‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 59 sur 75 · PARFUMERIE PROPREMENT DITE · texte numérisé non relu

PARFUMERIE PROPREMENT DITE

La parfumerie proprement dite, qui élabore les matières premières, se présente avec une importance accrue dans des proportions considérables, et qui augmente d'année en année. C'est là le point caractéristique de l'Exposition de 1867. Mais, à part quelques tours de main ingénieux et de merveilleux petits accessoires, modèles d'élégance et de goût, on ne peut rien signaler de nouveau dans son domaine ; on ne constate même comme application nouvelle aucune conquête scientifique.

croupe m. — classe 25.

g 1. — Savons.

Le principal article spécial de la parfumerie est le savon de toilette. Nous aurons peu de chose à dire sur ce produit. La description du savon en lui-même, comme espèce chimique, n'appartient pas à la classe 25.

Tandis que les parfumeurs tendent tous à devenir savonniers, et que plusieurs sont déjà devenus, en France et à l'étranger, des savonniers très-importants, les manufacturiers de savon se livrent à la fabrication des savons ordinaires de toilette, sur une échelle considérable. Nous n'avons pas eu à nous occuper de ces maisons, il y en a qui eussent été de notre part l'objet d'une sérieuse attention.

Ce que l'on remarque volontiers dans l'ensemble des spécimens de savonnerie de toilette, c'est l'amélioration des produits, l'abandon de plus en plus général en France des savons frelatés et du savon à froid, l'emploi moins exclusif du savon de coco ; on peut constater que la pâte du savon est généralement homogène et douce. Les bons procédés de préparation et les outillages perfectionnés se répandent; les hachoirs, les broyeuses, les pelotonneuscs, pénètrent dans les maisons secondaires; les parfums sont plus fins et mieux employés; l'estampage se fait bien partout; le savon du prix le plus minime a bonne apparence et tente l'acheteur.

Le savon nu a conservé, en partie, la faveur qu'il avait acquise en 1862; toutefois, pour les savons fins, on voit encore de riches enveloppes, dont le mérite est de conserver le parfum; et la vente en boîte, par trois, six ou douze pains, qui semble prévaloir, a amené la fabrication de cartonnages souvent riches et élégants.

Parmi les faits particuliers que présente la fabrication des savons de toilette, nous citerons la production, par M. Coudray, de spécimens de savons fabriqués avec des corps gras provenant de divers fruits ou graines sans mélange ; il serait intéressant que l'habile parfumeur fit connaître les résultats

de ces expériences qui intéressent autant la science que l'industrie. Un autre fait à signaler est l'introduction de la glycérine dans le savon, soit à l'état de glycérolé d'amidon, soit à l'état de glycérine en nature, celle-ci en mélange avec l'alcool et donnant des savons translucides. Lorsque la proportion de glycérine n'est pas exorbitante, ces savons se maintiennent à l'air. On remarque , dans ces divers ordres d'idées, les savons de M. Gellé, de M. Riéger de Francfort, et de M. Rimmel, de Paris et de Londres.

Le savon transparent est généralement très-beau. — Le plus beau peut-être de tous n'était pas compris dans les produits de la classe 25, il se trouvait parmi les produits chimiques. L'Angleterre et la Prusse avaient des spécimens nombreux et parfaits; la France ne fait plus guère de ces produits dans lesquels elle excelle toutefois; on peut voir cependant dans une de nos vitrines , celle de M. Pi ver, des produits d'une blancheur inattendue, et certains morceaux de savon qui portent des incrustations dont la fabrication n'a pas encore été divulguée par notre collègue.

Des mesures libérales proposées à l'administration des contributions indirectes donneront bientôt à la fabrication des savons transparents, en France, une vive impulsion ; avec les droits énormes qui grèvent l'alcool , droits qui ne sont pas encore remboursés à l'exportation, la fabrication est presque impossible en concurrence avec les produits étrangers.

On remarque, dans une vitrine autrichienne, des savons moulés reproduisant des fruits et des imitations de fromages, de saucissons en tranches , etc., qui trompent l'œil le plus exercé. Ces articles ne sont plus de vente en France, où ils ont eu une grande vogue il y a vingt ans. Une bizarrerie est à indiquer parce qu'elle prend de trop grandes proportions , c'est la fabrication des savons bruns et même noir. Il est vrai que la blancheur n'est pas le signe absolu de la pureté, puisque l'huile de coco peut donner, avec une très-grande blancheur, des produits

très-mauvais; mais, à coup sûr, la coloration n'est pas on indice de qualité : elle ne s'obtient qu'à l'aide de mélange de couleurs ou de poudres inutiles au rôle que doit jouer le savon. Le fait le plus saillant est dans la communication de procédés nouveaux de transformation des savons ordinaires en savon parfumé ou de toilette : le procédé dn docteur Mougeot de l'Aube et celui de M. Piver , tous les deux brevetés.

Voici comment opère H. le docteur Mougeot.

Il choisit une pâte de savon aussi pure que possible , mais légèrement alcaline; il en détermine la teneur en alcali libre , puis il pétrit la masse mécaniquement en y incorporant, en raison de la quantité d'alcali en excès, 2, 3 , 4 pour 100 de colophane en poudre impalpable. Par le malaxage on obtient une manne homogène, et, par le laminage, on prépare des feuilles très-minces que l'on soumet à la dessication ; enfin on pulvérise le savon sec et on le tamise au moyen d'un blutoir de soie. On obtient ainsi de la poudre de savon que Ton met en réserve. Veut-on confectionner des savons d'une senteur déterminée, on introduit dans un mélangeur le savon en poudre; on met en mouvement cette manne pulvérulente que l'on soumet à une pluie ou plutôt à une poussière liquide d'essence diluée avec de l'alcool. Ce liquide sert à lubréfier les molécules savonneuses, sans les mouiller, en leur laissant une sécheresse apparente et leur caractère de matière pulvérulente. La masse ainsi parfnmée est introduite dans un cylindre, recouverte u'un piston et soumise graduellement à l'action de la presse hydraulique. Sous l'influence d'une pression énorme, grâce à l'humidité des particules et à la propriété collante de la résine , le savon se reconstitue solide et prêt à être divisé en morceaux que l'on frappe aussitôt. Ce procédé rappelle celui employé pour l'agglomération de l'asphalte, du graphite à crayons ; il permet de mettre en œuvre des poudres diversement colorées, et d'obtenir ainsi des effets les plus variés,

des mosaïques, des incrustations, des pénétrations. On pourrait faire avec ce procédé des savons inodores, devenant odorants à l'emploi, on des savons incolores devenant colorés par l'action de l'eau , etc.

L'emploi principal que se propose l'inventeur est la préparation des savons médicamenteux, qui se font ordinairement à l'aide du mortier, dans lequel la pâte molle est mélangée avec la substance médicale; c'est ainsi que sont préparés les savons soufrés, camphrés, phéniqués, etc..

M. Piver, ainsi que nous l'avons déjà dit, fabrique aussi des savons frappés à la minute sans employer de corps étrangers.

Voici les traits principaux de l'opération. Le savon est découpé en copeaux très-minces au moyen du rabot rotatif ; il est porté automatiquement dans un étuve, sorte de chambre chaude, où il parcourt, sur nue toile sans fin disposée par étages superposés, une longueur de soixante-quinze inètres. Ce trajet suffit pour lui faire perdre 25 à 30 pour 100 d'eau; o à 6 pour 100 seulement sont retenus.

Le savon sec est broyé et parfumé ; puis on l'introduit dans un cylindre de fonte fermé par nne filière et chauffé par la vapeur, et .on le soumet à la pression hydraulique d'un piston chargé à 130 atmosphères. Sous l'influence de la ohaleur, la pâte ramollie s'échappe en boudins qui prennent une forme ou arrondie ou carrée, selon l'ouverture de la filière. Ces boudins sont conpés mécaniquement ; les morceaux refroidis sont frappés aussitôt.

M. Piver essaye en ce moment une machine à envelopper. — L'ensemble des outils nécessaires à la nouvelle opération comprendra un rabot, une étuve à air chaud avec toile sans fin, une broyeuse d'un système nouveau, une mélangeuse, une peloteuse à force hydraulique avec les places et filières chauffées, et des presses à marquer, enfin, une machine à envelopper.

La fabrication automatique des savons économisera la main-d'œuvre , réduira l'espace nécessaire , permettra de régler la production , au jour la jour selon la demande, et de faire face, sans embarras, aux commandes si importantes, si diverses et si inattendues qu'elles soient.

g 2. — . Pommades.

Les pommades constituent un article fort important. Celles exposées sont généralement parfaites, comme aspect, toucher et senteur. Malheureusement toutes les pommades livrées au public par les maisons de troisième ordre sont loin de représenter un pareil ensemble , et il s'en trouve trop souvent qui, très-acceptables en apparence, ne sont pas meilleures pour cela, attendu qu'elles sont falsifiées, mêlées à des substance inertes qui augmentent leur poids sans ajouter à la qualité.

Si l'usage des pommades s'est maintenu depuis un temps immémorial , c'est sans doute parce que l'emploi des corps gras a été jugé avantageux, et il n'est évidemment dans l'idée d'aucun acheteur de recevoir en mélange un produit étranger par sa nature aux propriétés des corps gras, et, par exemple , de se couvrir la tête de sulfate de chaux, quand il pense que la graisse seule constitue la pommade ; il est de ces pommades, d'un beau rose et d'un parfum agréable, dont le prix de vente est inférieur à celui des graisses communes. Il est au moins inutile et hors de propos de mêler ainsi à la pommade des ingrédients inertes, la marchandise serait-elle vendue à un prix inférieur ; ce n'est là qu'une apparence de bon marché et non un bon marché réel.

Le temps approche , d'ailleurs , où l'acheteur éclairé ne prendra plus comme corps gras du plâtre qui , à coup sûr , s'il ne nuit pas à sa chevelure, ne lui est pas favorable ; de même le jour approche où la pauvre ouvrière, plus instruite , refusera de se laisser vendre, au poids, de

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la soie « chargée », alourdie par des matières vénéneuses, qui changent son pain en poison.

La fabrication de la pommade, lorsqu'elle devient une grande industrie, surtout une industrie spéciale, exige un matériel important, et pourtant la pommade est un simple mélange de corps gras et de principes odorants. Il faut, à la rigueur, que le fabricant soit lui-même fondeur et épurateur de corps gras. La fabrication de la pommade comprend, dans ce cas, le hachage, le broyage des pannes avec des lavages très-abondants et très-nombreux ; la fonte à l'eau, la décantation, la fusion et l'écumage ; le repos à l'eau et une dernière décantation. Une graisse bien préparée se conserve plus d'un an sans parfum; parfumée, elle peut rester des années sans rancir. On ajoute encore à sa résistance aux fermentations, par l'introduction du benjoin ou du tolu dans les pommades blanches, et du baume du Pérou, dans les pommades brunes. La pommade est préparée au fur et à mesure des besoins de la vente.

§ 3. — Extraits.

Avant que la parfumerie s'élevât au rang de manufacture, la science du parfumeur consistait surtout à assortir les produits odorants pour imiter les parfums naturels, ou bien encore à produire, par voie de mélange, de nouvelles senteurs. Ce travail artistique, si je puis dire ainsi, reste toujours une spécialité importante de la parfumerie. Certains bouquets sont très-justement réputés ; il s'en trouve cette année dans les maisons françaises et anglaises qui ne le cèdent pas à ceux dont l'usage, déjà fort ancien s'est perpétué, sans que la vogue s'en soit démentie.

Nous ne citerons aucun de ces produits d'une manière spéciale, nous nous garderons surtout de donner une opinion per- ' sonnelle sur des mérites relatifs ; il en est des odeurs comme t. m. 27

des couleurs et des goûts : chacun recherche celle qu'il aime et nul n'admet la contradiction.

Certains extraits, dilués au moyen de l'alcool, prennent le nom d'eaux de senteur et d'eaux de toilette; une de ces eaux est surtout populaire, c'est l'eau de Cologne. Cette eau de toilette est aujourd'hui comme d'ordinaire très-largement représentée en France, en Angleterre, et principalement en Allemagne.

Elle est l'un des articles de la parfumerie les plus anciens et les plus accrédités. Nous ne savons pas qu'un autre se vende en aussi grande proportion. L'origine de l'eau de Cologne est incertaine; il paraît qu'elle a été préparée pour la première lois en Allemagne par un nommé Farina. La provenance italienne, que rappellerait le nom de Paul Féminis, n'est pas suffisamment démontrée, mais on peut dire que, si l'eau de Cologne a été trouvée en Allemagne, c'est à la France qu'elle doit sa notoriété comme elle lui doit ses matières premières, attendu que le nom français d'eau de Cologne est universellement adopté, à l'exclusion de noms allemand, italien ou autre. Nous n'oserions pas dire que la recette vraie de la véritable eau de Cologne soit dans le domaine public, mais nous ne voyons pas non plus qu'elle soit la propriété authentique et incontestée d'une maison plus que d'une autre. L'eau de Cologne, pour laquelle on a employé le meilleur alcool et les meilleurs parfums, est celle qu'on doit préférer ; ajoutons que les différences de qualité sont surtout commandées par des circonstances commerciales. Ce qui étonne, c'est que le public tienne si énergiquement à ce que l'eau de Cologne porte le nom Jean- Marie-Farina. Il ne suffit pas de fabriquer un bon produit ; si l'on n'est pas un Farina, on ne trouve pas le débit de son eau de Cologne; cela explique comment les Farina sont, en Allemagne, l'objet d'une faveur spéciale, et que le nom de Farina ail pu, dans certains cas, tenir lieu de fortune.

A l'aide de celte habitude routinière du public et de l'habileté des fabricants, il s'est élevé en Allemagne et en France

des maisons très-considérables. Celle que l'opinion place le plus en évidence est une maison de Cologne; c'est à cette notoriété quelle doit de porter aujourd'hui le drapeau de de la tribu des Farina.

Le vinaigre de Bully est un article comparable à l'eau de Cologne ; c'est à peu près le môme bouquet avec addition d'acide acétique concentré et de benjoin. L'acide acétique donne à la senteur un montant que beaucoup de personnes recherchent; le benjoin augmente l'opacité du lait que forme le spiritueux et les huiles essentielles, lorsqu'on les môle à l'eau; en outre, il retient le parfum après l'évaporation de l'alcool.

Le vinaigre de Bully doit son nom à celui qui l'a mis dans le commerce; il doit sa vogue à une formidable publicité ; les efforts sérieux de l'habile et consciencieux fabricant lui maintiennent la faveur du public. On est étonné des chiffres prodigieux qu'a pu atteindre le débit de cet article spécial ; nous ne craignons pas de nous avancer en disant que la vente annuelle des vinaigres de Bully et des vinaigres similaires de nos fabriques, de Paris seulement, peut s'élever à deux millions cinq cent mille flacons, et en admettant que la vente se partage également entre le produit spécialisé et les produits d'autres marques, or nous ne comptons pas les vinaigres de toilette des recettes anciennes qui sont un tout autre article et ont encore un grand débit.

Une autre variété d'extraits alcooliques grandement représentée à l'Exposition est celle des dentifrices. Chaque dentiste a sa composition à lui , chaque pharmacien, chaque parfumeur à une recette au moins, et cela n'empêche pas les marques particulières d'arriver à des chiffres de production vraiment surprenants et toujours croissants.

Nous ne saurions donner une opinion sur ces produits que recommandent, soit le nom d'un homme éminent, membre de l'Académie des sciences, soit l'approbation de l'Académie de médecine, soit encore un diplôme qui est toujours un gage de science et une chance de succès. Le public est le vrai juge,

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et il est d'autant moins opportun de chercher à le diriger que, en fin de compte, il s'en rapporte à lui seul. Cette raison nous dispense de parler des opiats et des poudres dentifices.

§ 4. — Parfums divers.

Ces divers extraits : eaux de toilette, eaux dentifrices, constituent le groupe des parfums liquides. Il nous reste à parler des parfums secs, des pâtes d'amande, des poudres à sachets, des boules odorantes, des parfums à brûler, des fards et du rouge pour le teint.

On peut remarquer dans les vitrines françaises et anglaises des spécimens très-soignés de pâtes pour les mains. Un de nos exposants, dont le nom est aimé des hommes de science, M. Chardin-Hadancourt, expose des tourteaux d'amande et aussi d'autres graines oléagineuses provenant de la fabrication spéciale d'huiles qu'il livre dans un grand état de pureté; les tourteaux d'amande sont la matière de la pâle d'amande.

Dans les sachets, le parfum est l'accessoire, au moins pour le prix; on peut considérer ces articles comme étrangers à la parfumerie. Nous citerons comme articles gracieux de notre exposition française les riches sachets de M. Guerlain, parfumeur habile et homme de goût.

Les boules odorantes ne se trouvent guère que dans les vitrines turques ; nous préférons les flacons qui permettent le choix parmi les senteurs. Un de nos exposants a eu l'idée d'atteindre un double but en remplaçant les flacons par des médailles de plâtre imprégnées de parfum ; il a créé ainsi un petit article d'une grande vogue.

Le programme de la Commission impériale indique des pastilles. Il s'agit sans doute des pastilles à mâcher, destinées à modifier la senteur de l'haleine, mais ces parfums sont aujourd'hui en dehors du commerce de la parfumerie et rentrent dans la spécialité de la pharmacie; quant aux parfums à brûler, qu'on nomme souvent pastilles, ils sont fabriqués exclusive-

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