‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 24 sur 75 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

SITUATION DE i/ INDUSTRIE AVANT 1860.

Tout le monde admire les inimitables chefs-d'œuvre de nos manufactures d'État et l'on accorde généralement des éloges aux tapisseries que l'industrie privée est parvenue à exécuter; mais les tapisseries d'Aubusson et surtout celles des Gobelins et de Beauvais ne sont que des décorations de grand luxe ou des étoffes d'ameublement à l'usage des personnes qui ont beaucoup de fortune. Qui, en effet, si ce n'est les gens opulents, et principalement l'Etat , pourrait acquérir des morceaux qui coûtent 2, 3 et 4,000 francs le mètre carré comme certains tapis des Gobelins, ou même se meubler en tapisseries et tapis ras d'Aubusson, à 400 francs ? Il y a loin de ces prix, même des derniers, au prix de l'humble tapis jaspé qui coûte de 2 fr. 2o à 4 fr. 50 le kilogramme.

Les tapisseries fines de la France et les riches tapis de l'Orient étaient connus depuis bien longtemps déjà; mais c'est de ce siècle que date l'usage des tapis ordinaires, qui ont non-seulement embelli les habitations, mais ajouté à leur confortable, et amélioré ainsi l'hygiène générale. Presque nulle à la fin du siècle dernier, la fabrication de ces tapis est devenue i. m. 13

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très-importante. Comme dans plusieurs ciutres des branches de la grande industrie, l'emploi de la machine à vapeur a permis de satisfaire à tous les besoins d'une consommation toujours croissante, mais qui est loin de s'être entièrement développée.

On calcule qu'en Europe, tous les genres compris, sauf la tapisserie d'art, il se fabrique pour environ 110 ou 120 millions de tapis. L'Angleterre, à elle seule, en produit pour 60, pour 70 millions peut-être, la France pour 18 ou 20. On le voit, cette fabrication ne représente encore qu'une consommation moyenne de 40 centimes par tête et par année pour l'Europe entière, et d'à peine 50 centimes pour la France; et encore ne distinguons-nous pas ici les quantités exportées hors d'Europe et hors de France de celles qui y sont mises en consommation.

De tous les tapis ordinaires, le genre moquette, pour sa beauté et sa durée, est le premier dont on doive s'occuper. Au commencement du siècle, la moquette française avait déjà pris faveur. Oo en faisait de trois sortes, celles à très-grands dessins, pour tapis de pied, plus fortes en laine que les autres ; celles qui servaient aux meubles, et celles qui s'employaient pour les banquettes, les sacs de voyage, etc. Les plus estimées se fabriquaient à Abbeville, à Amiens, à Rouen, et avec assez de supériorité pour que Ton en vendit bore de France ; mais tant que l'Europe fut en proie à la guerre, on ne put imprimer un grand mouvement à l'échange et la consommation intérieure elle-même resta stationnaire. A la paix, nous apprîmes combien les Anglais avaient acquis d'adresse dans l'art de fabriquer économiquement des tissus communs, et, sans que notre industrie de la tapisserie fine en souffrit , l'effort principal de nos ateliers se porta sur les mêmes genres qu'eux. Tours imita heureusement, mais par un autre procédé (point à point) , les tapis haute laine de l'Angleterre. A l'Exposition de 1823, ses produits furent remarqués. Ou y voyait figurer aussi des tapis à bas prix, faits avec des déchets

tapis d'un usage ordinaire. 195

de châles, des tapis de poils de vache, à 3 francs le mètre, des featres et des tapis veloutés.

La fabrication en grand des tapis à points noués, apparut en 1827 ; cette fabrication qui n'a pas eu de durée (1) était un progrès pour la solidité des genres riches.

D'autres progrès plus considérables datent de 1834. On avait alors généralement adopté, grâce aux perfectionnements de la filature, l'emploi du fil de chanvre ou de coton, pour les chaînes des tissus Savonnerie afin d'empêcher la destruction de ces tissus par les ravages des insectes, et l'on avait appliqué le métier Jacquard au tissage des moquettes, et des tapis plus communs, connus sous le nom d'écossais, de jaspés, de camaïeux.

On estimait alors qu'indépendamment de 600,000 francs de tapis veloutés ou Savonnerie et de 1,200,000 de tapisserie rase d' Aubusson, la fabrique française produisait pour 1 ,800,000 fr. de moquettes bouclées et épinglées ; pour 500,000 francs d'écossais et de brochés; pour 100,000 francs de vénitiens et 500,000 francs de jaspés. La moquette bouclée ou épinglée, c'est-à-dire sans mèches coupées, se fabriquait à la pièce de 70 centimètres de large, comme à présent, et coûtait de 8 à 25 francs le mètre. On la tissait à Aubusson, à Tourcoing, à Abbeville, à Amiens, à Roubaix. C'est à Ntmes et à Amiens surtout que se produisaient les tapis écossais ou à double face, genre commun, dont le mètre valait de 4 à 12 francs. On en faisait aussi à Tourcoing, à Aubusson, à Bordeaux, à Tours et à Besançon. Les camaïeux et les brochés à trois et quatre couleurs étaient également fabriqués à Nîmes et à Amiens, en plus grande quantité qu'ailleurs. Le tapis vénitien, rayé et quadrillé, employé dans les escaliers, valait de 2 fr. 50 à 8 francs ; on le fabriquait au métier simple, ainsi que le tapis jaspé, à peu près du même prix, et fait d'une trame d'étoupe et de brins de laine, dont les combinaisons peu variées produisent des fonds

(i) On n'en fait plus que chez mm. Chocqueel et Braquenié.

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chinés et des rayures. C'est de Beauvais, d'Aubusson, de Bulletin, de Tours et de Nîmes que se tiraient ces genres.

En somme, la production de l'industrie française était d'environ o millions, ~y compris les veloutés et la tapisserie rase. L'exportation était à peu près nulle pour les tapis, car la moquette bouclée, façon Bruxelles, qui, à Paris, se vendait 10 trM ne coûtait guère, à Londres, que 7 francs; et le tissu de tapis turc, qui valait 10 francs à Sinyme, coûtait à Paris 24frajcs.

Les efforts des industriels, à Abbeville et à Tourcoing p^nr eipalement dans le Nord, et à Nîmes dans le midi, firent goûter, de plus en plus, les tapis de bonne qualité. Les écossais qui n'étaient pas durables, perdirent de leur vogue, tandis que la moquette devint à la fois plus solide, plus fine et moins chère. La production générale, en 1844, pouvait monter à S millions de francs.

Arrêtée un moment, par les événements de 1848, la fabrication continua de soigner particulièrement les genres moquette et bientôt la moquette fine fut employée pour le meuble, usage qui a donné une vive impulsion aux travaux des principaux centres industriels. Les tapis chenille, genre qui permet l'emploi indéfini de toutes les couleurs, commencèrent d'être appréciés à l'exposition de 1849. Cette spécialité appartient à Nîmes; elle a peu à peu remplacé le tapis en haute laine* #

A Londres, en 1851, si les tapisseries françaises jouirent «Ton succès égal à celui de nos soieries, de nos papiers peints, de nos toiles d'Alsace, de nos bronzes d'art, nos tapis de moquettene furent pas non plus sans frapper vivement les Anglais. Pendant que nous remarquions à quelle habileté étaient parv enus leurs manufacturiers, pour la production en grande masses des tapis de feutre imprimé ou même de moquette boudée, tisséeàla vapeur, puissounnsc à l'impression; ils nous enviaient, sans le déguiser, (on le voit dans leurs Rapports) nos moquettes fuies, d'un velouté agréable et d'un tissu serré. On ne faisait ^uère chez eux que des moquettes à cinq grilles ou chaînes de couleurs superposées et déjà nous savions employer sept de

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