‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 56 sur 75 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si, à la suite de ce rapide aperçu des perfectionnements apportés aux divers appareils d'éclairage, nous jetons un coup d'oeil d'ensemble sur les expositions de chacune des nations représentées au Palais du Champ-de-Mars, nous pourrons les caractériser de la manière suivante :

g 1. — France.

La France est le seul pays dans lequel nous trouvions représentés les appareils propres à l'éclairage par tous les systèmes connus. La fabrication des lampes à huile végétale se signale par de bonnes dispositions décoratives ; les appareils sont bien conçus et d'un goût souvent heureux; mais c'est là le seul progrès sérieux récemment accompli, et les fabricants sont bien plutôt des bronziers que des lampistes.

Les appareils à pétrole et les appareils à huile végétale destinés aux usages industriels, chemins de fer, ateliers, voitures, etc., sont d'une nature toute différente. Les formes sont simples et sans luxe, mais c'est véritablement dans cette direction que l'on rencontre le plus de nouveauté, le plus de recherches intéressantes. Les ateliers sont beaucoup plus importants, et il y a là les éléments d'une industrie très-sérieuse, beaucoup plus complexe que la précédente.

Pour l'éclairage au gaz, en dehors des perfectionnements apportés dans le choix et la fabrication des becs, de la meilleure utilisation de la lumière par le service municipal, et de la tendance à l'assainissement par la ventilation, le progrès accompli ne réside, pour ainsi dire, que dans la perfection plus grande des formes et du montage. Les industriels qui

LAMPES SERVANT A i/ÉCLAIRAGE, ETC. 387

s'occupent de cette spécialité, tout en ayant souvent des ateliers considérables, ne cherchent guère, abstraction faite des canalisations, qui jouent un grand rôle dans leur industrie, qu'à produire des appareils satisfaisants à l'œil, et, sous ce rapport, l'exposition française montre dans cette spécialité un goût assez souvent heureux.

g 2. — Etranger.

En Prusse les appareils à huiles minérales et les appareils à gaz sont seuls représentés.

Pour l'utilisation des huiles minérales, les appareils exposés présentent quelques perfectionnements de détails assez intéressants; les formes, généralement peu luxueuses, sont cependant étudiées avec un certain soin, que justifie l'usage très-répandu de ce mode d'éclairage dans ce pays.

La lustrerie à gaz offre, dans l'exposition prussienne, d'assez bons spécimens, mais qui procèdent pour la plupart du même type, type religieux et gothique, avec très-peu de variété. La fabrication est raisonnablement soignée, et les prix sont plus bas que ceux des appareils analogues du compartiment français.

L'Autriche n'expose que des lustres ou des candélabres en verre ; on ne peut considérer ces objets que comme de la verrerie et nullement comme des appareils d'éclairage.

On trouve dans le compartiment espagnol quelques objets de lustrerie à l'huile et à gaz d'une fabrication soignée et d'un assez bon goût.

La Russie a envoyé des appareils de fabrication courante pour les usages industriels des huiles végétales et minérales. Ces appareils, d'un goût très-simple, sont bien entendus et solidement établis.

Les objets exposés dans les compartiments ottoman et égyptien ne peuvent être regardés que comme des spécimens de l'industrie du pays. Ce sont des lanternes ou des chande-

ïJSH GROUPE III. — CLASSE 24. — SECTION III.

liers en cuivre repoussé, d'un travail manuel intéressant, mais que nous ne pouvons considérer comme des appareils d'éclairage.

Les États-Unis n'ont envoyé que des appareils à pétrole. Rien de bien nouveau dans les dispositions, goût déplorable et exécution négligée.

L'exposition anglaise ne comporte que des appareils à huiles minérales et des appareils à gaz. Les uns présentent quelques nouveautés d'invention sans grande importance, les autres n'offrent aucun caractère saillant. Le goût qui a présidé à l'exécution de ces appareils est plus que contestable. A une ou deux exceptions près, on croit voir toujours le même lustre ou le même bras. Des établissements très-importants, une fabrication poussée, au point de vue industriel, aussi loin que possible, mais une monotonie désolante dans les formes et une absence presque absolue du sens décoratif, tels sont les caractères de l'exposition anglaise dans cette spécialité.

C'est, on le voit, la France qui est le plus complètement représentée.

SECTION IV

P\n M. Henri PÉLIGOT.

La fabrication des allumettes chimiques, qui ne parait pas

comporter, au premier abord, une industrie bien considérable, a donné naissance à de nombreuses et très-importantes usines. On s'en rend facilement compte quand on réfléchit à l'énorme quantité de ces produits que l'on consomme chaque jour.

Pour la France, cette consommation est, d'après tous les documents que nous avons pu nous procurer, de près de 200 millions d'allumettes par jour, qui, à raison de G, 000 allumettes (1) en moyenne pour 1 kilogramme, représentent une

[\) Le poids des allumettes varie considérablement suivant la nature du bois employé, et le chiffre de 6,000 allumettes au kilogramme ne peut être considéré quo comme une moyenne. Les grosses allumettes qui sont le plus fréquemment employées en France sont faites avec du bois de tremble. Le kilogramme ne comporte guère plus de 4,000 à 4,300 allumettes, tandis que les allumettes rondes se font avec du bois de peuplier, et, comme elles sont beaucoup plus petites, on en trouve environ 8,500 à 9,000 dans un kilogramme. Le chiffre moyen que nous avons énoncé est donc un maximum, eu égard à la proportion beaucoup plus grande de grosses allumettes qui entre dans la consommation en France.

Le poids de 230 à 300 kilogrammes auquel nous estimons le mètre cube de bois ne serait pas exact rapporté au mètre cube plein; mais, d'une part, les bois sont achetés au stère cordé, qui comporta environ u pour 460 île vide, et, d'autre part, il y a lieu de tenir compte des dc'chets divers, qu'on ne peut estimer à moins de 10 pour 100, en admettant même que le bois soit acheté en bûches de i»» 20 environ de longueur, et sans son écorce. On estime que dans un stère cordé on trouve en bois de tremble 275 à 300 kilogrammes d'allumettes, et en bois de peuplier 200 à 223 kilogrammes. Si l'on ajoute, au bois réellement utilisé dans la fabrication, les souches, l'écorce et les flachos diverses, ainsi que les bois employés à la fabrication des boîtes et des caisses

consommation annuelle de plus de 12 millions de kilogrammes de bois, cl, comme on n'emploie que des bois légers, à l'état sec, qui ne pèsent, dans ces conditions, que 250 à 300 kilogrammes le mètre, on voit que la consommation annuelle du bois employé dans cette industrie atteint dans notre pa\s 10 à 50,000 mètres cubes.

Et cependant la France est loin d'être le pays qui fait la plus forte consommation de ce produit ; diverses statistiques nous apprennent que, tandis que nous ne consommons, par tête et par jour, que six allumettes environ, ce chiffre s'élève à huit en Angleterre et à neuf en Belgique. Il est donc facile de se rendre compte que, si, dans toute l'Europe, on applique des proportions analogues, on arrivera à la consommation énorme de plus de 400,000 mètres cubes de bois par an.

Le nombre des fabriques est lui-même très-considérable, et on cite, en Autriche, des établissements qui n'occupent pas moins de 5,000 ouvriers. En France, il n'y a pas d'usine aussi importante; un des établissements de Marseille emploie 600 personnes. C'est, croyons-nous, le plus considérable de notre pays. Le nombre d'ouvriers employés en Europe à cette fabrication dépasse certainement 50,000, et les produits fabriqués ont une valeur de plus de 250 millions.

La fabrication des allumettes chimiques, qui était, à son apparition, des plus élémentaires et qui n'employait ni force motrice ni moyen mécanique quelconque, a fait, depuis vingtcinq à trente ans, de sensibles progrès. Aujourd'hui, en France du moins, la majeure partie des opérations se fait mécaniquement dans les établissements bien installés; les

d'emballage, on arrive à un cube total de bois mis en œuvre, du fait de la fabrication dos allumettes, bien supérieur à celui que nous avons énoncé.

Le mètre cube plein de tremble, à l'état sec, pèse G30 kilogrammes.

Le mètre cube de peuplier, à l'état sec, pesé 430 kilogrammes.

Le poids des allumettes bougies est également très-variable.

Le kilogramme de celles que nous avons entre les mains contient de 2,200 à 2,500 allumettes.

Le kilogramme des allumettes de cire le plus généralement employées comporte 6,000 à 7,000 allumettes.

industriels qui se livrent à cette fabrication trouvent un trèssérieux avantage à la rendre manufacturière. En outre, les produits sont plus réguliers, et, par conséquent, plus faciles à empaqueter et à expédier.

Depuis l'Exposition de 1862, et même depuis celle de 1855, il ne paraît pas y avoir eu de bien grands progrès accomplis, et cependant beaucoup de tentatives ont été faites pour supprimer, dans la pâte de ralluniettc, le phosphore ordinaire et le chlorate de potasse.

Tout le monde connaît aujourd'hui les fâcheux effets du phosphore, qui offre de grands dangers d'incendie et d'empoisonnement.

L'incendie peut se manifester dans l'usine où se fabriquent les allumettes, mais il n'est bien sérieux que si la pâte phosphoréc contient du chlorate dépotasse. Quand, au contraire, il n'\ entre pas de cette matière, le danger est beaucoup atténué; la pâte peut prendre feu, mais sans déflagration, et l'extinction s'en fait immédiatement par un simple brassage.

On ne saurait donc trop conseiller de ne pas faire usage du chlorate de potasse. Cependant une très-grande quantité des allumettes vendues journellement sont à base de chlorate de potasse, surtout les allumettes bougies.

Les fabricants donnent pour motif que les allumettes ainsi fabriquées se détériorent moins à l'humidité. Le fait est vrai, mais il est cependant possible de constituer une pâte suceptible d'une bonne conservation sans employer de chlorate. Un des fabricants de Paris, M. Rimailho, a complètement banni ce corps de la pâte phosphoi-ée, et ses produits, très-estimés, supportent parfaitement l'expédition par mer et s'emploient dans les pays les plus lointains.

Le danger d'incendie dans les habitations est d'un autre ordre, et on ne peut le rapporter au chlorate de potasse. Il est presque toujours dû à l'imprudence, et, comme le dit M. le professeur Stas, dans son Rapport si complet sur l'Exposition de 1855, « c'est un résultat prévu, inévitable, des qualités de

392 GROUPE m. — CLASSE 24. — SECTION IV.

€ l'allumette; il est en raison même de sa sensibilité, c'est-à- « dire de la facilité avec laquelle elle produit du feu lorsqu'on « veut s'en servir. Pour que cet inconvénient disparaisse, il « faut que le consommateur cesse de réclamer cette sensi- « bilité. »

Ce danger est incontestable, et tel qu'on ne peut malheureusement méconnaître qu'un très-grand nombre des incendies qui éclatent aujourd'hui est causé par la trop grande facilité de se procurer du feu.

Dans un remarquable rapport au Sénat sur une pétition émanant de diverses compagnies d'assurances, M. Dumas énonce ce fait que, tandis que, de 4834 à 4843, on n'avait constaté dans le département du Haut-Rhin que 835 sinistres, ce nombre s'est élevé à 1395 de 4832 à 1864, c'est-à-dire que le nombre des incendies constatés a augmenté, dans cette période, de 400 à 167.

Pendant les mêmes périodes le nombre des incendies causés par les enfants a augmenté de 49 à 75, c'est-à-dire de 4 à 4; le nombre des sinistres accidentels, de 100 à 174; celui des incendies allumés par la malveillance, de 419 à 449, c'est-àdire de 400 à 124.

D'autres départements ont fourni des statistiques analogues.

A Paris, tandis que, de 4840 à 4858, on ne comptait que 8 incendies par an causés par les allumettes, on en constatait 47 en 4860 et 42 en 4862.

Sur ce nombre, de 4840 à 4858, 4 sinistres étaient dus aux enfants ; ce chiffre s'élevait à 5 en 4860 et à 43 en 4862.

On estime que les compagnies d'assurances remboursent chaque année plus de 3 millions en réparations de sinistres causés par des allumettes, ce qui suppose une perte totale bien plus considérable.

Il est juste d'ajouter que ces chiffres émanent, en grande partie, des compagnies d'assurances, et qu'on ne peut en tirer

une conclusion bien rigoureuse, par ce motif que, la proportion des valeurs assurées s'étant considérablement accrue depuis une vingtaine d'années, il est assez naturel que le nombre de sinistres constatés par les agents des compagnies ait été beaucoup plus considérable dans la seconde période que dans la première. Il l'est plus encore aujourd'hui. Cette restriction n'atténue en rien l'importance du fait en lui-même, et nous devions le signaler dans ce Rapport.

En outre du danger d'incendie, les allumettes que Ton emploie aujourd'hui présentent à un haut degré le danger d'empoisonnement, et c'est dans remploi du phosphore blanc que réside principalement ce danger.

Une très-petite quantité île phosphore suffit pour déterminer la mort, et, depuis que l'usage des allumettes a pris le développement que nous voyons aujourd'hui, il n'y a pas d'année où l'on ne signale quelques tentatives de crimes faites à l'aide de ce poison, tentatives qui auraient pu ne pas se produire si leurs auteurs avaient éprouvé quelque difficulté à se procurer un autre poison.

De plus, les ouvriers des fabriques d'allumettes, constamment exposés aux vapeurs phosphorées, peuvent être, dans certains cas, atteints de maladies graves qui rendent cette industrie dangereuse.

Cependant, en aérant convenablement les ateliers, on évite presque complètement ce danger, et nous avons vu de nombreux ouvriers, travaillant depuis 18 et 20 ans dans des usines de cette nature, parfaitement bien portants, et n'ayant jamais, de leur aveu, ressenti d'indisposition grave causée par les émanations phosphorées.

Depuis quelques années on s'est vivement ému des dangers d'incendie et d'empoisonnemônt que présentent les allumettes et l'on a cherché bien des moyens de combattre ou d'atténuer ces dangers.

Dans cette direction, une tentative a été faite pour provo-

39'l GR01PK III. — CLASSE 24. — SECTION IV.

quer l'expropriation des fabriques d'allumettes et la monopolisation de ce produit entre les mains de l'État.

Les promoteurs de cette mesure pensaient que, si l'Etat se chargeait de la fabrication et de la vente des allumettes, il ne mettrait dans le commerce que des produits exempts du danger d'empoisonnement, et à un prix assez élevé pour que le consommateur ne fût pas aussi indifférent qu'il l'est aujourd'hui à la perte des allumettes ; ils pensaient, en un mot, que si les allumettes étaient vendues beaucoup plus cher, on en abuserait moins, et l'on s'astreindrait davantage à ne pas les laisser à la disposition du premier venu.

On ne peut méconnaître l'excellent mobile qui a poussé dans cette voie, mais il est préférable de laisser l'industrie chercher elle-même les moyens de parer aux inconvénients signalés, et, si quelque produit véritablement intéressant se fait jour, il ne tardera pas à l'emporter sur les autres.

On a trouvé la solution d'une partie du problème dans la fabrication des allumettes au phosphore amorphe.

Le phosphore amorphe, découvert par M. le professeur Sehrôtter, de Vienne, est, en effet, d'une innocuité complète; les empoisonnements par les allumettes deviendraient donc impossibles par son usage exclusif. 11 est regrettable qu'on n'ait pu, jusqu'ici, l'utiliser sans addition de chlorate de potasse.

La solution la plus complète du problème consisterait dans l'usage de matières inoffensives, n'offrant par conséquent aucun danger d'empoisonnement, avec lesquelles on fabriquerait des allumettes présentant une plus grande difficulté d'emploi que celles qui sont aujourd'hui adoptées.

Les allumettes au phosphore amorphe ont bien, en partie du moins, ces deux caractères, puisque, d'une part, le phosphore rouge n'est pas vénéneux, et que, d'autre part, il est nécessaire, pour enflammer l'allumette, d'avoir recours à un frottoir spécial, ce qui en rend l'usage moins facile.

Néanmoins, malgré la persévérance déployée par les fabricants de ce produit, malgré une amélioration sérieuse de la

qualité de l'allumette et du frottoir, malgré les efforts énergiques d'hommes considérables et très-autorisés qui en ont conseillé l'emploi, les allumettes au phosphore amorphe n'ont reçu, jusqu'ici, que des applications assez limitées; le public ne les accepte pas, et tient essentiellement à la sensibilité dont nous signalions précédemment le danger.

Aussi les fabricants français qui, depuis près de quinze ans. cherchent avec tant de persévérance à faire prévaloir l'allumette au phosphore amorphe, MM. Coignct, ont, aujourd'hui, en partie renoncé à l'usage du frottoir spécial et se sont mis, depuis peu de temps, à faire des allumettes au phosphore amorphe s'allumant partout. C'est, du reste, ce qu'ils avaient fait déjà dans l'origine.

Des fabricants de Vienne (Autriche), MM. Forster et Wavra, sont arrivés à la même solution ; mais leurs allumettes, qui exigent, pour prendre feu, un frottoir excessivement rugueux ou un frottement très-énergique, contiennent une proportion considérable de chlorate de potasse et crachent beaucoup. Tout en reconnaissant l'intérêt de ces recherches , nous ne saurions recommander l'emploi de semblables produits.

D'ailleurs, nous le répétons, f allumette au phosphore rouge s'allumant partout ne satisfait qu'à une partie des conditions cherchées, et, à notre avis, c'est là le petit côté de la question.

L'allumette à frottoir spécial pourrait seule amener une solution plus complète, et nous trouverions plus intéressant de voir les fabricants persévérer dans cette voie que de les voir chercher à tourner la difficulté par l'emploi de moyens bâtards, dont les résultats ne peuvent être que très-insuffisants.

Nous avons à signaler, au nombre des produits exposés, des allumettes envoyées par MM. Fcrd Kôrner et O, de Gothembourg (Suède). La pâte de ces allumettes, dites allumettes Kali, ne contient aucune trace de phosphore, ni phosphore blanc, ni phosphore rouge, non plus que le frottoir spécial ; mais elle contient une proportion assez considérable de chlo-

î!96 CROUPE III. — CLASSE 24. — SECTION IV.

rate de potasse, et, malgré leur prétention de ne s'enflammer que sur le frottoir spécial, nous avons pu allumer un certain nombre de ces allumettes par un frottement énergique sur une surface rugueuse.

La tentative que nous signalons présente cependant un intérêt sérieux en ce que, d une part, ces allumettes ne contiennent aucune matière vénéneuse ; que, d'un autre côté, tout en procurant assez facilement du feu, elles mettent une certaine entrave à cette facilité ; enfin leur emploi permettrait de supprimer en très-grande partie la fabrication du phosphore, et, par suite, de rendre à l'agriculture et à l'industrie environ trois millions de kilogrammes d'os que nécessite cette fabrication.

MM. Kôrner et C •% ou plutôt M. Bagge, l'inventeur de ces allumettes, ne sont, du reste, ni les seuls, ni les premiers qui aient songé à faire des allumettes à friction sans phosphore; M. Hjerpe, M. Hochstaetter, M. Luz, M. Canouil, MM. Vandaux et Paignon, M. Rimmer, M. Gûnther ont antérieurement étudié la même question et sont parvenus à fabriquer des produits inflammables sans aucune addition de phosphore. Aucun de ces produits n'est devenu réellement commercial.

Un fabricant du Holstein, M. Cordts, a exposé aussi des allumettes sans phosphore blanc, s'allumant partout. La composition paraît avoir une assez grande analogie avec celle des allumettes Canouil. La qualité est médiocre.

En dehors de ces diverses tentatives, nous n'avons à signaler dans cette industrie que des perfectionnements dans les procédés de fabrication, surtout dans les procédés mécaniques.

En France, notamment, l'allumette ronde en bois se fait aujourd'hui mécaniquement, aussi bien fabriquée et aussi régulière que celles que produit l'Allemagne. Le rabot employé en Allemagne est devenu chez nous une véritable machine, à l'aide de laquelle une femme débite en quelques secondes, sans aucune fatigue, un très-grand nombre d'allumettes. Par les machines Walch, la mise en presse se fait mécaniquement,

et il ne reste plus de travail manuel que pour le soufrage, le chimicage et la mise en boîtes.

Pour la fabrication de l'allumette bougie on est encore force de faire à la main le trempage des mèches pour les garnir de cire ; mais la mise en presse se fait ensuite par une machine de même système que celle dont nous venons de parler, plus automatiquement et plus facilement encore que pour les allumettes de bois.

La fabrication des allumettes bougies, dont Marseille parait avoir le monopole en France, a pris depuis quelques années une extension considérable. Selon nous, cela tient un peu à ce que les produits se sont perfectionnés, et beaucoup à ce que les fabricants sont devenus en même temps cartonniers et lithographes, et ont cherché à produire des boîtes aussi variées et aussi commodes que possible, satisfaisant au goût du public.

C'est ainsi que l'on a mis dans le commerce des boîtes illustrées, présentant des dessins imprimés à plusieurs couleurs, des photographies, des portraits, etc., et on a ainsi obtenu des résultats très-importants comme chiffre d'affaires.

La qualité, comme nous le disions tout à l'heure, a cependant été améliorée. La bougie a plus de consistance, la pâte est plus solidement attachée à la bougie; mais, d'un autre côté, c'est surtout dans cette fabrication qu'on fait un usage excessif du chlorate de potasse. Toutes les allumettes bleues, et c'est de beaucoup le plus grand nombre, contiennent du chlorate de potasse en très-forte proportion. Nous avons déjà signalé le danger que présente la préparation de la pâte avec ce produit. Nous ajouterons que, pour le consommateur, ces allumettes ont le grave inconvénient d'éclater; elles crachent énergiquement si le frottoir qui sert à les allumer n'est pas suffisamment rugueux.

Enfin le dernier progrès que nous avons à signaler est la fabrication de l'allumette bougie à l'aide de la pâte au phosphore amorphe. La fabrique de la ville de Jôkoping nous en

a remis quelques échantillons. MM. Coignet frères et Q< ont aussi, depuis peu, abordé cotte fabrication.

Si nous examinons maintenant l'exposition des allumettes dans chacun des pays qui a envoyé des produits au palais du Champ-de-Mars, cette étude donnera lieu aux considérations suivantes.

Quoique les plus importantes fabriques d'Autriche n'aient pas pris part à l'Exposition de 1867, c'est encore dans le compartiment autrichien que nous voyons représentés les établissements les plus considérables. Presque sans exception, les produits se composent exclusivement d'allumettes de bois , rondes ou cannelées ; la majeure partie de ces allumettes est paratinée; presque toutes sont à base de phosphore ordinaire. Nous n'avons eu, au phosphore amorphe, d'autres échantillons que ceux de MM. Forster et Wavra, dont nous avons déjà parlé. Les produits qui ont passé dans nos mains sont de bonne qualité et eapablcs de soutenir la vieille réputation de l'Autriche comme terre classique des allumettes.

La Suède a envoyé de très-remarquables produits. Ce sont presque exclusivement des allumettes de bois, de forme carrée, débitées par l'ancien système de couteau. L'excellent bois que l'on peut se procurer à bon marché dans ce pays permet de faire, par ce moyen, des produits réguliers, d'un bon aspect et d'une qualité tout à fait satisfaisante. L'exposition suédoise comporte beaucoup d'allumettes au phosphore amorphe. Elle comprend également les allumettes sans phosphore, dites allumettes KàH, dont nous avons déjà parlé.

La Norvège a envoyé des produits qui présentent la plus grande analogie avec ceux de la Suède. C'est la môme qualité de bois, et la fabrication est presque identique.

Trois importants établissements de la Belgique ont envoyé des produits. Deux d'entre eux exposent exclusivement des allumettes carrées en bois, à base de phosphore blanc ou de phosphore amorphe. Le troisième n'a présenté à notre exa-

inen que des allumettes bougies. Tous ces produits sont d'assez bonne qualité.

Des allumettes en bois sont exposées par le Danemark et le grand-duché de Hesse : allumettes ordinaires, allumettesau phosphore amorphe.

L'Espagne et l'Italie ont envoyé des allumettes bougies. La qualité en est assez bonne, quoique inférieure à celle des mêmes produits exposés par les industriels français. Les établissements qui ont pris part à l'Exposition sont peu importants.

Dans les produits espagnols le chimicage est assez bon ; mais la bougie est molle et souvent très-jaune et très-fuligineuse. Elle doit contenir de la résine. Les bougies italiennes sont aussi fuligineuses, bien qu'à un degré moindre. Dans les deux pays on emploie la cire, tandis qu'en France et en Belgique on ne se sert que de stéarine.

Une importante maison d'Angleterre a exposé un grand nombre de produits divers qui nous avaient paru très-intéressants; mais comme il est interdit d'introduire dans le palais du Champ-de-Mars des allumettes inflammables , nous avons dû demander des échantillons et des renseignements qui ne nous ont pas été donnés. Force nous a donc été de renoncer à l'examen de ces produits.

Les deux plus importantes maisons de Marseille (1), deux fabricants de Paris et MM. Coignet frères et O, représentent l'industrie française. Les deux premiers exposants font presque exclusivement l'allumette bougie ; la qualité de ce produit est bonne. Nous avons signalé plus haut le caractère spécial de cette fabrication. .

Nous devons également appeler l'attention sur les produits de M. Rimailho, de Paris, entièrement exécutés par procédés

(1) Ces deux établissements, la maison Four et (autrefois Koche et C''t et la maison Caussemillc jeune et Ci'', livrent ensemble annuellement au commerce plus de 4o0,0oo grosses do boîtes d'allumettes, représentant uu chiffre total d'affaires de 2 millions environ. Il y a à Marseille cinq fabriques d'allumettes.

mécaniques et complètement exempts de chlorate de potasse.

Enfin nous avons déjà parlé des diverses natures d'allumettes exposées par MM. Coignet frères et Cic. L'industrie française est complètement et dignement représentée.

En résumé, nous voyons que les pays du Nord fabriquent presque exclusivement l'allumette de bois, et, quoique presque toutes les opérations se fassent à la main en Allemagne et en Suède, le bas prix de la main-d'œuvre et des bois permet aux industriels allemands et suédois de faire à nos fabricants une concurrence que ceux-ci ne peuvent que difficilement soutenir. Pour y parvenir les producteurs français ont été forcés d'avoir recours aux moyens mécaniques, à l'aide desquels ils fabriquent de très-bons produits, très-estimés à l'étranger. On doit cependant reconnaître que les allumettes communes, généralement employées en France, sont d'une qualité trèsordinaire et très-inférieure à celle des produits similaires que nous recevons d'Allemagne.

Les premières allumettes bougies ont été fabriquées à Paris; elles sont devenues l'objet d'une industrie considérable à Marseille, et, de là, cette industrie s'est répandue dans les pays méridionaux; l'Italie fait très-peu d'allumettes de bois, l'Espagne moins encore.

Les allumettes à base de phosphore amorphe ne se fabriquent pour ainsi dire pas en Allemagne, mais la Suède, la Norwége, le Danemark et la Belgique en font une certaine quantité. En France une seule maison en fait, et on doit regretter que, jusqu'ici, le public n'ait pas accepté ce produit.

En terminant ce Rapport, nous émettons le vœu de voir livrer au commerce et adopter par le public un produit complètement exempt de matières vénéneuses, et pouvant diminuer notablement le danger d'incendie, que rend si fréquent l'emploi des allumettes actuellement en usage.

Parfumerie, par M. Barreswil, Membre du Comité Consultatif des Arts et Manufactures, Membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.

Par M. BARRESWIL (1).

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