos. Quatre autres actionnent les pompes à air des condenseurs de ces machines. Enfin deux dernières machines à vapeur assurent l'alimentation des générateurs. Au total, il y a donc 12 machines à vapeur. Les chaudières sont au nombre de quatre et du système Collet. C'est donc une usine gigantesque qui est établie au pied de la tour.
Lesgrandes traînées lumineuses quibalaienttoutrhorizon de Paris ne viennent pas du phare, mais bien des
. TOUR DE 300 MKTRES.
deux projecteurs Mangiii placés au-dessous. Ces projecteurs,construitspar MM. Sauttor-Lemonnifr.ont 90 cen-
timëlrcs^de diamèlre ; ils sont montras sur aiïùt et sur roues. Le sysU>me optique est formé par un miroir
*28 CAUSËltlES SCIENTIFIQUES.
aplanétique ; le foyer lumineux, placé très près du miroir, est une lampe à arc de même intensité que celle du phare ; les charbons sont inclinés k 45° ; ils sont encore plus gros que ceux du phare ; ils ont i centi-
mètres. On peut manœuvrer le projecteur dans tous les sens et on peut l'incliner de façon à envoyer le rayon <i 250 mètres seulement de la tour. Comme le rayon projeté est très limité en surface, il acquiert une grande puissance. Son intensité moyenne, d'après les constructeurs, est de 0 à 8 millions de becs Garcel. C'est la projection lumineuse la plus intense que l'on.
ait jamais produite. Quand le rayon tombe sur un objet,.il l'éclairc comme le 'soleil en plein midi. De la
tour, avec une lunette, on peut distinguer, à il kilomètres, les objets sur lesquels il tombe. On sait que ces projecteurs sont analo^es & ceux dont on se sert dans
1.1 marine pour surveiller les côtes et les torpilleurs. Nous quittons le phare, l'ascension n'est pas finie ;
du phare au sommet il y a encore plusieurs mètres de hauteur. Nous franchissons quatre ou cinq marches d"un petit escalier qui vient aboutir devant une ouverture percée dans le tuyau de 80 centimètres de diamtitre, un vrai tuyau de paquebot. Nous avançons la tête ; au-dessous, un trou béant qui se perd dans l'obscurité; on distingue mal le fond ; en haut, & quelques mi'rtres, on voit le jour par un tiou ouvert. Des barreaux implantés dans la paroi du tuyau servent déchelle.
Montons toujours. Encore quelques échelons et c'est fini! Un coup de jarret et nous sortons du trou. C'est le sommet entouré d'une petite balustrade.
II faisait trop chaud tout i l'heure dans le phare; ici le
Fio 307 — Vuo intérienro ^'^"^^ ^^^ VioIent. Il BOUffle fort
de la capo du pharo et en haut. La vîtcsse est souvent icrrasse ifirmina c. triple de ce qu'elle est en bas.
Le drapeau ondule au bout de sa hampe et fouette l'air; il est déchiqueté et c'est le second que l'on fixe ù la hampe depuis l'ouverture. Un petit anémomètre Robinson tourne avec rapidité et envoie télégraphiquement en bas la vitesse du vent.