‹ Exposition universelle 1889;Chapitre 23 sur 40 · METRES · texte numérisé non relu

METRES

Plus tard, tous les instruments enregistreurs , installés au sommet, seront reliés électriquement au Bureau central météorologique. La terrasse a l^.SO de diamètre'. On est là isolé comme dans la nacelle d'un ballon. La vue est magnillque.On n'entendplusrien, pas même les bruits de la troisième plate-forme ; seul le drapeau qui s'agite avec furie! On avait dit que l'extrémité de la tour pourrait bien oaciller comme le haut des grandes cheminées d'usine sous l'action des grandsvents. Celte fois, par bonne brise, nous ne sentons ni oscillation ni trépidation ; nous sommes bien immobiles dans l'espace. Toute la tour est rigide et droite comme un grand I. Seule la petite balustrade tremble un peu.

L'atmosphère n'est pas trèsclaire; cependant le regard porte encore loin. On a demandé souvent h quelle distance la vue pourrait s'é-

«2 CAL'SERIKS SCIENTIFIQUES.

-tendre du sommet de la tour. On a aperçu un jour, dans des conditions très favorables de transparence de l'air, la forêt de Lyons à 90 kilomètres de Paris. C'est exceptionnel ; tout dépend d'ailleurs de l'altitude des points situés à l'horizon; en général, avec nnc bonne lunette, le regard peut porter entre 65 et 80 kilomètres.Au sud-ouest on distingue la cathédrale de Chartres et derrière elle un sommet placé à 83 kilomètres au sud-est. On voit, en avant de Sens, un sommet situé à 88 kilomètres , Champignyle-Chapitre.

L'œil embrasse, en définitive , un cercle moyen de près do 130 kilomètres ; tout dépend des creux el des rclie/s, de Fio.3io.-ï-pia."-to™<.. If» hauteur du soleil canipauiio cl phare. quand on observc el des

circonstances atmosphériques. Le cercle ordinaire de visibilité embrasse Fontainebleau, Ëtampes, Pontoise, Chantilly, Melun, etc. Théoriquement,le rayon de IaTerreétantde6, 371, 000 mètres, le rayon du cercle de l'horizon, pour des régions unies et plates, est donné par le produitdu nom-

bre 3,571 mètres par la racine carrée de la hauteur du point où Ton observe, exprimée aussi en mètres (1). Sur une plaine unie, rœil placé à un mètre de hauteur embrasse un horizon de 3^571 mètres de toutes parts. A 300 mètres, si au loin le sol était uni et sans reliefs, on ne verrait pas au delà d'un cercle de 65 kilomètres, soit 130 kilomètres d'horizon. En réalité, comme le rayon visuel rencontre des sommets quelquefois voisins de 300 mètres, la vue s'étend beaucoup plus" loin.

Nous reproduisons le fac-similé d'une grande carte dressée avec soin par M. L. Mizon et Em. Tronquois, en tête de laquelle on lit : « Ce que l'on peut voir de la tour Ëiffbl. » On s'est servi pour la dresser des cartes d'État-Major et l'on a construit graphiquement la trajectoire visuelle au moyen d'une équation où l'on a fait entrer la sphéricité de la Terre et la réfraction atmosphérique pour des conditions moyennes de température et d'état hygrométrique. Sur cette carte il existe au sud-ouest im point visible à 107 kilomètres : c'est la distance maxima.

Ce n'est pas le moment de nous arrêter sur les observations scientifiques et sur les expériences que l'on pourra faire à cette hauteur. La tour s'élève directement comme une flèche ; rien ne la gêne ni à droite, ni à gauche ; son campanile est isolé comme la nacelle d'un ballon. On peut voir le ciel au-dessus de soi et exactement à la base le pied même de Ja verticale qui partira du sommet. La construction est donc unique et constituera un observatoire spécial également unique au monde. L'air, à ces hauteurs, est ordinairement

CE QU'ON PEUT VOIR Vfi

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pur. Les microbes, qui se comptent par milliers au mètre cube dans les rues, ne sont déjà plus qu'au nombre de 60 à la hauteur des tours Notre-Dame, à 66 mètres. Il sera intéressant de suivre leur dénombrement à 300 mètres, quand la foule ne montera plus si pressée à la tour et quand on pourra entreprendre des expériences sérieuses.

Il est inutile aussi de parler de la prétendue influence de la tour sur les orages et sur la pluie. Quand on est là-haut, perché sur cette minuscule terrasse, avec rétendue immense devant soi, on comprend vite, sans autre raisonnement, que le rôle de la tour est absolument nul. Ce n'est pas ce gros fil de fer dressé en l'air qui peut changer le cours des vents ni la tension électrique. La tour est elle-même son paratonnerre. On a muni la terrasse supérieure d'une tige avec pointe et sur la troisième plate-forme on adressé obliquement aussi quelques tiges à pointes. La foudre est tombée sur la tour pendant l'orage du 9 août avec un bruit formidable. Elle n'a occasionné aucun dégât. Les hommes de service sur la troisième plate-forme et dans le phare n'ont absolument rien ressenti. M. Mascart a donné à cet égard quelques détails qu'il a puisés lui-même dans le rapport de M. Poussât, chef du service électrique qui se trouvait sur la plate-forme supérieure au moment de l'orage.

La pointe de bronze avec bout de platine qui terminait la tige centrale, avait été enlevée quelques semaines auparavant parce qu'elle éprouvait des oscillations qui en faisaient craindre la chute. A 9 heures 40 minutes, une décharge eut lieu sur le paratonnerre du sommet; elle fut accompagnée d'un

bruit épouvantable analogue à la détonation de deux pièces d'artillerie de petit calibre, quelques gouttelettes rouges se sont détachées de la pointe; elles étaient dues probablement à la combustion dans Tair de parcelles de fer volatilisées. On a remarqué, en effet, que Técrou qui terminait l,a tige, portait de petites bavures qu'il a été nécessaire de limer pour remonter une aigrette de pointes. Sur les paratonnerres de la plate-forme, on aperçut à diverses reprises des fusées lumineuses accompagnées d'un crépitement très manifeste. Le gardien du phare était près de son appareil ; deux hommes manœuvraient les projecteurs sur la plate-forme et M. Foussat était lui-même adossé à la rampe, regardant le paratonnerre central. Aucune de ces quatre personnes n'a éi)rouvé la moindre secousse au moment du coup de foudre. Cependant, à cause de l'abondance de la pluie et de la possibilité d'un danger dans le cas d'une nouvelle décharge, les projecteurs furent éteints et les trois personnes restées sur la terrasse, rentrèrent dans les laboratoires. Un nuage descendu alors jusqu'à la hauteur du phare fut trouvé vivement éclairé. C'est sans doute à cette dernière circonstance qu'est due l'impression éprouvée par certaines personnes situées à quelque distance dans Paris, que le sommet de la tour après l'éclair paraissait enveloppé d'une lueur électrique tellement éclatante qu'elle a éclipsé la lumière des projecteurs.

Les instruments météorologiques placés au bas de la Tour. n'ont subi aucun dommage. Ce coup de foudre est en somme conforme à tous les faits connus ; il montre que la communication de la tour avec le

sol est parfaite et que la sécurité dans Tédifice parait absolue.

U nous faut bien limiter cette description rapide, et cependant déjà trop longue.

L'impression que laisse ce monument hardi est de celles que l'on n'oublie pas. La tour de 300 mètres marque une étape dans Thistoire des constructions métalliques. C'est bien l'expression très significative de l'état actuel des tendances nouvelles de l'art du constructeur. La grande tour nous restera aussi comme un témoignage imposant des progrès de l'industrie contemporaine.

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