‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 48 sur 75 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

pendui.es civiles et chronomètres

g I. — Fabrication des ébauches.

D'après ce qui a été dit plus haut sur les fabriques de

montres de poche, on a pu juger de l'importance des centres où l'on construit les premières parties de la montre désignées sous le nom de blancs et de roulants.

L'industrie horlogère d'un pays n'est complètement organisée qu'autant qu'on y fabrique un certain nombre d'ébauches pour suffire à ses besoins. Sous ce rapport, il y a donc encore des progrès à faire en France, car les centres français du Haut-Rhin, du Doubs et de la Haute-Savoie ne peuvent satisfaire à toutes les exigences de la consommation, et ne fournissent des ébauches que pour les montres d'un ordre peu élevé.

Il n'en est pas de même de la fabrication des pendules : l'industrie française possède à Beaucourt, à Montbéliard et surtout à Saint-Nicolas, près Dieppe, trois centres où peuvent s'alimenter tous les fabricants de pendules. Aujourd'hui, indépendamment des ateliers de famille, il existe à Saint- Nicolas plusieurs ateliers principaux. Trois ne s'occupent que de chronométrie, de régulateurs astronomiques et autres pièces de précision. Ces maisons, qui ne datent que de 15 à 20 ans. fabriquent d'excellents chronomètres de marine qu'elles livrent directement à la Marine impériale, à celle du commerce et aussi à quelques horlogers de Paris. C'est une importation de la plus haute valeur qui a été faite dans ce pays; non seulement elle augmente le mouvement commercial dans cette contrée, mais elle permet en même temps d'établir à plus bas prix, sans qu'ils perdent rien de leur qualité, ces instruments si utiles à l'astronomie et à la navigation.

Trois autres ateliers, très-importants au point de vue commercial, fabriquent des pendules et des rouages pour les télégraphes et sur une très-grande échelle; l'une de ces fabriques est mue par une machine à vapeur, et possède, de même que les autres, un outillage perfectionné en tours et machines à découper, qui lui permettent d'occuper, ainsi que les trois premiers ateliers, 7 à 800 ouvriers sur une population de 2,500 personnes, et de produire 120,000 mouvements de

toute sorte par mois, représentant 100,000 francs. Celte fabrication exige environ 50,000 kilogrammes de cuivre par an. Saint-Nicolas est très-bien représenté à l'Exposition de 1807. Par exception, nous ne pouvons nous dispenser de dire que l'atelier le plus important en horlogerie de précision est celui de M. O. Dumas, et comme fabrication de mouvements de pendules, soit pour cheminées soit de voyage, pour télégraphes et autres, est celui de M. E. Martin.

Montbéliard est aussi très-bien représenté par les produits de la fabrique de MM. Marty et Cie, qui possèdent une machine à vapeur de 15 chevaux et disposent d'une chute d'eau de 10 à 12 chevaux. C'est, après Saint-Nicolas, la fabrique qui produit les meilleurs ouvrages; elle possède 150 machines-outils qui fabriquent des pièces d'horlogerie avec une grande régularité; il y existe forges, fonderie, martinets, etc.

La date de la fondation remonte à 1831 ; sa production annuelle est de C>0 à 70,000 mouvements de pendules en tous genres et d'appareils télégraphiques.

Ces usines alimentent toutes les fabriques de pendules françaises et font en outre une exportation considérable.

| 2. — Pendules civiles.

La France n'a rien à envier aux autres nations pour la fabrication des pendules; celles de Paris soutiennent avec avantage la comparaison avec la fabrication étrangère; elles forment un ensemble des plus variés, depuis le régulateur destiné aux observations astronomiques et la pendule monumentale, jusqu'aux élégantes pièces de cheminée et de voyage. Les penduliers de Paris sont très-renommés en effet par le goût qu'ils apportent dans l'exécution et la décoration de leurs produits; aussi plusieurs d'entre eux ont-ils des rapports commerciaux très-étendus avec les nations voisines.

Les mêmes remarques s'appliquent également aux con-

structeurs de mouvements pour les horloges publiques, bien que, pour des motifs qu'il ne nous appartient pas d'examiner ici, cette partie de notre horlogerie nationale n'ait pas été représentée comme elle aurait dû et comme elle aurait pu l'être ; c'est un malheur que, pour notre part, nous regrettons sincèrement.

A cette exposition plus qu'à toute autre, la fabrication des pendules de Vienne (Autriche) tenait une belle place. Cette construction est toute spéciale: ce sont des mouvements à poids avec un pendule, et les boîtes sont faites pour être accrochées au mur. Le terme de fabrique est régulateur ; il y en a de toutes dimensions. C'est en général une bonne construction ordinaire. La fabrication est considérable, et les régulateurs jouissent d'une excellente réputation. Il y a des maisons qui travaillent avec des machines à vapeur et qui produisent de 2 à 300 régulateurs par mois.

g 3. — Montres marines.

.Nous allous maintenant parler de la construction des chronomètres, la partie de l'horlogerie qui est la plus haute expression de l'art : qui a été l'objet des recherches les plus savantes et les plus ingénieuses de la part des premiers artistes d'Angleterre et de France ; qui a reçu, dans le siècle dernier, les plus grands encouragements, depuis la haute récompense accordée à Harrison par le parlement anglais à la suite de l'acte de la reine Anne, jusqu'aux palmes accadémiques obtenues en France par P.Leroy: époque mémorable pour l'horlogerie, dans laquelle viennent se grouper les noms des Sully, des Harrison, des P. Leroy, des Ferdinand Berthoud. Ce n'est pas ici le lieu de reprendre l'histoire écrite tant de fois des travaux qui ont donné naissance à cette merveilleuse machine, la sauvegarde du bâtiment de guerre ou de commerce ; mais on ne peut s'empêcher de rappeler , dans un rapport fait à l'occasion d'une Exposition internationale, que l'honneur

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d'avoir construit, le premier, un véritable chronomètre, revient en dernière analyse à un Français né à Tours, à Pierre Leroy. Que cet artiste célèbre ait profité des travaux de ses devanciers Henry Sully et Harrison, c'est ce qui ne saurait être mis en doute ; qu'il ait trouvé dans son digne émule, Ferdinand Beithoud, auquel les horlogers doivent tant, un stimulant puissant à ses efforts, c'est ce que l'on ne pourrait nier sans injustice pour la mémoire de ce dernier ; mais ce qu'il faut reconnaître, c'est que Pierre Leroy a, le premier, résolu pratiquement le problème des longitudes autant que le permettait la main-d'œuvre, bien moins parfaite à cette époque que de nos jours : on lui doit d'avoir formulé en quelque sorte les véritables principes qui servent de base, encore aujourd'hui, à la construction des pièces marines. Ces principes peuvent se résumer en peu de mots :

1° Le balancier des montres marines doit, de soi-même, par sa construction propre, compenser les effets de dilatation produits par les variations de température;

2° Le ressort spiral, sous l'action duquel il oscille, doit être isochrone dans son essence ; en d'autres termes, les oscillations de ce balancier compensateur doivent avoir une durée indépendante de l'amplitude des arcs qu'il décrit;

3° L'échappement, ce mécanisme par lequel le balancier compensateur isochrone, est mis en rapport avec le rouage et le ressort moteur, doit être tel qu'il ne puisse troubler en aucune manière l'isochronisme des oscillations; en un mot, ce balancier doit osciller comme s'il était séparé de la montre. L'échappement doit être libre.

Si l'on parvenait à réaliser mécaniquement les propriétés fondamentîiles du balancier des montres marines et de son ressort spiral , les imperfections du rouage , l'usure des différentes parties de la montre n'auraient aucune influence fâcheuse sur la régularité de son mouvement ; et tant qu'elle pourrait marcher, c'est-à-dire tant que la force motrice serait suffisante pour entretenir les oscillations du balancier, la mar-

che de la montre serait parfaite, jusqu'au moment où elle s'arrêterait par suite de la faiblesse de l'impulsion donnée par l'intermédiaire de l'échappement. La fusée deviendrait inutile; mais malheureusement ce n'est pas le cas. On a tenté de supprimer la fusée, et quelques pièces ainsi faites ont donné d'excellents résultats, mais c'est le très-petit nombre : aussi est-on revenu à la fusée, dont, depuis des années, tous les chronomètres sont pourvus. C'est avec grande raison que l'on agit ainsi , car des chronomètres n'ayant pas de fusée ont donné des marches assez satisfaisantes, mais cependant avec une progression en retard ; et lorsque, sans rien changer ni au rouage ni à l'échappement, une fusée a été substituée au simple barillet , la marche est devenue d'une grande régularité : cela ne laissait donc aucun doute.

g i. — Balancier.

Le balancier est la pierre d'achoppement des chronomètres. On arrive bien à placer les masses compensatrices sur les arcs bi-mélalliques, de manière que la marche diurne soit exactement la même, de 0° à 30° par exemple ; mais de 0° à 15° la marche va en s'accélérant de petites quantités ; à 15° elle atteint sa plus grande valeur et elle décroît de 15° à 16°, en repassant par toutes les valeurs qu'elle avait entre 0° à 15°.

Cette propriété du balancier bi-métallique, qu'une longue expérience avait déjà révélée aux fabricants de chronomètres les plus habiles, a été mise en lumière par M. Licussou, enlevé trop tôt au corps des ingénieurs hydrographes de la marine française. Il a montré, eu discutant les marches diurnes d'un grand nombre de chronomètres anglais et français, observés pendant une année, que tous étaient soumis à la loi énoncée plus haut. Pour combattre les irrégularités de marche qui résultent de cette défectuosité du balancier à lames bi-métailiques, les artistes n'établissent pas un isochronisme parfait comme le recommandait P. Leroy; ils laissent au spiral une très-légère

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accélération dans les petits arcs; mais, s'ils parviennent par cette nouvelle erreur à détruire les effets de la première, cette compensation des deux erreurs a peu de durée, et son insuffisance ne tarde pas à se manifester.

Ce défaut du balancier actuellement en usage paraît tenir au mode d'action des arcs bi-métalliques, et on peut douter qu'il existât dans le premier balancier que P. Leroy construisit pour la montre qui remporta le prix de l'Académie, balancier pour lequel la compensation s'obtenait par le mouvement d'une certaine quantité de mercure et d'alcool contenue dans deux tubes de verre recourbés en forme de V, et fixés à l'axe d'un balancier formé d'une seule lame en acier.

Le véritable moyen de corriger l'erreur en question parait donc être de modifier la construction du balancier bi- métallique, cl c'est vers ce but que tendent aujourd'hui tous les efforts des fabricants de chronomètres.

L'Exposition offre un assez grand nombre de modèles de balanciers compensateurs à compensation supplémentaire, de différentes formes plutôt que de divers systèmes, car on démêle dans tous le même principe, et l'on voit avec regret que l'on n'est encore arrivé à rien de satisfaisant, puisque aucun fabricant de chronomètres, soit anglais, soit français, n'établit cette disposition dans la majorité des pièces vendues ou à vendre, mais seulement dans une ou deux pièces à l'état d'essai.

II est fâcheux que la peine que se donnent des artistes distingués pour le perfectionnement de leur art ne soit pas mieux récompensée ; mais ils ne doivent pas se décourager, car ce n'est qu'avec du travail et de la peine que l'on peut arriver à quelque chose de bien.

Quant à l'isochronismc, il y a un demi-siècle que les horlogers savent le produire; d'abord P. Leroy avait montré qu'il existait, dans chaque lame de spiral, une longueur déterminée à laquelle répondait l'isochronisme; puis plus tard A. Brégueta imaginé que Ton pouvait obtenir la même chose en recourbant les extrémités du spiral, qu'il eût la forme plane ou la forme

cylindrique ; cela est tellement vrai que dans l'horlogerie il porte le nom de spiral-Bréguet. Cela avait été pour lui une intuition.

Mais, il y a six à sept ans , un mathématicien distingué , If. Phillips, a déduit les conditions d'isochronisme de la théorie mathématique du mouvement commun du ressort spiral uni au balancier.

On voit à l'Exposition plusieurs appareils exposés par l'auteur, qui ont vivement intéressé les hommes spéciaux : ils ont pour but de montrer l'accord de la nouvelle théorie avec l'expérience. Le mémoire de M. Phillips a été l'objet d'un rapport à l'Académie des sciences, qui en a ordonné l'insertion dans le Hecueil des savants étrangers, honneur qu'elle n'accorde qu'à des travaux très-distingués. Nous nous bornerons «loue à indiquer seulement les principaux résultats auxquels l'auteur est parvenu.

Comme on l'a vu ci-dessus les horlogers savaient depuis longtemps qu'on pouvait obtenir f isochronisme du spiral au moyen de certaines courbes terminales.

La théorie a donné à M. Philipps la loi géométrique de leur construction; l'énoncé en est très-simple et ne renferme que des données dont l'artiste peut disposer. Toutes les courbes terminales qui satisfont à cette loi déterminent l'isochronisme des oscillations du ressort spiral, et l'isochronisme entraîne avec lui les deux conditions suivantes :

i° Le centre de gravité du spiral entier est sur l'axe du balancier et y reste pendant le mouvement ;

2° Le spiral, en fonctionnant, n'exerce aucun effort latéral contre les pivots du balancier.

La théorie de M. Philips a donné la loi relative à la durée des vibrations d'un spiral isochrone. Cette loi, tout à fait analogue à celle des pendules, consiste, comme on sait, en ce que la durée des vibrations d'un spiral réuni à un balancier est, toutes choses égales d'ailleurs, proportionnelle à la racine carrée de la longueur développée de ce spiral.

Les appareils destinés à montrer Faccord de cette théorie avec l'expérience sont simples, bien conçus et très-bien exécutés; ils atteignent parfaitement le but que l'auteur s'est proposé, et c'est un grand honneur pour l'horlogerie que d'avoir servi à vérifier mécaniquement des vérités que l'analyse mathématique avait révélées.

g 5. — Comparaison des chronomètres anglais el français.

Sur ce point, l'on ne peut que renvoyer le lecteur au Rapport si complet fait par M. Laugicr sur l'Exposition de 1862 : tout y est dit delà manière la plus claire et la plus nette. Du reste, nous devons, en terminant, prévenir le lecteur que dans les pages qui précèdent nous avons suivi tout à fait l'ordre du Rapport de 1862, dont la disposition nous a paru parfaitement ordonnée. Nous avons même emprunté, dans quelques cas, des portions du texte assez étendues, auxquelles nous n'avons eu d'autres modifications à faire que celles qui ont été rendues nécessaires par le changement des temps et des lieux.

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