TAP1B D'UN USAGE ORDINAIRE
ces grilles, ce qui donne à l'artiste bien plus de ressources pour ses dessins. Aujourd'hui, Tourcoing fait de la moquette riche avec dix chaînes. Le genre de moquette que les Anglais préferaient et préfèrent encore, c'est la moquette bouclée, dont ils ont emprunté la fabrication à la Belgique, il y a environ un siècle. Le tapis velouté, en haute laine et à nœuds, dît tapis (F Axminster, du lieu où il fut fabriqué d'abord, a été également emprunté par eux à la fabrication belge qui, ellemême, avait demandé ses procédés à l'Orient.
Le fait saillant de l'exposition, c'était (avec le grand succès de nos moquettes fines, proclamé par nos émules) l'apparition des tapis de moquette imprimés et tissés à la vapeur. Les premiers essais avaient été faits à Rochdale, chez M. Bright; M. Why stock perfectionna les procédés et MM. Crossiey et Widdnell surent bientôt en tirer un parti avantageux. Ce n'est que vers 4845 que le tissage et l'impression mécanique purent être considérés comme utilement praticables en Angleterre. Six ans plus tard, lors de la première Exposition universelle, on y comptait déjà 800 métiers en mouvement et la fabrication en grand de ces moquettes imprimées, avait déjà été la source d'une très-grande fortune.
En 4851 l'industrie des tapis produisait pour plus de 25 millions en Angleterre; en 4855, ce chiffre était bien dépassé.
Les Américains étaient alors entrés en lice et avaient monté des métiers mécaniques qui ont rivalisé avec ceux des Anglais. M. Bigelow en a inventé un, notamment, pour le tissage de la moquette à cinq chaînes qui donne couramment, par journée d'ouvrier, 48 mètres d'un très-bon tapis. En France on ne se préoccupait pas encore du tissage à la vapeur. Pendant que les métiers Wood et Sharp, de l'autre côté de la Manche, produisaient d'énormes quantités de moquettes bouclées et de veloutés, à raison de 2 mètres l'heure, pour les premières, et de 4 mètre 4/2 pour les seconds, genres imprimés sur chaînes avec bien moins de frais que faits sur nos métiers Jacquard, et
d'ailleurs d'après des modèles peu nombreux, dont le con*merce anglais peut écouler presque indéfiniment les reproductions, nous préférions rester fidèles à nos moquettes de couleurs solides, d'un tissu serré, d'un dessin fait arec soin, varié souvent, et nous n'avions [pas encore monté un métier à vapeur. Nous produisions pour 40 millions; les Anglais pour 40.
Aujourd'hui, si nous pouvons estimer, comme nous l'avons dit, à un chiffre double, la valeur de notre production, c'est grâce aux efforts que la nouvelle politique commerciale du pays a forcé les manufactures de faire et au développement que la consommation a pris, lorsque des produits de bonne qualité lui ont été offerts à meilleur marché. Inquiets un moment des conséquences du traité de commerce conclu avec l'Angleterre, les fabricants ont vu bientôt que les importations dont nous paraissions menacés n'étaient pas redoutables, et, que, au contraire, d'année en année, nous pouvions donner plus d'étendue à nos exportations. Les sacrifices du premier moment, qui ont coûté cher à quelques ateliers dépourvus de ressources et sans avenir, ont été, en définitive, largement payés à l'industrie des tapis prise dans son ensemble.