‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 2 sur 75 · OUVRAGES DE TAPISSIER · texte numérisé non relu

OUVRAGES DE TAPISSIER

Par droit d'ancienneté, nous commencerons par l'Asie, qui fut la mère des civilisations anciennes. Gomme les artistes de tous les temps et les souverains de l'antiquité et du moyen âge, nous avons admiré les produits de l'art oriental, si splendides autrefois, et qui restent encore un modèle de goût et d'élégance. Ils offrent toujours une qualité difficilement atteinte par les artistes de nos contrées. C'est, nous le répétons encore, une union parfaite du coloris et de la pureté des formes, une pondération harmonieuse de toutes les parties de l'œuvre. Ce qui est plus rare encore, cette fine fleur de la beauté se révèle également dans les productions les plus ordinaires du travail et des matériaux, comme dans les œuvres les plus somptueuses et les plus accomplies de la main d'œuvre. Cette loi admirable de l'ordre, du rythme, si les Grecs l'ont possédée au suprême degré dans les arts plastiques, les Orientaux en sont les maîtres dans l'emploi de la coloration.

L'espace nous manque pour détailler les collections des Indes, de la Perse, de la Chine et du Japon ; mais, dans leur étude, l'artiste, le fabricant, puiseront le secret du goût, de 1'barmonie et de la proportion. Comme nous, ils seront ravis des ingénieuses combinaisons du tisserand indien, constellant, avec tant de grâce, de fleurs et de palmettes aux ondoyantes courbures, les magnifiques châles de Bénarès, les vaporeuses mousselines de Dacca et les riches étoffes du Penjaub. Les mêmes séductions se rencontrent dans les produits de la Perse, dans ses superbes tapis et dans ses fines et délicieuses mosaïques. La Chine et le Japon possèdent le même privilège. Quelle hardiesse de lignes dans ces oiseaux se becquetant sur

de vieux troncs, composant la bizarre et gracieuse ornementation de ce coffre de Nangasaki ; quelle perfection merveilleuse dans leurs boîtes laquées; quelle chaude splendeur de tons dans toutes leurs soieries !

Dans la fabrication orientale, chaque objet a une forme, simple de galbe, exprimant parfaitement l'usage; jamais elle n'est ambitieuse, jamais elle n'emprunte un contour, une ornementation étrangère à son origine, qu'elle résulte du bronze, de la céramique, de l'émail ou du marbre. Nous oublions facilement ces règles du bon sens; nous transformons une œuvre faite pour le bronze en marbre, pour le marbre en bronze, et, par exemple, le Paros transparent de la Vénus de Milo en carton-pierre ou en ciment Goignet. On ne saurait trop critiquer ces funestes habitudes de l'industrie moderne, qui dénaturent déplorablement les plus belles œuvres de l'art.

Revenant à notre appréciation des œuvres industrielles et artistiques de l'Orient, nous dirons encore que la nrfme délicatesse de goût y distingue la peinture décorative. Le coloris en est toujours riche, émail lé, harmonieux sur le vase, dans le panneau, sur la faïence ou la fresque. La fleur s'élève saine et élégante; le peintre rejette les raccourcis, les effets d'ombre et de lumière, il cherche la pureté et l'éclat du ton; en un mot, il décore et ne songe pas à produire le trompel 'œil du tableau. Sa flore, qui nous paraît conventionnelle, donne une image plus complète de la richesse et de la fraîcheur de la création que nos imitations inintelligentes de peinture. L'Exposition nous montre heureusement des témoignages de l'admiration qu'ils ont fait naître chez les artistes: la France, l'Angleterre en offrent particulièrement de nombreux exemples, parmi lesquels nous citerons les belles publications de M. Owen Jones.

Après avoir rendu hommage à un art si sincère et si expressif, revenons aux nations dont la tendance manifeste est de se fondre de plus en plus ou de ne conserver que des

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miances bien irrésolues , pour exprimer leur nationalité.

Presque tous les fabricants français de meubles, surtout ceux qui ont donné à leur industrie le plus uYéclati, ont compris qu'il y avait un grand avantage pour eux à joindre l'art du, tapissier à l'ameublement proprement dit. Nous retrouverons en effet pour la France, parmi les tapissiers, une partie notable des exposants de la haute ébénisterie. La France, dans les produits de ces industries, grâce surtout à MM. Fourdmois, Rondilon, Deville, Mazaros, Ribaillier et Lanneau, occupe le premier rang, pour la supériorité du goût et le nombre des objets exposés. Des causes particulières nous donnent en coredans ce concours de grands avantages. On comprend que les travaux du tapissier, du décorateur s'expliquent et se jugent difficilement en dehors de leur emplacement définitif, et sauf les palais et les habitations orientales, les exposants étrangers n'ont pu donner des ensembles aussi complets que les pavillons de l'Empereur et de l'Impératrice, les salles destinées aux rois de Prusse et de Belgique étant de trop peu d'importance pour donner la mesure de l'art décoratif de ces contrées.

Dans le parc réservé, se trouvait le pavillon entièrement édifié par M. Penon et dédié à Sa Majesté l'Impératrice: les meubles, les sculptures, les peintures ont concouru à rendre une idée gracieuse et très-réussie. M. Penon a bien rempli son programme, en comprenant que, dans un espace aussi restreint, il fallait s'adresser aux goûts délicats d'une auguste personne, plus encore qu'à l'éclat de son rang. M. Du val, aidé de l'industrie de nombreux fabricants, a décoré le pavillon de l'Empereur ; la disposition générale de ce pavillon est agréable et ne manque pas d'élégance , mais l'harmonie des colorations et l'exécution de certains détails laissent beaucoup à désirer.

Si notis continuons rapidement l'examen des mêmes produits dans les sections étrangères, nous citerons les lits en fer de M. Kittschel (de Vienne), jolis dans leur simplicité et

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garnis d'étoffes bien choisies. En Angleterre, l'usage de ces meubles en métal est très-répandu, et l'Exposition nous en montre de nombreux échantillons. Presque tous sont surchargés de détails inutiles, d'un goût médiocre et contraire à l'usage de ces objets, qui demandent beaucoup de légèreté et une forme sobre. Nous ne comprenons pas le lit en métal enrichi d'ornements coûteux. Son emploi nous semble réservé pour les classes modestes ou les chambres à coucher sans apparat. L'Italie en offre de meilleurs spécimens, dégagés de ce luxe faux. La Suisse avait envové la garniture d'uh lit en satin bleu clair, brodée en paille, d'un effet agréable et nouveau.

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