APPAREILS D'ÉCONOMIE DOMESTIQUE
Par M. MULLKH.
A aucune des Expositions précédentes on n'a accordé un intérêt aussi visible aux appareils d'économie domestique, qu'à l'Exposition universelle de 18(>7. Cet intérêt, manifesté par les très-nombreux visiteurs de toutes classes, administrateurs et directeurs des établissements de bienfaisance, ingénieurs, architectes, ménagères de toutes conditions etc., est-il dû à quelque invention entièrement nouvelle, à des progrès appréciables à première vue, sans examen sérieux? Non, car, sauf une exception que nous aurons à signaler, peu remarquée, parce qu'elle s'est présentée modestement, il n'y a aucun appareil entièrement nouveau. Mais partout, chez tous les constructeurs de tous les pays, il y a eu de sérieux efforts, disons-le de suite, courounés souvent de quelque succès, pour joindre, à une intelligente construction les conditions d'économie réclamées aujourd'hui. 11 y a eu surtout des recherches,
dont il est juste de teuir compte, dans la voie si importante de l'économie journalière du combustible. Si tous les constructeurs n'ont pas également réussi, encourageons-les de tout notre pouvoir à persévérer dans ces études, dont la portée fait sortir ces industries de leur condition modeste pour les mettre au rang des plus utiles. Il y a peu d'années, saut de rares exceptions, qui voyions-nous s'occuper delà construction, de l'installation des cuisines, bains, etc. ? De simples ouvriers, n'ayant pu acquérir aucune notion de construction, encore moins des applications de la chaleur. Est-ce à dire qu'aujourd'hui, ces connaissances soient généralement répandues ? Malheureusement non, mais nous constatons que des ingénieurs, des constructeurs habiles et intelligents, n'ont pas craint de déroger en se vouant à cette industrie; les architectes, les administrateurs les plus habiles, donnent tous leurs soins à cette intéressante partie des établissements qu'ils sont appelés à construire et à organiser. A tous ces faits, ajoutons les nombreuses expériences faites au point de vue économique, dans tous les établissements de bienfaisance ; c'est par tous ces éléments réunis que nous expliquons le mouvement qui s'est fait, et les améliorations tentées de toutes parts.
En résumé, l'industrie dont nous avons à apprécier les services et les progrès est entrée dans une nouvelle phase: elle se rattache aux grandes industries du chauffage, de la ventilation et en a au moins l'importance comme chiffre. Cette branche d'industrie deviendra très-productive entre les mains de ceux qui sauront le mieux allier l'économie du combustible à une solide construction.
Il est encore une autre cause à donner à toutes les études comparatives faites par les visiteurs entre les produits analogues des divers pays. Cette cause tient aux différences de prix, qui sont, le plus souvent, sous le rapport de l'économie, en faveur des produits français. Nous devons constater, à ce sujet, que, grâce aux efforts des industries métallurgiques de France, cet avantage n'est pas seulement dû à des comhinai-
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sons de construction, qui, pour être plus légère n'en est pas moins résistante à l'action du feu, mais au prix sensiblement inférieur des matières premières employées. De l'étude des appareils exposés, pouvons-nous conclure qu'il reste peu à faire pour atteindre toute la perfection désirable? Oui, si nous ne considérons que l'exécution, car cette perfection est atteinte par quelques exposants de tous les pays et, bien que les appareils exposés aient été visiblement soignés pour ce concours, la possibilité de la parfaite construction n'en est pas moins démontrée : — Non, bien au contraire, s'il s'agit des résultats avantageux, hygiéniques et économiques, qu'un avenir prochain doit permettre de réaliser. En effet, considérons d'abord les fourneaux de cuisine ordinaires, alimentés par des combustibles végétaux ou minéraux, quels que soient les matériaux employés pour leur construction cl l'intelligence de leur distribution. Deux inconvénients sont inhérents à leur nature : le premier, le plus grave, est de compromettre souvent la santé de ceux qui s'en servent, par suite de la chaleur intense qui s'en dégage et qui fait de leur voisinage un véritable supplice ; le second, a trait à la dépense inutile, qui se fait presque partout, d'un feu entretenu presque nuit et jour pour éviter la peine de le rallumer. On a cherché, il est vrai, à diminuer le premier inconvénient, en établissant des ventilations, disons plutôt des courants d'air, plus ou moins bien compris, et qui ne sont pas sans inconvénients pour ceux qui y sont exposés; tous les efforts n'ont pas abouti complètement, et cependant, dans de certaines limites, ce problème paraît d'une solution possible, môme avec le mode de combustion généralement employé et avec la condition de ne pas perdre inutilement le calorique toujours dispendieux à produire. En parlant du second inconvénient, celui d'un feu constant, évidemment nous n'entendons pas parler des établissements qui ont à satisfaire une clientèle de toute heure, dont les exigences nécessitent un service immédiat, mais de l'immense majorité, qui ignore elle-même jusqu'où peut s'élever cette perte continue,
dans les maisons et qui taxerait d'exagérés les chiffres représentant les sommes perdues ainsi annuellement. Certes, là encore, nous savons qu'il y a une difficulté à vaincre, trèssérieuse, d'autant plus difficile que ce qui résoudra la question devra être aussi simple que l'action de recouvrir un feu, fermer des registres, pour pouvoir le ranimer à volonté. Ce progrès, dont la réalisation pourra se chiffrer par des millions d'économie, nous voulons ne pas désespérer de le voir se réaliser; nous le croyons possible et, outre les avantages économiques particuliers, il contribuera, pour une part appréciable, à l'intérêt général en arrêtant une consommation inutile de combustible.
Les inconvénients que nous venons de signaler sont évidemment connus de tout le monde: si malgré leur banalité, nous avons insisté et si nous insistons sur les progrès à réaliser dans cette voie, c'est que, chez beaucoup de constructeurs, nous constatons des tentatives plus ou moins heureuses dans ce sens. La grille antérieure mobile, opérant à mesure de la consommation du combustible; la grille réductrice, c'est-à-dire mobile dans le foyer, pouvant le diminuer de profondeur et permettre de varier la consommation de combustible, sont des indications an moins du pas fait dans cette voie. La grille mobile permettant d'enlever facilement le combustible et de le conserver dans un étouffoir placé en dessous, les registres d'accès d'air, permettant de diminuer le feu, de l'éteindre à volonté, ne sont-ils pas des moyens qui donnent, partiellement du moins, satisfaction au progrès que nous réclamons pour l'avenir, de l'intelligence du constructeur? Les parois des fourneaux garnis en matériaux réfraetaires, pleins ou creux le premier pour diminuer réchauffement des parois, les seconds, joignant à cet avantage, la possibilité d'établir des circulations d'air qui l'augmentent tout en facilitant la ventilation de la cuisine; tous ces moyens et d'autres encore que nous avons remarqués, ne sont-ils pas la preuve des recherches faites dans le sens que nous indiquons ? Les résultats sont incomplets, nous le ré-
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pétons avec regret, mais les progrès déjà acwmiplis nous •donnent la ferme conviction que, dans m avenir prochain, nous verrons la perteetion des appareils que nous critiquons aujourd'hui et nos vœux se réaliser dans les thniles de la pratique. Disons plus : ils sont presque réalisés par un autre moyen, il est vrai, qui n'est pas aussi répandu qu'il devrait Têtre, paT l'emploi da gaz d'éclairage. Jusqu'ici, l'insuccès refafrf de la cuisson des aliments par le gaz, n'est dû qu'aux appareils; et cependant, rendons justice aux constructeurs; ils n'ont reculé devant aucun sacrifice, aucun insuccès ne les a rebuté et dans tous les pays où s'emploie le gaz, ils ont lutté avec persévérance contre la routine parce qu'ils servent un progrès qui aura «on jour de succès. De tous les combustibles qui peuvent être employ és dans le service culinaire, abstraction faite provisoirement du prix, le gaz est îe plus logique, 'le plus économique, comme temps, comme consommation et, peut-être, deviendra le moins dispendieux comme emploi ; le plus économique comme temps, parce qu'avec lui on gagne le temps de la réception du combustible, delà mise en magasin, de l'approche de l'allumage; il est là toujours prêt, docile, ne nécessitant qu'un tour de robinet; économique comme consommation: cari! est le seul qui ne se dépense pas quand on n'en a pas besoin. Tous les autres combustibles nécessitent un entretien, un renouvellement continu pour être en état à un moment indéterminé, souvent éloigné ; le gaz, dès la première seconde se livre au service avec toute l'intensité désirable, se supprime et se re- ]>rcnd instantanément, lî suffit d'avoirvu fonctionner une Fois une cuisine au gaz, pour comprendre que, avec de bons appareils, partout où ee combustible pourra être livré économiquentenl, les cuisines seront installées pour son emploi. Avec lai, les ocux inconvénients signalés disparaissent, et la perte qui ue peut être due qu'à la négligence pourra même se contrôler par des compteurs que l'intelligence des constructeurs saura créer avec une indication de consommation moyenne par personne, ^ous devons aussi parler de l'application delà vapeur à l'é-
i'onomie domestique. Les appareils culinaires chauffés à lavapeur, ne sont pas de date récente :• cet emploi parait se limiter aux établissements dans lesquels la nourriture est très-simple et peu variée. Les appareils employés à cet usage, notamment en France et en Suisse sont bien conçus, bien exécutés et d'une manœuvre facile. Dans tous les établissements où la vapeur a son emploi pour d'autres services, il y a économie à s'en servir dans les cuisines; mais l'expérience ne nous paraît pas suffisante, pour juger s'il y a lieu de monter spécialement des appareils à vapeur, et pour apprécier quelle doit être l'importance des établissements afin qu'il y ait avantage, eu égard aux frais d'installation qui sont assez considérables.
Enfin, la préparation des aliments au moyen de lampes a huiles diverses a aussi été soumise à l'appréciation du Jury. Les appareils paraissent assez bien appropriés à leur destination, mais ils sont trop nouveaux et les expériences faites ne sont pas assez concluantes pour permettre d'affirmer autre chose qu'une dépense de combustible relativement très-faible.
11 ne nous a pas paru intéressant de passer en revue tous les types de fourneaux de cuisine, les rôtissoires, grillades, chauffeassiettes, chauffe-bains ; ce travail eût dépassé du reste les limites que comporte ce Rapport. Nous croyons suffisant de constater ici que les progrès signalés sont remarquables par la diversité des appareils construits pour donner satisfaction à tous les besoins, à toutes les fortunes et, par dessus tout, aux habitudes si variées des divers pays.
Un renseignement qu'il eût été intéressant d'obtenir des exposants, est celui de la consommation journalière pour un produit déterminé. A de très-rares exceptions près, les constructeurs ne sont pas à môme de nous fixer sérieusement à cet égard, il est à désirer que l'habitude de savon* le rendement de ces appareils, devienne chez ces constructeurs, aussi générale qu'elle l'est chez les constructeurs d'appareils et de machines à vapeur.
Si notre Rapport a pour but de constater les progrès accom-
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plis, il a aussi mission de donner, sur toutes les questions qui lui sont soumises les avis et les vœux du Jury. Nous engageons donc les constructeurs sérieux, à ne plus se borner à cette définition banale de foyer économique qui ne signifie rien ; mais, par exemple, pour les foyers de grands établissements tels que hôpitaux, collèges, etc., etc., à indiquer, avec le prix de l'appareil, celui auquel revient la cuisson des aliments par personne et par jour, en prenant pour base un combustible déterminé comme valeur et comme prix. Parmi les intelligents constructeurs anglais et français, il en est quelques-uns qui nous ont communiqué des tableaux comparatifs de dépenses émanant des administrations les plus habilement dirigées. Deux exemples que nous y prenons feront apprécier ce que peuvent produire d'économie des fourneaux bien construits et bien combinés. Puissent-ils appeler l'attention de tous, et forcer les constructeurs à réaliser les économies annoncées dans leurs prospectus. Dans un des nombreux établissements qui dépendent de l'Assistance publique de Paris, les expériences les plus sérieuses et contradictoires, ont permis de constater, après le remplacement d'un fourneau de cuisine qui servait depuis longues années, une économie de 402 kilogrammes de houille par jour, sur 800 kilogrammes, soit 30 pour 100, c'està-dire une économie de 5 à 6,000 francs par au. Dans un autre, la substitution d'un fourneau bien conçu à un appareil qui n'était pas très-ancien, a été de 337 kilogammes. Nous insistons donc pour que de toutes parts, propriétaires, administrateurs, chefs de maison, ménagères, se rendent compte de leur dépense ; les relations si faciles aujourd'hui, permettront de comparer entre des établissements analogues ; les constructeurs intelligents voudront réunir tous les documents favorables à leurs appareils; la publicité qui sera faite par eux, leur intérêt aidant, fera connaître à tous la moyenne possible de dépense, et nous avons la conviction que, au moyen de cette concurrence loyale, basée sur des résultats promis et donnés, il y aura, dans peu d'années, des économies considérables
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réalisées. Notre expérience personnelle nous permet «de Sire qu'il y a aujourd'hui peu de maisons dans lesquelles il ne puisse être réalisé une économie de combustible d'un tiers.
ïl y a lieu cependant de citer un perfectionnement qui s'est produit généralement, dans la disposition des fourneau* de cuisine. Au lieu de faire les parois de Jours foyers en métal ou en terre réfracta ire, Beaucoup de constructeurs les enveloppa ni entièrement ou partiellement de bouilleurs destinés à fooiwde l'eau chaude. Nous ne parlons pas ici des coquemars ordinaires ou du bain-marie, mais bien de bouilleurs spéciaux -destinés à chauffer par circulation des réservoirs supérieurs. Plusiewvs de ces dispositions spéciales ont été étudiées par quelques constructeurs, avec le soin qu'ell-es comportent, car la moindre négligence peut causerdes accidents, soit par explosion desfoonilleurs, soit par leur rupture. Ges petites chaudières, en &*rte, tôle ou cuivre peuvent suffire dans bien des cas pour 'le service; des bains de collèges, pensions, petits hôpitaux, hôtels, etc. Dans les maisons particulières, elles peuvent alimenter tous les services d'eau chaude, et il est bien à désirer, que toutes ces installations soient toujours prévues pendant la construction. En appelant sérieusement l'attention des constructeurs sur ces chauffages réellement économiques, lorsque Ton a l'emploi journalier d'eau chaude, nous avons à faire une «observation qui a son importance. Tous les fabricants de fourneaux de cuisine, annoncent qu'avec leur système de foyer et de bouilleurs, aucun accident ne peut arriver et ils indiquent toutes les précautions prises par eux. Sans discuter la valeur de toutes les dispositions qui nous <*nt été soumises, nous de- \ons dire qu elles ne nous paraissent pas entièrement satisfai— sautes, au point de Mie de la sécurité : il nous paraît nécessaire d'ajouter aux bouilleurs un appareil qui permette de constater à chaque instant s'ils sont pleins d'eau. Il est encore une autre précaution à prendre dans ces installations et qui est trop souvent négligée: celle déménager la possibilité d'un nettoyage facile des bouilleurs.
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Nous terminons par l'appréciation de l'appareil de chauffage au gaz, mentionné déjà dans ce rapport, de manière à faciliter l'emploi de ce combustible pour le service culinaire. Tous les appareils construits, jusqu'ici, sont basés sur le chauffage direct, la flamme étant placée au-dessous des aliments, plus ou moins directement, ou de côté, comme dans les rôtissoires ordinaires. Dans le système dont les premiers essais nous sont soumis, la rampe de flamme est placée au-dessus des aliments qui cuisent par la chaleur réfléchie partout, plus d'odeurs provenant de graisses qui tombent sur la flamme et facilité d'évacuation des gaz sans qu'ils passent sur les aliments. Cette innovation dont le succès nous semble assuré, mérite cette mention spéciale à titre d'encouragement. L'application de ce même; principe à de petites cheminées, de petits calorifères, nous paraît aussi appelée, dans certains cas, à rendre des services.
Puissent les vceux émis être pris en sérieuse considération par les constructeurs; il en résultera de grandes économies et de sérieuses améliorations. Après avoir constaté les progrès faits jusqu'ici, le Jury aura encore la satisfaction d'avoir indiqué des perfectionnements à réaliser aux intelligents industriels qui s'occupent des appareils d'économie domestique.
SECTION II
Par M. Louis SER.
L'importance des questions qui touchent au chauffage et à la ventilation des lieux habités est aujourd'hui généralement reconnue. Quelques savants éminents, Darcet, Peclet, M. le général Morin en France, le Dr Arnott en Angleterre, en ont fait depuis cinquante ans le sujet privilégié de leurs études, et leurs travaux, ont eu, sur les progrès de cette branche de la science, une influence qui s'est manifestée, en ces derniers temps, par de nombreuses et intéressantes applications dans les hôpitaux, les prisons, les théâtres, les casernes, les églises et les maisons d'habitation. Des expériences multipliées ont permis de déterminer, d'une manière de plus en plus précise, les conditions à remplir pour obtenir un chauffage convenable et une ventilation salubre, et les résultats obtenus ont modifié, en beaucoup de points, les premières idées qu'on s'était faites sur ces questions. D'un autre côté, les habitudes de confort de plus en plus répandues, l'augmentation du prix des combustibles, la substitution progressive de la houille au bois, ont créé des besoins nouveaux qui ont excité les recherches des constructeurs, et amené une transformation dans la puissance et la disposition des appareils employés.
On trouve à l'Exposition univ erselle des spécimens des divers procédés de chauffage et de ventilation représentés par des modèles et des plans; mais nous devons constater avec regret de
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trop nombreuses abstentions. Des travaux remarquables exécutés en Angleterre, en Allemagne et en Russie pour le chauffage et la ventilation des grands établissements, ne figurent pas dans le palais du Champ de Mars. La France et la Suisse seules, ont envoyé des spécimens assez complets ; l'absence des autres pays dans ce grand concours, prive l'Exposition d'éléments d'étude et de comparaison qui auraient, présenté le plus grand intérêt et contribué certainement à la solution de ces questions si importantes pour l'hygiène publique.
Ce n'est pas le lieu de faire l'historique et la description détaillée des procédés employés pour maintenir dans nos habitations un air pur et une température convenable. Nous nous bornerons à rappeler très-sommairement les principes des divers systèmes, afin de faire comprendre les améliorations à réaliser, les efforts tentés dans cette voie par les ingénieurs ou constructeurs, et les difficultés qui restent encore à vaincre pour atteindre le but.
Les appareils de chauffage présentent, suivant le véhicule de chaleur employé, des dispositions essentiellement différentes.
Le système du chauffage à vapeur se compose : de chaudières pour produire la vapeur, de tuyaux pour l'amener dans les pièces à chauffer, de récipients placés dans ces pièces et chauffés par la condensation de la vapeur, et enfin de tuyaux de retour ramenant plus ou moins directement l'eau condensée aux chaudières.
Il s'établit ainsi une circulation continue ; la chaleur produite dans le foyer des chaudières par le combustible, se transmet à l'eau, qui, transformée en vapeur, l'apporte dans les récipients et ceux-ci la transmettent à leur tour à l'enceinte qu'il s'agit de chauffer ; la vapeur condensée revient aux chaudières à l'état liquide, pour absorber une nouvelle quantité de chaleur et recommencer indéfiniment la circulation. L'emploi de la vapeur permet de transporter la chaleur sur tous les points du plus vaste établissement et de chauffer
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ainsi arec un seul foyer, les bâtiments les plus étendus. Mais son application présente des difficultés qui ne peuvent être surmontées que par une grande expérience et beaucoup d'habileté. La répartition convenable et la permanence de 1» chaleur dans les divers récipients, la suppression de l'inconvénient des fuites d'eau chaude ou de vapeur par les tuyaux et les joints, exigent de* précautions délicates qui ont restreint jusqu'à présent l'emploi de ce moyen de chauffage.
Dans le système de cttauffage à l'eau chaude, on trouve également une chaudière du haut de laquelle part un tu«yau d'eau qui circule sur la longueur des bâtiments à chauffer ; cette eau aboutit à des, récipients disposés convenablement sur la circulation, les échauffe en se refroidissant, et revient ensuite par un autre tuyau à la partie inférieure de ki chaudière. (>n voit de suiAe l'analogie qui existe avec le chauffage à la vapemf. La seule différence essentielle est que l'eau remplace la vapeur dans la circulation ; son mouvement est produit par la différence de densité de deux colonnes verticales, l'une d'eau chaude au départ de la chaudière, l'autre refroidie a» retour. L'expérience prouve que l'eau circule avec la plus grande facilité sous L'action des plus faibles différences de pression, et ce moyen de chauffage est remarquable par sa constance et sa régularité. Il faut, comme pour la vapeur, des dispositions spéciales pour obtenir une égale répartition de la chaleur, et empêcher La production ou supprimer Les inconvénients des fuites d'eau.
Un troisième système consiste dans l'emploi de calorifères à air chaud. Tout le monde sait que ces appareils se composent d'une cloche généralement en fonte dans laquelle se trouve le foyer, et d'une circulation de tuyaux parcourus par la fumée avant son entrée dans la cheminée. L'air extérieur vient s'échauffer au contact de la cloche et des tuyaux et se rend ensuite par des conduits en maçonnerie dans les pièces où il abandonne sa chaleur. Ce système est incontestablement plus simple que les précédents et inoins coûteux de premier éta-
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lotissement ; mais le passade de l'aie sur iks surfaces chauffées à une haute température et souvent au rouge, prod ui t une altération de ses propriété» ; d'où résultent uue odeur et un état hygrométrique qui le rendent dur et pénible à respirer. Aussi ce système de chauffage passe-t-il, avec raison, pour être Imaneoup moins salubre, nue les systèmes où? Ton emploie la vapeur ou l'eau chaude.
Enfin le» appareils dont le foyer est placé dan» Les localités mêmes à chauffer, tels que les poêles, les calorifères ou les cheminées à foyer découvert constituent un mode de chauffage simple et le plu» généralement employé. Les poêles avec ou sans circulation d'air dans une double enveloppe sont beaucoup plu» économiques que les cheminées. Il» utilisent uue trèsnotable partie de la ekadeur dégagée par le combustible ; mai», d'un autre coté, il» laissent beaucoup à désirer sou» le rapport de la salubrité. Les cheminées au contraire, si elles consom- » ment beaucoup, présentent l'attrait résultant du rayonnement direct du foyer et l'avantage d'une abondante ventilation ; aussi l'usage en est-il général dans toutes les habitations privées en France et en Angleterre. De nombreuses tentatives ont été faites pour accroître leur action calorifique et supprimer quelques inconvénients, tel» que la fumée, et elles n'ont pas été- sans résultats.
La ventilation des lieux habités a une importance peut-être encore plus grande que le chauffage. Four l'obtenir, on peut reeourir à plusieurs moyens.
Le procédé le plus simple consiste à utiliser les mouvements naturel» de L'air qui tendent à se produire , par suite de la différence de température existant presque toujours entre l'intérieur et l'extérieur des habitations. On perce des ouvertures dans les murs des bâtiments, pour donnée accès à l'air extérieur, et l'on dispose des tuyaux formant cheminée pour l'évacuation de l'air vicié. Ce moyeu est, comme on le voit, de» plus simples ; il exige fort peu de dépense, sous le rapport des frais d'élablissemeutt du fonctionnement et de l'eu-
tretien. II peut suffire dans certains cas, surtout pour des pièces momentanément occupées ; mais comme il est soumis à toutes les influences atmosphériques, il est loin d'avoir la sûreté d'action indispensable dans certaines circonstances ; on est alors obligé de recourir aux moyens artificiels de ventilation, qui consistent dans l'emploi de cheminées d'appel ou d'appareils mécaniques.
Dans le système par cheminée d'appel, un foyer ou tout autre appareil de chauffage placé à la base d'une cheminée, détermine par suite de la densité plus faible de la colonne gazeuse, un appel qui, par des conduits convenablement disposés, peut se transmettre aux pièces à ventiler et y produire un renouvellement d'air continu. Le type le plus simple de ce système est la cheminée ordinaire d'appartement qui remplit à la fois les fonctions d'appareil de chauffage et d'appareil de ventilation.
Dans la ventilation mécanique, le mouvement de l'air est produit par un appareil tel qu'un ventilateur actionné par une machine motrice, et qui agit, soit par insufflation, en refoulant l'air dans les pièces à ventiler, soit, au contraire, par aspiration en appelant l'air comme le fait une cheminée.
Passons maintenant en revue les récentes applications faites en France ou à l'étranger, et qui figurent dans le palais du Champ-de-Mars.
Une des plus importantes est la ventilation des théâtres. MM. d'Hamclincourt et Duvoir exposent les dessins des appareils exécutés au Théâtre-Lyrique et du Châtelet sous la haute direction d'une commission présidée par M. Dumas. La disposition est, à très-peu de chose près, la même dans les deux théâtres.
Le chauffage se fait au moyen de calorifères à air chaud. Ces appareils conviennent bien pour un chauffage rapide, qui est nécessaire dans un théâtre occupé seulement quelques heures par jour, et l'inconvénient qu'ils présentent de fournir un air sec et trop chauffé est dans ce cas atténué, en partie, par la
fermeture des principales bouches de chaleur de la salle, qui s'opère ordinairement à l'entrée des spectateurs ; la chaleur dégagée par la respiration est alors plus que suffisante pour maintenir la température.
Une des principales difficultés dans un théâtre, où toutes les parties sont occupées par des spectateurs très-rapprochés les uns des autres, est de trouver des orifices d'accès qui permettent de faire arriver Pair sans produire de courants sensibles. Cette condition est cependant indispensable, car on sait combien est désagréable et souvent dangereux un courant d'air, même animé d'une faible vitesse.
M. le général Morin, rapporteur de la Commission, a reconnu, par des expériences suivies, que, lorsqu'on fait arriver l'air par les entrevous des planchers des loges et des galeries, et par le pourtour du cadre du rideau, la vitesse se perd bientôt dans la masse d'air qui remplit la salle, et qu'il n'\ a pas de courants sensibles sur les spectateurs. C'est la disposition adoptée dans les nouveaux théâtres. Il faut renoncer, d'une manière absolue, à tout orifice d'introduction permanent dans le parterre ou dans le plancher des galeries. On a essayé de faire arriver l'air par une large ouverture placée sur le théâtre, en avant de la rampe; mais on a dû la supprimer en présence des réclamations des acteurs.
Il est évident que dans aucune partie de la salle il ne doit rester de l'air stagnant. Si l'air vicié, comme dans la plupart des théâtres actuels, s'échappe exclusivement par l'orifice du lustre, les loges fermées se trouvent dans les plus mauvaises conditions de température et de salubrité, et il n'est pas rare d'y constater des températures de plus de 30°. Il est donc de toute nécessité que des orifices de sortie soient ménagés pour y assurer un renouvellement d'air, et dans les nouveaux théâtres on a disposé , au plafond de chaque loge, une ouverture qui donne accès à l'air par une gaine verticale aboutissant à la base d'une grande cheminée construite dans le comble de l'édifice. La chaleur dégagée par les nombreux becs d'éclait. ni. 28
rage placés au-dessus du vitrage qui, comme ou le sait, forme le plafond lumineux dt- la salle, détermine une élévation de température qui produit un appel énergique dans la cheminée du comble. Sous l'influence de cet appel, l'air extérieur, après son passage sur le calorifère, s'introduit par les ouvertures ménagées à cet effet, et chasse de la salle l'air vicié qui s'échappe par les gaines d'évacuation et s'écoule au-dessus des toits, par la grande cheminée.
La ventilation de l'orchestre et du parterre se fait par des conduits horizontaux placés sous le sol et aboutissant à la base de deux cheminées latérales chauffées par des foyers spéciaux .
On peut faire varier la température de l'air entrant au moyen d'une chambre de mélange qui permet de régler à volonté la proportion d'air chauffé et d'air froid, avant l'arrivée dans la salle.
La prise d'air extérieur pour le Théâtre-Lyrique est établie dans le square voisin. Un conduit souterrain le fait communiquer avec le théâtre. On n'a pas été aussi favorisé au théâtre du Châtelet par les circonstances locales, et la position de la prise d'air est loin d'être aussi satisfaisante.
Les appareils construits dans les nouveaux théâtres constituent une amélioration notable par rapport à l'ancien état de choses, et auraient produit certainement les meilleurs résultats si leur marche avait eu lieu régulièrement. Malheureusement, comme leur fonctionnement exige une certaine consommation de combustible, les directeurs des théâtres ont, à ce qu'il paraît, reculé devant la dépense, et font fermer, du inoins en partie, les prises d'air. Il en résulte que, la ventilation ne se faisant plus par les orifices qui avaient été disposés à cet effet, l'air pénètre avec vitesse par toutes les ouvertures qui font communiquer l'extérieur avec la salle, notamment par les fissures des portes des loges, et qu'il se produit des courants dont les spectateurs se sont déjà plaint plusieurs fois avec raison. Ces inconvénients ont été attribués par le public
au système lui-même ; il aurait été plus juste d'en rendre responsables ceux qui s'opposent au fonctionnement des appareils par des considérations mal entendues d'économie.
Le projet exposé pour le chauffage et la ventilation du nouvel Opéra, dont l'exécution est confiée à M. d'Hamelineourt, est basé sur les mêmes principes et présente les mêmes dispositions pour l'arrivée de l'air pur et l'évacuation de l'air vicié. Quant au chauffage, le constructeur a prévu l'emploi de calorifères à eau chaude. On ne saurait contester que la chaleur fournie sera ainsi plus agréable qu'avec des calorifères à air chaud ; mais l'eau, absorbant lentement et conservant très-longtemps sa chaleur, présente quelques inconvénients dans un théâtre où il faut chauffer rapidement , puis fermer une grande partie des bouches de chaleur à l'entrée des spectateurs ; la réserve de chaleur ainsi accumulée se perd sans effet utile.
11 nous semble également que , pour supprimer ou pour considérablement atténuer les rentrées d'air par toutes les ouvertures donnant sur la salle, il conviendrait d'essayer de produire l'arrivée de l'air au moyen d'un appareil mécanique insufflant. La puissance nécessaire pour faire circuler de grandes masses d'air à une vitesse modérée est en réalité très-faible. Pour un théâtre, une force de quelques chevaux, qu'on obtiendrait facilement par une machine à gaz ou hydraulique, suffirait pour produire l'insufflation de 100,000 mètres cubes d'air. On arriverait ainsi à établir, dans la plus grande partie de la salle, un léger excès de pression sur l'extérieur, ce qui supprimerait ou diminuerait tout courant d'air vers l'intérieur.
Le chauffage et la ventilation des hôpitaux est une des questions les plus importantes de l'hygiène publique, mais, depuis les dernières Expositions universelles, il ne s'est produit, à notre connaissance, aucune nouvelle application de grande importance. Les appareils établis à l'hôpital Lariboisière, eu France, à l'hôpital de Guy, eu Angleterre, et dans
quelques autres hôpitaux français ou anglais, ont été décrits dans plusieurs ouvrages spéciaux. On a employé pour la ventilation, et sous diverses formes, soit le procédé de l'aspiration de l'air vicié, soit celui de l'insufflation de l'air pur. De nombreuses expériences comparatives ont été faites, afin de rechercher quel est le mode le plus avantageux pour la salubrité des salles de malades ; mais les opinions sont encore partagées. On reproche à l'un comme à l'autre système de ne pas assurer suffisamment une circulation régulière et efficace de l'air dans la salle. Il nous paraît, en effet, qu'aucun des deux, employé d'une manière exclusive, ne saurait remplir toutes les conditions indispensables à une ventilation salubre. Il ne suffit pas, pour ventiler efficacement un lieu habité, de faire entrer ou sortir un grand volume d'air ; il faut encore que le mouvement de cet air se produise de manière à enlever, aussi rapidement que possible, tout l'air vicié par les personnes présentes ou par d'autres causes. On n'atteindrait pas évidemment ce but si l'air de ventilation se rendait directement de l'orifice d'entrée à l'orifice de sortie, en laissant dans la salle de fair stagnant. i
Ce passage direct et inutile d'une partie de l'air de ventilation, de l'orifice d'entrée à l'orifice de sortie, est cependant la conséquence forcée de l'emploi exclusif de l'un des deux systèmes, et la raison en est facile à comprendre. Si la ventilation est produite par appel, il existe nécessairement dans la pièce à ventiler une pression plus faible que la pression atmosphérique ; dès lors l'air extérieur tend à s'introduire par toutes les issues qui lui sont ouvertes, tellesqueles fissures des portes et des fenêtres, et à se rendre en parlic directement aux orifices voisins d'évacuation. Une fraction seulement de l'air aspiré a donc été employée efficacement à la ventilation. Le fait inverse se produit dans le système par insufflation : la pression intérieure étant un peu plus forte que la pression extérieure, Pair de la salle tend à sortir par toutes les ouvertures sans renouveler suffisamment l'air de la pièce. Ce que nous venons
de dire s'applique aux conditions moyennes atmosphériques, ear les différences de pression produites par l'aspiration ou l'insufflation sont si faibles que les phénomènes peuvent être modifiés par les mouvements atmosphériques, et que, dans le système de l'insufflation, par exemple, un vent modéré peut non-seulement empêcher la sortie de l'air par les joints des fenêtres, mais aussi déterminer une rentrée de l'air extérieur.
En combinant les deux systèmes de l'aspiration et de l'insufflation et les faisant agir d'une manière simultanée, on doit obtenir, dans les pièces à ventiler, une pression présentant moins de différence avec celle de l'air extérieur, et empêcher ainsi, autant que possible, toute rentrée ou toute sortie d'air pru- des ouvertures accidentelles.
La conséquence doit être une meilleure répartition du volume d'air, et, par suite, une ventilation plus efficace, quand les orifices d'insufflation et d'évacuation sont convenablement disposés.
Les amphithéâtres des cours du Conservatoire des Arts et Métiers ont été chauffés et ventilés dernièrement par la maison Ouvoir-Leblanc, suivant les principes posés par M. le général Morin et sous sa direction. Les résultats obtenus ont été des plus satisfaisants.
Le chauffage se fait au moyen de calorifères à air chaud placés dans le sous-sol. L'air chaud monte dans le comble au-dessus de l'amphithéâtre, où il se mélange, par des dispositions ingénieuses, avec une certaine quantité d'air froid, ce qui permet de faire varier à volonté sa température. Il est introduit dans la salle par de larges ouvertures réparties sur toute la surface du plafond, et descend ainsi sur les auditeurs sans courants sensibles.
L'air vicié s'échappe par une série d'ouvertures percées sur toute l'étendue des parties verticales des gradins et communiquant avec une galerie souterraine qui aboutit à la base d'une grande cheminée d'appel, construite au milieu d'une eour voisine, l'n foyer placé au milieu et à la base de cette
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cheminée détermine l'appel nécessaire au mouvement de l'air.
Cette ventilation est établie de manière à amener une sortie d'air vicié qui atteint la proportion de 30 mètres par auditeur et par heure, ce qui produit environ quatre renouvellements complots pour chaque heure.
On est arrivé, par cette disposition, à une régularité remarquable dans la ventilation aussi bien que dans la température, qui a été maintenue, dans tous les cas et avec la plus grande facilité, à un degré déterminé.
Un système de ventilation mécanique fondé sur l'entraînement produit par un jet d'air comprimé a été appliqué par M. Demondésir à la ventilation du palais de l'Exposition; mais nous n'avons pas a en parler, parce qu'il a été rangé dans la classe 52, qui comprend les appareils mécaniques spécialement adaptés aux besoins de l'Exposition.
Pendant longtemps on a cm à l'impossibilité du chauffage des églises, à cause du grand vaisseau et surtout de la grande hauteur de ces édifices. Dans les pays du Nord, en Angleterre et en Allemagne, on a employé et l'on emploie peut-être encore, pour les hivers rigoureux, de grands foyers brûlant directement sur les dalles au milieu de l'enceinte. Ces moyens un peu primitifs ne sont pas usités en France. On se sert avec succès de poêles ou de calorifères à air chaud, et quelquefois de calorifères à eau chaude. On est ainsi arrivé, plus facilement qu'on ne croyait, à faire disparaître cette atmosphère froide et humide des anciennes églises, aussi dangereuse pour les personnes que destructive pour les œuvres d'art. Le grand volume d'air renfermé dans l'enceinte rendant le plus souvent inutile toute ventilation par l'air extérieur, les constructeurs ont établi avec raison des prises d'air à l'intérieur de l'église même. On obtient ainsi, non-seulement des mouvements d'air qui facilitent le chauffage, mais encore une économie notable de combustible. C'est la disposition adoptée dans tous les chauffages d'église établis en ces derniers temps, et notamment à Notre-Dame de Paris.
En Angleterre le Ministère de la Guerre s est vivement préoccupé, il y a quelques années, des questions de chauffage et de ventilation des casernes et des hôpitaux militaires. Une commission chargée de les étudier a fait un rapport des plus intéressants, concluant à l'adoption de moyens simples et faciles. Les résultats en ont été analysés par M. E. Trélat dans le rapport de l'Exposition de 1862. Si nous y revenons, c'est pour dire que l'ensemble des dispositions indiquées a été appliqué depuis, de la manière la plus large et la plus complète, à Herbert 's Hospital, à Woolich, sous la direction de l'un des commissaires, M. Douglas Dallon. On est frappé, en visitant cet hôpital, du soin et de l'entente intelligente avec lesquels ont été ordonnés tous les détails si importants qui tiennent à la salubrité. Un spécimen donnant l'ensemble de ces installations a été construit dans le parc du Champ-de- Mars. MM. Sultzer frères, de Winterthur , ont établi des chauffages à vapeur dans un grand nombre d'établissements publics, et notamment à l'École polytechnique de Zurich. On remarque dans leur installation quelques dispositions intéressantes.
Les chaudières à vapeur sont placées aux deux extrémités du bâtiment ; il eût peut-être été préférable de les réunir sur un seul point, afin de ne pas diviser le service. Les tuyaux de vapeur montent immédiatement dans le comble et circulent dans toute la longueur des bâtiments.
Les poêles à vapeur sont placés dans les divers étages, autant que possible les uns au-dessus des autres, et, pour chaque groupe d'appareils superposés, un tuyau descend verticalement de la canalisation du comble et aboutit d'abord à l'appareil de l'étage supérieur, dans lequel il envoie la vapeur. L'eau condensée dans ce premier appareil se rend ensuite, par le même tuyau que la vapeur, au récipient placé au-dessous, puis à celui du rez-de-chaussée, et enfin au tuyau de retour, qui ramène à la chaudière toutes les eaux condensées.
Cette disposition présente l'avantage de supprimer toute
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circulation de vapeur dans les planchers et diminue ainsi l'inronvénient des fuites qui peuvent se produire. La suppression de tuyaux spéciaux de retour pour chaque appareil simplifie en ontre la canalisation et doit réduire les frais de premier établissement.
L'eau condensée dans les poêles à vapeur s'écoule par un trop- plein, de sorte qu'il reste dans le poêle une certaine quantité d'eau chaude qui constitue une réserve de chaleur et empêche le refroidissement trop rapide, si, pour une cause quelconque, on est obligé d'interrompre momentanément l'émission de vapeur de la chaudière. On remédie ainsi à un des principaux inconvénients du chauffage simple à vapeur. Il est difficile, dans ce système de chauffage, de se débarrasser complètement de l'air qui se trouve quelquefois dans les récipients. Il est cependant de la plus grande importance de le faire disparaître, parce que cet airgône la condensation et peut même arrêter le chauffage. La manœuvre de robinets de purge pour chaque récipient est une complication que MM. Sullzer ont évitée par l'emploi d'un appareil automatique qui permet la sortie de l'air sans laisser échapper la vapeur; il se compose de deux lames métalliques juxtaposées, l'une en cuivre, l'autre en fer. La première commande une petite soupape disposée pour fermer un orifice ménagé sur le poêle : lorsque l'air remplit ce dernier, la température des lames métalliques est relativement peu élevée, et la soupape laisse l'orifice ouvert. Quand la vapeur arrive et chasse l'air, la température s'élève, et la dilatation plus grande de la tige de cuivre fait fermer la soupape. Des appareils fondés sur le même principe sont appliqués sous d'autres formes, pour d'autres chauffages à vapeur, notamment dans les filatures, mais la disposition très-simple imaginée par MM. Sultzcr mérite d'être signalée.
D'autres établissements publics, tels que les prisons, ont été également pourv us de moyens de chauffage et de ventilation perfectionnés. MM. Grouvellc père et fils ont établi à la prison de Mazas, et, plus récemment, à la nouvelle prison desMadc-
lonneites, des dispositions bien étudiées, dont tous les détails ont déjà été publiés.
Le chauffage et la ventilation de bâtiments divisés en un grand nombre de petites salles présentent, pour la répartition de la chaleur et de l'air, des difficultés particulières qui ne sont pas toujours faciles à surmonter. Les impressions éprouvées sont si différentes, suivant la constitution des personnes, que les unes souffrent du froid dans une enceinte où d'autres se plaignent de la chaleur, et qu'il faut, pour ainsi dire, arriver à maintenir, dans chaque pièce, une température et une ventilation en rapport avec la personne qui l'occupe, et par conséquent différente d'une pièce à l'autre. Nous devons signaler la disposition prise par M. Werbel, de Genève, pour atteindre ce but. L'introduction de l'air se fait dans chaque pièce par deux canaux, l'un d'air chaud et l'autre d'air froid, le premier venant d'un calorifère, l'autre venant directement d'une prise d'air extérieur; ces deux canaux sont munis chacun d'un registre et débouchent dans une corniche creuse, où l'air chaud et l'air froid se mélangent forcément avant de sortir en lame mince par une ouverture longitudinale occupant toute la longueur de la salle. Des cadrans indiquent le degré d'ouverture des registres. Chaque canal est suffisant à lui seul pour ventiler entièrement la salle ; lorsque les deux canaux sont en partie fermés, la somme des sections libres équivaut au moins à la section d'un seul canal. On arrive ainsi à réglera volonté la température de chaque pièce, sans faire varier la ventilation, ce qui ne serait pas possible avec un canal unique.
Les avantages du chauffage à l'eau chaude, au point de vue de la régularité, de la facilité d'entretien et de l'économie de combustible, ont fait adopter ce système pour un grand nombre de grands établissements. Le Palais de Justice et la Préfecture de Police, les bureaux des chemins de ferduNordet de Lyon, et bien d'autres édifices, ont été chauffés par ce système dans ces dernières années.
Au Palais «le Justice, la maison Duvoir-Leblane a installé
des appareils considérables ; la circulation des tuyaux dépasse 20,000 mètres de long, et le cube d'eau atteint 200,000 litres; tous ces tuyaux circulent dans les murs et dans les planchers, suivant la disposition généralement adoptée par celte maison. Le soin particulier apporté à la construction a pu, jusqu'à présent, atténuer les inconvénients de cette circulation de tuyaux dans des points presque toujours inaccessibles ; mais nous ne pouvons nous empêcher de craindre qu'à la longue il ne se produise des avaries et des fuites compromettantes pour l'édifice, et qui ne pourront être recherchées et réparées que par des démolitions et des reconstructions aussi coûteuses que gênantes. La circulation de tuyaux d'eau dans les planchers et sous les parquets ne doit, à notre avis, être employée que dans quelques cas exceptionnels, et en prenant toutes les précautions pour rendre les réparations faciles.
La maison Duvoir-Leblanc a renoncé complètement à l'usage d'une soupape sur le vase d'expansion, qui communique toujours maintenant avec l'air libre; c'est une excellente condition qui fait disparaître la cause sérieuse de danger provenant du fonctionnement toujours incertain de cette soupape.
Une disposition indiquée par M. Péclet dans son Traité de la Chaleur, et qui supprime l'inconvénient des fuites d'eau dans les planchers et dans les murs, et en même temps toute chance d'explosion, a été appliquée dernièrement, sous le nom d'hydro-calorifère, parM.d'Hamelincourt, qui lui a fait subir, dans ses détails, d'heureuses modifications. L'appareil se compose d'une chaudière communiquant avec une série de cylindres verticaux à nervures, dans lesquels s'établit une4 circulation continue d'eau chaude. Le tout est placé dans le sous-sol et forme un véritable calorifère d'une grande surface, sur laquelle vient passer l'air extérieur avant de se rendre dans les pièces à chauf fer.
C'est une disposition analogue à celle des calorifères à air chaud, mais avec cette différence essentielle que, la température des surfaces de chauffe ne dépassant pas i00° quand il n'y a
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pas de pression, l'air ne peut s'altérer et prendre cette mauvaise odeur qu'on remarque trop souvent dans l'emploi des autres calorifères.
Nous ne doutons pas que, si l'on parvient à réduire les prix de construction de ces appareils, ils ne se répandent rapidement et ne se substituent aux calorifères à air chaud.
Malgré les nombreux inconvénients de ces derniers appareils, leur prix relativement peu élevé et leur conduite facile en ont beaucoup propagé l'usage en France, en Suisse et dans quelques autres pays. Plusieurs exposants ont essayé d'améliorer leur construction, et ont présenté des modèles offrant des dispositions à signaler.
On paraît avoir généralement renoncé à l'emploi de la tôle, dont la destruction rapide était une cause de danger et d'entretien onéreux. Le seul métal actuellement en usage est la fonte ; mais, quel que soit le métal, comme il est souvent porté au rouge près du foyer, il produit toujours une altération de l'air.
Afin de diminuer cet inconvénient, plusieurs constructeurs ont eu l'idée d'armer les cloches et les tuyaux de nervures saillantes qui, augmentant les surfaces de refroidissement, contribuent à abaisser la température du métal ; c'est une disposition aussi favorable à l'économie qu'à la salubrité. Dans certains appareils ces nervures sont ondulées pour mieux assurer le contact de l'air.
Un calorifère à air chaud exposé dans la section suisse par MM. Werbel et 0% offre, sous plusieurs rapports, des détails intéressants. Il se compose d'un grand prisme en fonte armé de nervures sur toutes les faces et des deux côtés. Le foyer est isolé au milieu dans une caisse doublée en briques, qui n'est pas en contact avec l'air. Les produits de la combustion se dégagent dans l'intérieur du prisme, descendent au contact des nervures intérieures qui échauffent par transmission les nervures extérieures; l'air venant du dehors se chauffe au contact de ces dernières, qui sont à une température relativement peu élevée.
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Les assemblages des diverses parties sont disposés sur des portées planes ou ajustées dans des bains de sable, de manière à empêcher autant que possible toute communication entre la fumée et l'air.
Enfin la dilatation des diverses parties est entièrement libre, et f appareil présente sous un faible volume une grande surface de chauffe.
Dans le but de régler plus exactement le degré hygrométrique, M. Anez a placé un bassin plein d'eau à la sortie du calorifère, de telle sorte que la vaporisation ne se fait que par le passage de l'air chaud sur la surface du liquide. Cette disposition peut être appliquée également aux petits calorifères d'appartement, et elle est de nature à rendre moins pénible à respirer l'air fourni par ces appareils.
La suppression complète de toute surface de chauffe métallique est un des moyens les plus efficaces d'empêcher l'altération de l'air.
Depuis longtemps les pays du Nord emploient à peu près exclusivement comme calorifères des constructions massives en briques ou en poterie. L'air chaud ainsi obtenu est plus salubre que celui qui est fourni par les appareils en fonte. On voit plusieurs appareils de ce genre dans l'exposition étrangère, avec des dispositions variées. Dans la section française, un constructeur bien connu, M. Chaussenot, a exposé un modèle dans lequel la circulation de la fumée et de l'air, dans des carneaux en poterie de forme spéciale, paraît très-convenablement réglée. A cause de leur masse, ces appareils présentent l'avantage, très-important dans certains cas, de conserver longtemps la chaleur après que le feu est éteint, et par conséquent d'offrir plus de régularité que les calorifères métalliques.
Les cheminées à foyer découvert et les poêles qui figurent en grand nombre à l'Exposition ne présentent rien de nouveau. On constate quelques tentatives faites pour accroître, dans les cheminées, l'utilisation ordinairement si faible du combustible. Dans certains appareils on peut, à volonté, ré-
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duire la dimension du foyer, pour faire varier la consommation suivant les besoins ; dans le plus grand nombre on a cherché à profiter d'une partie de la chaleur renfermée dans la fumée, pour le chauffage do l'air venant de l'extérieur. Ces essais ont certainement de l'intérêt ; mais nous n'y découvrons aucune disposition qui mérite d'être signalée d'une manière particulière.
On remarque, dans les expositions anglaises et belges, on grand nombre de cheminées décorées avec luxe, mais qui ne présentent rien d'intéressant sous le rapport du chauffage proprement dit. Leur ornementation très-soignée, en métal poli et brillant, doit nécessiter un entretien fort dispendieux.
L'usage des foyers à combustible maigre, tel que le coke ou l'anthracite, semble se répandre de plus en plus. Sous le rapport de la durée de la combustion et de la propreté, ces combustibles présentent un avantage marqué. Avec le coke on peut maintenir dans un poêle la combustion pendant près de dix heures sans avoir besoin de toucher au foyer ; avec l'anthracite, dont le volume, à poids égal, est beaucoup plus faible, on peut aller jusqu'à trente heures. Il n'est pas douteux que, si l'anthracite de bonne qualité pouvait arriver sur le marché français à des prix modérés, son usage ne se répandit rapidement.
La Compagnie parisienne du Gaz a créé, pour le coke, des types nombreux de foyers ou de poêles très-bien disposés pour l'usage, et qui rendent de réels services. Nous devons aussi signaler les appareils de M. Joly, disposés également pour brûler des combustibles maigres, et dont une pratique de plus de quinze années a fait reconnaître les avantages.
En résumé, si l'Exposition, dans la classe des appareils «le chauffage et de ventilation, ne révèle aucune de ces inventions de nature à produire une transformation complète de l'industrie, elle montre du moins, chez les constructeurs, une connaissance de plus en plus approfondie des besoins et des conditions à remplir, en même temps qu'une variété remarquable dans les moyens mis en œuvre pour y satisfaire. La
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construction de ces appareils a été longtemps abandonnée aux mains de fumistes quelquefois intelligents, mais toujours ignorants des premiers principes des sciences physiques. Quelques hommes instruits, capables d'étudier et de comprendre les phénomènes délicats et compliqués qui se rattachent à ces questions, tiennent aujourd'hui la tête de cette industrie, et ils l'ont fait entrer, sous la direction de savants éminents, prodigues de leurs conseils et de leurs encouragements, dans une voie de progrès qu'ils continuent à suivre avec la plus louable persévérance.
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