‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 35 sur 75 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

PAYS ETRANGERS

Angleterre. — Sa coutellerie jouit d'une réputation aussi bien établie que méritée. Concentrée à Sheftîeld, sur le lieu même de la production des aciers fondus et où la houille abonde, elle alimente encore, à Londres, quelques ateliers qui fabriquent la coutellerie de luxe. Ses formes différent de celles qui sont goûtées en France : elles sont plus massives, moins recherchées; mais le fini de l'exécution, la solidité des emmanchements, des ressorts, le montage ne laissent rien à désirer.

La fabrique de Sheffield occupait en 1864, 12,546 ouvriers, et l'exportation des articles de coutellerie y a atteint, pour cette même année, une valeur de 9,671,000 francs.

L'exposition de MM. Brookes et Crookes, de Sheffield, aux-

quels le Jury a décerné une récompense distinguée, présente une fort belle collection de couteaux de table, de rasoirs, de oisellerie riche, de couteaux et d'articles de nécessaire.

Nous devons également citer les produits de MM. Morton frères, de Londres, qui comprennent tous les articles de la coutellerie et se recommandent par une exécution supérieure ; ceux de MM. Mappin Weeb, de Shcffield, où Ton en remarque parmi d'excellents, des couteaux en acier recouverts directement, à l'aide de l'électro-plastie, d'une couche d'argent sans cuivrage intermédiaire ; il en est de même des beaux services de table de M. Mac-Daniel, de Londres. ■

Belgique. — En Belgique, on fabrique de la coutellerie à Namur, à Gembloux et à Lierre. Celle de Namur a joui longtemps d'une réputation méritée. Ses articles courants ont toutes les qualités d'une bonne marchandise ordinaire; mais cette industrie, qui doit lutter à l'intérieur contre la concurrence étrangère, ne conserve qu'avec peine une place importante sur ce marché, en même temps qu'elle perd du terrain sur les marchés étrangers. Les exportations n'atteignent aujourd'hui que le tiers des importations, qui sont faites principalement par l'Angleterre, la Prusse et la France.

On emploie, pour fabrication, des aciers fondus anglais et des aciers corroyés de Remscheid.

Les produits de M. Massé-Licot, de Namur, qui réunissent une bonne qualité courante au bon marché , et ceux plus communs de MM. Bauduin et Dethicr, de Gernbloux, qui travaillent principalement pour l'exportation, ont appelé particulièrement l'attention du Jury.

Prusse. — La Prusse possède dans le district de Solingen la fabrique de coutellerie la plus importante du continent. Elle doit probablement son origine aux mines du Stahlberg, situées à peu de distance, et qui produisent des aciers naturels depuis le moyen âge. Cet acier, très-malléable et facile à travailler,

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conserve, dans les chaudes successives qu'il reçoit, son énergie aciéreuse et se prête ainsi à des élaborations très-variées.

Les mines de houille du bassin de la Ruhr, qui sont peu éloignées, assurent à cette industrie un combustible excellent et à bas prix. Les ateliers d'émoulagc et d'aiguisage tirent d'excellentes meules des environs, et trouvent la force motrice dans la Wupper, entre le Rhin et la ville de Solingen, où t*st concentrée la fabrication de la coutellerie.

On s'attache surtout à produire des articles de consommation usuelle, des ciseaux, des couteaux fermants que l'on peut livrer à bon marché , et que l'on écoule le plus souvent sur des cartes anglaises dans le commerce d'exportation.

La fabrication, disséminée autrefois dans les campagnes , tend à se concentrer aujourd'hui dans des ateliers, de façou à éviter des transports et des mouvements inutiles; mais, jusqu'ici, la division du travail n'y existe pas d'une manière absolue comme àSheffield.

Parmi les produits exposés, le jury a principalement distingué la cisellerie et la coutellerie de table de M. Frédéric Herder, la coutellerie fermante et les poignards de M. Kratz, et les rasoirs, couteaux de poche et canifs de M. Schwarte.

Russie. — La Russie produit aux environs de Nijni-Novgorod, par l'affinage des fontes obtenues avec les excellents minerais de l'Oural, desaciers de qualité supérieure qui sont élaborés dans plusieurs villages des gouvernements de Novgorod et de Wladimir, notamment à Pavlovo, à Worsma et à Vatch, en outils tranchants et objets de coutellerie.

D'après les articles exposés, les maisons ont chacune une spécialité distinctive ; les unes font la cisellerie, d'autres le couteau et la fourchette en acier, d'autres la coutellerie fermante, les couteaux à lame fixe, etc.

Ces objets, bien que rentrant dans la coutellerie ordinaire , sont de belle qualité ; ils témoignent d'une grande habileté

professionnelle chez les ouvriers , sont bien assemblés et parfaitement émoulus.

Les articles les plus remarquables de cette exposition sont : la cisellerie de M. Baninc, de Pavlovo, qui peut supporter la comparaison avec les bonnes fabrications des nations occidentales et à laquelle le Jury a accordé une récompense; les couteaux et fourchettes de table de M. Varypaeff; les couteaux fermants, ciseaux et filières de M. Zavjaloff de Worsina; et la coutellerie à lame fixe de M. Kondratoff, de Vatch, à laquelle est jointe une belle collection de gouges, becs d'âne, ciseaux, rabots et outils de calfat.

Suède. — L'exposition de la Suède nous présente des produits fabriqués avec une matière différente de celles que nous avons examinées jusqu'ici : nous voulons parler de l'acier Bessemer.

Cet acier, obtenu avec des fontes de Hogbô, est corroyé ensuite et employé à la fabrication de la coutellerie. On trouve comme spécimens, dans l'exposition suédoise, d'assez nombreux articles fabriqués de cette manière ; ils sont de bonne qualité, autant du moins qu'il est possible d'en juger par le grain et parl'apparence ; ils reçoivent un très-beau poli, ce qui semblerait encore témoigner de leur homogénéité. Il ne faudrait pas toutefois se hâter de conclure, des résultats que fournit le métal Bessemer obtenu avec des fontes de Suède, à la possibilité d'appliquer en général le métal de ce nom à la coutellerie, car il est probable que les aciers suédois ainsi obtenus présentent des différences de qualité essentielles avec les produits analogues que l'on obtiendrait avec nos fontes en France. Mais il y aurait grand intérêt à examiner si les aciers Bessemer obtenus en Suède, en Styrie, eu Westphalic peutêtre, ne pourraient point remplacer les aciers fondus dans certains articles de coutellerie.

Les rasoirs de M. Heljestrand, d'Eskilstuna ; les couteaux à lame fixe, exposés par M. StahJberg, ont un très-bel aspect,

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et semblent indiquer que cette fabrication a déjà reçu en Suède la consécration du temps et de l'expérience , car ces deux exposants avaient envoyé à Londres, en 1862 , des produits analogues, qui ont été favorablement appréciés par le Jury.

ORFÈVRERIE

SOMMAIRE

Section I. — Orfèvrerie, pir M. Paul Christofle, orfèvre, secrétaire du Jury de la classe.

Section II. — Émaux et damasquine, par M. Ph. Delaroche, attaché au Ministère des Affaires Étrangères.

SECTION I

ORFÈVRERIE

Par M. Paul CHRISTOFLE.

De tous les arts mécaniques, l'orfèvrerie est sans contredit celui qui touche le plus aux, beaux-arts et c'est aussi celui où le manque de goût serait le plus regrettable.

Les produits de cette industrie, par leur nature et leur destination, sont journellement sous nos yeux, et les procédés nouveaux permettant d'en abaisser le prix et de les reproduire la plupart du temps avec une grande économie, ils pénètrent plus avant dans les intérieurs et exercent une grande influence sur le sens artistique des masses. Nous voyons donc avec plaisir nos orfèvres se pénétrer de cette idée, que l'industrie qu'ils exercent est un art véritable, et par cela môme tenir compte dans l'œuvre qu'ils créent, non-seulement de la commodité et de l'usage auquel ils la destinent, mais encore de la pureté du style, de l'élégance de la forme et de la décoration.

Ces heureuses dispositions ont certainement contribué au développement considérable de l'industrie de l'orfèvrerie, développement qu'ont porté très-haut les procédés mécaniques et scientifiques aujourd'hui à notre disposition.

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Dans ces dernières années, il s'est développé, à côté de l'orfèvrerie en argent massif, une industrie considérable, celle de l'orfèvrerie argentée et dorée par les procédés électro-chirurques. Entrée dès ses débuts dans la voie lapins large, cette industrie a rendu à l'art et aux artistes de véritables services, en permettant de créer des œuvres tout à fait exceptionnelles, qui, empruntant toute leur valeur à la perfection de la maind'œuvre, seront toujours protégées contre la destruction à la- ■ quelle n'ont pu échapper les chefs-d'œuvre des siècles derniers : les bronzes de Gouttières sont presque tous parvenus jusqu'à nous, tandis que les orfèvreries des Launay, des Balin, des Grossier, des Germain ont pour la plupart disparu pendant la Révolution.

L'orfèvrerie dorée et argentée entre chaque jour dans nos habitudes en faisant pénétrer l'art et le goût des belles choses là où ils ne pénétraient pas autrefois, et l'impulsion donnée à cette industrie est si considérable» les ressources qu'elle offre à l'art de l'orfèvre sont si grandes, qu'actuellement nos principaux fabricants travaillent simultanément les deux orfèvreries.

La classe 21, dont nous nous occupons, renferme : L'orfèvrerie artistique ;

La grosse orfèvrerie, comprenant lessurtouts et services de table;

La petite orfèvrerie , comprenant le couvert et les petites pièces accessoires de la table ;

L'orfèvrerie et le bronze d'église ;

Puis enfin, l'émaillcrie.

L'orfèvrerie artistique et la grosse orfèvrerie, ainsi que l'orfèvrerie et le bronze d'église, sont largement représentés à l'Exposition dans les différents pays.

Nous examinerons successivement ces produits, en suivant l'ordre dans lequel ils sont installés dans le palais du Ghampde-Mars. Nous ne parlerons pas de l'émaillerie , elle est

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l'objet d'un travail spécial, dont notre collègue M. Philippe Delaroche a bien voulu se charger.

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