‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 60 sur 75 · I-AIIH MKIMK · texte numérisé non relu

I-AIIH MKIMK

meut par les parfumeurs. La Turquie envoie de ses pastilles et de ses baguettes parfumées, très-communes ici. Les maisons Russes présentent des papiers odorants; on en trouve aussi en Angleterre et en France. Pour ces diverses préparations de parfums à brûler, la nomenclature des odeurs est très-restreinte; c'est pourquoi on a cherché à les remplacer par d'autres moyens de disperser les parfums : ainsi M. Rimmel et M. Raynaud ont exposé des vaporisateurs basés sur la division mécanique des senteurs par la vapeur d'eau. On peut voir d'autres appareils qui opèrent en chassant le liquide par un courant d'air. Tel est le charmant vaporisateur, formé de deux tubes de verre qui rappelle l'injectcur Giffard. Un autre consiste dans un tube d'étain rempli de liquide parfumé ; ce liquide n'a autre issue possible qu'une petite ouverture capillaire par laquelle s'échappe , quand on comprime le tube, le mince jet de parfum qui, se divisant dans Fatmosphère, forme comme un brouillard odorant. Ces flacons malléables et les procédés de pulvérisation des liquides, qui ont reçu en médecine des applications nombreuses, ont donné à M. Piver un moyen de faire apprécier au public la senteur de ses parfums. Notre collègue a, comme lieu d'exhibition, une armoire à glace, à soubassement fermé. Il ne lui était possible d'établir un jet odorant qui fût accessible, comme on a pu faire, avec plus ou moins de luxe, pour l'eau de Cologne, en France et à l'étranger, et comme l'a fait, avec un grand luxe et une très-grande élégance, M. Laurent-Richard pour les produits dits de Rotot. M. Pi ver a installé, dans le soubassement de sa vitrine, une pompe puissante et un réservoir dans lequel il comprime l'air. Cet air comprimé entraîne vers le visiteur de la vitrine le parfum que celui-ci désire.

§ 5. — Fards.

L'ensemble des articles connus sous le nom de fards mérite l'attention par son importance; mais ici encore aucune

nouveauté n'est à signaler; aucun rouge ne surpasse en beauté ceux que la maison Martin livrait à la reine Marie- Antoinette; seulement, en liant cette production à la fabrication des couleurs pour l'application industrielle, on a pu produire pour cet article une réduction de prix très-importante, et c'était-là un mérite à récompenser.

L'emploi, comme blanc à farder, du blanc de plomb, vendu sous le nom de blanc d'argent, se perpétue; ce produit devrait pourtant être proscrit de la toilette des dames. Le blanc de bismuth lui est préférable, surtout s'il est exempt d'arsenic, mais l'oxyde de zinc est le seul à recommander. Il n'est pas vénéneux comme le blanc de plomb, il n'est pas susceptible de noircir comme le blanc de bismuth , il est d'ailleurs d'un moindre prix que celui-ci. Les essais tentés par divers exposants dans l'intention louable de nous affranchir d'un poison sont à recommander aux consommateurs intelligents.

Il nous reste à dire que l'emploi pour la toilette de pastels en toutes couleurs a pris une importance sérieuse. Nous ajouterons que les poudres à poudrer figurent dans les vitrines françaises et anglaises dans des conditions les meilleures de pureté et de qualité.

§ 6. — Marques de fabrique.

Telle est la nomenclature desproduits. Ainsi que nousfavons dit, on peut constater partout, en Angleterre, en Autriche, en Belgique, en Russie et en Prusse, et, pour la France, dans les départements comme à Paris, qu'il a été fait des efforts sérieux, des sacrifices importants, pour représenter dignement les nations et les maisous.

Le plus souvent c'est de l'élégance; quelquefois même c'est une fastueuse richesse dans l'étalage; partout ce sont de bons produits, faits avec soin , présentés avec art, disposés avec goût. Dans son ensemble, l'exposition de la parfumerie de 1867 laisse loin derrière elle les expositions précédentes. Ce

que chacun a pu constater, c'est que, ici, contrairement à ce qui s'est passé lors de l'Exposition de Londres, dans laquelle certains fabricants avaient exposé des articles contrefaits, chaque maison a cherché à se mettre en relief sous son nom, à donner de la valeur à son cachet.

Le Jury de la classe 25, composé en majorité de Français, a tenu un grand compte de cette tendance, et il a été unanime pour faire une large part aux exposants étrangers. Il lui a paru qu'il convenait, dans les circonstances où se trouve le commerce, que des maisons rivales fussent aidées dans les efforts qu'elles font pour se constituer une marque à elles et que c'était le meilleur moyen et le plus digne de couper court à la contrefaçon. En effet, si, dans chaque pays où la fraude est à craindre, il peut se trouver des fabricants ayant un cachet valable, il se formera une ligue entre les producteurs nationaux et les étrangers pour combattre la déloyauté et faire respecter par chacun la marque des autres.

Il y a encore une disposition fâcheuse dans la parfumerie, à laquelle les hommes qui sont à la tête de cette industrie devraient porter remède ; nous voulons parler de l'imitation servile de certains articles. Il serait à propos que les parfumeurs , au moins ceux de Paris , profitassent de l'occasion que leur donne la solennité de l'Exposition pour constituer un syndicat sérieux et autorisé, qui défendrait contre tous la propriété de chacun.

Page 1