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PIPES, PORTE-CIGARES , TABATIÈRES

Le rapport de MM. S. Say et Renard, en 1855, classe 25, et celui de M. Barrai, en 1862, classe 4 (section XI) sont très-complets sur l'historique de l'industrie des pipes. Ils comprennent une foule de produits qui, par la classification adoptée en 1867, sont divisés entre la classe 26 et la classe 91.

Nous ne trouvons, en effet, dans la première, que les pipes en écume de mer et les pièces d'ambre sculpté dont la fabrication a pris une extension considérable dans ces dernières années.

§ i. — Pipes, porte-cigares.

Nous avons réservé au chapitre III les fabricants d'articles pour fumeurs, recensés dans la statistique de l'industrie parisienne en 1860.

A cette époque, 32 fabricants, avec 286 ouvriers, ont fait un chiffre de 2,656,412 francs d'affaires.

La journée de dix heures se paye actuellement, pour les sculpteurs, de 9 à 20 francs; pour les ouvriers coupeurs, tourneurs, etc., de 5 à 9 francs, et pour les femmes, de 2 à 5 francs.

Ce n'est guère que depuis!850que cette industrie a pris une certaine importance dans Paris. Elle y a été établie par des Viennois dont le talent s'est transformé par la fréquentation de

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nos artistes, et qui excellent aujourd'hui dans leur profession. D'un autre côté, le sculpteur le plus habile de Vienne est venu passer plusieurs années à Paris pour se perfectionner dans son art, et il esj facile de reconnaître sa manière de faire, dans les vitrines des principaux fabricants de Vienne. C'est donc entre Vienne et Paris que se partage le marché de ces articles. Nous devons reconnaître que, pour les pièces courantes, cette industrie, nouvelle encore en France, soutient difficilement lu lutte avec les puissantes fabriques de Vienne. Lorsque les pipes d'écume sont sculptées, nous reprenons l'avantage. Notre goût d'innovation et d'originalité artistique se révèle et nous élève au-dessus de nos rivaux; mais ce n'est pas sur ces pièces d'un prix élevé que roule la grande consommation, et les fabricants viennois conservent les grosses affaires pour l'exportation. Ce fait s'explique par la comparaison des journées des ouvriers à Vienne et à Paris. On remarque que pour les pipes riches, c'est-à-dire sculptées, le prix de la main-d'œuvre est à peu près le même dans les deux villes. Il nous reste l'avantage des ressources artistiques que renferme notre capitale, et notre travail est supérieur. Dans la fabrication des marchandises ordinaires, au contraire, nous sommes vis-à-vis d'une industrie considérable qui trouve des ouvriers à 15 francs et même 40 francs la semaine, soit 1 fr. 65 c. par jour. On comprend la difficulté que rencontrent nos fabricants pour produire, avec leurs journées de 5 francs au minimum, des pipes dont le prix ne dépasse pas celui des produits rivaux. Elle n'est pourtant pas insurmontable, et, dans la classe 91, on trouve des qualités moyennes dans lesquelles, à prix égal, nous l'emportons par le fini.

Cinq fabricants forment une exposition des plus intéressantes par sa variété. On sent bien, dans chacun d'eux, une direction originale et intelligente secondée par des sculpteurs spéciaux et habiles dans ce genre de travail.

MM. Bondier, Donninger et Ulrich ont exposé, au milieu de pipes remarquables, une annoirie en ambre sculpté due au

ciseau très-habile de M. Perron, qui est d'origine bavaroise.

Cette maison, qui est la plus importante de la fabrication parisienne dans ce genre, fait un chiffre de 500,000 francs d'affaires.

M. Six est un des premiers Viennois qui, en i852, a importé en France son industrie. Sa vitrine renferme des pièces qui ont un cachet tout à fait en dehors des objets que l'on rencontre partout.

Les progrès qu'il a fait faire à son industrie sont de différents genres. Les relations qu'il a établies avec la Turquie, pour l'achat direct de la matière première, la classification des pipes unies par numéros d'après le système allemand, et le perfectionnement du passage à la cire, sont des titres qui lui ont valu l'approbation des connaisseurs.

M. Sommer a exposé une collection de porte-cigares en ambre d'une grande délicatesse, avec sculptures de chiffres et d'armoiries.

L'ancienne maison Lenouvel, MM. Desbois et Weber, connus par leur grand magasin de la place de la Bourse, ont une exposition très-importante de sculpture. Leurs montures sont aussi des ouvrages de bijouterie très-remarquables, et qui s'harmonisent parfaitement avec les beaux morceaux d'ambre qu'ils ont exposés.

L'inventeur de la pipe sanitaire, dont le perçage préserve le fumeur du danger d'aspirer la nicotine, M. L. Goetsch se fait remarquer par une collection de pipes formées des bustes de personnages illustres, assez réussis comme portraits: Louis XIV, Racine, etc., mais on peut se demander s'il n'eût pas mieux valu choisir d'autres personnages. Une Léda en ambre sculpté est la pièce la plus importante de cette exposition.

Nous reconnaissons chez nos fabricants; une grande supériorité sur leurs rivaux, et un progrès marqué sur les produits des expositions précédentes. Ils ont atteint la dernière limite du savoir-faire. Un meilleur résultat ne peut être obtenu qu'en s' adressant à des artistes d'un ordre supérieur pour la

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composition des modèles. Les sculpteurs habiles de nos fabricants, inspirés par des sujets plus variés et aussi mieux appropriés à l'usage auquel ils sont destinés, produiront alors de véritables chefs-d'œuvre.

§ 2. — Tabatières.

Depuis que la mode a permis aux gens du inonde l'usage du cigare, la tabatière de luxe est devenue d'un emploi plus rare, et cette industrie brille plutôt par la perfection du travail que par son importance. Une partie considérable des boîtes à tabac échappe à notre jugement : ce sont celles en or et en argent, qui se trouvent dans une autre classe ; mais il nous reste à apprécier les tabatières en écaille transparente et celles d'écaillé dite demi-feuille. On obtient ces dernières en chauffant deux plaques d'écaillé entre lesquelles on place une feuille de corne, et qui se soudent par la chaleur et la pression. Le dessus et le dessous ainsi faits, le tour est en poudre d'écaillé. Ces tabatières, quoique d'un prix très-inférieur, ont autant d'apparence que celles en écaille, mais elles sont d'un moins bon usage. On peut les incruster comme les plus belles tabatières, et elles ont complètement remplacé celles que l'on faisait autrefois entièrement en poudre d'écaillé et qui n'avaient aucune transparence.

La tabatière de Paris se fabrique en racines et en bois de palmier, d'olivier, d'érable, de thuya, de chêne zéen, en ivoire, en écaille plaquée sur bois, en corne marbrée.

Il suffit d'examiner la vitrine de M. Mercier pour se rendre compte du soin, de l'habileté et du goût qui dirigent sa fabrication et lui ont fait une réputation universelle. Ce n'est pas seulement à l'extérieur qu'il faut regarder ; l'intérieur de ces boîtes et même les charnières sont doublés d'écaillé, et les fermetures hermétiques sont très-douces.

En 1827, la journée des ouvriers, dans les 12 à 15 fabriques qui existaient à cette époque, était de 3 fr. 50 à 4 francs par

jour: alors la belle tabatière de bois se vendait de 50 à 60 francs. Aujourd'hui, la journée des ouvriers est de 5 à 7 francs par jour, et des produits mieux faits que ceux précédemment cités se vendent de 20 à 30 francs.

Un grand nombre d'ouvriers de cette partie travaillent chez eux et gagnent de 8 à 9 francs, tandis qu'autrefois ils ne pouvaient guère gagner plus de 5 à 7 francs.

Les tabatières de Saint-Claude sont d'une production trèsimportante : 1,000 ou 1,200 ouvriers en fabriquent 125,000 douzaines par année. Les prix varient entre 1 fr. 25 c. la douzaine et 12, même 15 francs ; celles garnies d'écaillé valent de 4 à 20 francs la douzaine.

La tabatière de corne, de 3 à 10 francs.

Là, comme à Paris, les meilleurs ouvriers travaillent en chambre, et vendent directement aux négociants de Paris, de Lyon et de Genève. Ils gagnent de 5 à 6 francs par jour.

On fabrique à Rennes la tabatière dite de Bretagne, en corne blanche ou grise ; son principal mérite est dans la solidité, car la forme laisse souvent à désirer.

Nous arrivons aux tabatières de carton, dont les principales fabriques sont à Sarreguemines et à Forbach. La légèreté et le bon marché leur assurent une grande consommation, mais les charnières et les fermetures sont loin de valoir celles des tabatières en corne.

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