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groupe ou individuellement, que, malgré l'immense étendue des emplacements, supérieurs de plus d'un huitième à ceux de 1878, l'impossibilité de satisfaire à toutes les demandes n'a pas été la moindre des difficultés que nos organisateurs aient eu à surmonter.
Bien qu'il dépasse toutes les espérances, ce magnifique résultat n'a rien qui nous doive étonner : le progrès ne ralentit pas sa marche ; les générations nouvelles remplacent incessamment les forces épuisées ou disparues; la science, puissance souveraine de notre siècle, n'arrête pas le cours de ses conquêtes : chaque jour elle pénètre plus avant dans les secrets de la nature; la vapeur et l'électricité ont déjà révolutionné l'ordre économique de l'univers. Qui saurait dire les prodiges- et les surprises qu'elles ménagent encore à nous et à nos descendants? Les inventions, les découvertes, les perfectionnements, se succèdent avec une rapidité vertigineuse; nul ne peut résistera cet immense entraînement; les usines, les ateliers, les manufactures, stimulés par la concurrence, encouragés par le succès, sont soumis à d'incessantes transformations, dont il faut se féliciter puisqu'elles ont pour conséquence l'abondance des choses nécessaires à la vie, l'abaissement de leur prix et, par suite, l'augmentation du bien-être général. Nos agriculteurs, laborieux, sobres, économes, patients et si cruellement éprouvés par les fléaux et les intempéries, luttent courageusement et sont entrés résolument, eux aussi, dans la voie du progrès en appliquant à leurs procédés de culture et d'élevage les méthodes scientifiques enseignées par des guides sûrs et éclairés. Nos artistes, glorieuse pléiade dont à juste titre nous sommes si 11ers, ne s'endorment pas non plus sur les lauriers conquis : tout en respectant les traditions et les enseignements des maîtres qui les ont devancés, ils s'efforcent d'imprimer à leurs œuvres un caractère vraiment personnel en associant de plus en plus intimement l'idéal
de l'art aux vérités de la nature. La très remarquable Exposition ouverte en ce moment aux Champs-Elysées, aussi bien que la collection des dix dernières années contenue dans l'un de nos plus beaux palais, marquent une nouvelle et brillante étape dans la marche ascendante de l'art français.
Industrie, agriculture, science, beaux-arts, partout le triomphe de l'étude et du travail î Spectacle réconfortant et qui prouve combien ils se trompent ceux qui, se hfttant de la juger superflciellement et sous l'influence des polémiques quotidiennes, croient la France exclusivement absorbée par les agitations stériles et les querelles des partis. Sans doute elle n'est point indifférente à la marche des affaires publiques; éclairée par les leçons de l'histoire, elle entend ne plus être dupe d'aucune aventure; plus que jamais elle est attentive à la conservation des libertés glorieusement et chèrement conquises par nos pères et au maintien de nos institutions. La France est libre; elle entend rester libre et ne subir la tvrannie de personne, pas môme celle qui pourrait naître de l'abus des libertés si largement octroyées par la République; mais, quelque souci qu'elle prenne de ces graves intérêts, la France conserve les qualités essentielles de sa race, elle est toujours ce que l'ont faite ses ancêtres : la grande nation honnête et laborieuse! sa passion dominante est toujours la passion du travail ; elle y consacre son intelligence, sa science, son^énie souple et fécond, son humeur joyeuse et franche, ses immenses ressources, en un mot le meilleur de ses forces, dont elle ne distrait que ce qui est nécessaire à la défense du pays ; et c'est ainsi que malgré l'intensité de la crise économique qui depuis plusieurs années pèse sur le monde entier, elle a pu entasser tant de richesses artistiques, agricoles et industrielles dans le superbe domaine que nous inaugurons aujourd'hui, i Ce phénomène n'est pas d'ailleurs spécial à la France.
Le précieux et brillant concours que les nations étrangères ont bien voulu nous prêter et qui ajoute tant d'éclat à notre Exposition, le prouve surabondamment : en toutes matières leurs produits rivalisent avec les nôtres, souvent même ils les surpassent, et leur comparaison donnera lieu, comme précédemment, à d'intéressantes et pro G tables études. Si tous les gouvernements n'ont pas pris une part officielle à ce concours, la plupart d'entre eux ont secondé le généreux effort des initiatives privées par des encouragements et des subsides et ont ainsi contribué au succès d'une participation qui, dans son ensemble, est supérieure à celle des précédentes Expositions. Je me permets donc d'adresser aux nations étrangères et à leurs gouvernements les remerciements et l'hommage reconnaissant de la France.
Je tiens aussi à féliciter et à remercier cordialement MM. les commissaires délégués des sections étrangères, dont le zèle emj^ressé a puissamment contribué à la rapidité des aménagements intérieurs et des installations de leurs nationaux, ainsi qu'à la construction des nombreux édifices dont la riche et pittoresque variété donne tant d'attrait à la partie du jardin du Champ-de-Mars où ils sont établis.
Nos colonies et nos pays de protectorat ont également tenu à honneur d'occuper brillamment l'espace considérable qui leur a été réservé. Us y ont pleinement réussi. Les pavillons spéciaux reproduisant les constructions les plus caractéristiques de ces diverses contrées, et les populations indigènes qui les animent, forment de l'esplanade des Invalides l'un des points les plus curieux et les plus intéressants à visiter. Que les Français d'outre-mer reçoivent donc les félicitations et les remerciements de la mère patrie.
Et puisque je parle des Français de nos colonies, qu'il me soit permis d'adresser également un témoignage de vive gratitude à tous les Français répandus sur la surface du
globe, qui, à Toccasion de notre glorieux Centenaire et de la solennité d'aujourd'hui, envoient- de toutes parts à M. le Président de la République des télégrammes émouvants, inspirés par les sentiments du plus pur patriotisme.
Les occasions sont trop rares où l'on sent battre les cœurs et palpiter les poitrines des vrais patriotes français dans un même élan de respect et de confiance, pour qu'il ne soit pas permis de saluer au passage celle qui nous est offerte aujourd'hui et de prouver ainsi à nos compatriotes que l'expression de leur touchant souvenir a trouvé dans la métropole de vibrants et sympathiques échos.
Je n'en finirais pas, messieurs, si' je voulais décrire tout ce qui s'offre ici à votre fidmiration; je pourrais- le faire sans offenser la modestie, car celui qui a l'honneur de parler en ce moment n'est qu'un ouvrier de la dernière heure ; mais cela m'entraînerait trop loin. Ne suffit-il pas d'ailleurs, pour s'en rendre compte, de lever les regards sur la superbe coupole qui nous abrite, puis de les porter sur la vaste galerie qui s'étend devant nous et conduit à cette autre merveille, déjà célèbre, le palais des Machines, grandiose chef-d'œuvre de construction métallique, dont les proportions gigantesques et pourtant harmonieuses rivalisent avec une hardiesse de la tour de trois cents mètres, que le public a baptisée du nom de son éminent constructeur M. Eiffel?
Et tout cela, messieurs, s'est exécuté avec un ordre, une rapidité et une régularité qui étonneraient si l'on ne connaissait l'homme qui a dirigé tout cet ensemble de travaux. C'est l'ingénieur habile qui, depuis quarante ans, travaille à l'embellissement et à l'assainissement de Paris, et qui en a fait, je n'ose pas dire la plus belle, mais assurément, l'une des plus belles villes du monde. Oui, M. Alphand a couronné sa laborieuse et utile camère en construisant le pins splendi de cadre de l'exposition qui ait jamais été fait,
«t il u ainsi conquis uit tilre de plus j Je ses coiiciloyens.
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entreprise, il ne suffisait pas d'un grand constructeur, il fulluil un adniitiislrateur habile et très expérimenté ; c'esl H. Berger,({ui déjfi s'étuilsignalë dans maintes eiposilioiis eu Fronce et ù l'étrutiger, qui a bien voulu se charger de lu direction de l'exploitation. le ne saurais assez louer le zèle
et le dévouoiiienl iju'il a déployés ilaiis ces in)jralps et diffii-iles fonctions. C'est liij qui, par son ardente activité, ses nombreux voyages dans nasdépartenicnls et.iiVtranger, sr>s
conférences, ses connaissances techniques, a ilonné l'impulsion première et vigoureusement contribué au grand succès que nous pouvons constaterdis aujourd'hui. Que H. Berger reçoive donc le tribut d'éloges que méritent si bien les nouveaux services qu'il vient de rendre à l'induslrie fiançaise.
Enfin, par une heureuse disposition réglementaire due à l'initiative de l'un de mes prédécesseurs, l'honorable M. Lockroy, le contrôle financier des travaux et de toutes les dépenses a été assuré par la création d'une direction spéciale à la tête de laquelle a été placé un comptable de premier ordre, dont la carrière administrative au ministère du commerce se trouve ainsi brillamment complétée par un travail minutieux et compliqué qui assure la régularité de toutes les opérations, de tous les comptes, et qui fait le plus grand honneur à M. le directeur Grison. Les comités départementaux et les comités d'installation à Paris ont fonctionné avec un zèle etune activité qui ont été justement signalés par mon honorable prédécesseur, M. Pierre Legrand, dans le rapport adressé à M. le Président de la République le 30 janvier dernier. Toutes nos félicitations leur sont dues.
Je dois ,également une mention particulière à la commission supérieure et de contrôle et de finances, dite des 43, composée de membres du Parlement, du conseil municipal de Paris et de représentants de la société de garantie, auxquels étaient adjoints, avec voix consultative, un certain nombre de hauts fonctionnaires. Cette commissimi a été en quelque sorte l'àme et le pivot de l'organisation de l'Exposition ; c'est elle qui a examiné et approuvé les plans, ratifié les marchés et les traités de concessions, ouvert les crédits, réglé les conditions de l'exploitation ; en un mot, rien d'essentiel et d'important n'a dû être fait sans son assentiment, et j'ai été témoin du soin scrupuleux et attentif qui a présidé à ses travaux. Aussi, bien que j'aie été membre quelque peu intermittent de cette commission, je n'éprouve aucun embarras à lui adresser, au nom du Gouvernement, les remerciements les plus chaleureux pour le zèle désintéressé qu'elle a déployé dans le long exercice de ses importantes fonctions.
L'on comprend qu'il me soit impossible de désigner ici nominativement les ingénieurs, architectes, construc-
leurs, travailleurs et employés que MM. les directeurs ont eus sous leurs ordres; mais je tiens à les féliciter et à les remercier tous aujourd'hui de l'entrain patriotique, du dévouement infatigable qu'ils ont déployés au milieu des plus grandes difficultés dans l'accomplissement de leur tâche. Je me garde bien d'oublier dans cette expression de la reconnaissance publique les milliers d'ouvriers, collaborateurs souvent inconnus, qui ont rivalisé de courage, d'intelligence, d'habileté et d'adresse dans l'exécution rapide de ces admirables travaux. C'est grâce au concours de toutes ces bonnes volontés que notre Exposition a pu être prête â l'heure dite. Honneur et gloire à ceux qui ont collaboré à cette grande et belle œuvre nationale !
Et maintenant, messieurs, félicitons-nous d'avoir ouvert une fois de plus les portes de la France aux produits du monde entier. Félicitons-nous de cette grande et pacifique manifestation des forces productives de notre cher pays, qui continue sa marche fièrement assurée dans la voie du progrés et de la civilisation.
Accueillons et fêtons avec joie les étrangers dont la foule se presse déjà dans nos murs ; prouvons-leur que la France républicaine est hospitalière et généreuse, qu'elle aime et honore les travailleurs de tous les pays et voit en eux, non des rivaux qu'elle jalouse, mais des collaborateurs qui travaillent avec elle au bonheur de l'humanité et à la paix du monde.
Le Président de la République s'est ensuite exprimé en ces termes :
Messieurs,
La France glorifiait hier l'aurore d'uu grand siècle qui a ouvert une ère nouvelle dans l'histoire de l'humanité.
Aujourd'hui, nous venons contempler dans son éclat et dans sa splendeur l'œuvre enfantée par ce siècle de labeur et de progrès.
iNous venons saluer les travailleurs du monde entier, qui ont apporté ici le fruit de leurs efforts et les productions de leur génie. Nous venons tendre une main amie à tous ceux qui se sont faits nos collaborateurs dans Tœuvre de paix et de concorde à laquelle nous avons convié les nations.
Nous venons souhaiter la bienvenue aux visiteurs qui déjà, de tous les points de l'horizon, en deçà ou au delà des frontières, arrivent, sans compter les distances, pour prendre part à nos fêtes.
Us trouveront ici une terre hospitalière, une ville heureuse de les accueillir, et verront ce que valent les calomnies dictées par des passions aveugles auxquelles le respect même de la patrie ne sait pas imposer silence.
Notre chère France est digne d'attirer à elle l'élite des peuples. Elle a le droit d'être fîère d'elle-même, et de célébrer, la tête haute, le centenaire économique comme le centenaire politique de 1789.
Elle a sa se relever, avec une indomptable énergie, après les plus cruelles épreuves, et- n'a jamais désespéré de la fortune. Par sa bonne foi dans les engagements publics et par sa loyauté, elle a inspiré une juste confiance. Elle a trouvé dans ses institutions la force de vivifier le travail, de ranimer l'activité du commerce et de l'industrie, de rendre courage à l'agriculture atteinte par de redoutables 'fléaux; l'épargne nationale a reçu la plus admirable impulsion; et jamais il ne s'est produit plus de généreuses initiatives, plus de recherches passionnées dans toutes les branches de la bienfaisance publique et privée.
Je le répète avec fierté : la France poursuit, dans le calme et dans la paix, son œuvre de progrès, et le siècle laborieux qui s'achève Jaissera dans son histoire une trace lumineuse.
Quel chemin parcouru, messieurs, depuis que François de Neufchâteau installait, en 1798, cent dix exposants dans le Temple de l'Industrie !
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Quel admirable essor a pris l'activité humaine, affranchie de toutes les entraves du passé î Quel développement de la richesse publiqfue sous l'intluence du travail émancipé, du commerce libéré, des douanes intérieures supprimées !
Au point de vue social, on peut traduire le progrès par cette éloquente formule : la vie humaine accrue, la mortalité abaissée.
Dans l'atmosphère fortifiante de la liberté, Tesprit humain retrouve son initiative , la science prend son essor : la vapeur et Télectricité transforment le monde. Un siècle qui a vu de pareils miracles devait être célébré.
On ne saurait mieux le faire que par cet admirable concours des peuples qui, venus de toutes les parties du monde, se donnent rendez-vous pour rassembler les merveilles de rindustrie et les splendeurs de Tart de notre époque.
C'est dans ces fêtes grandioses du travail que les nations peuvent se rapprocher et se comprendre, et que doivent naître les sentiments d'estime et de sympathie qui ne manqueront pas d'influer heureusement sur les destinées du monde en avançant l'heure où les ressources des peuples et le produit de leur travail ne seront plus consacrés qu'aux œuvres de la paix. Aussi, messieurs, Tappel de la France a été entendu, et le concoure spontané et indépendant que les peuples eux-mêmes ont voulu apporter à cette manifestation de fraternité internationale vient encore ajouter à la gi-andeur morale de cette fête.
Son état matériel, vous en jugerez tout à l'heure. Vous verrez quelles surprises ménageaient à notre génération les men'eilleux progrès de la science, comme les ressources inépuisables de l'industrie humaine et les trésors artistiques qui jettent sur notre époque un si brillant éclat.
Vous connaissez déjà le cadre où se déploient ces merveilles. Vous avez -pu apprécier, en entrant ici, la belle ordonnance de cette grande Exposition, où ingénieurs, architectes et constructeurs ont rivalisé de science, d'activité.
de dévouement pour présenter au monde une œuvre digne du génie de leur pays.
Au nom de la France, je les remercie, eux et leurs collaborateurs, ils n'ont pas vaincu sans combat : il leur a fallu triompher et du temps et de la matière, et par dessus tout, des mauvais vouloirs persistant à ne pas comprendre que l'Exposition n'est pas une œuvre de parti, mais l'œuvre de la France. Ces hommes de cœur ont su répondre & la confiance de la République et tenir fidèlement tous ses engagements. Après avoir été à la peine, ils ont droit d'être à l'honneur.
Et maintenant, messieurs, nous allons visiter ensemble les trésors que le monde a accumulés dans ces palais et ces jardins, en donnant à notre pays un si éclatant témoi-* gnage de confiance et de sympathie.
Après avoir, de nouveau, souhaité une cordiale bienvenue aux hôtes de la Fiance,
Je déclare ouverte l'Exposition de 1889.
Au dernier moment, nous pouvons dire que les prévisions les plus optimistes ont été dépassées. Bien que les comptes ne soient pas encore arrêtés, il est possible d'indiquer le chiffre des recettes et des dépenses :
Montant des versements du \
Crédit foncier. Émission des I „. p«^ „j.„
tickets, 1" versement . . . 18,000,000 ( ^i^-^^Wj"»"
2« versement 3,500,000 )
Concessions et recettes diverses, y compris le produit de 11,609 tickets du Trésor. . 2,000,000
(Cette somme est presque en totalité rentrée.)
Vente de matériaux (estimation) 1,000,000
Montant des subventions (État, 18 millions ;
Tille de Paris, 7,000,000) 25,000,000
Total général des recettes 49,500,000
On avait estimé que l'Exposition coûterait une somme de 43 millions; le total général n'excédera pas 41,500,000 francs.
Le bilan s'établirait donc ainsi :
Recettes 49,300,000
Dépeuses 41,500,000
Soit un excédent de recettes de 8,000,000
Les rectifications ultérieures ne pourront qu'augmenter cet excédent.
Par comparaison, voici les résultats de 1878 :
Recettes (chiffre rond) 23,685,200
Dépenses 55,390,000
Excédent des dépenses 31,704,800
Et encore, d'ans cette somme de 23,685,200 francs, la subvention de l'Etat n'était pas comprise. En 1867, les résultats avaient été meilleurs.
Recettes 27,144,660
Dépenses 22,983,820
Excédent des dépenses 4,160,840
Ainsi, pour l'Exposition de 1889, non seulement on est resté constamment au-dessous des évaluations budgétaires, mais l'excédent de recettes atteint le chiffre considérable de 8 raillions.
C'est le mot de la fin. Il a soti éloquence. Nous ne pouvions souhaiter une preuve plus convaincante du succès sans précédent de l'Exposition de 1889.