‹ Exposition universelle de 1855 beaux-artsChapitre 4 sur 22 · GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

GRANDE-BRETAGNE

L'Angleterre, il faut le reconnaître, obtient un succès à l'Exposition universelle des Beaux-Arts. C'est la première fois que ses artistes viennent demander à une nation étrangère la confirmation de leurs triomphes patriotiques ; et, soit qu'on ne s'attendît pas à trouver tant de talents réunis, dans l'école illustrée par Hogarth, Lawrence et John Martin, soit que les qualités originales de l'école anglaise fassent espérer pour elle un riche avenir, un concert d'éloges s'élève de toutes parts.

Et d'abord la supériorité incontestable,

la vigueur et la puissance des aquarellistes anglais étonnent, à juste titre, quoique cette Exposition ne renferme pas absolument leurs chefs-d'œuvre. Ensuite, si la sculpture britannique est en général bien pauvre, bien sèche ou bien insignifiante, elle nous apporte, par M. Macdoweil, deux statues, qui comptent parmi les œuvres d'élite de TExposition toute entière, et avec M. Moorc, d'excellents bustes. Enfin, si la peinture de M. Landseer et de quelques autres maîtres ne tient pas tout ce que nous avait promis la gravure de leurs œuvres, l'école anglaise prise en masse manifeste plus de talents divers et de qualités propres qu'on ne se serait attendu à en trouver.

Ce n'est pas cependant qu'il faille, avec quelques enthousiastes, crier au miracle, car, en ce qui concerne la peinture à l'huile, l'Angleterre, si supérieure comme aquarelliste, est bien loin d'entrer en comparaison avec la France, et en lutte avec la Belgique. Mais, à coup sûr, après ces nations, elle prend le troisième rang.

Nous nous plaignions tout à l'heure du peu de goût et d'ordre qui a présidé au placement de la sculpture en général. Certainement, ce ne peuvent être que les garçons de salle qui ont déposé au hasard la majorité des statues dans la cave qu'on leur a destinée, et trié celles qui ont les honneurs d"étre groupées dans la galerie de peinture. Sans cela verrait-on, c'est-à-dire devinerait-on, malgré Torabre épaisse qui les cache, les deux déUcieuses figures de'MdiCÔowcW (Jeime fille lisant et Jeune fille se préparant pour le bain) dans ces catacombes, tandis que la Béatrice, raide, guindée, sans inspiration et sans grâce, de M. Hancock, est exhibée au grand jour?

La sculpture, en Angleterre, s'inspire de deux sources bien distinctes : — Fart antique d'abord, le génie national ensuite.

Quelques artistes s'essaient à la fois dans les deux genres, et, dans l'un comme dans l'autre, ne font que de la sculpture médiocre. En eiïet, d'une part, la statuaire est peu propre à rendre l'esprit romantique de la

patrie de Shakespeare, d'Ossian et de Bjron ; et, de l'autre, au point de vue pure ment plastique, jamais les peuples du nord ne s'identifieront avec la beauté grecque. D'ailleurs, l'art qui consiste à copier ou à refaire éternellement un autre art, dont les chefsd'œuvre ont deux mille ans de date, sans y apporter jamais d'élément nouveau, est à nos yeux un art bien mort et bien inutile.

Sans doute , l'étude des anciens est le point de départ nécessaire, ou au moins le complément indispensable de l'art du statuaire ; mais celui qui n'apporte pas en lui-même une inspiration propre et une idée nouvelle, ne sera jamais qu'un professeur d'académie; et rien de plus. Ce qui fait précisément des statues de M. Macdowell des œuvres charmantes, c'est la grâce pudique et naïve qui rappelle si bien le charme de la poésie nationale, et qui se marie sans effort à la noblesse antique. Etudes fines et vraies, arrangement gracieux sans manière^ têtes charmantes, draperies souples, formes jeunes, enfantines même , sans mesquinerie , ni sécheresse ,

voilà les qualités rarement réunies, qui font de ces figures l'expression la plus haute de l'art anglais et deux des plus suaves créations de la statuaire en général.

Examinons maintenant, chacune à son tour, les productions un peu marquantes de la sculpture britannique, et rendons à chacune ce qui lui appartient d'éloge et de blâme. Et d'abord, après M. Macdowell, plaçons 31. Foley, qui n'a point d'originalité propre, mais qui semble avoir étudié son art surtout sur les œuvres des maîtres français des derniers siècles. Son groupe intitulé ta Mère est bien arrangé et les enfants sont grassement modelés ; les statues de Hampdcn et de Selden sont expressives et bien comprises : le Jeune homme au ruisseau n'est pas une composition neuve, nous avons dit que ce n'était pas par Tinvention que brillait M. Foley; mais, malgré un peu de maigreur, c'est une œuvre aimable. La Rui/i glanant , de M. Gott, est une bonne figure, quoiqu'elle n'ait rien de particulièrement national. La statue de la princesse Pauline Borghèse, de

M. Campbell, est une bonne imitation de Tantique. Que dire du groupe purement classique de M. Macdonald, intitulé Ulysse et son cfiicn, si ce n'est ce qu'on pourrait dire d'un groupe de M. Lemaire ou de M. Duraont, en parodiant M. Desmousseaux de Givré : rien, rien, rienl Quant à M. Gibbson, autre classique anglais, nous sommes bien obligé, en passant devant son groupe maigre et désagréable d^IJylas emporté par tes nymphes, de nous rappeler les cris de Shakespeare : triste, triste, triste I

On a beaucoup parlé, en France, de la pudeur anglaise, mais nous n'avions jamais pu penser qu'elle allât jusqu'à faire revêtir les modèles d'un maillot quand ils posent; et c'est assurément ce qu'a fait M. John Bell pour son Omp/icde, car on voit aux articulations les plis du tricot trop élargi. La statue est grotesque, mais les plis sont bien rendus.

Avec son Omphale, qui est la charge du genre classique, M. John Bell a fait une Dorothée moins mauvaise sans comparaison, mais qui exagère le romantisme insulaire,

et un berger tirant mr un aigle, qui a de la hardiesse et beaucoup de bonnes qualités.

Tandis que M. Jonh Bell habillait le modèle pour une statue nue, M. Hancock, pour une figure habillée, faisait tout simplement poser le mannequin planté plus ou moins d'aplomb sur son piquet ; de là sa Béatrice. Du même artiste nous avons une statue maniée avec une certaine grâce, mais sans aucune distinction, qu'il appelle Virginité; et un ange dune expression mieux comprise et plus large.

Simples observations à M. Marshall, à propos de son groupe Premier chuchottement d'amour ; d'abord, la première loi de la composition sculpturale, c'est l'équilibre. Sises personnages tombent , n'est-ce [)as parce qu'il à étudié h sculpture sur les tableaux de Giotto ou de Cimabué, au lieu de l'étudier sur la nature vivante et sur l'antique?

Les Anglais nous pardonneront, sans doute, détre aussi net dans la critique que hardi dans l'éloge ; mais ici, nous ne te-

nons aucun compte des lois de la politesse hospitalière. D'ailleurs, que pouvons-nous faire de mieux, que de les traiter en compatriotes?

C'est la peinture de genre qui compte, en Angleterre, le plus d'œuvres marquantes et d'artistes distingués. Avec des qualités spirituelles et fmes^ les descendants d'Hogarth réalisent à merveille, pour la plupart, ce genre de peinture qui plaît en France, aux acheteurs demi-intelligents, que les artistes sont convenus d'appeler des bourgeois. Cette remarque n'est ni un blâme, ni une dépréciation ; en constatant simplement un fait, elle exprime beaucoup mieux que ne pourrait le faire une longue dissertation, les qualités et les défauts de l'école.

Sur cet aspect général tranchent seulement trois tableaux d'un même artiste, M. Millais, le réaliste britannique.

Au premier abord, l'effet produit par ces trois peintures est le plus criard et le plus étrange du monde. VO plié lia surtout ne ressemble à rien de ce qui a été vu jusqu'à

présent. Mais, aune seconde visite, on se rapproche des œuvres de M. Millais, et on y découvre une réalité et une vie étonnantes. Cette singulière peinture manifeste une fermeté, une puissance d'exécution inconnues dans l'école anglaises. Les chairs sont modelées et palpitantes ; les étoffes et les brins d"herbe semblent appliqués sous la glace qui les couvre. A ce propos, je crois que le tableau intitulé l'Ordre d'élargissement, le plus complet des trois, serait moins criard d'ensemble sans cette glace, mise sans doute pour faire tromper l'œil. Certes, ce n'est point là de la peinture bourgeoise, tant s'en fautl aussi nous hûtoiis-nous de signaler l'exception. Eh bien! soyons franc jusqu'au bout ; après avoir parcouru toute la galerie anglaise, après avoir admiré la finesse prodigieuse et l'exécution précieuse de Landseer, l'esprit de Mulready et de Leslie, le goût purement insulaire de Maclise, c'est aux tableaux de M. Millais qu'il faut revenir pour saluer un talent original et plein d'à* venir.

M. Maclise, dont nous venons de prononcer le nom, est bien par excellence le peintre du genre anglais, qui s est soigneusement gardé de toutes les influences extérieures , pour ne tenir que d'Hogarth ses traditions et son génie 1 Le manoir du baron ; fête de Noël dans le vieux temps est un tableau spirituel dont toutes les têtes sont pleines de physionomie. Par une rare science de détails, ce tableau nous reporte aux beaux jours dlvanhoë, et c'est là son mérite réel. Mais qu elle couleur blafarde et plâtreuse! Il faut vraiment de la patience pour découvrir les qualités de quelques tableaux de l'école anglaise sous cette multitude d'effets criards.

Un peintre de nos amis prétendait que cela ressemblait, au premier abord, à des petits morceaux de papier de couleur secoués au hasard dans une boîte.

La réputation de M. E. Landseer est européenne, et les délicieuses gravures de son père T. Landseer, n'ont pas peu contribué à la répandre, Avouons même qu'au pre-

mier aspect, ces tableaux, que l'on couvre d'ôr en Angleterre, et dont nous avions tant adnairé les gravures, nous causent presque une déception. C'est que nos peintres d*anirnaux nous ont plutôt accoutumés à la vigueur de l'ensemble et au jeu palpitant des muscles, qu'à l'exactitude du pelage et du plumage. Toutefois ne méconnaissons pas chez M. Landseer un talent immense, une exécution qui n'appartient qu'à lui dans son genre. Sa peinture est de celle que comprend tout le monde ; et c'est bien quelque chose. Certes, on ne peut rien trouver de plus prodigieux d'étude et de travail que celui de ses tableaux que M. Landseer intitule ; Islay et Macaiv^ o\x\q maître Ara, ses petits et les chiens ont les plumes si vraies et les soies si souples et si longues qu'on les flatterait de la main . On sait l'énorme succès des Singes brésiliens et le prix qu'en a donné S. M. Britannique. Quant au Roi de la vallée, The sanctiiary, dit le livret, c'est une belle et sereine composition, mais qui, sous le burin de T. Landseer. nous semblait plus charinaiitf' encore

C'est chose frappante du reste, que tous les peintres de l'école anglaise gagnent ou gagneraient à passer par les mains. des graveurs. Exceptons M. Millais, bien entendu, qui est réaliste comme pas un, et qui sait faire servir la couleur à rendre la vie. Mais le tableau de M. Maclise, par exemple, dont la couleur est si désagréable, ferait une gravure amusante; et celui de M. Paton, la dispute cCOberon et de Titania [Songe d'une nuit d'été)^ qui semble avoir emprunté son coloris aux reflets d'une bulle de savon, que d'esprit, de verve, d'imagination ne révèlerait-il pas si les effets de l'eau forte ou de la manière noire , nous permettaient de distinguer, dans ce fouillis, les millions de fées, de génies, de gnomes, de larves, de sylphes et de willies, qui s'enroulent en spirales immenses, se cachent sous les brins d'herbe et sous les troncs d'arbres, s'envolent et se dispersent dans les campagnes fantastiques du pays d'Iffland.

On s'arrête en foule devant les tableaux de M. Mulready, à qui, il faut reconnaître une

grande supériorité de faire, beaucoup dar rangement et une grande étude de physionomiste. Cest une charmante composition que le Choix de la robe de noce : d'une couleur tranquille et harmonieuse et qui rend bien une jolie idée, a J"ai choisi ma femme comme elle a choisi elle-même sa robe de noce, non pour une surface brillante, mais pour des qualités solides. )> Le groupe des fiancés est joli, et nous aimons beaucoup, dans un coin du tableau, le détail spirituel du petit garçon qui s'efforce d'expliquer à une vieille marchande une commission qu il ne comprend pas lui-même.

Dans la composition qui a pour titre : M et lez un enfant dans la voie (pC il doit sui rrey le groupe des trois bohémiens s'enveloppe dans un bon effet de fantastique. Citons comme composition dramatique et émouvante le Frère et la Sœur. Mais nous ne comprenons pas en France le genre de talent que manifeste M. Mulready dans son tableau des Baigneuses ; c'est spécieux, c'est cherché, cela rappelle en charge les premiè-

res miniatures d'Isabey avec leurs dessous bleu de ciel, tirant au lilas. Enfin, malgré l'étude minutieuse du modelé, il n'y a point de vie sous le fini extrême de cette peinture.

Jolis et spirituels tableaux de genre que ceux de M. Leslie. Citons surtout V oncle ToOie et la veuve Waldman. M. Lance est un des premiers talents dans l'école de M. Landseer ; la Coquette du village est une peinture agréable, où les étoffes et les détails sont d'une exécution remarquable. M. Frith est un des spirituels caricaturistes de l'Angleterre. M. Knight a trouvé, pour ses naufrageurs, une chaleur de ton et une harmonie bien rares dans l'école anglaise.

Comptons encore au nombre des artistes de talent, MM. Brooks, Horsley et Linton.

Parmi les meilleurs peintres de genre de l'Angleterre, n'oublions pas M. Webster, qui expose, outre d'excellents tableaux d'intérieur . un Chœur d église de village et les Vents contraires, deux délicieux portraits de vieillards superposés sur une même toile.

C'est le mari et la femme, sans doute, bonnes gens qui ont vieilli ensemble et paraissent avoir porté d'un front égal le joug de la vie.

J'aime ces portraits ou cette étude, comme on voudra, parce quelle éveille la pensée du physionomiste, qui retrouve sur ces deux figures l'histoire d'une vie entière et peutêtre tout un roman ; roman tranquille à l'extérieur, mais plein de drames intimes et contenus, qui ont imprimé leur passage sur les traits flétris du vieillard comme dans les rides accentuées et molles en même temps, qui expriment si bien l'astuce et la rouerie sur le visage de la vieille femme. Evidemment, des luttes de la vie, celle-ci est sortie la plus forte, tandis que l'homme, lassé de traîner le licou social, se laisse aller à la résignation brutale, qui laisse passer le temps vide entre les émotions du lever, du dîner et du coucher. Son œil vif révèle qu'elle tient encore à ce monde par mille intrigues et par mille intérêts ; sa bouche aux plis discrets, qu'elle sait la valeur dune parole, et sa tête

toute entière, qu'elle prend de la vie la part qui lui en reste, toute sa part de vieille femme.

La grande peinture historique n'est pas le triomphe de l'Angleterre, dont les artistes ont plus d'esprit que de puissance et de grandeur. Citons cependant comme une œuvre de mérite le tableau de M. Cross : Richard Cœur-de-Lion pardonnant à Bertrand de Gordon, o\x Ton trouve les qualités solides et la peinture franche de l'école de Paul Delaroche.

En revanche, les portraitistes anglais ont un véritable succès. M. Grant conquiert tous les suffrages par son Rendez-vous de chasse d'Ascot, bonne et solide peinture, que la multiplicité des habits rouges ne parvient pas à rendre désagréable, tant chacun des personnages est un excellent portrait. Feu le docteur Wardlaw, par M. Macnee, est un des meilleurs portraits de l'Exposition. Sir Gordon se distingue aussi parmi les portraitistes, mais sa peinture manque de solidité comme celle de ses conqiatriotes.

C'est d" Aiigleteiie que nous est venue, il y a une vingtaine d'années, la régénération de la peinture de paysage ; et les premiers qui ont rendu à cet art , s'éteignant chez nous , la jeunesse et la vie procédaient des paysagistes anglais.

Rappelons ce précédent à ceux qui seraient tentés d'être ingrats, avant de constater le fait trop évident de nos immenses progrès, qui laissent si loin aujourd'hui tous les paysagistes du monde. L'Angleterre, elle, n'a point marché, et ses artistes actuels , loin de dépasser les nôtres , ne les atteignent pas. Citons cependant le Chemin autour du Parc, de M. Witherington, comme une œuvre aimable , oii l'ombre et le soleil se jouent comme sur une toile d'Armand Leleux; la Récolte de l'orge, de M. Linnell, remarquable par d'excellents effets de lumière, qui donnent aux personnages groupés sur le champ d'orge, quelque chose de fantastique en même temps que de très-réel , et le château d'hcliia, vu du Mâle, marine de M. Staniield, où nous retrouvons

les qualités grises mais harmonieuses de M. Jeanron.

Mais FAngleterre brille sans rivale, à l'Exposition universelle des Beaux- Arts, par les œuvres vraiment magistrales de ses aquarellistes. Aucune nation n'étaitarrivée jusqu'ici à donner à la peinture à l'eau cette vigueur de tons et cette puissance de relief qui rendent souvent les aquarelles anglaises plus coloriées que la peinture à Fhuile. Sans doute, nous avons en France des maîtres qui manient la peinture à l'eau avec une adresse singulière ; et l'Ecole turque^ de Decamps, que nous admirons dans l'Exposition française , n'est pas surpassée comme effet , ni même atteinte comme composition fougueuse et mouvementée. Cela prouve seulement, comme fait individuel, que les aquarellistes anglais ne comptent pas parmi eux un artiste aussi immense que l'est Decamps; mais leur originalité n'en subsiste pas moins comme école. On nous assure cependant que notre Exposition ne contient pas leurs chefs-d'œuvre. Cela est possible;

en tous cas, il nous paraît difficile de surpasser, comme exécution , les principales œuvres exposées.

C'est ainsi que nous restons étonnés devant les deux peintures de M Haghe : Capurins à matines, et Salie et audience à Bruges. C'est chaud et coloré comme pas un tableau à Fhuile, en même temps que d'un grande puissance de talent. La Salle d'audience à Bruges est une œuvre admirable comme lumière, effet, richesse et sobriété à la fois, tous les détails y sont marqués avec un soin inouï et pas un ne nuit à l'ensemble, à cause du grand parti-pris de lumière qui enveloppe toute la composition. Après les tableaux de M. Haghe, citons comme venant en première ligne par des qualités identiques ceux de 3L>I. Haag et Corbould. H. Warren est un des plus forts comme simpUcilé et harmonie, et M. Wehnert, par son tableau de Sebastien Cornez surpris peignant dans f atelier de Murillo, se place à côté de Haghe par ses partis-pris puissants et son chaud coloris.

Quelle chose étrange 1 A voir les aquarelles anglaises, on croirait vraiment que les magiques secrets de la couleur qui fuient devant les sectateurs de A^an-Eyk, au delà du Pas-de-Calais, se révèlent à leurs aquarellistes, qui s'emparent de toutes leurs richesses !

La Diseuse de bonne aventure en Andalousie, de M. Topham n'est-elle pas un chefd'œuvre de couleur, de chaleur, d'harmonie et d'arrangement? Et M. Topham n'est-il pas un maître? Et M. Hunt, tout en s'éloignant moins des aquarellistes français, n'estil pas un réaliste puissant, et un des plus forts de l'école comme des plus spirituels? Sa Jeune fille avec une corbeille de fleurs^ est d'une puissance et d'une vie étonnantes. Il faudrait citer toutes les aquarelles de M. Hunt pour les apprécier chacune à son tour : r Attaque du Pâté, et le pendant de l'attaque que Ton aurait dû intituler la Défaite du Pâté, puis Une froide Matinée^ qui nous montre deux enfants si rouges et si turgides qu'ils vous font penser aux plus grands feux de l'hiver; puis Timidité, pein-

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ture si spirituelle et si vraie de la défiance des petits enfants envers les étrangers ; et encore le Chanteur de Ballades ^ le Joueur de Cricket, tout enfin.

La galerie des cartons de Knoivle (Kent) , de Nash est un prodige de travail. Les détails en sont innombrables, et cependant ne tuent point l'ensemble, comme dans les peintures de M Lewis, par exemple. A voir cela de près, on ne peut pas croire que ce soit de la peinture ; cela ressemble à quelque chose de chinois, ou mieux encore à la tapisserie de quelque patiente châtelaine.

N'oubhonspasde compter parmi les meilleures aquarelles les marines de M. Fielding et celle de M. Duncan : Bateau hollandais recevant un coup de vent.

Les miniatures de M. Thornburn et de Sir Ross sont remarquables parmi celles de l'Exposition, mais les tètes, quoique trèsbien peintes, manquent d'expression. Les étoffes, en revanche, et tous les détails sont admirablement exécutés ; surtout dans les miniatures de M. Thornburn. Citons parti-

culièrement la robe de soie grise du portrait de lady Yane.

La réputation des graveurs anglais est européenne, grâce à Woollet, Earlons, Reynols et bien d'autres. Cependant les successeurs de ces grands artistes font éprouver une sorte de déception à leurs admirateurs. Certes, dans la gravure des œuvres de leurs propres peintres, les Anglais restent les maîtres, et comme nous Tavons remarqué à propos des tableaux de Landseer, souvent la gravure brode sur la composition intéressante et bien agencée^ qui est le thème fourni par le peintre, une harmonie et une couleur rarement remarquées dans la peinture ; mais s'il s'agit de reproduire les vieux maîtres, la coquetterie cherchée de leur manière, qui arrive si facilement à une convention de Keepsake , rend pauvrement leurs grands effets. C'est ainsi qu'un Ecce-Hoiiiod'dipThs ■ leCorrège, appartenant à la National Galery de Londres et gravé par M. Doo, n'a de vrai mérite ni comme dessin, ni comme modèle, tandis que la coloration ne rappelle pas le

moins du monde celle du Corrège. Le Christ enfant, d'après Raphaël, du même graveur, n'a pas de meilleures qualités, non plus que la Madeleine de Corrège gravée par M. Humphrys.

Dans la gravure de portraits, nous avons remarqué pour la puissance et la franchise des effets, celui de 3I™« Beecher Stowe, gravé par Holl d'après Richmond.

C'est surtout par la gravure sur bois, par ces gracieux enjolivements de la fantaisie qu'utilise si bien la forme du cul-de-lampe, que les Anglais surpassent les autres nations. Là, leur esprit, libre de toute entrave, soumet à ses caprices la facilité élégante de leur burin, qui a créé des bijoux pour l'imagination, en même temps que des distractions charmantes pour les yeux.

La gravure de paysage est moins heureuse, avec de bonnes exceptions cependant. Mais, en général, elle est sèchement traitée et avec des effets de convention, qui feraient supposer plusieurs soleils pour éclairer les différents plans d'un sujet. Ou

assure que la plupart de ces gravures passent par plusieurs mains, ayant chacune sa spécialité. De là sans doute, cette perfection de facture, cette froideur de sentiment, et ^e manque de parti -pris.

Pourquoi les Anglais ont-ils complètement abandonné la manière noire qui a reproduit de si puissants effets de Constable ; feau forte, dont Cotmann, le Piranèse anglais, a si largement tiré parti ; Y Aqua-teinte avec laquelle larlom nous a conservé VOE livre de vérité du Lorrain ?

russe*

PElitTiaE. MM. Cornélius. —Kaulbach. — Kaselowsky.

— Pietrouski. — Mûller. — Hensel. — Ittenbach. — Grun — Des Coudres. — Feu Bégas. — Rosenfelder. — Schrader. — Magmis. — De Wille, — Hildebrandt. — Achenbach.

scax^TrKE, MM. Kiss. — Blcieser, — Dietricli.— Wolff.

— Franz.

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