VINGT-NEUVIEME ANNEE
Avant l'ouverture. — Les préliminaires. — Détails rétrospectifs.
— Do 1884 à 1889. — La date du Centenaire. — Période d'études. — Commissariat, direction. — Les dépenses en 1867 et en 1818. — Les crédits poui- J1889. — L'État, la Ville et l'Association de garantie. — Nouvelle combinaison. — Les bons de l'Exposition. — Période d'exécution. — Classiftcation et groupement des produits. — Les comités d'admission et d'installation. — Les exposants et les visiteurs en 1867, 1878 et 1889. — Surfaces couvertes. — L'enceinte do 1889. — Dimensions, superficie. — Trocadéro, quai d'Orsay, esplanade des Invalides.
— Les palais du Cliamp-de-Mars. — Plan général. — Innovations. — Caractère des nouvelles constructions. — Les travaux.
— Prix d'exécution. -^ Nations étrangères. — L'ouverture.
E 10 novembre 1884, le Journal officiel publiait le décret suivant :
« Art. 1®'. — Une Exposition universelle des produits s'ouvrira h Paris le 3 mai 1889 et sera close le 31 octobre suivant. —
>s de Uniiro en 1859.
Art. 2. Les produits de toutes les nations seront admis à cette Exposition. »
^ Ce décret en date du 8 novembre était précédé d'un rapport de M. Maurice Rouvier, alors ministre du comii^erce, à M. le Président de la République. Le ministre rappelait que la République avait institué la première Exposition de Tindustrie française en i798. La France a déjà vu quatorze Expositions ; pendant la première moitié du siècle, elles furent exclusivement nationales ; c'est en 1855 qu'eut lieu la première Exposition internationale de Paris. Depuis, ces grands concours se sont renouvelés à échéance à peu près fixe tous les 11 ou 12 ans : 1855, 1867, 1878. La date de 1889 était par cela même tout indiquée ; elle venait à son heure, et, dit le ministre, « elle était d'autant plus indiquée qu'elle coïncidait avec le Centenaire d'une hégire chère au patriotisme français ». On aurait pu ajouter que 1889 marquait l'anniversaire d'une époque importante dans l'histoire des progrès de la science et de l'industrie. C'est effectivement autour de l'année 1889 que Volta et Galvani jetaient les fondements de la science électrique ; que Fulton prenait ses premiers brevets ; Vaucanson établissait à Lyon le premier métier perfectionné du système Jacquard, Oberkampf installait la première manufacture de toiles peintes, Philippe de Girard inventait la machine à filer le lin ; à la même époque encore les frères Montgolfier s'élevaient dans les airs. 1789 est donc une date scientifique.
L'Exposition de 1867 avait été décidée en 1863 ; celle de 1878, seulement en 1876 ; l'expérience avait montré que ce délai était insuffisant pour mener à boime fin une entreprise aussi considérable. Aussi le ministre
EXPOSITION UNMVERSELLE DE 1889. 5
faisait remarquer qu'un intervalle de quatre années n'était pas de trop pour réaliser l'Exposition prochaine. La période d'exécution implique toujours une période de préparation et d'organisation. Aussi, après le décret relatif à l'Exposition, parut immédiatement un décret constituant une commission consultative sous la présidence de M. Antonin Proust. Dans un rapport au ministre, publié le 14 mars 1885, le président delà commission définit ainsi le concours de 1889 : « L'Ex-r position prochaine aura le caractère d'une exposition centennale, résumant ce que la liberté du travail inaugurée en 1789, — date économique en même temps que date politique, — a produit de progrès au cours du siècle qui vient de s'écouler. C'est à l'examen, de la situation économique universelle que sont conviées toutes les nations. » Tels sont, brièvement, les origines de l'Exposition qui va s'ouvrir à Paris dans quelques jours,
A vrai dire, c'est seulement dans les premiers mois de 1886 que l'on commença à entrer avec décision dans la phase de réalisation. Un décret du 30 juillet 1886 régla l'organisation et les attributions du personnel supérieur. Pour la première fois, le Commissariat général resta dévolu au ministre du commerce. M. Alphand, que Topinion publique désignait déjà pour ces fonctions difficiles , fut nommé directeur général des travaux ; M. Georges Berger, qui avait fait ses preuves dans les Expositions précédentes, fut nommé directeur général de l'exploitation ; enfin, on créa une direction générale des finances pour la comptabilité, et ce poste fut confié à M. Grison.
Dés le 7 juillet avait été promulguée la loi de finances.
n fallait bien songer tout d'abord aux moyens d*exécution. En 1867, l'État et la Ville avaient fourni une subvention ferme de 12 millions qui no devaient
pas être remboursés. Une société de garantie s'était aussi constituée; elle devait fournir une somme de tî millions en cas d'insuffisance. Non seulement la société n'a pas eu à débourser d'argent, mais elle a réalisé un bénéfice assez considérable résultant
de l'excédent dos recettes sur les dépenses. En 1878, l'État seul, avec le concours de la Ville, exécuta l'opération : il y a eu âO millions de «lëQcit. On
résolut cette Tois de s'en tenir au premier système. Pour faire face aux dépenses de toute nature, on adopta le chiffre de 1878 en défalquant les 10 milbons qu'avaient coûté les constructions du Trocadéro, soit la somme de iS millions. Les dépenses ont été évaluées
à 43 millions, en déduisant bien entendu la valeur des matériaux de démolition à revendre. L'État participait pour 17 millions, la ville pour 8 millions et la différence, soit 18 millions, était fournie par une Association de garantie. Si les recettes dépassaient 18 millions, Texcédent serait partagé comme en 1867 entre les trois parties contractantes. Sur ces 18 millions de recettes probables, les entrées ne figuraient que pour 14 ou 15 millions; c'est le chiffre auquel on est conduit en prenant pour point de comparaison celui de 1878, et en tenant compte du développement qu'ont pris, depuis cette époque, le goût et la facilité des voyages.
Le 11 octobre 1886, un décret instituait auprès du commissaire général ime commission de contrôle et de finances composée de membres représentant l'État, la Ville et l'Association de garantie dans la proportion respective de leurs contributions.
Pour sauvegarder les intérêts de l'Association de garantie, la commission de contrôle et de finances, par délibération en date du 4 mars 1887, dut interdire d'une manière absolue la délivrance des entrées gratuites en dehors des exposants et du personnel, alors qu'en 1878 on avait délivré 2,267,000 entrées aux instituteurs, aux élèves de diverses écoles, aux orphelinats et aux délégations ouvrières. On s'aperçut beaucoup plus tard que cette clause de la convention présentait, à notre époque, de sérieux inconvénients. Aussi, pour y remédier et pour obtenir en même temps de nouvelles ressources reconnues nécessaires, on songea à appliquer une combinaison ingénieuse qui a rendu toute liberté à l'État ; nous faisons allusion à l'émission des bons de l'Exposition. Une conventionfut passée le 20 mars 1889
iO CAUSERIES SCIENTIFIQUES.
entre M. Tirard, président du Conseil, commissaire général, et M. Christophle, gouverneur du Crédit foncier de France, opérant pour le compte d'un groupe d'établissements de crédit, à l'efTet d'émettre 1 ,200,000 bons de 25 francs munis chacun de 25 tickets d'entrée.
vant cette convention,cllefutpronHilguéelelavrill 889. La nouvelle combinaison présente beaucoup d'avantages. L'Association de garantie est désintéressée et disparaît. La nouvelle Société verse en quatre mois les t8 millions à sa place, plus 3 millions 1/3 de crédits supplémentaires, soit 21, 500,000 francs. Le maximum dedépenses,llxéprimitivementai3 millions par la loi de
EXPOSITION UNIVERSELLE DE I8S9. Il
juillet 18S6.estporféài6,oOO,000 fiancs. En revanche, la Société obtient de l'État 30 milliODs de billets d'entrée et une aiitorisntion de loterie. Elle a émis par souscription publique 1,200,000 bons qui participeront à 81 tirages, dont 6 auront lieu pendant la durée
de l'Exposition. Chaque bon de 35 tickets sera, en outre, rembourséaupairenïSans. On sait le grand succès qu'a eu l'opération. Les 30 millions ainsi réalisés et dont le placement d'ailleurs avait été garanti par les établissements de crédit seront employés comme sidt :
18 millions à encaisser par le Trésor ;
3,500,000 pour les crédits supplémentaires, frais de médailles, fruis de voyages des délégations, etc.
5,500,000 francs seront réservés pour assurer le paiement des 4 millions de francs de lots et le rembour* sèment en 75 ans des 1,200,000 billets à 25 francs.
3 millions seront consacrés aux frais d'émission» Commission de garantie (1 fr.25 par bon), 2,500,000 fr. Commission des guichets (75 centimes par bon), 900,000 francs. Frais de confection des billets, etc., 600,000 francs.
Il va de soi que la combinaison laisse, de plus, intactes les recettes de TExposition autres que les droits d'entrée au moyen de tickets détachés des bons, c'està-dire les cartes d'abonnement, les redevances, la revente des matériaux, etc. Ces recettes, qui s'élèveront encore à un chiffre respectable, seront affectées à payer les dépenses qui viendront en excédent : elles serviront notamment à solder la somme de 1,800,000 francs à laquelle est fixé, à forfait, le remboursement à effectuer au syndicat des électriciens qui devait se rémunérer primitivement sur les recettes du soir.
En sorte] qu'en définitive la convention des bons aura pour résultats immédiats de provoquer dans le public international un grand mouvement en faveur de l'Exposition, d'éviter de demander aux Chambres des crédits suf»plémentaires, d'augmenter le nombre des visiteurs, de développer en conséquence les recettes accessoires, de procurer de nouveaux profits aux industries s'exerçant dans l'Exposition, de rendre à l'État les produits des concessions diverses, cafés, restaurants, exhibitions, théâtres, auditions, etc., et surtout de lui donner la possibilité pleine et entière de conserver les constructions les plus remarquables, telles que les Palais des Macliines, des Arts libéraux, des Beaux-
EXPOSITION UNIVERSELLK DE 1889. 13
•Arls, etc., dont la démolition forcée eût été regrettable. Bref, la combinaison a plu et a donné satisfaction à tout le monde. Le Crédit foncier s'est chargé à forfait delà capitalisation des fonds sur la base de 3 1/4 p. 100, et il n'est pas douteux que, faisant ses placements à un taux plus élevé, il n'en retire de son côté quelques bénéfices, juste rémunération de ses peines.
Les moyens d'exécution assurés, on s'occupa de la classificatiou des produits. La commission d'études adopta tout simplement la liste de 1878 qui n'était à peu de choses près que l'excellente classification de M. Le Play de 1867. On admit 9 groupes.
[? Beaux-Arts ; 2* Éducatioti et Enseignement ; 3<» Mobilier et Accessoires ; 4** Tissus, Vêtements et Accessoires ; 5** Industries extractives, Produits bruts et ouvrés; 6** Outillages et produits des industxies mécaniques ; 7^» Produits alimentaires ; 8° Agriculture, Viticulture et Pisciculture ; 9*» Horticulture.
Chacun de ces groupes se subdivise lui-même en plusieurs classes. On compte 83 classes au total ; chaque classe a eu son comité spécial d'admission, puis son comité d'installation. Enfin on a inslîtué un comité supérieur de revision, présidé par M. Teisserenc de Bort et formé des présidents et secrétaires de groupe. Cette organisation est bonne et on y est d'ailleurs habitué depuis vingt ans.
Il s'est agi ensuite de fixer l'emplacement de la future Exposition. Nous avons vu se reproduire en 188H toutes les discussions et les hésitations que nous avions eu à noter autrefois. En 1867, on avait parlé du plateau de Courbevoie, du parc des Princes, de Grenelle, du parc de Bercy d'une superficie de 64 hectares, de la
plaine Monceau, alors vide de ses hôtels, de Saint- Ouen, des Champs-Elysées, de l'esplanade des Inva-
lides réunie au Palais de l'Industrie par un pont ; on avait imaginé de couvrir la Seine par un plancher ; avec lespace compris entre le pont des Invalides et le pont de la Concorde on obtenait une superficie de
SK.OOO mètres (I), etc. Finalement, on avait doDné la -préférencâ au Cliamp-de-Mars. C'est encore it cette
solution agrandie que l'on a dû s'arrCter en 188^. En I800, il y avait eu 24,000 exposants ; en 1867, il
ifl CAUSERIES SCIENTIFIQUES.
y en eut 50,226 et le nombre des visiteurs dépassa 10 millions. La surface totale du Palais couvrit 15 hec tares et demi, y compris les 5,700 mètres du jardin intérieur; l'exposition agricole avait été placée dans l'Ile de Billancouri.
En 1878, il y eut 53,100 exposants et 13 millions de visiteurs. Le Palais occupait, à lui seul, plus de âS hec-
tares. Et le Trocadéro avec son nouveau palais fuisait partie de l'enceinte.
En 1889, les chiffres ne sont pas encore arrêtés au moment où ce brrc est livni à l'impression parce que cette fois on a continué d'admettre de nouveaux exposants après l'ouverture. Toutefois on peut dire que le nombre des seuls exposants français dépassera 30,000, On peut estimer aussi à environ 20,000 au moins le nombre des étrangers. Au total, le nombre des exposants sera de plus de 50,000.
Le nombre dos visiteurs payants pendant les 185 jonrs qu'a duré l'Exposition, 6 mai-6 novembre, a été
de 2S, 398, 609, soit comparativement à 1878 un excédent de 12,881,614, et en 1878 l'Exposition, ouverte le 1" mai, n'avait été fermée que le 10 novembre.
Certains dimanches ou jours do fCte, le nombre de visiteurs a atteint 320,000 et même 380,000. Souvent le dimanche, les entrées ont dépassé 335,000. En 1889, la moyenne journaliùre des visiteurs a été de 137,389. C'est le 10 mai, un vendredi, que les entrées ont été les moins nombreuses, soit â6,9SS. Le chilTre le plus
élevé a été atteint le 13 octobre, soit 402.065. Ensnile vient le jour de la clôture oii l'on a relevé 395,033 visiteurs et 511,297 tickets.
Sur les 183 jours d'ouverture, les entrées se répartissent ainsi :
8 jours jusqu'à ■ 50,000
H jours de 50,000 à 100,000
19 — 200,000 2ûO,OOn
2 — 350,000 MO.OOO
là
■ iTipoutioD da uie, B
20 CAUSERIES SC1E>'TIFIQUES.
Le soir on exigeait 2 tickets ot certains jours de fôte 5 tickets. Voici les nombres de tickets perçus :
MOIS. 1M7. It78. Itt9.
Mai I,22i.l8i 1,278,860 2,610,813
Juin i,3:)7,93'i 1,954,103 4,338,869
Juillet 1,264,358 1.823,176 4,544,196
Août 1,276,019 1,959,334 4,977,092
Septembro 1,328,196 2,720,595 5,246,704
Octobre 1,729,226 2,303,403 4,820,869
Novembre 227,289 584,376. 1,610,810
Totaux..... 8,407,209 12,623,847 28,149,333 Soit, en faveur de 1889, une dilïï'rencc de. . 12,881,614
En 1889, la moyenne journalière des tickets perçus a été 152,158 et la somme totale 28,149,353. On n'a pas été bien loin du montant de l'émission.
La moyenne générale paraît devoir se rapprocher de 140,000 entrées quotidiennes payantes.
En 1889, les exposants réclamant de grands espaces, il fallait prévoir un emplacement considérable. Les 45 hectares du Champ-de-Mars eussent été complètement insufBsants. Aussi,, au Champ-de-Mars a-t-on ajouté d*abord les jardins du Trocadéro comme en 1878, ensuite tout le quai d'Orsay avec les berges de la Seine et toute Tesplanade des Invalides. L'enceinte fermée de TExposition est immense. On a clos tous ces emplacements et jeté d'élégantes passerelles sur les rues et les avenues qu'il a fallu traverser pour laisser la circulation libre. C'est ainsi que Ton passe du Champ-de-Mars au Trocadéro par deux ponts jetés audessusdeTavenuede Versailles. Ontraverse la tranchée du quai d'Orsîiy sur deux ponts; on passe sur un pont démontable avec arc de triomphe sur le carrefour de
l'Aima. On trouve ud dernier pont au-dessus du carrefour de Latour-Maubourg.
Le Champ-de-Hars seolmcsureenvirou 1,100 mètres de lon^, de l'École -Militaire à la Seine, et i'O mètres de large ; le Trocad(!ro a environ 360 mètres de pro-
Tondeur sur 170 mètres de large; le quai d'Orsay, plue d'un kilomètre; l'Esplanade, à peu près 500 mètres sur 300 mètres; ce qui conduit à un développement direct de prés de 8 kilomètres. Le visiteur qui aura parcouru toute l'enceinte, avec les berger, les diverses allées, les galeries, etc., aura certainement effectué un trajet de plus de 60 kilomètres.
L'txpositionoccupeautotalSÛ hectares de plusqu'en 18T8,soit70hectares,noncompri8le8bergesdelaSeine.
EXPOSITJON UNIVERSELLE UE 1888. 23
Au Champ-dc-Mars, qui reste la partie principale et maîtresse de l'Exposition, on a placé les sections des beaux-arts, des arts libéraux, des industries diverses et des machines ; au Trocadéro, l'horticulture ; au quai d'Orsay,lesproduitsetappareils agricoles, les produits alimentaires; à)'esplanadedeslnvalides,lesexpositioti3
du ministère des colonies et des pays de protectorat. En 1867, le Palais du Champ-de-Mars offrait l'aspect d'un colisée gigantesque, de 1 kilomètre et demi de pourtour, 1 kilomètre dans la plus grande largeur, 380 mètres dans sa plus petite, comprise entre les avenues de La Bourdonnais et dcSulîren. Les galeries étaient circulaires d'une part et rayonnantes de l'autre- L'arrangement combiné par M. Le Play, sorte de table de Pytbagore, était tel qu'en suivant une galerie circulaire, on voyait bien groupés les produits similaires de
24 CAUSERIES SCIENTIFIjQUES.
toutes les nations ; en longeant au contraire une gale^ rie rayonnante, on passait en revue l'exposition collective de tout un peuple. En 1878, M. Krantz construisit un immense rectangle raccordé k des demi-circonférences ; la largeur regardant la Seine était de 350 mètres, la longueur de 718 mètres.
On avait conservé pour le groupement les principes deM. LePlay.Lesobjetsdemême nature étaient installés dans les galeries longitudinales, et les galeries transversales limitaient les expositions de chaque peuple.
Un critiqua à cette époque les perspectives interminables des galeries droites, comme on s'était plaint antérieurement des galeries courbes.
Cette fois, on ne pourra adresser les mêmes reproches aux dispositions adoptées ; on n'a rien emprunté au passé, le plan est nouveau ; pour rompre toute monotonie, à l'ancien groupement méthodique on a presque partout substitué Tordre disséminé.
Pour les constructions, on avait jusqu'ici un peu négligé le côté artistique. On a fait appel aux architectes.
A la suite d'un concours , les trois premiers prix furent donnés à M. Dutert, à M. Formigé et à M. Eiffel. M. Alphand dressa les plans définitifs qui furent adoptés en principe, et dès le mois d'août 1887, on commençait les études préparatoires. Les travaux préliminaires de nivellement du Champ-de-Mars et de création du réseau d'égouts étaient menés rapidement par M. Lion.
Dès le mois d'octobre, on donnait les premiers coups de pioche et, en novembre, la plupart des chantiers étaient organisés. Depuis on a travaillé sans relâche; il aura fallu àr peine deux ans et demi pour accomplir cette œuvre prodigieuse et colossale
qui fait rétonnemeiit des personnes compétentes. Celte fois, plus d'édifice au milieu du Champ-de-
Mars ; l'emplacement central reste libre, c'est un parc ; au fond et sur les côtés, les constructions! Le plan général affecte assez exactement la forme d'un grand U.
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La petite branche transversale est représentée par les galeries qui se développent en largeur, parallèlement à rÉcole-Militaire, rimmense galerie des Machines au fond; puis, successivement les unes en avant des autres, les galeries des Industries diverses. Les deux grandes branches de l'U sont représentées d'abord par un prolongement du palais des Industries diverses et ensuite par le palais des Beaux-Arts et par le palais des Arts libéraux qui forment ailes de chaque côté et se dirigent vers la Seine. Leurs deux façades s'arrêtent à 50 mètres des piliers de la tour Eiffel.
Les constructions, galerie des Machines et galerie des Industries diverses, absorbent, à l'extrémité du Champ-de-Mars, une longueur de 400 mètres ; les deux ailes des Industries diverses, 150 mètres; celles qui leur font suite, des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, 230 mètre3. Le visiteur aura donc encore 630 mètres à franchir pour atteindre le palais des Industries diverses, soit qu'il traverse le jardin central, soit qu'il passe par un des palais latéraux, s'il pénètre dans Tenceinte par le pont d'iéna, la véritable entrée d']ionneur de l'Exposition. Toute la partie comprise entre les branches de l'U, entre les palais longitudinaux, est réservée à des pelouses, à des jardins, à la grande fontaine monumentale, etc. La Ville de Paris a élevé aussi deux pavillons consacrés à l'exposition de ses services administratifs, à droite et à gauche, entre les deux branches en fer à cheval du palais des Industries diverses.
Ce plan ost très réussi; les façades et los perspectives des palais sont à la fois grandioses et agréables h l'œil ; nous y renendrons lorsque nous parlerons de
EXPOSETION UNIVERSELLE DE 1889.
la construction des dïversefi galeries. Le parc au milieu duquel s'élèvent les constructions isolées, a été
planté de vieux arbres qui ont très bien repris sur ce terrain remanié. On croii'ait qu'ils ont poussé sur place. On a créé de toutes pièces comme un parc séculaire.
L'impression générale est vraiment satisfaisante. Le rédacteur en chef d'un journal anglais (1) formulait ainsi son opinion quelques semaines avant l'ouverture :
« L'Exposition de 1889 sera la plus colossale et la plus extraordinaire que Tunivers ait jamais vu. »
Et il ajoutait :
« Les Français aiment à faire grand ; ils sont en train de prouver une fois de plus qu'ils s'y entendent. Leur Exposition du Centenaire de i 789 est déjà absolument stupéûante; ni les peines, ni l'argent n'ont été mena- * gés. Rien de mesquin n'afflige le regard ; jusque dans la plus petite charpente de fer, le'sentiment artistique et le goût éclatent. Le résultat est de nature à démontrer à r univers que la France est toujours la plus laborieuse et la plus artiste des nations, et qu'une fois résolue à faire une chose, elle sait s'y mettre corps et âme. L'Exposition va attirer à Paris la moitié du monde ci\ilisé. »
Nous ne saurions désirer une appréciation plus flatteuse et plus indépendante. Il est de fait que Ton a exécuté de grandes choses au Champ-de-Mars et à TËsplanade des Invalides depuis deux ans; jamais on n'a poussé aussi loin Tampleur des constructions et l'originalité des conceptions. Si l'on cherche mainte^ nant à recommencer ailleurs, il sera difficile de ne pas nous imiter forcément; toutes les combinaisons, à très peu près, ont été épuisées.
Malgré ces grands efforts, il ne'semble pas que l'on ait été conduit à des dépenses extraordinaires. L'exécution a été conduite par M. Alphand avec un véritable souci de l'économie et avec une méthode ventait) M Jules Prico, du Pall Mail Gazette.
blement digne de remarque. Il y a là peut-être un exemple unique à signaler dans un ensemble.de travaux aussi colossal. Il ne nous parait pas inutile dé donner, à titre de preuves/ quelques chiffres généraux qui se trouveront ^sensiblement modifiés par les dernières dépenses. Mais, tels quels, ils présentent de l'intérêt.
DÉSIGNATION ÉvalaationB Évalujittoi»
de* travAUX. primitives. aclueUrs.
Palais des Arts, gulcrics
Rapp et Dcsaix. • • . . . 6,312,481 6,764,707
Palais des Machines 7,233,38i 7,513,894
Palais des Industries diverses 5,786, 406 5,885,637 Niyclicmcnt — Réseaux d'ê-
gouts 524,847 52-4,847
Réserve 82,825 95,912
Exposition d'horticulture . . 300,000 300,000
— dagricuUure. . . 600,000 600,000
Pai-cs et jardins 3,082,654 2,032,654
Bureaux^ postes de police ,
etc 458,911 458,911
Clôtures 450,000 450,000
Viabilité de la tranchée rive
gauche 80,000 25,672
Passerelles diverses 200,000 200,000
Eau et gaz 600,000 600,000
Voies ferrées 363,259 363,259
Watcr-closets 175,000 »
Réserve s'appliquant aux galeries des Machines, etc. . 4,815,220 3,082,063
Réserve spéciale 1,004,873 »
Service mécanique 93,000 93,000
Expositions horticoles. . . . 66,000 66,000
Exposition d'économie sociale 73,600 75,600
Totaux 32,664,518 29,432,160
L'excédent sur les évaluations primitives des dépenses a été :
Palais des Arts, 392,225 francs; Palais des Ma-
3t CAUSERIES SCIENTIFIQUES.
chines, 980,510 francs; Palais des Industries diverses, 99,230 francs. Réser\-e, 13,035 francs; au total, 785,000 francs.
De même la diminution sur les évaluations budgétairesaété: Parcs, et jardins, 1,050,000 francs; Viabi-
lité, 5i,328 francs; Waler-closets, 175,000 rrancs;Réserve, l,733,156friiiics; Réserve spéciale, l,00*,873fr.; total, i,OI7,358 francs. Différence en excédent, 3,232,358 francs.
C'est un résultat remarquable auquel nous n'avons pas toujours été habitués et qui noua permet de bien augurer de l'avenir.
Enfin ajoutons encore, pour en terminer avec le
liXPOSITlON UNIVERSELLE DE 1889. 35
chapitre des installations, que la participation des pays étrangers à l'Exposition sera importante, beaucoup plus grande qu'on ne l'aviiit cm tout d'abord; il a fallu Ji regret faire un choix st'vère et refuser des ' emplacementsàla dernière henre. On a dû. pour dnn-
ner satisfaction à plusieurs commissions (étrangères, les autoriser à élever dans les jnrdins des pavillons spéciaux qui donneiit du reste un nouvel attrait au Champ -de-Mars.
La Belgique compte au moins 2,000 exposants ; l'Espagne, environ 3,800 avec un contingent considérable de productions de vins.
L'Angleterre a 1 ,400 exposants; les États-Unis, envi-
3,000; la Suisse également; l'Autriche -Hongrie, 350 à iOO ; la Russie, près de 800.
Le Mexique, la République Argentine, le Por-
tugal, le Brésil comptent leurs exposants par milliers. l^s gouvernements qui avaient promis leur concours ofliciel sont : la- principauté de Monaco, les ré-
publiques d'Andorre et de Saint-Marin, la Suisse, la Norvège, la Serbie, la Grèce, la Perse, le royaume de Siam, le Japon, les Klats-Unis de l'Amérique du Nord, le Mexique et toutes les petites républiques de l'Amérique du Sud.
En réalité, presque toutes les nations sont représentées auChamp-de-Mars.LaGrande-Bretagne occupe dans le seul palais des Machines 7,000 métrés carrés,
les États-Unis 3,700 mètres, la Belgique i.600 mètres, la Suisse 3,000, etc.
Dans les galeriesdu quai d'Orsay, les pays étrangers occupent une surface de plus de 15,000 mètres carrés répartis entre l'Angleterre, les Étals-Unis, la Russie, l'Italie, l'Au triche-Hongrie, la Norvège, les Pays- Bas, le Danemark, la Roumanie, etc. Dans l'enceinte même des divers palais, la surface ainsi occupée s'élève à 88,000 mètres carrés. En somme, la surface totale mise fi la disposition des différentes sections étrangères est supérieure à celle qu'elles occupaient en 1 8T8.
Il nous sera bien permis, après le coup d'reil d'ensemble, de nous féliciter d'avoir vu mener ii bonne lin cette énorme entreprise,
II est inutile de rappeler les indécisions de la première heure. Après avoir eu souvent trop confiance en nous, nous avons pris l'habitude de douter un peu trop de notre initiative, de notre persévérance et de notre force. Que 1889 nous serve d'exemple et de le-
çon'. Le programme tracé a été suivi à peu près, sans accident. On a été prCt à t'heure, comme on lavait dit et comme on l'avait voulu. Ceux qui n'avaient pas la foi ont été les premiers ù applaudir et it admirer. Aujourd'hui le succt's est complet. On peut dire que c'est une victoire nationale et une victoire bien acquise, qui, espérons-le, ne froissera personne et ne se traduira que par des bienfaits et une appréciation plus juste et plus viale des aspirations de notre pays. Après avoir constaté le succès, nous manquerions de justice, si nous ne rendions hommage aux deux
principaux orgamsateurs de TExposition, à ces deux hommes éminents qui Tont préparée de longue main et ont doté Paris de cette œuvre grandiose qui contribuera à répandre au loin le nom de la France.
Une fois de plus, M. Alphand a bien mérité de la reconnaissance publique (1). P^nchanteur iacomparable,
(1) M. Alphand a été fait grand-croix de la Légion d'Iionncar 41*oaYerturc de l'Exposition. A cette occasion, le président du Conseil général du dépacrtemcnt de la Seine, le président du Conseil général des ponts et chaussées, et le directeur du Conseil municipal ont adressé à M. Alphand des lettres d éloges et de félicitations. Nous croyons devoir au moins reproduire, à titre de souvenir, la lettre de M. Chautemps.
TltU II PUIS CONSEIL M^UNICIPAL parfs, l6 9 Mai 1889.
CABINRT DU rRKSIDKrCT
Monsieur le Directeur,
Dans sa séance d'hier, la première qu'il ait lonue depuis l'ouverture de TKxposition, le bureau du Conseil municipal, à l'unanimité des membres présents, m'a chargé de vous exprimer la vive satisfaction avec laquelle les membres du Conseil ont appris la très haute distinction qui vient de vous être conférée.
Aux félicitations qui vous ont été adressées par M. le Président de la République, et auxquelles se sont associées toutes les nations représentées à l'Exposition universelle, nous tenons à joindre les remerciements bien sincères du Conseil municipal; en assurant le succès de cette entreprise grandiose, vous avez beaucoup fait pour la gloire et la prospérité de Paris, qui, à d'autres titres, vous devait déjà beaucoup; vous avez également bien travaillé pour la République.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma haute considération et de mes meilleurs sentiments.
Le président du Conseil municipal.
Signé : CHAUTEMPS.
Monsieur Alphand^ Directeur des Travaux de la Ville de Paris.
cette fois encore il nous a transportés dans le pays des fées ; pour couronner une carrière qui n'a pas sa précédente, une vie d'honneur et de gloire, il s'est élevé à lui-même, en relevant pour nous tous, un nouveau monument impérissable.
Le nom de M. Georges Berger est lié au succès de toutes nos expositions. Il en a été l'âme, l'organisateur ardent et heureux; plus encore peut-être cette fois qu'antérieurement, il a montré des aptitudes spéciales et exceptionnelles. Au début, quand, pour des causes diverses, beaucoup se montraient hésitants, il parcourut nos départements semant partout la bonne parole, secouant Tégoïsme des uns, l'indifférence des autres ; il fit réellement des prodiges d'activité, d'intelligence et chaque fois il revint victorieux. Lui aussi, a bien mérité du pays (1). Les deux directeurs des Travaux et de l'Exploitation ont d'ailleurs trouvé le concours le plus actif chez M. Grison, le directeur général des Finances.
Le 6 mai , l'Exposition était ouverte solennellement. Le président du Conseil, commissaire général de l'Exposition, M. Tirard, et les directeurs généraux, MM. Alphand, Berger et Grison, reçurent M. le Président de la République devant le grand Dôme central.
Nous croyons bon de reproduire ici les discours prononcés par M, le Président de la République et par M. le Président du Conseil, commissaire général.
Lorsque le Président eut pris place, M, Tirard,
(J) M. Berger a été promu grand officier de la Lt^gion d'honneur
commissaire général de TExposition, prononça le discours qui suit :
Monsieur le Président de la République, •
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de la Chambre des Députés,
Messieurs,
Je vous remercie d'avoir bien voulu honorer de votre présence l'inauguration de la grande manifestation du travail et des arts que la France a organisée en y conviant les travailleurs et les artistes de tous les pays.
Ce n*est pas sans une certaine appréhension que Tidée d'une nouvelle Exposition internationale fut tout d'abord accueillie. L'on se demandait si le court espace de temps écoulé depuis la belle Exposition de 1878, qui a laissé de si grands souvenirs, ne nuirait pas à une entreprise de même caractère si promptement renouvelée. Pourrait-on faire mieux? Pourrait-on même faire aussi bien? Quels attraits nouveaux offrirait-on à la curiosité des visiteurs? Les progrès réalisés dans les diverses branches du travail national permettraient-ils de réunir en quantité suffisante des œuvres dignes d'attention et d'étude? Enfin, n'aurionsnous pas à lutter contre la lassitude, peut-être môme contre l'indifférence des exposants, sans cesse sollicités par des exhibitions particulières ou officielles, en France et à l'étranger?
Messieurs, ces appréhensions se sont bien vite dissipées.
Dès que le Parlement et le conseil municipal de Paris eurent voté les crédits demandés par le Gouvernement, les constructeurs se mirent résolument à l'œuvre et ne tardèrent pas à couvrir le Champ-de-Mars et ses abords de cette immense variété d'édifices, de monuments décoratifs et de jardins, dont l'ampleur et la magnifique ordonnance dépassent tout ce qui s'est fait jusqu'à ce jour.
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[JAUSERIliS 5CIBXT1KIQUKS.
Puis, les mnnnrodnrtpr!!, les usiniers, les fabricants, les
arlisaiis de tous ordres, les agriciiUeurs, les artistes, sont arrivés en si grand nombre, de France et de l'élranger, en