FAÏENCES FINES
que, cette poulie donne au tour un mouvement rapide de 600 tours à la minute ; rapprochée du centre, elle abaisse cette vitesse à 100 tours environ; au centre même elle rend l'appareil immobile; si enfin elle franchit ce point, le mouvement se trouve renversé, et le tour, qui marchait d'abord de gauche à droite, par exemple, marche alors dans le sens opposé.
Chauffage. — De grands efforts ont été faits et se poursuivent encore en ce moment, en France, pour diminuer la quantité de combustible nécessaire au chauffage des fours. C'est surtout aux manufactures de Creil et de- Montereau que revient l'honneur de ces efforts. A Montereau tous les fours ont été reconstruits ou modifiés d'après le système de M. Boch, de Maestricht. Dans ces fours, la flamme, au sortir des alandiers, se sépare en deux faisceaux; l'un d'eux s'élève le long de la paroi du four et remonte jusqu'à la voûte; l'autre passe dans un carneau sous le pavement, et rejoint une cheminée centrale formée de cazettes sans fond, où viennent converger toutes ces flammes. La colonne s'élève à travers la cheminée et monte jusqu'à la voûte, où elle se renverse comme la flamme directe des divers alandiers, et toutes deux, confondues, redescendent à travers les cazettes pour être avalées par des orifices ouverts dans le pavement, à moitié route des alandiers et de la cheminée centrale. Après avoir ensuite circulé sous le four, les produits de la combustion s'échappent dans des cheminées en nombre égal à celui des alandiers, et qui, ménagées dans la paroi du four, vont se réunir au sommet de celui-ci et audessus de la voûte. L'emploi de ces fours perfectionnés fournit de remarquables résultats; au lieu de soixante heures la cuisson du biscuit n'en exige plus que quarante. La dépense du combustible est, il est vrai, la même qu'avec les fours ordinaires, mais il devient possible de faire un service déterminé avec un plus petit nombre de fours.
A Creil se poursuit en ce moment une tentative qui intéresse au plus haut degré toute l'industrie céramique ; il s'agit
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de l'application des fours Siemens. Il est inutile d'insister sur les difficultés que présente l'emploi de ces appareils dans une industrie dont la condition essentielle est la discontinuité. Ces difficultés ont été vaincues à Creil ; un four Siemens y fonctionne régulièrement depuis un an; deux autres sont en construction et, réunis au premier, constitueront un jeu de trois fours, à cheval sur un seul générateur. D'après les résultats obtenus, il serait possible de réatiser de cette façon une économie de 40 pour 100 sur le combustible.
Décoration.. — Nous n'avons à signaler aucun progrès important dans les procédés pratiques sur lesquels sont basées l'impression et la décoration des faïences fines ; disons seulement que les gravures sont plus soignées, les sujets mieux choisis, et espérons que la méthode d'impression encore barbare suivie jusqu'ici ne tardera pas à devenir l'objet des perfectionnements que réclame cette partie de la fabrication. Quelques applications nouvelles méritent cependant d'être citées; tel est l'emploi des lustres métalliques, dont l'inventeur, M. Brianchon, tire un si heureux parti aussi bien sur faïence que sur porcelaine; tels sont encore le transport et la vitrification des épreuves photographiques sur et sous couverte. MM. Villeroy etBoch, de Mettlach ; M. Grùne, de Berlin ; M. Poyart, de Paris, ont présenté à l'Exposition universelle de 1867 des spécimens intéressants et parfaitement réussis de ce procédé, qui nous semble devoir fournir à la décoration céramique un élément nouveau.
g 5. — Résumé.
Dans le cours de ce Rapport nous avons successivement examiné les conditions de production des diverses manufactures de faïences fines en Europe, comparé les qualités et le prix des produits qu'elles fabriquent ; résumons en quelques mots les résultats de cet examen et de ces comparaisons.
faïences fines. 151
Au point de vue commercial l'Angleterre a conservé la place qu'elle occupe, depuis près d'un siècle, à la tête des nations qui fabriquent cette poterie; la France seule, bien loin encore derrière elle, commence à exercer cependant sur cette fabrication une influence sérieuse.
Parmi les faïences fines présentées à l'Exposition universelle, celles de la France occupent le premier rang pour la blancheur du produit, pour le corps de la pâte et la dureté de la couverte ; celles de l'Angleterre n'occupent que la seconde place. Le prix des produits français est d'un tiers au moins inférieur au prix des produits anglais.
Imprimés sous couverte, les uns et les autres semblent posséder les mêmes qualités; mais les prix anglais sont encore notablement supérieurs à ceux de nos manufactures.
La situation change lorsque l'on considère les faïences plus richement décorées ; l'Angleterre prend alors le premier rang et nous laisse au second.
Quant aux autres nations, elles viennent, quelque soit le produit considéré, se ranger après la France et l'Angleterre.
Dans ces conditions, si nous ne nous trompons, deux voies sont ouvertes à nos fabricants, dans lesquelles il leur faut marcher résolument : créer pour la consommation intérieure un genre nouveau plus sobre et plus distingué à la fois que la faïence imprimée ordinaire, et digne, par conséquent, de prendre place à la ville, dans les mobiliers les plus élégants; développer l'excellente fabrication actuelle et en livrer, sans craindre la concurrence, les produits au commerce étranger ; suivre en cela l'exemple de l'Angleterre, dont l'exportation s'est élevée, en dix années, de 25 millions à 41 millions, tandis que la nôtre n'a jamais dépassé jusqu'ici quelques centaines de mille francs.