CHAPITRE I
Les produits céramiques désignés sous le nom de terres cuites se divisent en trois ordres, dont le premier comprend tout ce qu'on emploie dans les constructions : briques, carreaux, tuiles, tuyaux de conduite de fumée, etc.; le deuxième, la poterie commune à l'usage des ménages, et le troisième, la plastique, c'est-à-dire toutes les productions en terre cuite dont l'art du sculpteur et même celui du statuaire fournissent les modèles.
D'après le système de classification adopté cette année par la Commission impériale, on a rangé les objets de la première catégorie dans la classe 60, avec les matériaux de construc-
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tion ; ceux de la deuxième dans la classe 91, où se trouvent les produits à bon marché, et la plastique dans la classe 17, parmi les objets de luxe et de décoration. Cependant un assez grand nombre de ces derniers ont été exposés dans la classe 45 et même dans la classe, 15 et cela s'explique par la difficulté qu'il y avait à séparer nettement les pièces de terre cuite destinées aux constructions des objets purement décoratifs.
Deux mérites différents sont exigés des productions de la plastique : l'un résulte de la composition de la pâte et des qualités intrinsèques que donne le travail aux objets façonnés : c'est le mérite industriel ; l'autre naît exclusivement de l'élégance des formes, de l'harmonie des proportions: c'est le mérite artistique. N'ayant pas à nous occuper ici de la plastique sous ce dernier rapport, nous nous contenterons de porter un jugement, tant sur la fabrication proprement dite que sur les qualités céramiques des produits, eu égard à leur destination.
Quel que soit le genre d'ornements auquel on les applique, qu'il s'agisse môme de figures servant à la décoration des monuments publics, des maisons particulières, des parcs et des jardins, les produits que le plasticien livre au commerce doivent posséder certaines qualités essentielles : ils doivent résister au choc, à la souillure, aux intempéries de l'air, surtout à la gelée. Ces qualités, une composition dure, solide, compacte et cuite à une haute température peut seule les leur donner. On n'y doit employer qu'une argile pure, dégraissée par du sable fin ou du ciment bien pulvérisé, en quantité suffisante pour que la pâte, tout en conservant la mollesse nécessaire pour reproduire nettement les moindres détails du modèle, n'éprouve point, pendant la cuisson, ce premier degré de ramollissement qui caractérise la poterie de grès et se décèle par l'aspect lustré que l'on remarque dans la cassure.
Lorsque toutes ces conditions sont réunies, la terre cuite est susceptible de recevoir, par le moulage, toutes les formes qu'on veut lui donner, et de fournir, pour les constructions
civiles ou monumentales, des pierres d'ornement aussi belles et plus solides que les pierres de taille, lesquelles d'ailleurs coûtent plus cher. Aussi la plastique a-t-elle pris un développement considérable dans les pays où les pierres naturelles font défaut.
Au point de vue des progrès réalisés dans les différentes branches de la céramique depuis le dernier concours interna tional, on doit placer au premier rang le perfectionnement de la plastique, appelée de plus en plus à fournir les moyens de satisfaire le besoin général de luxe et d'élégance qui se manifeste dans le dessin de la plupart des constructions modernes.
§ 1. — Pays étrangers.
Les exposants allemands se distinguent surtout pour la qualité de leurs produits.
Nous signalerons en première ligne la maison Emest March, à Charloltenbourg, près de Berlin. Parmi les œuvres d'élite qu'elle a exposées, la statue de la Prusse mérite une mention spéciale. Elle a été exécutée de grandeur naturelle d'après le modèle du professeur Albert Wolff. Le piédestal est orné de charmantes statuettes représentant le commerce, l'industrie, la science et la guerre.
Nous citerons encore les médaillons des chimistes célèbres qui orneront la façade de l'École de chimie en construction à Berlin. Les modèles en sont dus à M. Guill. Wolff. Enfin, dans un autre genre, nous appelerons l'attention sur la collection non moins remarquable de têtes de chevaux exécutées d'après les types du professeur Rauch.
L'exposition de M. Albert Augustin, à Lauban, ne le cède à la précédente, ni sous le rapport du nombre des produits, ni sous celui de leur dureté et de leur bonne exécution. Sa Minerve, haute de 2 mètres, en argile jaune, est très-bien réussie et se détache heureusement sur le ton de brique d'une façade de 5 mètres de long sur 10 mètres de haut ; c'est là
un charmant spécimen d'un genre de construction en grande vogue à Berlin. Le noyau du mur fait de briques ordinaires reçoit un revêtement de demi-briques à arêtes vives, très-bien cuites, tantôt jaunes, tantôt rouges, ayant même souvent les deux teintes, combinées de façon à produire des dessins variés.
Ce revêtement, d'ordinaire en briques creuses, fait avec un excellent mortier, non-seulement sert à décorer le bâtiment, mais encore a pour effet de le garantir de l'humidité et de rendre les appartements frais en été et chauds en hiver, les murs en briques creuses étant un mauvais conducteur du calorique.
C'est en construisant ce revêtement qu'on y applique les objets en terre cuite dont la façade doit être ornée. M. Augustin a entrepris la décoration de l'hôtel de ville de Berlin, qui sera remarquable par la richesse et le bon goût de ses ornements.
La magnifique collection de MM. Villeroy et Boch, à Mettlach, comprend également des pièces de couleurs très-variées, blanches, grisâtres, jaunâtres, jaune foncé, rouges de différents tons, etc. Elles sont d'une dureté rare, et celles qu'on destine à la décoration des bâtiments sont très-soignées et strictement exécutées d'après le style prescrit. Les statues de 4™ 20 à lm 40 qu'on voit dans la chapelle du Parc, sont l'œuvre de véritables artistes.
Il n'est que juste de mentionner avec honneur deux autres expositions allemandes. M. C. Vidal, à Fernsicht (Holstein), a présenté des statues de 4m 24 de haut, d'une teinte trèsbelle et d'un fini admirable; ses briques de couleur, pressées et moulées, sont très-recherchées dans le nord de l'Allemagne. Le parti qu'on peut en tirer est très-bien indiqué par un chambranle de porte cochère.
Si la collection de M. Drasche (H.,) à Inzerdorf , près de Vienne, n'est pas à l'abri de tout reproche, quant au moulage et à la dureté de la pâte, ces défauts sont rachetés en partie par une qualité essentielle, le bas prix. Une des grandes
statues qui y figurent, V Autriche, n'est cotée qu'à 500 francs.
L'Angleterre qui, la première, a sn remplacer entièrement la pierre de taille sculptée par la terre cuite dans la construction de ses églises gothiques, maintient, en 1867, la réputation qu'elle s'est faite dans les concours antérieurs. Ses pièces d'ornementation monumentale sont d'une complète perfection, et les teintes de la pierre naturelle s'y reproduisent de manière à faire illusion.
Parmi les ouvrages exposés, nous signalons : le portique de M. Blashfield (J. M.), de Stamfort; les châssis, meneaux et traverses de fenêtres de M. Blanchard, de Londres, qui se distinguent par leur exécution et la richesse des ornements. Nous citerons aussi un monument funéraire élevé dans le Parc, et le bâtiment servant d'abri aux chaudières à vapeur, construit à l'imitation de la mosquée de Synd Oosmann, à Ahmedabad.
$ 2. — France.
A l'inverse de l'Angleterre, la France expose principalement de la plastique statuaire, où se confirme* son aptitude exceptionnelle pour tous les genres de fabrication où l'art domine.
Les frères Gossin ont exposé dans le Parc un groupe de statues et de vases qui auraient figuré avec honneur dans la classe 3, parmi les œuvres d'art. Dans la chapelle du Parc, on admire une collection d'objets religieux qui réunirait tous les mérites, si la pâte était un peu plus dure.
Citons notamment : Une grotte représentant le Christ au tombeau, neuf personnages polychromés, grandeur naturelle, posés par M. Ch. Champigneulle, de Metz. Leur exécution, les proportions harmonieuses de l'ensemble et des détails font le plus grand honneur à cet industriel artiste.
L'autel et les statuettes de MM. Garnaud, Clémandot et C", dont on admire le fini.
Les statues et ornements de tous genres : fonts baptismaux,
bancs de communion, bénitiers, etc., de Mme veuve Jean De Bay, à Paris, qui sont d'une très-belle exécution.
On admire également dans le Palais les pièces d'ornementation pour bâtiments, exposées par M. Virebent, de Toulouse, industriel très-connu par ses succès aux concours antérieurs.
Nous terminerons cette revue rapide en mentionnant le portique en terre rougeâtrc, avec bas-reliefs, figurines et bustes, envoyé à l'Exposition par M. Boni (André), de Milan, et qui excite l'admiration par ses dimensions et sa parfaite réussite.