‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 15 sur 75 · GO · texte numérisé non relu

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Cream-colour de M. Wedgwood

(\) Les prix de ces produits nous ont été tournis par les fabricants eux-mêmes | ou par leurs représentants; nous les avons bonifiés des remises habituelles faites par ces fabricants «u commerce,

faïences fines. 137

L'étude attentive du tableau qui précède fournit des conclusions très-nettes.

Examinons d'abord les produits anglais; ils peuvent se rapporter à deux types : le premier représenté par le Whiteglaze de MM. Minton, et le china-stonc de M. Pinder, Bourne et O; le second, par le cream-colour de MM. Minton, Copeland d Wedgwood. Le premier de ces produits est d'une blancheur parfaite, la couverte en est dure, puisque, pour la rayer, il faut 530 et 485 grammes ; mais la pâte en est relativement poreuse, car elle absorbe 12,5 et 10 pour 100 d'eau ; c'est la faïence fine perfectionnée de l'Angleterre. La pâte de ce produit est très-fortement cailloutée, c'est à ce prix que s'obtient la blan- ' cheur, mais c'est aussi ce qui en détermine la porosité et, par suite, en diminue la solidité. Le second produit est le creamcolour; c'est à peu de ebose près l'ancienne faïence de Wedgwood, plus jaune que le produit précédent, parce qu'elle esl moins cailloutée, à couverte tendre, excepté chez MM. Minton, puisque 340 à 320 grammes suffisent pour la rayer, mais aussi plus solide, puisqu'elle est moins poreuse et n'absorbe guère que 8 pour 100 d'eau.

Passons ensuite aux produits français. Là encore nous trouvons deux types bien caractérisés : l'un, représenté par le china de Sarreguemines, l'autre par les produits courants de toutes nos manufactures; entre ces deux types \ient se placer le granit de Choisy-le-Roi. Le china de Sarreguemines est un produit nouveau, sa blancheur est absolue, comparable à celle de la porcelaine ; la couverte, supérieurement glacée, est la plus dure dont aucune faïence fine ait été jamais revêtue, puisque pour la rayer, une pression de plus de 600 grammes est nécessaire ; enfin, la pâte figure au nombre des moins poreuses, puisqu'elle n'absorbe que 8 pour 100 d'eau. Cette poterie est donc, parmi les faïences fines que nous a fait connaître l'Exposition, la plus blanche, la plus serrée comme pâte, la plus dure comme vernis. Nous ne connaissons point la composition de cette poterie, mais il est certain qu'elle

constitue un type nouveau de faïence, et que c'est par des procédas différents de ceux qui servent aux manufacturiers anglais que l'argile y est dégraissée et blanchie. Sans doute les fondants, le feldspath ou la pegiuatite jouent dans cette circonstance un rôle considérable ; c'est ce que permet de supposer, du moins, l'aspect des cassures et surtout des cassures lines de cette poterie, aspect qui rappelle, plus que celui d'aucune autre faïence, le grain de la porcelaine ; c'est ce qui permet de supposer encore la remarquable sonorité des pièces, sonorité qui vient s'ajouter au caractère précédent pour affirmer la cohésion de la pate.

Le granit de Choisy-le-Roi, sans présenter ces qualités éminentes, est supérieur aux produits ordinaires; il se rapproche du china-stonede M. Pinder Bourne, sur lequel il a cependant un avantage évident au point de vue de la blancheur ; la porosité est à peu près la même que celle des produits supérieurs anglais, mais la couverte est moins dure ; il y a la encore un progrès à faire pour arriver au premier rang.

Le second type de produits français est la faïence désignée habituellement sous le nom de porcelaine opaque ou de demiporcelaine; c'est une poterie légèrement jaunâtre, mais d'une teinte beaucoup plus claire que celle des produits correspondants, ou cream-colour anglais, d'une porosité plus grande, oscillant entre 11 et 15 pour 100, mais couverte d'un vernis plus résistant que les vernis anglais; puisque pour rayer la première, il ne faut pas moins de 100 à 600 grammes, tandis que pour rayer les seconds, 300 à 400 suffisent.

En un mot, toute compensation faite, le second type français plus blanc, revêtu d'un vernis plus dur, mais plus poreux, et le second type anglais, moins poreux, mais plus jaune et surtout moins dur en couverte, peuvent être placés sensiblement sur la même ligne.

Sous le rapport des qualités de fond, les faïences anglaises et françaises se présentent donc aujourd'hui dans les conditions suivantes : supériorité incontestable de la fabrication française

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lorsqu'il s'agit des produits de premier ordre ; égalité entre cette fabrication et la fabrication anglaise, lorsqu'il s'agit des produits courants.

Prix. — Mais il manque encore à notre appréciation un des éléments principaux : le prix. Aussitôt que l'on se place à ce point de vue, la supériorité de la fabrication française acquiert de plus grandes proportions. Comparons, eu effet, les prix des produits qui peuvent être aisément assimilés les uns aux autres et prenons pour terme de comparaison des pièces de platcrie, des assiettes; comparons, par exemple, le white-glaze de M. Minton avec le china de Sarrcgueinines ; dans le premier cas, nous verrons la douzaine d'assiettes blanches de 8 pouces (outwifflers) vendue 2 fr. 95 c; dans lesecond, la même douzaine vendue 2 francs seulement, c'est-à-dire à un prix inférieur d'un tiers au prix anglais. Comparons le granit de Choisy-le-Roi (toujours en blanc) avec le china stone de M. Pinder Bourne et nous trouvons 1 fr. 95 c. d'un côté, 2 fr. 75 c. de l'autre; la même différence se maintient; et cette différence est plus grande encore qu'elle ne paraît, car l'habilude du commerce français est aujourd'hui de rendre franco, au domicile de l'acheteur, la faïence qui doit lui être livrée.

Passons maintenant aux produits courants, et nous voyons les prix de tous nos fabricants, à peu près égaux entre eux, ne varier que de 1 fr. 50 c. à 1 fr. 55 c; quant aux prix anglais, nous les voyons s'élever pour le même produit à 2 fr. 10 c. et 2 fr- GO c, suivant la qualité. Les prix de MM. Minton seuls se rapprochent des prix français , mais la production du cream-colour est exceptionnelle chez ces manufacturiers, et c'est presque uniquement aux produits de qualité supérieure qu'ils s'attachent.

Ainsi, le fait est nettement établi, la faïence française, en blanc uni, se vend un tiers meilleur marché que la faïence anglaise. Cette grande différence semble disparaître, du moins poulies produits supérieurs, lorsque, au lieu d'examiner le blanc, on

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examine l'imprime" ; la différence n'est plus alors que de quelques centimes entre les produits anglais et les produits français, mais cette égalité des prix n'est qu'apparente. En Angleterre, en effet, les pièces les plus belles sont seules réservées à la vente en blanc, tandis que les pièces moins bien réussies, et présentant quelques défauts, sont destinées à l'impression , si bien qu'en réalité les qualités de fond cessent d'être identiques pour une même sorte, lorsqu'on passe du blanc à l'imprimé. Ce premier ehoix est facile à faire, d'ailleurs, car la vente du blanc ne dépasse pas en Angleterre 35 pour 100 de la vente totale; en France, au contraire, où la vente de l'imprimé n'atteint pas 20 pour 100, l'opération serait impossible .

La comparaison entre les impressions sur produits courants rétablit les choses dans leur état véritable; on voit alors en effet, les produits français de Oeil, de Montereau, de (iien, de Choisy, etc., rendus franco au domicile de l'acheteur au prix de 2 fr. 50 c, tandis que les produits de MM. Copeland, Wedgwood, etc., se vendent au prix de 3 fr. à 3 fr. 15 c, dans la manufacture même.

Il existe, en Angleterre, d'autres produits encore que ceux que nous venons d'examiner, et dont le prix est inférieur à ceux des produits français, mais ce sont alors des poteries de basse qualité, poreuses, mal cuites, fortement colorées, à couverte tendre et ne méritant plus guère le nom de faïences fines. Ces poteries ne sont pas destinées à l'Angleterre; celle-ci ne veut que les beaux produits de MM. Minton, Copeland, Ridgway, Wedgwood, Pinder, Bourne et Cie, Jones, etc., et c'est à l'exportation que sont réservés ces produits inférieurs qui ne figurent pas, du reste, à l'Exposition universelle.

La supériorité de la fabrication française sous le rapport des qualités de fond et de prix est donc établie sans conteste aussi bien pour l'imprimé que pour le blanc ; mais, nous le verrons bientôt, sous le rapport des qualités d'aspect et sous celui de la forme et de la décoration, nos fabricants ont

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encore des progrès à faire pour lutter avec l'excellence des produits anglais.

Si de France, nous passons en Allemagne, nous trouvons les beaux produits de MM. Villcroy et Boch, analogues en tous points au granit de Choisy; leur prix est un peu plus élevé cependant, surtout si l'on tient compte de la remise franco au domicile de l'acheteur; ils se rapprochent par la forme des faïences françaises hien plus que des faïences anglaises ; les produits exposés par M. Kruse, de Brème, sont dans le même cas. Il en est de môme aussi des excellentes poteries de MM. Boch frères, de Kéramis (Belgique) et de celles exposées par la grande manufacture de M. Regout, à Maestricht (Hollande), poteries que nous regrettons de n'avoir pu examiner expérimentalement, et parmi lesquelles nous signalerons d'intéressants spécimens de décoration.

Les faïences fines de M. Richard et de M. Palme (Italie), celles de M. Pikrnann (Espagne), celles de la manufacture de Sacavem (Portugal), se rapprochent des produits anglais; il ne nous a pas semblé hien important d'en relater les prix, tous supérieurs aux prix français et souvent même aux prix anglais.

Mais il est deux manufactures dont les produits méritent au plus haut point de fixer l'attention; ce sont celles de Rôrstrand et de Gustafberg (Suède). Ces produits, en effet, se placent au premier rang sous le rapport de leur blancheur tandis que la dureté de leur couverte, le grain serré de leur pâte les maintiennent à côté des meilleures faïences de la France et de l'Angleterre. Leurs qualités d'aspect marchent de pair avec leurs qualités de fond,' et leurs prix se rapprochent beaucoup des prix français. Les produits exposés par ces deux manufactures n'ont, du reste, rien d'exceptionnel; ils sont le résultat d'une fabrication courante, ainsi que nous avons pu le constater nousmême en Suède. Le grand nombre des commandes que leur ont faites les visiteurs de l'Exposition, a justifié pleinement les récompenses que leur a décernées le Jury. Pour fixer le prix des faïences anglaises et françaises,

nous ne nous sommes préoccupés que de la platerie ; c'est que, en effet, les pièces plates et unies sont les seules entre lesquelles on puisse faire une comparaison équitable; les pièces de creux, soupières et analogues, pots à eau, sucriers, bols, etc., présentent par la variété de leurs formes et de leur ornementation des différences telles qu'il est impossible de faire entre les produits appartenant à deux services distincts la moindre assimilation; certaines pièces, d'ailleurs, s'obtiennent plus facilement et à meilleur marché en Angleterre; certaines autres, au contraire, sont, en France, d'un prix moins élevé; tels sont par exemple dans les services de toilette, d'un côté, les pots et cuvettes, d'un autre, les pièces accessoires. En un mot, il serait impossible de poser à cet égard aucuue règle absolue.

Forme et façonnage. — Considérées sous le rapport plastique, les faïences d'usage fabriquées en Angleterre ont des qualités supérieures que ne présentent pas toujours les produits fabriqués en France et généralement sur le continent. Les formes en sont toujours élégantes, soigneusement étudiées et remarquablement appropriées à l'emploi auquel ces faïences sont destinées; s'agil-il d'un pot à eau, la forme en sera calrulée de manière que le liquide s'en puisse écouler avec facilité, sous le moindre effort, et sans aucune projection latérale; s'agit-il de pièces de platerie, leur planimétrie sera parfaite, les bords en seront réguliers, minces et finis avec soin : forme et façonnage, en un mot, porteront la marque d'une fabrication de premier ordre. Un seul défaut peut être reproché aux faïences anglaises, c'est l'exagération de leur épaisseur et le poids considérable qui en est la conséquence; mais l'Exposition actuelle permet de le constater, ce défaut tend à disparaître et l'on commence à fabriquer, en Angleterre, des pièces presque aussi minces que les faïences françaises.

Cependant, les faïences fines que produisent l'industrie française et, plus généralement, l'industrie continentale, n'ont

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pas toujours les qualités que l'on se plaît à reconnaître aux produits anglais. Ainsi, à l'exception d'un petit nombre, nos manufacturiers donnent à leur plalerie des bords trop épais, plus épais que le reste de la pièce, ce qui rend celle-ci plus fragile, et produit un effet disgracieux ; pour les pièces de creux, plusieurs de nos fabricants conservent aujourd'hui encore, et depuis trop longtemps, des formes surannées et irrationnelles, si bien que notre fabrication se trouve, en mi de compte, arriérée, sous ce rapport, vis-à-vis de l'industrie anglaise. Ce n'est pas que des progrès n'aient été accomplis déjà, dans le sens que nous indiquons, et nous devons rendre justice aux efforts de quelques-uns de nos manufacturiers ; mais ces efforts ne suffisent pas, et de plus grands sont nécessaires si la faïencerie française veut conquérir la suprématie à laquelle elle semble être destinée par la qualité supérieure et le bon marché de ses produits.

Décoration. — La faïence line n'a eu jusqu'ici, en France, que deux destinations ; tantôt à l'état blanc et uni, elle s'adresse à la table et à la toilette des familles trop peu aisées pour acquérir de la porcelaine dure; tantôt à l'état imprimé, elle est recherchée pour la gaieté de son aspect, et va figurer, comme vaisselle de campement dans le mobilier spécial de la maison de campagne.

En Angleterre, il en est tout autrement; l'emploi de la porcelaine dure est, dans ce pays, une exception : la porcelaine tendre, réservée aux services de dessert, aux services à thé, etc., y est l'objet d'une consommation limitée, et la faïence fine reste seule, en somme, pour satisfaire aux besoins du riche comme à ceux du pauvre.

Si les choses, en France, devaient rester en l'état où elles sont actuellement; si le bourgeois modeste, si le riche en villégiature devaient, seuls, être les consommateurs de la faïence fine, nous aurions à peine besoin de parler de la décoration an point de vue français; il nous suffirait de dire que nos fabricants apportent aujourd'hui à la gravure de leurs impressions

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un soin infini; qu'ils ont réalisé dans cet ordre d'idées de grands propres, et ne le cèdent, sous ce rapport, à leurs concurrents d'Angleterre que dans quelques cas tout à fait exceptionnels ; niais il faut, nous le croyons du moins, envisager la question à un autre point de vue.

Les manufacturiers de l'Angleterre nous montrent, depuis longtemps et aujourd'hui plus que jamais, quels services charmants et distingués peut fournir la faïence sur laquelle on associe à l'impression ordinaire les reprises au pinceau sur biscuit, ou même le décor sur couverte. Ce genre de service est à peine connu dans notre pays; c'est lui cependant qui seul peut donnera la faïence line droit de cité. L'exposition de MM.Minton, Copeland, Wedgwood, Pinder, BourneetO, etc. , est riche enmodèlesde ce genre. Sobrement décorées de sujets simples posés en impression sur le bord du biscuit, portant au centre un motif léger qui ne cache pas la blancheur de la pâte, achevées enfin par quelques touches de couleur placées tantôt sur le biscuit, tantôt sur la couverte, lespiècesqui composent ces services ont un cachet d'élégance et de distinction qui manque trop souvent aux services chargés de fleurs bleues ou lilas que fournit l'impression ordinaire. Le prix en est, d'ailleurs, trèsabordable, et s'élève rarement pour la douzaine d'assiettes {twif/lers ou assiettes françaises)™ delà de 6 ou 8 francs.

Lorsqu'on examine avec soin les produits présentés à l'Exposition de 1867, il semble que nos fabricants et nos décorateurs se préoccupent déjà de combler la lacune que nous signalons dans notre fabrication; ainsi la manufacture de Sarreguc mines, à côté de ses belles impressions monochromes, nous montre un service riche, décoré de fleurs et papillons sur couverte, qui peut riv aliser avec les plus belles porcelaines ; la manufacture de Gien présente au public des imitations fort heureusement traitées de Rouen et de Moustier, les unes imprimées en bleu sous couverte, au prix de 6 et 8 francs la douzaine d'assiettes, les autres achevées en couleur de moufle, valant de lo à 18 francs; dans la vitrine de M. Rous-

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seau, on remarque un service original où de gros poissons, quelques oiseaux, des papillons, des mollusques isolés et jetés • au hasard s'étalent sur le fond blanc des pièces ; mais, de tous les services que nous avons vus, celui qui, par son genre, comme par son prix, nous paraît le mieux répondre aux conditions du mobilier moderne, est le service, dit grec, exposé par MM. Lebeuf, Milliet et Cle, et vendu au prix de 6 francs la douzaine d'assiettes .Une grecque bleue, accompagnée d'un filet de même couleur, imprimé sous couverte, sur le bord des pièces, et redescendant par quatre pointes losangées vers le fond, où se pose un chiffre géminé, avec un rechampi jaune et rouge en couleur de moufle, forme tout le décor, et ce motif sobre réalise dans son ensemble un effet gracieux et satisfaisant.

L'espace nous manque pour nous étendre sur les produits exposés par la fabrication étrangère à la France et à l'Angleterre ; contentons-nous donc de citer rapidement l'emploi habile de l'impression sur couverte et de la photographie sous émail, chez MM. Villeroy et Boch ; de jolies imitations de décors chinois, chez MM. Boch frères, de Kéramis, et chez M. Regout, de Maestricht, et enfin les imitations de Marieberg exécutées avec tant de succès parla manufacture de RôrstramI (Suède).

Si nous ne nous trompons, c'est à la production de semblables poteries que nos fabricants et nos décorateurs doivent surtout appliquer leurs efforts. Il ue s'agit nullement d'imiter les décors anglais; il faut créer un genre nouveau, élégant et riche, le genre français. L'art antique, l'art de la renaissance surtout, offrent à nos artistes des ressources infinies, et il n'est pas permis de douter que, secondés par les dessinateurs éminents qui font faire chaque jour des pas si rapides à l'art de l'ornementation, nos habiles fabricants ne parviennent bientôt à occuper le premier rang pour la décoration des faïences d'usage, comme ils l'occupent déjà pour la qualité des produits.

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g 4. Perfectionnements apportés à la fabrication de la faïence fine.

La fabrication de la faïence fine a été, depuis douze aus, principalement en France, profondément modifiée, et c'est surtout aux perfectionnements matériels dont elle a été l'objet qu'il faut attribuer l'amélioration de ses produits.

Composition des pâtes et des couvertes. La pâte de faïence fine était à l'origine uniquement formée d'argile plastique et de silex blancbi par la calcination. Deux nouveaux éléments entrent aujourd'hui dans sa composition : le kaolin, qui la blanchit sans la rendre trop courte; le feldspath, qui, donnant au biscuit une légère tendance à la vitrification, en rapproche les molécules et lui donne un grain serré. L'emploi du kaolin, du feldspath et du silex, a pris un tel développement que l'argile ne figure plus guète que pour 20 ou 30 0/0 dans la pâte.

L'addition, non-seulement à la couverte mais encore à la pâte elle-même, d'une petite proportion d'oxyde de cobalt, qui en éteint la coloration jaunâtre, a permis d'obtenir, avec les matières ordinaires, des granits plus blancs que les faïences usuelles ; cette addition, toutefois, ne doit pas dépasser une certaine limite, sous peine de donner à la poterie une teinte verte désagréable.

Les vernis, auxquels les faïenciers s'obstinent à donner improprement le nom d'émail, étaient autrefois très-chargés en oxyde de plomb; ils n'en renferment plus aujourd'hui ; tout au plus quelques fabricants ajoutent-ils aux matières, lors du broyage, quelques centièmes de céruse, dont l'action est surtout mécanique et sert à rendre le mélange plus intime.

Broyage et raffermissement des pâtes. Les moulins à blocs sont aujourd'hui d'un usage général chez tous nos manufacturiers; les uns les aiment de grandes dimensions et mesurant

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jusqu'à 4m20 de diamètre, les autres les préfèrent plus petits et mesurant seulement lm50; les résultats obtenus dans l'un et l'autre cas ne semblent pas d'ailleurs présenter de différences. Des opinions opposées existent sur le meilleur mode de broyage des matières dures; les uns broient le silex et la pçgmatite simultanément, assurant que le mélange des deux matières en est plus parfait; les autres, au contraire, à l'imitation des fabricants anglais, broient chacune de ces matières isolément, et ne les mélangent qu'après les avoir fait passer l'une et l'autre à travers des blutoirs du même numéro ; cette manière de faire semble plus rationnelle que la première, et l'usage des décantations successives la rend en même temps économique et sûre.

Le raffermissement des pâtes était autrefois une des opérations les plus laborieuses de la fabrication; aujourd'hui cette opération a lieu en quelques heures; la fillration sur le plâtre a complètement disparu; les fosses à feu ne sont plus employées que dans quelques cas exceptionnels , et les presses de MM. Needham et Kyte ont généralement remplacé les anciens systèmes. Découvertes vers 1855, ces presses se rencontrent aujourd'hui dans toutes nos usines ; chez quelques-uns de nos fabricants elles sont en pleine activité depuis plusieurs années; les autres se hâtent de les installer. Quelques mots suffiront à en expliquer le principe. Des châssis pleins en bois, de 2 mètres de longueur sur 0m 80 de hauteur environ, et garnis intérieurement de cannelures verticales, sont dressés par couple les uns contre les autres. Deux toiles repliées, se recouvrant l'une l'autre, de manière à former sac, sont appliquées contre les parois, dans l'espace que ferme le cadre du châssis. À chacun de ces sacs correspond un ajutage métallique, facile à mettre en communication avec le tuyau d'une pompe foulante. Cette pompe va chercher la barbotine dans le mélangeoir, l'envoie dans le sac que les châssis maintiennent, et la pression, qui n'est pas moindre de 5 atmosphères, déterminant la séparation de l'eau qui filtre à travers la toile et de la pâte qui y reste enfer-

niée, le sac ne tarde pas à contenir une masse plastique bien raffermie, et qui, pour être prête au façonnage, n'a plus besoin que de passer au malaxeur.

Façonnage. — La mécanique a pris aujourd'hui la place principale dans le façonnage de la faïence, et la main de l'ouvrier n'intervient plus que pour guider cet agent. Tous les tours sont mus par la vapeur, et non-seulement la platerie, mais encore la plupart des pièces de creux, se font par des procédés automatiques. Aussi ne trouve-t-on plus, dans nos grandes manufactures de faïences fines, que deux ou trois ébaucheurs, occupés principalement à la fabrication de pièces spéciales. La platerie, ainsi que cela se pratique depuis longtemps, est moulée renversée sur la tournette, au moyen d'un calibre que l'ouvrier abat sur la croûte ; les pièces de creux sont moulées à l'estèque; dans ce procédé, dont l'emploi remonte à quelques années seulement, un moule creux en plâtre est placé au centre du tour; l'ouvrier y jette une balle de pâte, puis y fait descendre un calibre ou estèque reproduisant le profil de la pièce; appuyé contre la balle de pâte qui occupe le fond du moule et tourne avec lui, l'estèque la presse, la fait remonter le long des parois sur lesquelles ill'applique et dont il lui fait embrasser la forme. La pièce de creux est alors formée ; le moule en détermine la surface extérieure, l'estèque en a dessiné la surface intérieure.

Les quelques tours à ébaucher que l'on rencontre encore dans les faïenceries, ainsi que les tours en l'air destinés au lournassage, ont été perfectionnés dans ces dernières années par l'adjonction d'un mécanisme qui permet à l'ouvrier d'en modifier la marche à sa guise. La vapeur communique le mouvement à un disque plat, parallèle à l'arbre du tour; sur cet arbre peut se mouvoir longitudinalement, à l'aide d'un levier, une poulie qui, par sa friction contre le disque, est chargée de transmettre le mouvement à cet arbre et par suite au tour tout entier. Amenée à l'une des extrémités d'un diamètre du dis-

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