VALEURS
Quintaux.
Livres.
INI.
INI.
IMI
Coutellerie, par M. Dubocq, Ingénieur en chef des Mines.
Pau M. DUBOCQ
Les objets exposés dans la classe 20 comprennent tous les outils qui servent, dans l'économie domestique, à couper ou tailler la matière. Ces outils, extrêmement variés en raison de leurs affectations diverses, des formes spéciales que l'on est arrivé à adopter pour les besoins qu'ils ont à satisfaire, peuvent se ranger dans les six divisions suivantes :
Coutellerie et orfèvrerie de table, couteaux à lames d'acier et fourchettes en acier, services à découper, services à dessert, couteaux spéciaux pour les fruits, truelles, fourchettes ù poisson, et autres articles de luxe en argent et en acier;
Coutellerie fermante, couteaux de poche à ressort, canifs et articles dits de nécessaire, couteaux pliants de chasse, couteaux catalans, etc. ;
Coutellerie à lames fixes, telle que couteaux de chasse, tranchants divers à l'usage des bouchers, des cuisiniers, des peintres, des cordonnière, etc. ;
Cisellerie, ciseaux de tous genres pour la lingerie, pour la toilette, pour les différentes professions, sécateurs;
Rasoirs de toute espèce;
Quincaillerie fine d'acier poli, pinces à épiler, limes à ongles, garnitures de nécessaires, tire-bouchons, etc.
Tous les pays produisent une partie de la coutellerie et des tranchants nécessaires à leurs besoins, et sur les trente-quatre divisions géographiques admises par le Catalogue, dix-neuf ont envoyé de leurs produits à l'Exposition ; mais il n'existe qu'un petit nombre de districts manufacturiers qui exportent régulièrement leurs produits dans les pays étrangers.
A la tête de ces centres de production se place celui de Sheffield en Angleterre, dont l'exportation a dépassé, en 1865, une valeur de 10 millions de francs; viennent ensuite : Solingen, dans la Prusse rhénane, et, dans une proportion plus restreinte, nos fabriques de coutellerie française, qui ont en Espagne, en Italie et dans le bassin de la Méditerranée des débouchés assez importants ; enfin celles établies aux environs de la ville de Steyr, dans la haute Autriche, qui pourvoient de coutellerie commune l'Allemagne du Sud, la Turquie et une partie de l'Orient.
L'importance relative de ces fabrications ne saurait être appréciée par l'examen des objets exposés, car les diverses nations ont pris à l'Exposition une partie bien inégale, et Ton dépasserait le but de ce Rapport en cherchant à établir l'ordre de prééminence industrielle des diverses fabrications et des pays qui ont pris part à ce concours international.
Apprécier le mérite des objets exposés, signaler les progrès accomplis, tel doit être l'objet de ce travail, dans lequel nous examinerons successivement les exposants français et ceux des autres nations.
Avant de passer à cet examen, nous rappelons que les conditions industrielles et commerciales des principaux groupes de fabrication ont déjà été exposées, avec détails, dans le rapport si complet de M. Le Play sur les produits de la classe 21 de l'Exposition universelle de 1851; dans celui de M. Michel Chevalier , sur les produits de la classe 15 de l'Exposition de 1855, et par M. de Hennczel, dans son rapport sur les produits de la classe 22 de l'Exposition de 1862. Nous serons assujettis, par la nature même du sujet, à reproduire souvent
dans le cours de notre travail les appréciations émises dans ces études antérieures d'un même sujet, par des esprits aussi compétents et aussi distingués.
FRANCE
Les produits français qui figurent dans l'exposition de la coutellerie proviennent des quatre principaux centres de fabrication de l'Empire, savoir : de Thiers dans le Puy-de-Dôme, de Chfttellerault dans la Vienne, de Nogent dans la Haute- Marne, et de Paris.
Chacun de ces districts manufacturiers est bien et convenablement représenté, nos nationaux entrant pour 40 centièmes dans la proportion totale des exposants de la coutellerie.
L'examen des produits montre que chacun de ces groupes se recommande par des mérites spéciaux qu'il importe de faire ressortir; nous les examinerons donc successivement dans l'ordre que nous venons d'indiquer.
g I. — Fabriquo de Thiers.
La ville de Thiers est le centre de production le plus important de la France pour la coutellerie. On y fabrique dans le genre commun et demi-fin tous les articles, et l'importance de la production annuelle dépasse 12 millions.
Sans avoir de spécialité absolue, les fabricants y ont tous une branche de produits à laquelle ils se livrent principalement. Ils fournissent aux ouvriers les matières premières, soit brutes, soit ébauchées; ceux-ci travaillent chez eux : l'un forge la lame, l'autre fait le ressort, celui-ci la platine, celui-là le manche, et d'autres sont chargés de la trempe et du recuit, de l'émoulage et du montage. Sauf quelques ateliers, où les ou-
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vriers sont réunis, chacun travaille séparément au milieu de sa famille, à raison de tant par grosse de pièces. Il en résulte beaucoup de mouvement pour les matières et de moments perdus pour les ouvriers, ce que l'on éviterait par une meilleure organisation du travail.
Les aiguiseries sont activées par des moteurs hydrauliques qui empruntent la force motrice à un cours d'eau d'un faible parcours, prenant sa source dans les montagnes du Forez, la Durolle. Elle est torrentielle en hiver et à sec pendant plusieurs mois de l'été. Cette situation crée de sérieuses difficultés pour l'émoulage, et amène souvent des retards préjudiciables dans les livraisons des marchandises, car le haut prix du charbon, qui coûte de 40 à 45 francs la tonne et qui vient de Brassac et de Saint-tëtienne, n'a point permis jusqu'ici de généraliser l'usage des machines à vapeur.
L'emploi de ces moteurs serait d'autant plus utile que presque tous les travaux se font aujourd'hui à la mécanique. Ainsi les manches de couteau sont sciés, ajustés, guillochés ou pressés à l'aide d'emporte-pièces ou d'outils spéciaux. Les lames, les platines, les mitres, les ressorts de la coutellerie fermante, sont obtenus par l'estampage, et ne reçoivent leur dernière façon qu'à la forge.
L'amélioration du régime de la Durolle par la construction de réservoirs dans le haut de la vallée, et l'établissement d'un chemin de fer, sont donc deux conditions nécessaires pour le développement de la prospérité industrielle de Thiers.
Ce dernier besoin sera prochainement satisfait par l'achèvement du chemin de fer de Clermont àMontbrison, auquel on travaille activement en ce moment, et qui mettra la fabrique de Thiers à 100 kilomètres environ de Saint- Étienne, d'où elle tire ses aciers et ses combustibles, et de Brassac, qui peut lui fournir également des houilles communes pour la grille. Les progrès réalisés par cette industrie, depuis 1855, permettent d'espérer qu'elle saura profiter des avantages que lui offrira cette voie de transport économique,
pour apporter à sa fabrication les perfectionnements qu'elle réclame encore, notamment pour employer des aciers fondus ou corroyés, au lieu des fers cémentés en paquets qui servent encore à faire les lames de la coutellerie et de la cisellerie ordinaires, et pour remplacer les ressorts en fer par des ressorts en acier, qui lui permettront, avec une faible augmentation de dépense, de lutter avec plus d'avantage contre la concurrence étrangère.
Le Jury a été heureux de constater que la quabté, la forme et le fini des objets exposés par la fabrique de Thiers présentaient, sans augmentation sensible de prix, une amélioration notable.
Les formes barbares des couteaux catalans deviennent de plus en plus rares, l'usage de cette coutellerie commençant a se perdre eu Espagne même, où elle est principalement importée, et les fabricants tendent à se rapprocher de plus en plus des formes courantes, de façon à aborder les marchés approvisionnés par la Belgique et la Prusse rhénane, avec lesquels, par la nature même de ses articles à bon marché, l'industrie de Thiers est principalement en concurrence.
La coutellerie de table et les articles de grosse coutellerie de Sabatier père et fds témoignent, par leur qualité, d'une excellente organisation de la fabrication.
Les serpes, les ciseaux, et la coutellerie fermante exposée par MM. Chatelet et Cornet, ont également attiré d'une manière particulière l'attention du Jury. Cette maison a concouru dans une large mesure à introduire à Thiers la fabrication de la coutellerie fine, à manches d'écaillé ou d'ivoire, et ses articles de ce genre supportent la comparaison avec la bonne fabrication de Nogent.
Nous citerons encore MM. Girodias-Chabrol-Astier Prodon, Thinet, Journoux-Ribeyron et Pradel-Chomette pour leur bonne fabrication courante en articles de Thiers. Ce dernier a exposé exclusivement des couteaux fermants, à ressorts en acier, dans le genre des coupe-ballots anglais, à manches en
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bois, en corne, ou en os, conformes aux types les plus usuels de la fabrication de Sheffield, qui unissent une très-bonne qualité à des prix très-abordables pour notre commerce d'exportation.
$ 2. — Fabrique de ChàttAlerault.
Les ouvriers de Châtellerault étaient autrefois renommés pour la coutellerie fermante et les ciseaux. L'établissement de la manufacture d'armes blanches, qui y fut installée vers 1830, ne larda point, toutefois, à attirer la plupart des ouvriers, qui y trouvaient une position assurée et étaient à l'abri des vicissitudes des mauvaises années ou des chômages ; l'industrie particulière était en décadence lorsque M. Eugène Mermilliod lui ouvrit une voie nouvelle en créant, en 1838, à peu de distance de la ville, l'usine du Prieuré pour la fabrication des couteaux de table, de la grosse coutellerie et des rasoirs.
Cette usine est surtout remarquable par l'application du travail mécanique à la confection des différentes pièces du couteau.
Les lames, qui sont faites exclusivement avec de l'acier fondu de Saint-Étienne, subissent une première préparation grossière au marteau, reçoivent ensuite une nouvelle chaude, et sont étirées à la forme voulue, en ménageant le renflement nécessaire pour former l'embase, sous des cylindres parallèles munis de matrices mobiles, qui donnent à la lame sa forme définitive.
Une machine à excentrique estampe également l'embase, et les lames, dégrossies à l'aide de fraises, et finies à la main, sont ensuite trempées en sortant d'un bain de plomb maintenu constamment à la même température , et recuites également dans un bain métallique.
L'émoulage, l'aiguisage et le polissage ont lieu sur des meules ordinaires, activées par le moteur de l'usine.
Les manches sont également préparés à l'aide de machines-
outils qui débitent l'ébène, l'os ou l'ivoire; égalisent ensuite les pièces obtenues en en dressant et rabotant les faces; leur donnent les moulures convenables, soit sur les faces, soit à l'extrémité ; percent le trou qui doit recevoir la soie, et ménagent l'espace où sera logée la virole. Il ne reste plus pour les terminer qu'à les polir, opération qui se fait à la main.
Les viroles sont embouties, à l'aide d'un mouton, en deux pièces que l'on soude ensemble.
Ces dispositions, auxquelles on n'est arrivé qu'après de longs essais, quelquefois infructueux, permettent d'employer des femmes et des enfants dans plusieurs ateliers, et ont amené une grande économie dans la main-d'œuvre ; elles permettent de produire annuellement 60,000 douzaines de couteaux dont le prix varie de 4 à 00 francs la douzaine, selon la nature du manche et de la virole, car la qualité de la lame reste la même.
M. Eugène Mermilliod joint à l'industrie spéciale dont nous venons d'exposer les éléments, la fabrication des rasoirs, pour lesquels il emploie, selon la qualité, les meilleurs aciers fondus de Saint-Étienne et d'Angleterre. Ses rasoirs sont forgés à la main et achevés en dehors de l'usine. Il fabrique, de plus, des tranchets, couperets, hachoirs et autres articles de grosse coutellerie, et occupe dans ces diverses branches 300 ouvriers dont la moitié environ travaillent en manufacture.
Les articles exposés par M. Eugène Mermilliod ont été trèsappréciés par le Jury, qui a décerné à ce fabricant une des plus hautes récompenses, en considération de la conception et de l'exécution des machines ingénieuses qu'il emploie à la fabrication de la coutellerie de table et de la belle qualité des produits que ces machines livrent au commerce.
Le succès de la fabrication nouvelle que cet industriel a introduite à Chàtellerault, a amené la création de plusieurs établissements de même genre, qui ont également adopté la spécialité de la coutellerie de table et des rasoirs. Parmi
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les produits exposés, le Jury a distingué ceux de M. Pingault, directeur de l'usine desCoiudres, quia perfectionné les fraises à découper les manches, de manière à obtenir des moulures cintrées et variées, et dont les produits sont de bonne qualité, ainsi que les couteaux de table et les rasoirs de MM. Page frères, dont l'usine, créée il y a une dizaine d'années, occupe 250 ouvriers.
La production annuelle de la coutellerie de Châteilerault est actuellement de 1,200,000 francs.
I 3. — Fabrique de Nogent.
Dans le district de Nogent on fabrique surtout de la coutellerie fine et demi-fine. Cette industrie, disséminée dans soixante? à quatre-vingts communes, occupe plus de 5,000 ouvriers. Sauf une vingtaine de fabriques mues par l'eau et la vapeur, et où les ouvriers travaillent en commun; chaque famille travaille à domicile. Ceux qui habitent Nogent ne font que de la coutellerie, le plus souvent sur commande ; dans les communes rurales, les ouvriers possèdent tous une petite maison dans laquelle ils travaillent, et des terres qu'ils cultivent en été.
Ces ouvriers sont très-intelligents, ont du goût et créent de jolis modèles qu'ils exécutent avec une rare habileté. Dans la coutellerie fine, leurs articles sont excellents et ne le cèdent point, comme qualité et fini d'exécution, aux plus beaux produits de la coutellerie de Londres et de Sheffield.
Chacun, après avoir acheté au détail les matières dont il a besoin, travaille habituellement pendant la semaine, selon sa spécialité, en faisant successivement le forgeage, le limage, la trempe, l'émoulage et le montage, et vient vendre ses . produits le dimanche suivant aux marchands de Nogent, qui, exploitant la concurrence mutuelle que se font les ouvriers, achètent au plus bas prix possible. Comme les produits n'ont point de marque de fabrique, et portent, soit le
nom du coutelier qui a fait une commande au marchand, soit une marque étrangère qui en favorise le débit, l'ouvrier n'est nullement responsable des produits qu'il se trouve dans la nécessité de vendre, et leur qualité se ressent d'un pareil trafic.
Si la concurrence a amené un mode de procéder semblable, elle ne le justifie pas, et l'on doit souhaiter de voir la division du travail, telle qu'elle a lieu dans les ateliers bien organisés, se substituer peu à peu au travail à domicile, et permettre, en. améliorant le sort des ouvriers, qui aujourd'hui n'obtiennent pas toujours le fruit de leur labeur, de tirer un meilleur parti des ressources précieuses que présente, par son intelligence, son habileté manuelle, son goût, son amour de l'épargne et ses habitudes régulières, cette intéressante population.
La fabrique de Nogent produit pour 2,500,000 francs, et occupe 5,000 ouvriers. Elle alimente de ses articles tous les couteliers de Paris et de la France, et en exporte pour environ 200,000 francs par an.
On a apprécié favorablement les travaux de ce groupe d'industriels, savoir : MM. Sommelet et Wichard, qui exploitent dans l'usine de Courcelles la fabrication des ciseaux par voie d'estampage dans des lames d'acier; on arrive ainsi, en quelques chaudes, à donner aux branches des ciseaux la forme voulue, en ne laissant que très-peu de travail à l'ébarbage et à la lime; les pièces sont ensuite émoulues, montées et polies selon les méthodes ordinaires, dans des ateliers où l'on emploie de jeunes détenus. L'outillage de cette usine permet de produire 200 douzaines de ciseaux par jour. La netteté des formes des ciseaux, leur fini ne laissent rien à désirer. Ces fabricants exposent encore des sécateurs à manche en fonte, qui unissent la qualité au bon marché ;
MM. Vitry frères, qui possèdent à Nogent une usine considérable occupant 250 ouvriers. Ils exposent une belle cisellerie, riche, remarquable par la délicatesse et le bou goût des formes, des ciseaux ordinaires, de la coutellerie de
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table et de la coutellerie fermante d'un très-bon fini, des sécateurs d'un nouveau modèle, ainsi que des cueille-fruits, coupe-roses, etc., de modèles très-variés ;
M. Charles Girard, pour les perfectionnements apportés à la fabrication de la grosse coutellerie, dans son usine du Vivier, créée en 4861 ; cette fabrique applique les meilleures méthodes de fabrication, et livre aux consommateurs des produits de bonne qualité courante, qui s'exportent, môme en Angleterre.
Nous citerons encore MM. Thuillier-Lefranc, dont la ^grosse oisellerie pour tailleurs et autres professions jouit d'une réputation méritée; M. Malaingre, pour ses excellents rasoirs et sa grosse coutellerie, et M. Charbonné, qui expose des ciseaux fins et ordinaires de formes très-variées, d'une exécution remarquable.
g 4. — Fabrique de Paris.
Paris est plutôt le principal entrepôt de la coutellerie française, pour laquelle il constitue un débouché considérable en même temps qu'un centre important de fabrication.
La plupart des couteliers ne s'y occupent que de la vente des articles qu'ils tirent de la province et qu'ils font marquer à leur nom. On ne fabrique à proprement parler que des services à découper, des couteaux et poignards de fantaisie, des rasoirs et des pièces de hors-d'œuvre, d'entremets et de dessert, connues sous le nom de petite orfèvrerie de table. La coutellerie fermante, aux types si variés, la oisellerie sont exécutées, pour les principaux couteliers parisiens, dans la Haute-Marne, par des ouvriers travaillant chez eux, quelquefois exclusivement pour une seule maison, dont ils exécutent les modèles.
Les lames en acier de la coutellerie de table sont également exécutées à Nogent, par des ouvriers spéciaux, sur des modèles qui leur sont fournis. Le montage des lames, la façon des manches en ébène, en ivoire, en nacre ou en argent, sont faits
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à Paris, dans des ateliers spéciaux, sous la surveillance directe des couteliers. Ceux-ci font donc exécuter les modèles qu'ils ont créés, et sont ainsi de véritables fabricants pour la coutellerie de luxe.
En contact permanent avec une clientèle d'élite, ils s'inspirent de ses besoins, impriment leur direction aux ouvriers de Nogent et de la capitale, et, par le renouvellement continuel des formes, par le bon goût et l'élégance des ornements, par le choix des matières employées, assurent à notre coutellerie de luxe une place d'élite parmi les produits analogues des nations étrangères, en même temps qu'ils exercent la plus heureuse influence sur les progrès de cette branche de notre industrie.
Dans cette fabrication, qui se rattache ainsi à l'art industriel, le Jury a assigné le premier rang à M. Parisot (ancienne maison Touron), dont les produits sont si remarquables par leur cachet de simplicité, de bon goût et d'élégance. Il a surtout distingué, dans la belle exposition de cette maison, des couteaux à manche ou lame d'acier ciselé, un poignard style Henri II à lame repercée, poignée et garde en acier, incrusté d'or et d'émail cloisonné, ainsi que de nombreuses pièces à découper, à manches riches, en argent ciselé ou autres, qui ne laissent rien à désirer pour la correction des formes, la belle exécution et le fini du travail.
M. Picault fils, qui a pris récemment la maison de son père, expose de nombreux modèles de coutellerie de table, des couteaux de chasse, tranchants, à découper et autres articles, qui ont assuré depuis longtemps la réputation de cette fabrique, ainsi qu'un nouveau service à découper, portant son affiloir, d'une conception ingénieuse, qui permet d'espérer qu'il continuera dignement les traditions de cette excellente maison.
M. Cardeilhac présente une collection de coutellerie de table, riche, d'une grande distinction de formes et d'une belle qualité. On y remarque notamment des lames de dessert en argent à gravure mate, ou à application d'argent ciselé, qui
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permettent de les distinguer des lames en acier, et un nouveau montage de manches eu nacre à garniture en argent, qui paraît appelé à un certain succès.
MM. Robert et Colin, successeurs de M. Gharrière. produisent, outre leurs appareils et instruments de chirurgie si renommés, de la coutellerie de luxe et ordinaire d'excellente qualité, dans laquelle on trouve des dispositions nouvelles ei ingénieuses. On peut citer, entre autres, les sécateurs et ciseaux à tenon et point d'union excentrique, et les couteaux fermants à ressort, à manche, à claire-voie et pièces de rechange, qui permettent, par une disposition des ressorts sur les faces internes du manche, de réunir beaucoup de pièces sous un petit volume avec une grande facilité d'entretien. Ces fabricants exposent en même temps, dans la classe 11, de nombreux instruments et appareils de chirurgie humaine et vétérinaire. Ces articles sont fabriqués par les mêmes ouvriers que la coutellerie, et le Jury a pensé que la récompense méritée par MM. Robert et Colin pour leur exposition de coutellerie, se confondrait utilement avec celle que leur assurent leurs instruments de chirurgie.
M. Luneleau a apporté depuis dix ans, dans la fabrication des viroles et des manches de couteau, en argent ou en maillcchort, des améliorations remarquables qui ont été suivies de grandes réductions de prix. 11 fabrique ses viroles sans soudure par voie d'emboutissage, et donne en quelque façon aux viroles leur forme définitive. Sa production est de 6,000 douzaines de manches et de 60,000 douzaines de viroles par an.
L'exposition de MM. Jules Piault comprend de beaux services de table, à manches en nacre, de la coutellerie ordinaire pour le service des hôtels, et des couteaux eu acier pour service à poisson, des couverts à salade recouverts de lames en argent, qui ne coûteront pas moitié des articles similaires, si l'expérience montre qu'ils sont d'un bon usage.
Nous devons encore mentionner M. Languedoc, pour la belle qualité et l'excellente fabrication de sa coutellerie de table :
AI. Marmuse jeune, pour ses formes de lames renaissance et les belles montures qui les accompagnant; enfin MM. Lcboulanger et Aubrct, qui exposent des articles en acier poli et de la petite coutellerie, tels que tire-bouchons, pinces à épiler, limes à ongles , qui réunissent une qualité suffisante à un remarquable bon marché.
En résumé, l'examen approfondi des produits exposés permet de constater que notre coutellerie a réalisé, dans ces dernières années, de notables progrès.
Pour les articles communs, remarquables par leur bon marché et qui constituent la branche de commerce la plus importante de cette industrie, on observe une amélioration trèssensible sous le rapport du fini et de l'élégance, aussi bien qu'au point de vue de la qualité des matières employées.
D'autre part, l'application «les procédés mécaniques aux divers détails de la fabrication a fait de nouveaux et trèsremarquables progrès, et permet de produire aujourd'hui de bonnes marchandises courantes à des prix qui assurent à cette branche d'industrie un nouvel essor.
Pour la coutellerie de luxe, elle suit la voie du progrès de l'art industriel, et continue à répondre, par le choix des matières, l'élégance des formes , la perfection des détails et le fini de l'exécution, aux besoins de la clientèle spéciale à laquelle elle s'adresse et dont elle voit le nombre augmenter chaque jour.
Les résultats fournis dans ces dernières années par notre commerce extérieur viennent justifier cette appréciation.
Les cinq dernières années dont les chiffres ont été publiés par l'administration des douanes, sont celles où, par suite des traites de commerce heureusement conclus avec l'Angleterre, la Belgique et la Prusse, notre marché a été ouvert a la coutellerie de ces États, moyennant un droit ad valorem de 20 pour 400 qui remplaçait, pour cinq années, le régime de prohibition absolue antérieur à 1861. Pendant ces cinq années, nos exportations se sont élevées en moyenne à 2,131,095 francs
par an, et nos importations, qui viennent presque exclusivement de l'Angleterre et de l'Association allemande , à 260,642 francs, ce qui laisse en faveur de notre exportation une balance de 1,870,453 francs, chiffre supérieur à la moyenne décennale antérieure au traité de commerce de 18G0.
On peut donc dire avec raison que le nouveau régime commercial de la France a été pour cette branche de notre industrie, un aiguillon salutaire, et l'on est fondé à admettre que le droit de 15 pour 100 qui la protège aujourd'hui, depuis le Ier janvier 1866, ne compromettra point davantage le développement prospère de nos fabriques de coutellerie, qui arriveront à comprendre que ce n'est que par une bonne organisation du travail, analogue à celle que nous envions à nos voisins, que l'on peut tirer parti des heureuses qualités qui distinguent l'ouvrier français, et soutenir avec avantage la concurrence étrangère sur le grand marché du monde.