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A L'INDUSTRIE

Pau E. GUICHARD

Nous ne venons point empiétersur le travail des rapporteurs spéciaux 'qui ont eu à apprécier le mérite relatif de chaque exposition française ou étrangère. Nous nous bornerons à l'étude sommaire, faite à un point de vue général, des principales industries qui relèvent directement de Part, et qui ont plus particulièrement pour objet la décoration intérieure de nos appartements.

Or, après avoir, durant six mois, parcouru presque journellement la galerie du mobilier, après avoir tout examiné avec une scrupuleuse attention, et en nous plaçant au point de vue de la nécessité de remettre dans la bonne voie les applications de l'art à l'industrie, nous sommes amené à résumer nos remarques dans une formule dont nous ne contestons pas la sévérité ; mais elle nous a paru commandée par la situation. La voici :

Les ouvrages exposés décèlent dans leur ensemble et sauf les exceptions qui existent là comme partout ailleurs :

4° Une habileté de main poussée à l'extrême ;

2° Des industries d'art puisant tout aux sources anciennes avec peu de discernement, et vivant sur le capital laissé par nos pères, sans y ajouter rien ou à peu près ;

3° L'absence d'invention et de style propre ;

4° Des œuvres conçues, en général, en dehors des convenantes de leur destination et des lois harmoniques des ensembles;

o° L'art trop souvent dirigé, non par l'artiste, mais par la mode aveugle, par les goûts despotiques d'une clientèle souvent ignorante, parla nécessité de vendre, ce qui, aux défauts déjà signalés, ajoute encore la banalité prétentieuse et le luxe de mauvais aloi.

Démontrons, aussi brièvement que possible, chacune de ces énonciations ; puis nous dirons quels remèdes on pourrait, à ce qu'il nous semble, appliquer efficacement à ce fâcheux état de choses.

Pour peu que les tendances admiratives prédominent chez vous, elles trouveront à se satisfaire largement devant la perfection manuelle qui brille dans une foule d'ouvrages, meubles, bronzes d'ameublement, sculptures décoratives, tapis et tapisseries, etc. Vous vous penchez vers l'objet, vous examinez de près, et vous êtes séduit par la belle exécution des détails et restez sous le charme. Mais prenez garde, cette sorte de beauté est bien plus que celle dont nous parle Théophraste, une tromperie muette. En désirez-vous la preuve ? Mettez-vous à la distance voulue, et regardez le meuble dans son entier : Où sont les lignes architecturales ? Comment sont agencées les parties principales ? Comment sont combinés les pleins et les vides, les reliefs et les plans reculés, les ornements et les repos, les lumières et les ombres, toutes ces conditions essentielles de toute œuvre relevant avant tout de l'architecture ? Non, la science ni la pensée n'ont présidé à la création de ces ensembles, et c'est encore ici l'éternelle histoire de ce sculpteur, voisin du cirque Émilien, qui, au rapport du poëte romain, faisait si bien les cheveux et les ongles de sa statue, mais était incapable de poser convenablement

une ligure entière. Il vous arrivera parfois de rencontrer dans tel ou tel meuble certaines des qualités dont nous venons de regretter l'absence. Là, les lignes inères tracées par l'architecte ont été assez fidèlement suivies, mais le décorateur est survenu, et Dieu sait avec quelle conscience il a accompli sa besogne ! Le meuble tout entier de la base au sommet, sa surface, ses angles, ses côtés, il a tout couvert de ses ornements, sans laisser une seule place, si petite qu'elle fût, calme et tranquille : le vase est si plein que l'ingénieux docteur Zeb, lui-même, ne saurait, sans le faire déborder, y poser sa feuille de rose.

Les figures, il est vrai, et tout le cadre décoratif dont on les a entourées, révèlent une main habile au delà de toute expression ; mais est-ce véritablement là une œuvre d'art, dans la haute et légitime acception du mot? C'est bien plutôt un travail de patience, où l'outil, manié avec une sûreté inouïe par un sculpteur largement rémunéré, s'est promené avec une complaisante lenteur. Pour le dire en passant, ceci montre bien qu'Annibal Carrache répondant : « du temps et de l'argent » à Paul V qui lui demandait ce qu'il fallait à l'artiste pour produire des chefs-d'œuvre, avait oublié une troisième condition : La science et le goût, sans lesquels le talent s'égare trop souvent.

Mais ce n'est pas tout : ces choses si habilement exécutées manquent d'originalité, et c'est ici que nous avons à prouver l'exactitude de notre seconde remarque, à savoir que nos industries d'art puisent tout aux sources anciennes, avec peu de discernement, et vivent sur le capital laissé par nos pères, sans y ajouter tien ou à peu près.

Bien d'autres, avant nous, ont reconnu cette triste vérité, et un maître investi d'une grande autorité, M. Mérimée, dans son rapport sur l'Exposition de 18G2, a dit : « Aujourd'hui plus que jamais, l'originalité est chose rare. On reproche, avec quelque raison, une grande stérilité de conception aux architectes, aux peintres, aux sculpteurs, à tous les artistes

de l'époque moderne, et ce défaut se trouve non moins marqué dans les applications de l'art à l'industrie. La tête souffre, les membres doivent souffrir. En revanche, le talent d'imiter est partout en progrès aujourd'hui. »

Le talent d'imiter? C'est un euphémisme; il eût étA plus exact de dire : le talent de copier. Et, en effet, aux yeux de quiconque est familiarisé avec les œuvres fortes et charmantes que nous ont léguées les grands ornemanistes des siècles passés, apparaissent de tous côtés les emprunts plus ou moins habilement dissimulés qu'on leur a faits. Heureux encore, quand on s'est borné à puiser a une seule et même source pour un seul et même ouvrage ; quand on n'a pas confondu eu un tout désharmonique les genres ei les styles ; quand, pour faire du neuf et de l'original, on n'a pas mêlé les décorations de Pompeï aux fresques de Raphaël et de Jean d'Udinc, Ducerceau à Bérian, Marot à Cauvet ! Il n'y a qu'un modèle auquel on ne songe pas; la nature ; ou, si quelquesuns y ont recours, c'est pour la calquer servilement ; sous leur main, l'art est devenu photographe. Ce n'est pas ainsi qu'ont procédé nos devanciers. Ils ne copiaient pas la nature, ils l'interprétaient chacun à sa manière ; c'est pour cela que, partis du même point, et après avoir laissé leur imagination se jouer parmi tous les êtres de la création, ils sont revenus avec un butin tout personnel. Aussi, à côté de celle de Dieu, chacun de ces créateurs a-t-il sa Genèse à lui; tandis que l'oeuvre du géomètre éternel reste toujours la même dans son immuable variété, la leur, après avoir imposé sa loi à leur siècle, a fait place à une autre qui gouverne et embellit le siècle suivant. A la vérité, il n'y a pas toujours, et il s'en faut, rénovation entière, radicale. Souvent même, ce n'est qu'une simple modification ; mais ces belles écoles décoratives restent, dans leur succession, bien distinctes l'une de l'autre, rappelant ainsi ces filles du vieil Océan qu'on reconnaissait pour des sœurs à leur ressemblance de famille.

Si ce qui précède est vrai, comme nous le croyons, est-il

besoin d'ajouter qu'il y a absence d'invention et de style propre dans presque toutes les applications de l'art à l'industrie que nous montrent et la France et les autres nations présentes à l'Exposition universelle ? Nous ne le croyons pas, et nous passons à l'examen de ces œuvres que nous avons dit être, pour la plupart, conçues en dehors des convenances de leur destination et des lois harmoniques des ensembles.

Autrefois, — car il faut toujours revenir au grand passé, quand il s'agit d'art, — autrefois, l'on s'occupait avant tout de la destination des choses, et, cette première condition remplie, le plaisir des yeux naissait presque toujours d'un choix d'ornements et de colorations judicieusement combiné avec cette destination. Aujourd'hui, l'on ne se préoccupe plus de ces misères. Une pièce quelconque fait un grand effet, c'est le principal, ou plutôt tout est là. Aussi, le fabricant, qui sait cela, ose-t-il encore faire, sans commande, des lits François Ier et Henri II. Il est certain qu'on les lui achètera pour leur faire subir l'humiliation de les dresser trop souvent au milieu de chambres à coucher qu'on dirait imitées de Lilliput ! Mais nous en avons assez dit sur les meubles ; abordons les tapis et les tapisseries qui exigent si impérieusement le concours du dessinateur, du coloriste et du décorateur.

En les examinant au Champ-de-Mars, nous avons été attristé de voir une si grande supériorité de main-d'œuvre dépensée en pure perte. Voici, par exemple, un tapis de pied, — et bien d'autres tapis de pied lui ressemblent, — où l'architecture se mêle à des figures, les figures à des fleurs géantes, les fleurs à des rinceaux d'ornements; ici, un peu de paysage colorié ; plus loin, des grisailles imitant la sculpture; là, une roche nacrée ouvrant ses flancs pour laisser passer une cascade qui va inonder votre salon de ses ondes écumeuses ; au milieu, dans un cartouche, deux chiffres enlacés que le pied du visiteur foulera sans façon ; enfin, tout un monde végétal, toute une ménagerie, tous les règnes de la nature dans quelques mètres carrés ; la couleur prodiguée partout à la

fois vive, criarde, désordonnée; on dirait d'un défi jeté au bon sens.

Comment oublier à ce point que le tapis n'a pas d'autre rôle à remplir, dans la décoration, que de faire ressortir toutes les parties de l'ameublement, et que, pour atteindre ce but,

11 faut qu'il soit simple dans sa composition, sobre dans son coloris, calme dans son entier. Qu'on le fasse sourd ou clair dans ses tons, on ne doit jamais oublier que sa première fonction est de faire valoir les meubles, les bronzes, les peintures, tout ce qui constitue les points principaux de l'ensemble décoratif.

Quant aux tapisseries murales, nous ne voyons guères dans l'Exposition que des imitations souvent peu adroites de la grande peinture ; et si nous examinons a leur tour les beaux ouvrages de nos manufactures des Gobclins et de Beauvais, nous ne sommes arrêté dans notre critique que par leur miraculeuse perfection, non pas seulement sous le rapport de la main-d'œuvre, mais encore sous celui de l'art, et nous sommes disposé à croire ce qu'on raconte de ces Indiens tisseurs de cachemire, qui, dit-on, à la vue et au toueber d'une tapisserie des Gobelins, se mirent à genoux et la baisèrent avec respect, en s'écriant que la France est une grande nation. Cependant, bien que désarmé par l'admiration, nous ne pouvons nous empêcher de songer que lorsque Raphaël fut appelé à fournir des modèles aux tapissiers des Flandres, il procéda autrement que pour ses tableaux à l'huile, et nous nous prenons à souhaiter que les Gobelins ramènent la tapisserie murale à sa fin essentielle qui est la décoration. L'exemple est d'autant plus efficace qu'il vient de plus haut.

La tapisserie murale, appartenant inséparablement à l'œuvre d'ensemble, doit s'harmoniser avec toutes les parties qui composent la décoration de la pièce : elle n'a nullement à contrefaire la grande peinture, qui a une autre fin que la récréation de l'œil ; son office est de servir de fond et de lien; elle ne doit pas ambitionner les premiers plans qui appartien-

CONSIDÉRATIONS SUR L'ART INDUSTRIEL. Il

nent au personnage vivant, objet principal, centre obligé, dont l'importance ne saurait recevoir aucune atteinte. En outre, tous les meubles de l'appartement doivent s'accorder avec elle et offrir des rappels et des écbos communs qui s'y marient. Or, au lieu de cette unité nécessaire, que voyons-nous aujourd'hui ? Le caprice et le désordre substitués à la science et au goût éclairé qui présidaient aux ameublements de jadis. Il arrive journellement dans mainte entreprise de décoration, pour laquelle aucune dépense n'a été épargnée, ce qui résulterait si l'on mêlait au hasard des feuilles détachées de partitions de Beethoven, de Meyerbeer et de Verdi, pour exécuter à la fois tous ces fragments d'un caractère si différent, séparément admirables, mais discordants, sinon ridicules, par leur enchevétrement. Le tapis, pris à part, pourra être un travail digne d'éloges, la tenture murale sera prcsqif un chef-d'œuvre, et ainsi des autres parties. Mais, une fois assemblée, la note du tapis, qui devait être sourde, est éclatante; la tapisserie murale qui devait faire valoir les meubles de tout genre, les écrase par son ton outré, et tous ces beaux objets, venus de tous les points de la fabrique française ou étrangère, changent subitement de face, parce que ceux qui les ont réunis n'ont point tenu compte des lois de l'harmonie.

Arrivons au dernier regret que nous avons exprimé. Oui, l'art est trop souvent dirigé, non par l'artiste, mais par la mode aveugle, par l'amour du faux luxe;, par les goûts singuliers de clients volontaires et peu éclairés, et d'un autre côté, par la nécessité de vendre qui entraîne et violente le fabricant, lors même que c'est un habile homme et un homme de goût, et qu'il n'ignore nullement qu'en exécutant la commande, il se place en dehors des conditions de l'art. Qu'est-ce donc quand celui qui est appelé à donner un corps aux idées de pareils clients, partage leurs goûts et leurs manières de voir !

Les preuves qui justifient la proposition que nous avons énoncée, sont si nombreuses et si évidentes, que nous ne craignons pas de dire qu'elle est acceptée de tout juge

\t GROUPE tU. — CLASSE 14. — SECTION I.

impartial. Seulement, qu'on le sache, l'art est bien vengé du mal que lui font les fantaisies de ces Mécène de passage et de hasard. S'ils aiment les banalités prétentieuses, s'ils se plaisent à s'entourer d'un luxe de mauvais aloi, ils trouvent qui les sert à souhait. Le fabricant, pour les satisfaire, prend exemple sur Caligula qui faisait dorer l'avoine de son cheval ; mais l'avoine de ce consul d'un nouveau genre était, sous l'or qui l'enveloppait, de première qualité. Allez voir s'il en est de même des choses que le fabricant livre à cette sorte de clients. L'or y brille partout, et Midas est dans la joie. Quant à l'art, qui, dans ses applications comme dans son essence pure, moralise tout ce qu'il touche, il fait défaut et ne se fait remarquer que par son absence.

La richesse ne remplacera jamais la beauté, et celui qui se délecte dans un pareil milieu n'a jamais eu devant les yeux la haute vérité si bien exprimée par l'auteur du livre qui a pour titre : Dm vrai, du beau et du bien : « L'art produit le perfectionnement de l'âme, mais il le produit indirectement... Il se conlie à la vertu de la beauté; il la fortifie de toute la puissance, de tout le charme de l'idéal ; c'est à elle ensuite de faire son œuvre ; l'artiste a fait la sienne quand il a procuré à quelques âmes d'élite ou répandu dans la foule le sentiment exquis de la beauté. »

Résumons-nous et concluons.

Si nous avons vu juste, si les diverses observations que nous venons de présenter sont aussi vraies qu'elles sont sincères; si, en réalité, dans les productions de nos industries d'art le vrai beau est l'exception, si le médiocre et le laid, ou l'insignifiant, nus ou richement habillés, prédominent dans une trop large mesure, c'est un état de choses qu'on ne peut se borner à déplorer, on doit encore et surtout y porter un prompt et efficace remède. Ce remède a été déjà indiqué par les meilleurs esprits.

Mais, quand on veut guérir un mal, il est indispensable d'en bien connaître les causes. Quelles sont donc les causes du point d'arrêt trop prolongé et du trouble qu'on remarque dans

CONSIDÉRATIONS SUR L'ART INDUSTRIEL. iïi

nos industries d'art? Ce ne peut être le manque du goût natif. Le goût est un des dons les plus incontestables de l'artiste, de l'industriel, de l'ouvrier français. Tous les autres peuples le reconnaissent et le proclament. Mais le goût ne suffit pas seul. Il faut qu'il s'appuie sur l'étude e't sur la science dans ceux qui produisent, sur une éducation spéciale dans ceux qui jugent et qui achètent.

Or, cette étude et cette science ne sont trop souvent que très-incomplétement possédées par ceux qui sont appelés à les appliquer ; quant à l'enseignement spécial dont nous venons de parler, il n'est point encore créé pour ceux qui, par leur position sociale, auront à jouer un jour le rôle difficile et délicat de juges et de directeurs du goût publie.

Telles sont les lacunes qu'il faut se hâter de combler chez la génération qui s'élève, et dont va dépendre la bonne ou la mauvaise fortune de ces belles industries si éminemment françaises jusqu'ici.

Ceux qui s'intéressent à ces questions vitales ont certainement étudié les travaux remarquables qu'elles ont inspirés aux éminents rapporteurs des Expositions universelles de 18oi, 1855, 186-2, MM. Léon de Laborde, Mérimée, Natalis Hondot, Charles Robert, Michel Chevalier et bien d'autres encore. Tous tendent au même but et cherehent les moyens d'armer victorieusement nos artistes et nos ouvriers pour la grande lutte commencée, depuis que les nations étrangères ont découvert le secret de notre vieille suprématie dans les applications de l'art à l'industrie. Nous ne pouvons les citer tous, mais voici qui les résume admirablement : « La nécessité de répandre renseignement des beaux-arts parmi les populations ouvrières est certainement indiquée par l'intérêt général de la civilisation française ; car, y a-t-il une véritable civilisation là où manque le sentiment du beau ? En se restreignant, comme il convient ici, à ce qui est d'utilité industrielle,, il est indispensable que les ouvriers d'une partie au moins «les manufactures soient initiés aux arts de la forme, du dessin et de la couleur, par des

cours appropriés. C'est obligatoire en France, parée qu'une bonne partie de nos succès industriels tient à la supériorité du goût français. Il est essentiel que renseignement des beauxarts soit mis à un niveau élevé dans celles de nos cités qui en sont déjà pourvues, et qu'on l'étende à d'autres villes où les manufactures ont acquis une grande consistance depuis un quart de siècle, et qui néanmoins sont encore privées de cette éducation spéciale. »

Et M. Michel Chevalier, à qui nous empruntons ces lignes, donne plus de poids encore aux conseils qu'elles renferment, en ajoutant : « ïl nous survient des émules, et la prééminence de la France dans le domaine du goût pourrait être ébranlée prochainement, si nous n'y prenions garde. Les juges les plus compétents remarquent, dans les applications de l'art à l'industrie chez nous, quelques symptômes de décadence. »

Ainsi donc, fondation d'écoles de dessin dans les localités manufacturières qui en sont encore privées ; élévation du niveau do l'enseignement de l'art appliqué, partout où il existe déjà, >oilà ce qu'indiquent, demandent, sollicitent tous les hommes compétents : et c'est aussi incontestablement ce qu'il y a de plus simple, de plus direct, de plus efficace pour remédier à une partie du mal. Mais ce premier remède, excellent s'il est convenablement appliqué, ne s'adressant qu'au producteur, ne répond qu'à l'un des deux termes de la question.

L'autre ternie, ou ne l'a pas oublié, consiste dans la nécessité de reconstituer aujourd'hui cette élite nombreuse de fins connaisseurs auxquels, à d'autres époques, nos arts décoratifs ont dû presque autant qu'aux très-habiles artistes qui les créaient. Cette race de vrais amateurs a singulièrement diminué en nombre, et ne forme plus qu'une minorité trop faible pour résister à la masse de ce public riche ou aisé qui, sans s'être formé et développé le goût par l'étude, commande, fait travailler, achète, et prétend diriger l'artiste, le fabricant et l'ou-

mer. Qu'y a-t-il donc à faire pour rendre et assurer à nos arts des appréciateurs sérieux et compétents ?

Une réponse profondément méditée et d'une singulière justesse a été faite à cette question par un artiste éminent, l'un des chefs reconnus et respectés de notre jeune école, M. Guillaume, de l'Institut, directeur de l'École des beaux-arts, qui, à un beau talent de sculpteur, unit l'esprit philosophique.

Vice-président du Jury de l'exposition des écoles de dessin, que l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie, s'honore d'avoir faite, il y a deux ans, Vf. Eugène Guillaume, après avoir démontré, dans un rapport qu'il a intitulé : Idée générale d'un enseignement élémentaire de dessin, combien il serait avantageux de mettre sous les yeux des élèves, à côté des monuments littéraires, les monuments de l'art comme un commentaire vivant, poursuit ainsi :

« En recevant ces bons enseignements, les élèves des lycées pourraient, sans aucun préjudice, donner relativement peu de temps au dessin lui-même. C'est par le niveau des idées et non par de vains talents d'amateurs que doit s'établir le genre de supériorité qui convient aux classes élevées de la société. L'opinion publique serait plus autorisée, si les hommes du monde, éclairés par leurs études et placés d'ailleurs au-dessus de l'intérêt, pouvaient la diriger; tandis qu'à présent on les voit subir les caprices de la mode ou les inspirer, et que, sous le l'apport de la théorie comme de la pratique de l'art, ils sont exposés à se trouver fort inférieurs aux intelligents ouvriers de nos industries.»

« Est-ce donc une utopie ? L'éducation des gens du monde ne serait-elle pas plus parfaite si l'union des arts avec les lettres était rendue plus étroite dans renseignement universitaire, et si l'art y était continuellement relevé parle soin que l'on aurait de le rattacherà nos plus nobles facultés. Au sommet des études, l'École d'Athènes a prouvé combien cette union pouvait être féconde; nous voudrions qu'elle fût consacrée dès les classes de grammaire, et que l'art, après avoir été présenté comme une

des plus vivantes expressions du sentiment religieux, comme une des sources de l'histoire et l'indispensable auxiliaire de l'intelligence littéraire, fût rattaché, sous le rapport de la critique, et sous le rapport de son origine, aux idées constitutives de l'esprit humain. »

Voilà de la savante et bonne thérapeutique. Puisse-t-elle être appliquée par ceux qui ont officiellement mission de veiller au maintien et à l'accroissement de toutes les richesses de la France ! Mais dans le grand effort qu'il faut absolument faire, l'initiative privée ne doit pas oublier le rôle très-important, essentiel qu'elle a à jouer. Tandis que les municipalités, la commune et le pouvoir central mettront à profit les conseils des sages et des clairvoyants sur lesquels nous nous sommes appuyé; tandis que, à côté de notre glorieux Louvre, de notre beau musée d'artillerie, de nos si intéressantes et instructives collections du musée de Cluny, le gouvernement, par une heureuse et désirable innovation, installera dans le Garde- Meuble des galeries convenablement disposées où nos artistes pourront étudier les chefs-d'œuvre presque inconnus des temps passés que contient cet établissement ; tandis que la manufacture des Gobelins sera invitée à consacrer une partie de son temps à l'étude sérieuse des types les plus capables de servir de point de départ à l'industrie privée, et les plus en rapport avec nos habitations actuelles ; tandis que la manufacture de Sèvres sera amenée à devenir plus utile à notre industrie céramique , eh bien ! que l'initiative individuelle, encouragée par de premiers succès , agisse de son côté ; que la bonne volonté, la prévoyance, l'énergie, le patriotisme enfin des particuliers aident l'action du pouvoir qui ne pourra jamais les remplacer, et qui, dans un pays avancé, ne devrait être que leur auxiliaire; que notre industrie d'art tout entière et dans toutes ses branches, inspirée par une vue claire de ses plus chers intérêts, unisse ses forces vives en un puissant faisceau, et fonde quelque institution modèle où, placés à toute heure entre la nature et l'art, après avoir appris de celui-ci à interpréter

CONSIDÉRATIONS SUR l'AHT INDUSTRIEL. 17

«•elle-là, l'esprit largement nourri, la main savamment exérèse, l'enfant et l'adolescent, élèves aujourd'hui, maîtres demain, iront partout infuser un sang nouveau à nos arts renaissants, et leur donner une impulsion telle que, dans la carrière parcourue avec tant d'ardeur par tant de peuples, ils conservent leurs rangs, et au milieu de l'avancement de tous, gardent leur prééminence sur leurs rivaux.

T. III

SECTION II

Par MM. DIÉTERLE et POLLEN.

Dans la collection si complète d'objets d'art appliqués à l'industrie que nous offre l'Exposition universelle de 1867, l'une des classes le plus complètement représentées est certainement la classe 14. Les exposants de cette classe n'ont pas soumis seulement des exemplaires de tous les objets usuels de l'ameublement moderne, ils nous ont donné encore des spécimens, de presque tous les styles qui, depuis le moyen âge, ont distingué l'industrie.

L'ébénisterie est une industrie très-complexe : la recherche des formes exigées par la diversité des usages, l'assemblage difficile des membres nombreux composant ces formes, la variété des industries qui en sont le complément, demandent beaucoup d'expérience, d'habileté, et des connaissances étendues.

Plusieurs fabricants ont enrichi cet art de travaux empruntés à d'autres branches de l'industrie artistique, tels que la gravure sur ivoire, l'emploi des pierres dures, du repoussé, des émaux, de la céramique et de tous les travaux du marteau sur le fer, sur l'acier et sur les métaux précieux.

Pour diriger et amener à de bons résultats des arts si divers, il faut une intelligente persévérance, un louable désir d'agrandir le domaine de l'industrie, le concours de coopérateurs et d'artistes de grand talent.

Nous ne saurions trop louer de pareilles entreprises, et d'aussi heureuses associations : elles fécondent l'industrie, font naître l'invention et développent la production.

Personne ne songe aujourd'hui à nier l'influence qu'exerce sur notre âme la contemplation de la beauté plastique par le sens de la vue ; cette jouissance, cette perception du beau est le caractère de certaines races ; elle marque dans l'échelle de la civilisation la place occupée par les peuples ; et, parmi les peuples les plus civilisés, c'est cette appréciation du beau dans la vie domestique, c'est la recherche dans l'élégance de la forme d'un meuble vulgaire, d'usage journalier, comme dans celui d'un objet de luxe, qui détermine le rang des particuliers et désigne un artiste et un industriel à l'estime publique.

Le contingent de la classe 14 montre que nous n'avons pas eu à juger que des objets utiles, mais plus encore des œuvres qui réunissent à l'utilité toute la beauté, toute la décoration artistique que peut comporter leur destination. L'arrangement, à la fois simple et scientifique de l'Exposition, a permis de se rendre facilement compte du degré atteint par les diverses nations concurrentes et du développement donné par elles à l'art appliqué à l'industrie.

Avant de comparer les progrès en ce qui concerne la classe 14, il est à propos de citer sommairement les règles qui ont guidé nos jugements.

Ces principes sont faciles à comprendre : 1° rechercher si la forme du meuble est bien conçue et appropriée à son usage ; 2° si les matériaux sont choisis judicieusement pour rendre cette forme ; 3° si la construction est bien comprise pour l'emploi des matériaux ; et 4°, en dernier lieu, ces conditions remplies, le degré d'ornementation, que la destination du meuble remportait et qu'elle a reçue.

Le bois, la pierre, le marbre, les métaux, réclament des traitements particuliers. La libre, la masse, le grain, les surfaces polies, les nuances produisent des effets qui demandent à être étudiés avec soin. Ce point de départ est rigoureux et doit être

la première règle du fabricant ; et, pour l'avoir oublié, nous avons vu de nombreux exemples d'habileté et de talent dépensas en pure perte. Le dessinateur, qui s'est conformé à ces conditions, peut alors emprunter à l'architecture, à la sculpture et à la peinture la forme, l'ornement qui décoreront son œuvre, et lui donner le caractère d'un objet d'art capable d'embellir le palais ou la salle auxquels il est destiné.

Il importe beaucoup de ne se servir de ces arts que dans une intelligente mesure, et il ne faut pas oublier que si le meuble le plus capricieux doit y puiser les éléments dont il se compose, leur application servile donne des œuvres sans raison et sans goût.

Cette multiplication de membres, si nécessaire, si judicieuse dans l'architecture, cette loi sévère de la statique dans les constructions de marbre et de pierre , cette recherche de la réalité dans la peinture, de la saillie dans la sculpture, ne sont plus ici rigoureusement à leur place, et c'est ce que nous enseignent les merveilleuses créations de la Renaissance, où, sur une ossature solide, éclate avec sérénité la brillante imagination des artistes de cette époque.

Notre examen ne devait pas se borner à l'application de ces principes aux objets que nous avions à comparer et à juger. Nous avons dû étudier les méthodes de fabrication qui peuvent amener le bon marché, et les inventions qui, encore imparfaites, promettent des résultats dans l'avenir ; l'importance d'une industrie dans la contrée où elle s'exerce, son influence sur la vie de l'artiste et de l'ouvrier, la place qu'elle occupe dans le commerce international, enfin les essais d'associations ouvrières tendant à diminuer les prix de revient.

Avant de citer les noms et les œuvres qui ont le mieux rempli le progamme que nous venons d'esquisser, nous devons constater que l'Exposition de 1867 présente de véritables progrès : généralement la forme a été meilleure ; l'abus des sculptures et des ornementations inutiles a heureusement

diminué ; plusieurs meubles sont des pièces achevées, d'une véritable beauté d'art et d'une exécution admirable.

Les avertissements donnés en 1862 par un illustre écrivain, M. Mérimée, les préceptes et les conseils développés en 1855 et en 186:2 par un excellent juge, M. du Sommerard, rapporteur des Jurys d'ameublements, et aujourd'hui président du Jury international des classes 14 et 15, n'ont pas été sans influence sur les fabricants français, qui ont tenté de nouveaux efforts, et nos collègues étrangers ont été les premiers à proclamer la supériorité de la France dans cette branche de l'industrie.

Disons un mot des mérites les plus intéressants, en suivant l'ordre assigné dans le Palais aux produits des diverses nations.

§ 1. - France.

Au premier rang nous placerons M. Fourdinois. Cette maison a donné en 1851 une véritable impulsion à l'ébénisterie d'art. Son exposition nous présente deux pièces exceptionnelles : un meuble en noyer, objet précieux pour un musée, et un cabinet construit en bois de nuances diverses plutôt entrelacées qu'incrustées; ce travail est d'une véritable perfection, et donne un nouveau mode de construction riche d'effets et d'une grande solidité. Le meuble, d'une composition élégante, est brodé de sculptures d'une finesse extrême : le talent du ciseau ne peut aller plus loin. Les autres produits de ce fabricant n'ont rien perdu de l'excellence de dessin et d'exécution reconnue dans les expositions précédentes.

Nous citerons également la maison Grohé (hors concours) comme une des plus distinguées et des plus honorables de l'industrie européenne. La parfaite exécution, la sagesse des formes, la beauté des bronzes nous ont rappelé les célèbres meubles de Riesener, et justifient de nouveau les hautes récompenses décernées à cette ancienne maison.

M. Roudillon nous offre en forme de vitrine une œuvre

mêlée de bois d'ébène et d'acier : l'architecture de ce meuble est d une élégante pureté ; les glaces sont encadrées d'ornements délicats et d'un excellent goût, en acier forgé au marteau; la destination de cette vitrine est judicieusement expliquée, et c'est un des meilleurs modèles à citer. Ui cabinet ébène et ivoire, orné de marbres précieux, mérite les mêmes éloges. Une grande variété de produits appartenant aux classes 14 et 15 distingue l'exposition de cette maison.

MM. Lemoine ont donné des spécimens heureusement variés de style et d'époque. Le thuya, l'érable, P ébène et presque toutes les colorations ont été employés avec discernement par eux. Leur bibliothèque est une œuvre étudiée avec soin et d'un beau caractère.

MM. Gueret frères sont de très-habiles sculpteurs et des ébénistes de premier ordre ; de grandes torchères, un charmant baromètre de style Louis XVI, une superbe bibliothèque leur ont valu la plus haute récompense.

M. Roux a exposé des meubles genre Houle, qui sont les plus remarquables dans cette spécialité; une grande table d'un dessin large et complète de style a été particulièrement remarquée.

M. Alessandri a envoyé une vitrine de forme circulaire en ébène : de nombreux ivoires sculptés donnent à ce meuble un grand intérêt ; la dimension en est exceptionnelle et la beauté très-remarquable. Du reste, le nom de M. Carrier Relieuse, l'auteur des modèles, témoigne de leur valeur artistique.

M. Kneib a placé dans une exposition déjà digne de louange un cabinet en ébène, avec bronzes dorés, et orné de matières précieuses. Ce meuble rappelle les meilleures œuvres du xvie siècle. Le dessinateur est M. Manguin.

A la suite de ces objets si intéressants, nous mentionnerons des œuvres de mérite moins élevé, mais qui ne sauraient être oubliées sans injustice.

M. Depont, d'Azay-le-Rideau, a envoyé un meuble qui serait un chef-d'œuvre lui-même, par ses sculptures rappelant si bien la Renaissance française de la Touraine, mais

cetle armoire, mi-parti chêne et pierre tendre, est un contre-sens complet des règles de l'alliance des matériaux.

MM. Godinet Jeanselme continuent à montrer une disposition que l'on a généralement appréciée pour la sobriété de l'ornementation, la noble simplicité des formes, la perfection de la main-d'œuvre, et surtout l'étude de la commodité unie à un style sévère. Nous donnons à M. Sauvrezy les mêmes éloges ; nous insistons sur le mérite de ces fabricants ; les qualités qui les distinguent sont peu communes et doivent être citées comme de salutaires exemples. Mme VTe Sormani a exposé plusieurs petits meubles d'un goùl parfait ; son cabinet est d'une architecture fine, et les moulures en sont bien étudiées. MM. Mazaroz et Kibailler ont de nombreuses imitations en chêne et en nover des meubles de la Renaissance : dans cette

spécialité, destinée à l'ameublement des châteaux, les produits de la maison Mazaroz nous ont paru supérieurs. M. GaUait, comme dans les précédentes expositions, s'est fait remarquer par des morceaux élégants et variés ; ses meubles laqués ont une fraîcheur coquette qui les rend charmants pour les chambres à coucher. M. Mûntz a fait usage dans un ameublement en chêne de l'emploi du système de parquetage : e'est une ressource ingénieuse pour dissimuler l'étendue de parties trop unies qui demanderaient quelques reliefs. Plusieurs fabricants français l'ont employée dans des meubles en ébène, mais d'une manière plus restreinte.

D'autres noms méritaient une mention, mais les limites de , ee rapport nous obligent d'abréger.

fr*. - Angleterre.

MM. Graham et Jackson maintiennent dans la section anglaise leur supériorité et sont de redoutables rivaux pour nos plus habiles fabricants. Un meuble en ébène présente, comme la erédenec de M. Fourdinois , des parties délicates en ivoire pénétrant solidement l'ébène avec une précision rigou-

reusc; Fébénisterie en est irréprochable; l'heureux choix des motifs des incrustations et la pureté des tonnes ne laissent rien à désirer. MM. Owen Jones et Lormicr, dessinateurs de ces beaux objets, ont depuis longtemps habitué les connaisseurs à admirer leur talent. M. Crace a donné des dressoirs bien conçus dans le style ogival, pour les demeures féodales de l'Angleterre. La section anglaise donne un contingent nombreux d'objets imitant le caractère du xme et du xive siècle. Plusieurs de ces imitations laissent prise à la critique par des formes architecturales empruntées à la pierre. M. Holland a exposé la pièce la plus importante, et M. Crace la plus élégante. La maison Wright et Mansfeld a reproduit, dans un beau meuble en citronnier, la marqueterie du règne de Georges III, avec le cachet de l'époque où les frères Adam et Josiah Wepgwood ont fait -école par des œuvres distinguées en plusieurs genres. MM. Dyer et Watts se spécialisent dans les objets en bois d'érable et de sapin. Ce genre de mobilier, trèsdéveloppé en Angleterre, est d'un prix modéré, qui en permet l'usage aux plus modestes fortunes. La maison Gyer et Watts nous en offre les meilleurs spécimens; ces meubles ont une gaieté que l'on apprécie dans un climat sombre comme celui de l'Angleterre . Quelques maisons françaises commencent à les construire.

Nous terminerons cette revue en reconnaissant les progrès accomplis par l'Angleterre dans le domaine de l'art industriel. L'Exposition de 1867, comme celle de 1862, nous prouve son énergique volonté de ne pas s'arrêter dans la voie où elle a fait de si rapides conquêtes.

Quelques mots encore sur les produits envoyés par les colonies de ce dernier pays. Dans un certain nombre de petits objets, on peut retrouver l'originalité heureuse qui caractérisait ces contrées ; mais leurs meubles, destinés aux usages européens, sont d'un goût trop critiquable, quoique, au détriment du bon goût et de l'art, la fabrication s'en accroisse et donne même lieu à un commerce considérable

-2Ti

$ 3. — Élats divers.

Les Etats-Unis d'Amérique ont exposé, entre autres objets, des tables en marqueterie de bois, soigneusement exécutées, spécimens de la richesse des forêts de l'Amérique du Nord.

La Turquie et l'Egypte offrent quelques meubles originaux, d'une exécution sans art ; l'on sait que leur ameublement consiste principalement dans l'emploi des tapis, dont ils donnent de superbes échantillons.

Dans la section du Danemark, on a vu avec un grand intérêt tes productions d'une société créée par des particuliers pour l'application des arts à l'industrie; leur association d'amateurs a pour but de faire naître et de développer dans l'artisan le sentiment de l'art. Cette fondation montre, par son expo<sition, qu'elle est digne des plus vifs encouragements. On \ trouve d'excellents meubles en marqueterie du style de Christian IV, et un portail pour le château de Frederiksborg, d'après les dessins bien étudiés de M. Heinz-Hansen. On ne saurait trop louer ces études des types nationaux .

Les États- Pontiûcaux ont envoyé des meubles peu nombreux, mais d'une grande valeur, et M. Gatti, le principal exposant, soutient le rang élevé qu'il a pris aux précédentes »'X positions.

Le contingent de l'Italie est nombreux et varié; toutes les formes de construction et de décoration s'y rencontrent : les pierres dures, la marqueterie, la sculpture, la mosaïque, le genre Boule, les matières les plus diverses et les plus riches. Les villes célèbres qui, aux dernières expositions, appartenaient à des États indépendants, ne sont aujourd'hui que des provinces du royaume italien. Ces villes de grande renommée, Milan, Florence, Venise, Naples, dont les produits ont été depuis si longtemps recherchés, étudiés et recréés par l'Europe, ont envoyé leur contingent à ce grand concours universel. Dans leurs produits se trouvent encore une remarquable

souplesse de ciseau, une grande facilité d'exécution et la marque de la fécondité du génie italien. Il faut cependant y voir le signe d'une décadence, due probablement à une situation politique, qui n'a pas laissé aux artistes les loisirs de l'étude et de l'exécution. Cette déchéance est surtout sensible dans les objets exposés par la manufacture royale de Florence : quelques spécimens des travaux anciens de cette fabrique sont placés à côté des produits modernes, et il est facile de voir dans ces derniers objets l'oubli des règles, des principes qui ont fait l'ancienne gloire de cette manufacture. L'imitation servile et le trompe-l'œil ont remplacé l'art décoratif, et des puérilités d'exécution se sont substituées aux belles et ingénieuses combinaisons des marbres et des pierres dures. Dans les meubles, nous avons regretté de trouver plus souvent la recherche du bizarre et de la nouveauté, que l'étude du galbe et de l'utilité. Ces critiques sont vives, mais nous les adressons à une nation dont le sol se nomme la patrie des arts, et nous savons tout ce qu'il y a d'éléments de renaissance dans ce peuple, dès qu'il voudra prendre une éclatante et soudaine revanche. IN'ous devons d'ailleurs déclarer qu'il se trouve encore dans la section italienne des objets dignes du nom italien. Nous citerons la grande armoire en ébène de MM. Annoni et Brambilla : la forme générale en est somptueuse, et les ivoires gravés avec une fermeté et une habileté qui ne se rencontrent pas dans les autres sections. On y voit aussi les cadres, les coffrets du professeur Giusti, où le ciseau est merveilleux de légèreté et de hardiesse, une charmante table en noyer des Indes, incrustée de nacre et d'argent par Ronaiti, et enfin les très-jolies chaises de Chiavari de MM. Canepa et Descalzi.

La Kussie n'est représentée que par bien peu d'exposants : ce sont les établissements impériaux de Peterhof et d'Ekaterinbourg, qui font la richesse de son exposition. Des armoires, des cabinets enrichis de pierres dures étalent une beauté de matières sans pareille. La turquoise, le lapis-lazuli, la topaze, la malachite et les pierres les plus rares, comme le néphrite

MEC li LES DE LUXE. 27

et l'hymation, donnent à ces meubles une valeur considérable. Il est regrettable que tant d'éléments magnifiques ne soient pas mis au service d'un art plus original et plus complet. Dans l'industrie particulière, M. Volossotikof expose une armoire à images, qui contraste heureusement, ainsi que quelques rudes sièges du Caucase, avec les autres produits de la section.

La Suisse expose une grande variété de parquets, à des prix très-modérés; MM. Wirth frères, appartenant aussi à la section française, en offrent de nombreux échantillons, ainsi que des meubles sculptés en bois de chêne et de noyer. L'ébénisterie et la sculpture de ces produits sont secondaires, mais le bon marché de ces objets leur donne, dans le commerce, une véritable importance.

Nous trouvons en Espagne un ameublement en marqueterie d'un travail surchargé et de forme sans caractère ; les fabricants espagnols devraient moins oublier le style si plein de vie de leur pays au xvne siècle.

Le Portugal a envoyé des meubles bien faits, d'usage ordinaire, solides et modestes : une armoire, due à M. Correa de Lisbonne, est restée heureusement fidèle à la tradition liationale*

En Autriche, MM. Thonet offrent leur collection de sièges en bois courbé au feu, dont le premier mérite est une solidité à toute épreuve. Cette maison fait un commerce considérable et a des succursales nombreuses en Europe M. Kitschel expose des meubles en fer; leur forme est simple et exempte de ces saillies ridicules et quelquefois dangereuses que l'on rencontre dans beaucoup de lits en fer. Une table de ce métal, rehaussée de quelques ornements en creux doré, est d'un bon style et d'une richesse agréable. Dans un meuble de M. Leimer, d'une forme de triptyque, les statuettes et les ornements sont sculptés avec beaucoup d'art; les volets sont la pailie la plus remarquable de ce travail, dont les figures, incrustées en bois et ivoire, ont une véritable beauté d'expression. Cette section contient quelques meubles de marqueterie

faits par un menuisier du Tyroi. C'est tout ce qui représente une industrie autrefois répandue sur les deux versants des Alpes.

La Confédération du Nord soumet à l'examen peu de pièces artistiques: nous devons en excepter l'exposition de M. Knussmann, de la Hesse, qui représente dignement la menuiserie de Mayence, à des prix très-modérés. M. Knussmann, a exposé une table, l'un des plus charmants produits de l'Exposition. Nous citerons aussi un beau dressoir de M. Bembé, de Hesse, simple et magistral, et d'une bonne exécution.

Dans la Saxe, MM. Fùrpe et Frederik nous ont donné des meubles en ébène et en noyer bien construits et riches de sculptures soignées. Mais nous aurions désiré plus d'élégance dans leur disposition générale.

En Prusse, la Société de la Renaissance offre de bons produits; sa menuiserie est d'une bonne fabrication.

La Belgique expose de nombreux meubles sculptés en bois de chêne dans le style des anciens bahuts, dressoirs, crédences des Flandres. Leur style est généralement lourd ; ils abondent en parties rapportées, saillantes ei incommodes, et la fabrication en est négligée. Ces meubles vieillis artificiellement se vendent en grande quantité à Londres.

Les Pays-Bas ont des objets de mobilier destinés aux édifices religieux, parmi lesquels on doit mentionner un autel de grande dimension de MM. Cuypers et Stolzenberg, ainsi qu'une statue d'église de M. Piekery.

S 4. — Observations diverses et conclusions.

Les sections française et anglaise sont les plus importantes de la classe 14. Si nous faisions suivre cette revue internationale des réflexions qu'elles ont suggérées à notre esprit, nous dirions que, généralement, à l'exception des pays orientaux, dont les usages diffèrent si profondément des nôtres, les diverses nations nous semblent subir l'influence française,

et rechercher toujours la forme, le goût, la mode, qui émanent de Paris. Certes, rien de mieux que cette communauté de goût dans les sciences, dans les arts, dans les inventions qui intéressent l'humanité. Aujourd'hui, rien ne reste secret, et les expositions internationales attestent tout ce qu'il y a d'utile et de grand dans ces invitations généreuses des nations progressives aux peuples retardataires. Cependant, il en résulte un manque d'individualité regrettable. Tout en faisant profit des inventions, des méthodes, qui marquent un véritable progrès, nous voudrions qu'on opposât plus de résistance aux caprices de la mode, plus de respect pour le génie particulier de la patrie. Dans l'étude du caractère, des usages, du climat et de l'histoire des peuples, l'artiste puiserait comme à une source d'idées originales, une variété d'aspects caractéristiques.

Nous adresserons une autre observation aux exposants de la classe 14. Si nous avons admiré des merveilles, si quelques meubles sont dignes d'orner des palais, de prendre place dans les collections les plus célèbres, leur cherté, leur richesse en font des œuvres exceptionnellest ne s'adressant qu'aux fortunes privilégiées. Nous les considérons comme une production accidentelle, probablement inspirée par le désir de faire sensation à l'Exposition. On est loin, sans doute, de blâmer ces efforts dispendieux qui montrent les limites de la richesse et de la perfection; mais l'on aimerait à rencontrer des objets de goût d'un prix de revient accessible à l'aisance modeste. Il y a autant de difficultés à vaincre et autant de talent à prouver pour produire un meuble simple, peu coûteux, mais d'un art délicat et personnel , que des œuvres où la richesse des matières et la perfection des ornements masquent souvent une ordonnance défectueuse.

Les époques où la beauté était sincèrement cultivée nous en offrent des exemples; les sièges, les lits, les tables, que nous étudions pour leur pureté de forme, dans les peintures égyptiennes et sur les vases grecs, n'étaient pas des objets que

l'artiste allait chercher dans les musées ; chaque demeure lui en offrait les modèles. Ces charmants miroirs, ces ustensiles de cuisine, enfermés sous les vitrines du musée de Naples, se vendaient au marché , dans les rues de Pompéi , une petite ville sans importance.

Mettre le heau partout, dans tout, voilà le hut à atteindre. On achèverait merveilleusement l'éducation des classes ouvrières en les familiarisant avec le goût du beau; on leur donnerait des jouissauces saines, et nous verrions surgir peutêtre dans notre industrie des Bernard Palissy, des Briot, des Riesener, ces gloires trop rares de Ja France.

Ajoutons que, puisque la science apporte chaque jour de nouveaux moyens de développement à l'industrie de notre classe, l'art doit s'en emparer; la science donne la puissance d'exécution, l'art doit donner la vie, la forme, la beauté morale. Les forces si nombreuses de la mécanique appliquée à l'ameublement n'ont pas encore trouvé leur véritable emploi ; elles semblent borner nos idées plus que les développer; elles imitent le travail de la main plutôt encore qu'elles ne l'aident; et, quand nous sommes témoins de la puissance de leur intervention dans les autres industries, nous sommes en droit de croire que la classe 14 peut leur demander de plus grands résultats.

Eu résumé, ce qui manque à notre siècle si riche dans les moyens, si avancé dans la pratique, c'est un véritable style. L'invention nous fait défaut ; nous copions habilement, mais ce n'est pas assez. Où retrouver l'inspiration? Dans la recherche raisonnée des besoins de l'époque, dans l'étude du génie national et des œuvres de la nature éclairée par le flambeau que les maîtres nous ont laissé : or, l'inspiration n'est plus demandée aux sources pures du vrai, à la contemplation de la nature, a l'étude du caractère des peuples, à l'intelligence passionnée des merveilles dues aux artistes anciens. On dirait que notre époque ne peut ou ne veut faire les frais d'une création nouvelle, comme si nos devanciers avaient épuisé

toutes les ressources (le l'invention. Nous consentons à apporter dans l'exécution le tribut courageux de nos efforts ; niais la pensée manque, et nous en sommes réduits à copier toujours des œuvres empruntées au passé, sans songer que ces œuvres elles-mêmes, si justement admirées encore, ont perdu, par l'effet du temps qui lésa produites, une partie de leur valeur, et que le cadre disparu de ces merveilles était justement l'époque où elles ont été créées, et dont elles étaient l'expression. Les siècles ont passé, l'œuvre est restée admirable encore ; mais l'imiter avec servilité, c'est oublier ce qui constitue le caractère de l'art industriel, qui doit représenter son propre temps avec toute sa vivacité et son génie.

Avantdeclore ce rapport, reconnaissons que les expositions internationales ont eu pour effet de vivifier l'esprit moderne par la concurrence et l'enseignement qui résulte de la comparaison. Nous leur devons la faculté de formuler ces critiques que nous croyons salutaires, et qui n'auraient pu se produire sans elles. Les récompenses reçues par les artistes, par les fabricants, ont été trouver l'ouvrier dans l'atelier, et son travail a été exposé; il a eu sa part de gloire dans la médaille accordée à l'œuvre collective; il a pu comparer, juger luimême, s'instruire à ces grandes fêtes de l'activité humaine.

Entre toutes les expositions, celle de 1867 est la plus complète ; elle atteste en somme de notables progrès, sinon dans le goût, du moins dans l'exécution.

L'étude des produits modernes de l'industrie, rapprochée du spectacle de l'exposition désignée sous le titre de l'Histoire du Travail, nous a suggéré des réflexions que nous demandons la permission de placer ici. Cette exposition est frappante par l'unité du style particulier à chaque époque dans toutes les directions de l'art appliqué à l'industrie. Partout on sent l'intelligence, la communauté d'idées, de goût de l'artiste, du fabricant et de l'artisan. Portout se révèle une tradition qui, faute d'étude, a donné à l'ouvrier une habileté de main, un sens de son œuvre que nous ne possédons plus aujourd'hui.

fl2 GROUPE III. — CLASSE 14. — SECTION II.

Quelles sont les causes de cette défaillance et quels en sont les remèdes ? voilà ce que nous voudrions rapidement esquisser.

Premièrement, l'éducation donnée aux fils des chefs d'industrie est aujourd'hui plus commerciale que professionnelle. Les connaissances nécessaires à la direction d'un atelier manquent surtout lorsque la production relève autant de l'art que de l'industrie. Pour l'ouvrier, l'apprentissage est souvent insuffisant; l'apprenti cherche une rémunération avant de connaître son métier, et la division du travail ajoute encore à son ignorance. La tradition, ignorée du maître, dont elle n'est pas le souci, n'a pu être apprise par l'ouvrier ; nous voyons pourtant ce qu'elle produit chez les Orientaux: leurs tapis, leur céramique, leur métallurgie, restent empreints, malgré la déchéance de ces peuples, des lois harmonieuses et justes du non sens. Les peuples de l'Orient n'ont point une perception complète du beau, telle qu elle a été donnée à la haute intelligence des Grecs et de certains peuples de l'Europe ; ce qui les distingue, c'est un sens exquis de la coloration, un point de départ sensé dans toutes les applications de la forme à la matière et à l'usage, et, nous le répétons, c'est la tradition suivie avec une sorte d'innocence qui, sous beaucoup de rapports, les rend encore nos maîtres actuellement.

Une cause nouvelle de l'affaiblissement du goût, que nous signalerons sans prétendre la faire disparaître, c'est l'intermédiaire entre celui qui achète et celui qui fabrique, la boutique, en un mot, remplaçant l'atelier. L'acheteur ne va plus chez le producteur, ne connaît plus l'atelier. Le temps et passé où les Médicis, les François Ier visitaient les premiers orfèvres de la Renaissance, et encourageaient l'art de leur présence. /Dans ces rapports directs entre l'amateur et l'artisan, entre l'homme riche et l'ouvrier, l'art gagnait; l'ouvrier s'instruisait, s'imprégnait des besoins, des délicatesses de la vie élégante ; la culture de son esprit s'y développait. ïl comprenait l'usage et l'importance de l'œuvre demandée, et, dans ce concours d'efforts, il y avait profit pour tous. Le riche devenait le

compagnon de l'artisan, l'heureux collaborateur de son œuvre. Sa générosité était excitée au spectacle du travail, de ses difficultés, des belles choses produites.

En présence des développements de l'industrie et des habitudes qui règlent les sociétés modernes, nous ne pouvons que reconnaître la différence des temps sans espérer la détruire. N'est-il pas cependant possible de l'atténuer? Et les gens de goût manquent-ils parmi ceux qui ont la direction des affaires publiques?

En France, depuis quelques années, des écoles professionnelles se sont élevées ; les cours gratuits de dessin se sont multipliés. En Angleterre, on a créé le magnifique établissement de South-Kensington, dont on a pu apprécier les beaux résultats à l'Exposition du Ghamp-de-Mars. En Danemark, en Prusse, les sociétés particulières dont nous avons parlé dans ce rapport, nous révèlent que le mouvement se généralisait. Enfin l'habitude de ces expositions rétrospectives, qui tendent à se développer, est la source d'excellentes études et de précieux enseignements sur les arts industriels. Tous ces nobles efforts risquent de demeurer stériles, si la pensée des gouvernements ne s'élève pas davantage.

Les sciences exactes ont leur enseignement certain, leur vulgarisation heureusement commencée. Sans doute, il n'en peut être absolument de même dans les arts et dans les parties du travail de l'homme qui relèvent de l'imagination et du goût. On peut créer une chaire de mécanique, on ne peut créer une chaire de goût. Le goût cependant est l'harmonie, et cette harmonie résulte de l'observation de règles reconnues, que l'étude fait comprendre, et dont l'expérience, au besoin, donne le sentiment. Si tous ne possèdent pas des aptitudes égales à saisir cette harmonie, l'industrie offre beaucoup d'esprits intelligents capables de la comprendre ; il suffirait de les aider. Cette aide, comment la donner?

Nous avons dit que le goût ne s'enseignait pas. Il est cependant pour cette qualité, si nécessaire dans les arts, des cont. m. 3

84 GROUPE ni. — CLASSE 14. — SECTION II.

ditions certaines qui peuvent être l'objet d'un enseignement. L'appropriation des objets à fabriquer, le choix des matières, leur combinaison, la valeur relative des colorations, bis différences qui résultent de la destination des produits, peuvent entrer dans l'éducation des industriels et des ouvriers. On ne fera pas, nécessairement, desartistesdistingués, mais on évitera le danger de l'ignorance de ces règles et du goût, et la moitié du résultat poursuivi sera atteinte. Nous voudrions que les grands centres industriels de France, où naissent des produite dont la valeur principale est dans le charme du goût, eussent un enseignement organisé à cet effet ; et dans notre cnpitale, si riche en établissements destinés à l'éducation du peuple, un second Conservatoire des arts et métiers, complétant ce foyer de lumière pour l'industrie scientifique, et auquel on donnerait le nom de Conservatoire des arts appliqués à l'industrie. Ces efforts seraient favorisés par l'exposition publique d'objets ou de dessins représentant les chefs-d'œuvre de chaque industrie relevant de l'art, et leurs divers états de fabrication. L'art industriel aurait ainsi son temple, aussi bien que l'application des sciences mathématiques ou mécaniques à côté de l'enseignement; l'industriel, ouvrier ou chef, trouverait là l'exemple; l'étude des chefs-d'œuvre de l'art échauf feraitson imagination, et l'inspiration pourrait naître.

L'administration des beaux-arts fait exécuter des tableaux, des statues qui manquent à nos musées, pour en orner l'École des beaux-arts : ne pourrait-on pas aussi faire copier par les artistes qui se consacrent à la décoration les ornementations de tant de palais qui enrichissent l'Italie et d'autres contrées, qui bientôt disparaîtront sous la dégradation des siècles? Ces copies formeraient des mains habiles, quelquefois des talents distingués, rendraient de grands services à la peinture décorative, feraient connaître, étudier des chefsd'œuvre dont nous n'avons guère qu'une connaissance imparfaite par des réductions et des gravures incomplètes.

Le vœu que nous formons est-il un rêve ? L'Exposition

a montré par l'exemple d'une nation voisine, l'Angleterre, à quels résultats on peut arriver par l'étude et renseignement. La France, qui sert encore de modèle dans l'art industriel, est bien près d'avoir de sérieux rivaux : ce serait pour elle un honneur entre tous de relever par de nobles efforts le niveau de l'art moderne, et de prouver à l'Europe que les grands artistes des siècles passés peuvent trouver chez nous des successeurs.

» ! >fl!*ll t. I .

Tapisserie et décoration, par M. Diéterle, peintre-décorateur, membre da Jury international de 1855; membre du Conseil de perfectionnement du Conservatoire des arts et métiers, et Dicby Wtatt, de la Société des arts de Londres.

Par MM. Jules DIÉTERLE et DIGBY WYATT.

Les industries qui appartiennent aux classes 14 et 15 naissent de besoins identiques , suggèrent les mêmes réflexions et s'enlacent si constamment dans leurs produits qu'il est difficile de les séparer, et la plupart des considérations contenues dans le rapport qui précède s'appliquent également à celui-ci.

Depuis longtemps, en France, la pensée qui protège les arts, les sciences et les lettres, conserve avec sollicitude les restes précieux de nos antiquités nationales, et les débris des arts sompluaires sont recueillis religieusement dans les archives de l'Etat, les palais historiques, les musées de Paris et de province. En Angleterre, s'est révélé un vif amour pour les arts nationaux et étrangers du moyen Age ; il a donné naissance à des collections déjà célèbres. En Allemagne et dans les autres contrées du Nord, cette curiosité rétrospective s'est développée avec moins de puissance; mais nous voyons

40 GROTTPE III. — 15.

actuellement l'esprit public et les gouvernants s'en préoccuper sérieusement. Dans une voie parallèle, on s'est adonné avec une recherche active à l'étude des procédés industriels et des arts de construction du moyen âge ; les manuscrits ont été compulsés, les œuvres étudiées, analysées, et de nombreuses publications scientifiques et artistiques en ont été le résultat.

Pour la première fois, l'Exposition de 1867 nous montre dans un seul cadre, réunis aux produits modernes, ces éléments de l'art, de la science et de l'industrie, provenant de sources si nombreuses et si variées d'époque et de nationalité. Ces éléments, joints aux ressources dont îî a été question dans les considérations du rapport sur la classe 14, offrent à chaque peuple, dans l'avenir, des forces égales et des avantages réciproques pour assurer leur marche dans la voie du progrès. Il doit en résulter une fusion presque accomplie dans le domaine de la science et de l'industrie, et un éclectisme déjà sensible dans les classes qui représentent les industries d'art.

Nous avons dit dans quelle mesure nous voudrions voir s'établir cette communauté des progrès de la civilisation , combien elle est féconde, salutaire pour la science, l'industrie et le bien-être des peuples ; mais aussi, quel genre de résistance il faut y apporter pour conserver la physionomie des types nationaux et cette originalité qui fait aujourd'hui encore la gloire de peuples disparus sous la couche des siècles, et dont l'existence n'est connue que par les ruines de leurs monuments et les débris de leurs arts. Nous nous bornerons donc à marquer, par l'indication des œuvres les plus saillantes, la situation actuelle des arts décoratifs de chaque nation à l'Exposition de 1867.

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