CHAPITRE III
VERRES A VITRES. — BOUTEILLES. — VERRES d'OPTIOCE.
§ 1. — Verres ii \Ures.
Nous serons brefs sur la fabrication du verre à vitres, dans laquelle nous n'avons pas à signaler de progrès bien importants. Néanmoins nous avons à citer un perfectionnement dans les fours à étendre, dû à un ouvrier belge, M. Bievez. Ce système présente plusieurs avantages : il est d'une grande simplicité, il diminue considérablement la casse qu'entraîne d'ordinaire la recuite du verre, et il réalise une économie notable de combustible. Les manchons de verre une fois étendus dans l'un des fours qui sont actuellement en usage
pour cette opération, la feuille de verre qui en provient est poussée dans la galerie à refroidir, placée contre ce tour. A l'aide de règles en fer qui peuvent être, à volonté, noyées dans la sole de cette galerie ou soulevées, la feuille reçoit un mouvement de translation qui la fait passer successivement dans les différentes parties de la galerie, jusqu'à ce qu'elle en sorte entièrement refoidie et recuite, ce qui a lieu après 25 à 30 minutes, au lieu de 7 à 8 heures qu'exigeaient les anciens systèmes de fours à refroidir.
En ce qui concerne les verres à vitres qui figurent à l'Exposition, les ouvriers souffleurs semblent avoir cherché à dépasser, ainsi que cela a été fait pour les glaces, les limites de grandeur auxquelles on était hahitué ; tandis qu'autrefois une vitre de 4 mètre de superficie était regardée comme étant une dimension exceptionnelle; nous voyons dans l'exposition belge de 1867 des manchons et des vitres de 2m75 sur i mètre et de 3m30 sur 0m80. Ces dimensions ne sont pas usuelles assurément, et on préférera généralement, pour l'usage habituel, des glaces coulées, bien qu'elles soient un peu plus chères, à de telles vitres dont la fragilité est trop grande. Néanmoins, on fabrique aujourd'hui plus facilement et à meilleur marché qu'on ne le faisait autrefois, des vitres de 1 mètre à 4 «50 de superficie. Les produits que nous venons de mentionner ont été soufflés chez MM. Schmidt Brasseur et Evrard (Belgique) .
101. Bennert et Bivort ont aussi exposé de très-grandes vitres ; leur fabrication, qui est très-considérable et d'une belle qualité, est depuis longtemps avantageusement connue.
Parmi les meilleurs produits de la Belgique, nous citerons ceux de M. Jonet, qui, comme juré de la classe 16, se trouvait hors de concours ; ceux de MM. de Dorlodot et de Mormiamé; de M. Daubresse; de M. Mondron; de MM. Foureault et Frison.
La fabrication du verre à vitres, en Belgique, est bien supérieure à la consommation de ce pays qui, se trouvant dans
des conditions très-favorables de production, alimente, avec ce produit, un grand nombre de marchés étrangers; il existe actuellement en Belgique 100 fours de verre à vitres en activité. L'exportation y est au moins décuple de la consommation intérieure.
En Prusse, MM. Haarmann, Schott et Hahn ont une réputation bien établie pour la fabrication du verre à vitres; il en est de même pour la compagnie de Rhénania dont le directeur, M. le docteur Hasenclever, était membre du Jury. M. Wisthoff fabrique aussi de belles qualités de verre a vitres.
En Angleterre, MM. Chance frères, qui ont seuls exposé parmi les fabricants anglais, et dont la maison se trouvait aussi hors de concours, l'un des associés faisant partie du Jury, font annuellement environ 2 millions de mètres carrés de verre à vitres, très-beau et très-bien étendu, mais d'une teinte plus verte que celle des verres fabriqués sur le continent. Dans ce pays, la fabrication du crowngla&s, verre à vitres en plateaux ronds, qui seule alimentait autrefois la consommation intérieure, tend à disparaître ; il ne reste plus que cinq fours, qui fabriquent à peine 500,000 mètres de verre en couronne ; le verre à vitres de belle qualité y est remplacé de plus en plus, soit par la glace soufflée et polie, soit par la glace coulée.
Quant au verre de qualité inférieure, une partit; est fournie par l'importation, principalement par la Belgique ; une autre est remplacée par le rolled plate qlass et par le cast plate glass, c'est-à-dire par la glace brute coulée à la poche ou provenant du versage direct des pots.
La France se trouve très-bien représentée par les verreries du Nord, dont les conditions de travail sont sensiblement les mêmes que celles de la Belgique. L'exposition collective des verreries d'Aniche, notamment les verres de MM. Patoux, Drion et O ; ceux de MM. Wagret, E. Serret et O ; ceux de MM. Renard père et fils, de Fresnes, donnent une idée
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favorable des produits qui sortent dq ce centre de fabrication. MM. Wagret ont le mérite d'avoir formé eux-mêmes des ouvriers souffleurs et de s'être affranchis des prétentions exclusives et souvent exorbitantes des souffleurs de naissance, se succédant de père en fils, ainsi que cela existe depuis si longtemps dans la plupart des verreries.
MM. Renard père et fils, de Fresne, exposent, outre le verre à vitres, des tuiles de verre pour couverture de maisons, de la gobeleterie et des bouteilles. Enfin, les verreries du Midi sont bien représentées par les produits de la Compagnie de Rhône et Loire, habilement dirigée par M. Ch. Raabe; par ceux de MM. Richarmc dont la fabrication est aussi fort importante, et enfin par les verres de M. Ch. Leverne, de Velarssur-Ouche.
De beaux échantillons de globes et de cylindres pour couvrir les pendules, les vases, etc., ont été exposés par MM. Chance, de Birmingham, et par M. A. Marchand, de Saint-Ouen.
Les verres de couleur, dont la consommation a pris un grand développement depuis que l'art de la peinture sur verre s'est lui-même fort étendu, sont fabriqués dans les mêmes usines et par les mêmes procédés que les verres à vitres. Les plus beaux spécimens de ces produits, qui viennent surtout de France et d'Angleterre, c'est-à-dire des pays où Ton fait le plus de vitraux, sont ceux de MM. Ch. Raabe et Cio, Pelletier et Vallet, en France, et de MM. Chance frères, en Angleterre. M. Pelletier excelle dans la fabrication des verres rouges dont il exporte d'assez grandes quantités, en Angleterre même, et des verres doublés, bleus, violets, jaunes, destinés à être gravés. M. Pelletier a aussi exposé un manchon de verre à vitres composé exclusivement de sable, de sulfate de baryte, de calcaire et de feldspath ; bien que ce verre soit probablement de nature à se dévitrifier facilement pendant le cours du travail, sa fabrication mérite d'être étudiée en raison du bon marché auquel il peut être obtenu. M. Vallet, de Forbach,
VERRERIE. K'i
se livre surtout à la fabrication des verres bleus, verts, violets dans les teintes recherchées par les peintres verriers, et des verres blancs teintés , servant à imiter les verres blancs anciens.
§ ± — Bouteilles.
Tous les pays fabriquent des bouteilles, au moins pour leur propre consommation. En Angleterre, la fabrication de la gobeleterie ordinaire n'existant pas, les articles de parfumerie et de pharmacie sont faits dans les verreries à bouteilles. Pour ces produits, nous devons signaler l'exposition de la Compagnie anglaise Aire et Calder, qui est fort intéressante et qui présente un nouveau mode de bouchage en verre bien entendu. La Compagnie verrière du Canada a envoyé des séries de bouteilles d'une bonne fabrication. Nous devons citer aussi, parmi les produits étrangers, des bouteilles belges bien laites, sortant des usines de MM. Fourcault et Frison, Ledoux et Lefèvre.
La fabrication des bouteilles est surtout fort importante en France ; elle est rendue nécessaire par la production des vins lins, par l'exportation considérable des vins de toutes sortes, et notamment par le commerce des vins mousseux. Ces derniers exigent des bouteilles faites avec un soin particulier, devant résister à une forte pression intérieure. Les bouteilles de MM. de Violaine frères, de Vauxrots, de M. G. Andelle, d'Epinac, de MM. Van Leempœl, Débu et O, de Quiquengrogue, remplissent très-bien les diverses conditions exigées pour cette sorte de vin, et sont fort recherchées. MM. de Violaine ont exposé en outre de belles cloches de jardin.
Les bouteilles de M. Ch. Raabe et Ch, de MM. Richarme frères, de MM. Renard père et fils, et en général celles de tous les exposants français, attestent une fabrication soignée, supérieure à celle des précédentes expositions. On peut dire
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que depuis un certain nombre d'années, cette industrie s'est complètement transformée chez nous, tant au point de vue de la qualité du v erre, qui résulte de l'emploi mieux raisonné de matières premières plus pures, que sous le rapport de la tonne qui est mieux comprise et plus régulière. Les anciennes bouteilles, dont la teinte était tellement obscure qu'on pouvait à peine reconnaître si elles étaient pleines de liquide ou si elles étaient vides, dont le fond était si grossier et si coupant et le col si imparfait, cèdent aujourd'hui la place à des bouteilles sinon blanches, au moins bien transparentes, dont le fond est uni et régulier et la bague bien calibrée. Cette régularité est telle que ces cols semblent faits mécaniquement ; elle se remarque surtout dans les bouteilles ordinaires de MM. Ch. Kaabe et 0% qui font annuellement plus de 20 millions de bouteilles, et de MM. Kicharme frères qui en fabriquent 12 à 15 millions.
Il est à remarquer que ce perfectionnement important a été accompagné d'une baisse de prix considérable; car les bouteilles ordinaires, qui se vendaient autrefois 15 à 18 francs le cent, valent à peine aujourd'hui 12 à 13 francs sur les lieux de production. Nous ne parlons pas ici des bouteilles destinées aux vins mousseux, qui, en raison des conditions particulières de leur destination, doivent être faites moins rapidement, avec une composition mieux affinée et plus résistante, et se maintiennent à des prix plus élevés.
§ 3. — Verres d'optique.
Les verres d'optique figurent au Catalogue dans la classe 16 ; l'art de la verrerie a le droit de les revendiquer comme l'un de ses plus précieux produits. 31. Feil, de Paris, arrière petit-tîls de Guinand, qui fut le créateur de cette fabrication spéciale ; M. Daguet, de Suisse, qui a succédé h la veuve de Guinand, et MM. Chance frères, de Birmingham, ont exposé des v erres d'optique en disques de très-grande dimension, en
plaques, etc., produits qui ont été jugés dans la classe 12 Instruments de précision). Cette fabrication, désormais trèsperfectionnée, au moins pour les instruments d'optique de dimension moyenne, a pris un assez grand développement par suite de l'extension des procédés photographiques.
SECTION II
Par MM. BONTEMPS et BŒSWILWALD.
On a souvent dit que les vitraux appartenaient plutôt aux beaux-arts qu'à l'industrie; que des œuvres telles que celles des Pinaigricr, des Jean Cousin, des Bernard de Palissy, du xvic siècle, des Maréchal, de Metz, de nos jours, ne devaient être classés que dans les beaux-arts. Il est assez difficile, en effet, de tracer une limite rigoureuse entre les productions qui sont du domaine de l'art et celles qui appartiennent à l'industrie. S'il s'agissait cependant d'établir cette démarcation, nous dirions que l'œuvre d'art est celle qui est entièrement exécutée par l'artiste lui-même, telle un tableau, une statue, une gravure. Le modèle d'un bronze, le carton d'un vitrail sont bien aussi des œuvres d'arl, mais l'exécution d'un surtout de table en bronze, celle d'une pendule, d'un candélabre, d'un vitrail, sont réellement des productions industrielles. Le ciseleur pour le bronze, le peintre (pour certains vitraux), ont bien un certain mérite artistique; mais le fondeur, l'ajusteur pour le bronze, le coupeur de verre, le metteur en plomb, etc., sont des ouvriers ayant coopéré aune œuvre industrielle, et les juges d'un vitrail doivent pouvoir apprécier toutes les parties d'exécution qui ont concouru à la production d'une œuvre qui doit être d'ailleurs conçue dans des conditions spéciales. Nous conviendrons volontiers de l'opportu-
nité d'un Jury mixte; aussi les Jurés de la classe 16, qui avaient déjà parmi eux M. Cooke, peintre anglais, n'ont pas hésité à s'adjoindre le concours de M. Boeswilwald.
Nous devons dire préalablement quelques mots des conditions spéciales de l'art de la peinture sur verre. Ces conditions tiennent à la nature du verre dont la qualité essentielle est, sinon la transparence, du moins la translucidilé. Un vitrail ne doit pas être confondu avec un tableau sur toile. Dans ce dernier, l'artiste laisse généralement dans l'ombre une partie de sa toile pour porter la lumière sur le sujet principal ; il y a nécessairement dans un tableau sur toile de grandes parties telles que des ciels, des figures, dans lesquels la traversée de lignes épaisses noires feraient un bien mauvais effet. Le seul moyen de faire un tableau sur verre serait de le peindre sur une grande glace. C'est ce qu'avait fait M. Dihl, au commencement de ce siècle, mais on ne pouvait obtenir que difficilement et d'une manière coûteuse qu'un très-mauvais vitrail. On dut revenir à la peinture sur verre dont nos pères nous ont laissé de si précieux modèles, et refaire des vitraux comme aux xur et xive siècles ou comme aux xvc et xyt siècles. On crut d'abord que pour les vitraux des premiers siècles il ne s'agissait que de faire des ligures ou des médaillons grossièrement dessinés, mais entourés de bordures éclatantes, et que, pour imiter les Jean Cousin, les Pinaigrier, il ne s'agissait que d'avoir des cartons dessinés par des Ingres, des Paul Delaroche: on se trompa étrangement dans l'un et l'autre cas. La peinture sur verre, sorte de mosaïque ou plutôt d'émail cloisonné, est un art décoratif assujetti à des règles spéciales résultant de la position qu'occupent les vitraux, des qualités essentielles du verre et des nécessités du raccordement des fragments. Il faut sans doute amortir partiellement la transparence du verre, mais toutefoissans l'obscurcir. 11 ne faudrait pas, en effet, qu'on pût voir les objets au travers du vitrail ; mais la lumière doit être, pour ainsi dire, tamisée sur toute sa surface et atténuée seulement par ombres relatives. On ne
doit employer que des fragments de verre de petite dimension, car autrement le vitrail est trop fragile; il faut d'ailleurs couper les couleurs de manière à ne pas avoir un trop grand espace occupé par une seule nuance, parce qu'à une certaine distance cette couleur ferait un placard, et il ne faut pas perdre de vue que le but principal à atteindre consiste dans une harmonie d'ensemble qui doit plaire à l'œil avant même d'avoir étudié le détail de l'œuvre. Enfin un vitrail, tout en représentant un sujet ou simplement un personnage, est destiné à éclairer un édifice ; il doit être conçu et exécuté de manière à atteindre ce but auquel vous ne pouvez parvenir si vous vous renfermez dans les conditions d'un tableau, car alors vous devez éteindre tellement la transparence de vos verres, que vous ne pourrez plus placer ce vitrail que dans une salle ( espèce de chambre obscure) n'ayant d'autre destination que de faire voir et valoir ce vitrail, et dont l'éclairage par de tels vitraux serait tout à fait insuffisant. Posez d'ailleurs de tels vitraux à une assez grande distance et ils perdront la plus grande partie de leurs qualités. Ces réflexions sont le résultat d'une longue étude des anciens vitraux. Nous y avons insisté parce qu'un assez grand nombre de peiotres- verriers français et étrangers ont exposé des vitraux qui sont, ou la reproduction de tableaux connus, ou conçus et exécutés dans les conditions de peintures sur toile
S 1. — France.
Nous citerons à ce sujet quelques-unes des œuvres de M. Maréchal, de Metz, qui, avant d'être peintre-verrier, était, tout le monde le sait, un peintre très-distingué. Naturellement ses productions comme peintre-verrier ne pouvaient être médiocres au point de vue du dessin, et nous admirons sous ce rapport, dans son exposition du Parc, les vitraux de sainte Catherine et de Tobie ; ces œuvres sont sans doute séduisantes, surtout dans les conditions où elles sont exposées ; mais ce
genre de vitraux exige l'emploi de grands morceaux de verre et ne peut présenter une solidité suffisante. Ils perdraient d'ailleurs beaucoup s'ils étaient vus à l'élévation et dans les conditions de lumière des vitraux de la grande galerie. Le grand portrait qui est dans le même emplacement a beaucoup d'effet, mais c'est en réalité une belle peinture à l'huile.
Les fenêtres que M. Maréchal a exposées dans la grande galerie sont bien dans les conditions du vitrail; les figures du centre sont bien dessinées, on| y reconnaît la main du maître.
M. Maréchal et son fils M. R. Maréchal, fabriquent les vitraux sur une très-grande échelle. Ils ont associé à leurs travaux M. Tessié du Motay qui a introduit chez eux le décalquage, sur verre, d'impressions sur papier, de manière à produire rapidement de grandes quantités de grisailles, que l'on peut ainsi établir à des prix réduits.
L'ensemble de l'exposition des vitraux de 1867 révèle des progrès très-notables dans la peinture sur verre, depuis les expositions précédentes, et surtout en France, où les nombreuses églises catholiques prêtent davantage à ce genre d'ornementation.
Il est sans doute bien regrettable que les dispositions architecturales du palais n'aient pas permis d'exposer les vitraux dans des conditions plus favorables. Pour certains genres de vitraux, la grande galerie était acceptable, et toutes les baies en ont été garnies; mais cela ne suffisait pas à beaucoup près, et les chemins couverts, n'étant mis que partiellement à la disposition des peintres- verriers, n'étaient nullement convenables dans ces condilions. Les peintres-verriers ne se sont décidés à y placer des vitraux inondés de lumière sur leur surface intérieure que parce qu'il était trop tard pour prendre un autre parti. Dans la prévision d'emplacements désavantageux, MM. Maréchal et lils avaient construit un bâtiment spécial; M. Lévêque, d'autre part, a entrepris la construction d'une église pour y admettre toutes les industries se rapportaut au
culte; il a ainsi offert dos emplacements très-convenables aux peintres-verriers et a bien mérité en cela de ses confrères : toutefois, ce n'était pas encore suffisant, et il eût été désirable que dès le principe tous les peintres-verriers de France eussent pu se réunir pour faire élever un vaste bâtiment destiné à recevoir leurs œuvres.
Les vitraux légendaires se sont beaucoup perfectionnés. Nous remarquons aussi un assez grand nombre de vitraux de styles et d'époques plus récentes, d'une composition et d'une exécution remarquables ; nous croyons devoir énumérer quelques-unes de ces œuvres.
Le vitrail de MM. Goglet et CiC, représentant un arbre de Jessé, est bien composé, bien dessiné et d'une bonne mise en plomb ; Jessé ou David est couché sur une étoffe admirablement exécutée, la végétation est fort belle, les personnages représentant les diverses races sont bien groupés, leurs costumes sont bien entendus, le tout bien peint et très-harmonieux.
M. Didron occupe toute une baie par deux vitraux dont l'un est une procession à Beauvais pour action de grâces à la sainte Vierge, à lasuited'une peste; ce sujet, difficile à traiter à cause du grand nombre de personnages, est très-bien réussi comme effet général et entente des couleurs.
L'autre vitrail a deux sujets : l'un, inférieur, la Naissance du Christ; l'autre, supérieur, le Christ prêchant) sont d'un beau dessin et d'un effet riche et harmonieux; l'exécution matérielle en est soignée, et nous devons, ici, féliciter M. Didron de ce qu'il n'emploie que des verres ayant au moins 3 à i millimètres d'épaisseur ; c'est un point sur lequel les architectes devraient insister pour tous les vitraux destinés aux monuments religieux, et qui n'est observé que par un bien petit nombre de peintres-verriers.
M . Lusson a exposé dans cette même galerie un grand vitrail, style du xvic siècle, représentant l'arbre généalogique des Saintes Femmes. Le centre est occupé par une Vierge
tenant l'Enfant Jésus. Ce vitrail est bien dessiné et trèsharmonieux de couleur.
M. Coffetier a garni de vitraux tout le grand tympan sous l'horloge, comprenant au centre une verrière, xmc siècle, de sujets légendaires; sur les côtés, une série d'évêques, et aux extrémités, de l'ornementation avec oiseaux, pour compléter le demi-cercle du tympan. Les sujets légendaires sont très-beaux et très-harmonieux, la grande page des évêques parfaitement traitée et dessinée comme vitrail monumental.
Les vitraux de M. Coffetier sont aussi très-recommandables au point de vue de la force des verres et du soin de la mise en plomb.
M. Gsell-Laurent est l'un de nos plus anciens peintresverriers et l'un de ceux dont la partie technique est la mieux exécutée ; il a exposé des vitraux de plusieurs styles, mais il a mieux réussi dans son vitrail du xnic siècle, placé dans la chapelle de M. Lévêque; dans son vitrail de la Proclamation de l'Immaculée Conception et d'autres du même style, on voit trop la composition au point de vue d'un tableau, le ton en est trop uniforme et le modelé poussé trop loin.
M. Oudinot a exposé dans la grande galerie une restauration d'un vitrail de Penicau, qui paraît bien faite, mais elle est trop élevée pour connaître l'état ancien du vitrail et en apprécier la restauration ; il a aussi exposé dans un chemin couvert plusieurs autres vitraux légendaires, assez bien imités de ceux du hh« siècle. Le panneau du Christ est d'une coloration supérieure à celles des autres.
M. Prosper Lafaye a exposé seulement dans le pavillon de la photosculpture, quelques petits vitraux ou imitation des vitraux suisses; c'est un genre qui mérite, certes, d'être encouragé.
Nous ne devons pas omettre de mentionner les vitraux turcs de M. Parvillée; ce sont des verres unis, agencésdansdes encadrements de plâtre qui, par l'heureuse combinaison des couleurs et des formes, produisent un effet ravissant, tout à fait
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harmonieux et sont, en réalité, des mosaïques transparentes, qui donnent tout à fait l'idée de ce qu'ont dû être les vitraux de couleur à l'origine de Cet art.
M. Nicod n'a exposé que très-tardivement des vitraux de tous les styles, parmi lesquels les mieux compris et les mieux réussis, sont les vitraux légendaires et les grisailles; ils sont bien dessinés et d'une bonne harmonie de couleurs. La représentation en verre d'un tableau de Pcrugin, est une œuvre laborieuse et qui prouve une fois de plus que la peinture sur verre et la peinture sur toile sont dans des conditions différentes; il n'est arrivé, avec beaucoup de travail, qu'à faire un vitrail incomplet, composé de grandes pièces de verre fragile, saus liaison suffisante au moyen de plomb et n'ayant pas les qualités du modelé du tableau.
En résumé, M. Nicod a réussi quand il a suivi les vrais principes du peintre-verrier; il s'est trompé lorsque, quittant cette voie, il a vouluimiter un tableau. Nous avons insisté, à cet égard, sur l'œuvre de M. Nicod pour reproduire les considérations par lesquelles nous avons commencé l'examen des vitraux. M. Nicod a aussi exposé des fenêtres pour un salon de musique : ce sont de petites grisailles fines à médaillons, d'une bonne exécution; c'est un genre d'ornementation dont il serait à désirer que les architectes fissent un bien plus grand usage. Cet emploi de la peinture sur verre, de la gravure et du dessin sur glace et verre à vitres, sont des mines fécondes d'ornementation. M. Bitterlin, qui, le premier, a exploité en grand l'industrie de la gravure par l'acide fluorhydrique, a, sous ce rapport, fait des œuvres remarquables dont il a un bel échantillon dans un des chemins couverts. M. Dopter se livre aussi avec succès à cette industrie, et y a appliqué un procédé d'impression qui permet de reporter sur verre la reproduction exacte du dessin même de l'artiste, et dont il tire un très-habile parti; enfin, M. Gugnon fils a exposé dans un chemin couvert et dans plusieurs kiosques des échantillons de ses vitres ornées et de verres mousseline, dont
il a beaucoup développé le commerce par des procédés de fabrication mécanique et de cuisson très-perfectionnés.
§ 2. — Pays étrangers.
L'industrie des vitraux n'est pas à beaucoup près aussi étendue dans les autres contrées du continent et elles n'ont envoyé à l'Exposition qu'un petit nombre d'échantillons de leurs produits ; mais nous devons citer en première ligue les vitraux destinés à la chartreuse de Nuremberg et exécutés à l'Institut royal de peinture sur verre de Berlin. Des trois parties qui les composent, celle du milieu, ayant pour sujet un empereur d'Allemagne en manteau d'or, assis sur son trône, entouré de guerriers et de moines, est une fort belle œuvre et supérieure aux deux autres; l'ensemble est d'uue couleur harmonieuse, le dessin d'une bonne exécution; l'architecture du dais arrangée avec beaucoup de goût.
M. Schmitz, d'Aix-la-Chapelle, dans l'exécution du portrait de l'Empereur des Français, exposé dans la salle de la Commission de Prusse, prouve des qualités estimables; mais d'après les principes que nous avons exposés, on ne s'étonnera pas que nous trouvions que e'est là une fâcheuse application de ces qualités.
M. Geyling, de Vienne, a exposé dans la grande galerie une verrière assez importante commandée par l'Empereur d'Autriche, pour une église de Nancy ; elle se compose de quatre figures grandeur nature, couronnées de motifs d'architecture sur fond de grisailles; des ornements en verres de couleur occupent les roses de l'ogive. Nous devons louer le dessin des figures et de l'ornementation , mais le vitrail manque d'harmonie, les teintes sont mal choisies, et il est probable que si l'artiste, dont la composition atteste du talent, avait vu son vitrail entièrement terminé et exposé, il en aurait modifié les teintes.
L'exposition de M. Doblaere, dans le vestibule du pavillon
des beaux-arts de Belgique, comprend six figures grandeur nature, des bordures de feuillages et dais d'architecture ; ce sont des imitations de vitraux allemands dans le goût des dessins d'Albert Durer. Ces vitraux sont très-mal éclairés , recevant le jour de tous côtés; ils auraient beaucoup à gagner à être vus de plus loin et à vieillir; les tons des vêtements sont trop pâles ou trop éclatants. 11 n'y a pas longtemps que M. Doblaere, peintre de mérite, s'adonne à l'art des vitraux; il gagnerait beaucoup à étudier les œuvres des anciens peintresverriers.
M. Vandersporten' (Belge), fabrique surtout des vitraux à bon marché pour les églises des campagnes. La Présentation de la Vierge, exposée par lui, en est une preuve ; l'architecture y est mieux traitée que les personnages, la mise en plomb et la qualité des verres se ressentent du bon marché auquel ces \ itraux sont livrés au public. À cet égard nous ne saurions trop recommander aux architectes de ne pas encourager la production des vitraux à bon marché, quand ce bon marché n'est obtenu qu'au détriment de l'art.
Toutes les baies d'un des côtés de la grande galerie sont occupées par des vitraux d'Angleterre, où celte industrie est pratiquée sur une grande échelle; on \ fait non-seulement beaucoup de verrières pour des églises, mais aussi des vitraux héraldiques, tels que ceux qui ornent le palais du Parlement, dans lesquels les artistes, outre les verres de couleur, fou I un emploi assez important de couleurs d'application sur verre blanc.
L'établissement le plus notable par l'étendue de sa production est celui de M. Hardinan, qui a été fondé sous les auspices du célèbre architecte Pugin, dont le nom est Irès-csthné dans la rénovation des arts du moyen âge.
M. Hardman a exposé quatre fenêtres représentant l'Adoration des mages dans le style du xvr siècle; les vitraux sont d'un bon dessin, d'une fine exécution ; les chairs sont peut-
être un peu trop blanches ; mais, en somme, ce vitrail fait beaucoup d'honneur à son auteur.
MM. Ward et Haghes ont exposé quatre vitraux dont deux représentent des scènes de la vie du Christ, riches de couleur; les sujets sont bien composés, d'un bon dessin ; l'ornementation et l'architecture sont tenues trop claires et nuisent un peu à l'effet général ; ces vitraux peuvent être cependant comptés parmi les meilleurs de l'Angleterre.
Nous pourrions mentionner encore d'autres vitraux anglais très-recommandables, mais comme ils rentreraient dans les considérations générales que nous avons énoncées nous nous bornerons àciter un panneau de M. Neumann, dans lequel l'or est employé pour les draperies et recouvre les plombs ; sous ce rapport, ce panneau présente de l'intérêt et pourrait être adapté à l'usage des appartements dans lesquels la mise en plomb offre le soir un aspect disgracieux.
Nous sommes arrivés au terme de notre tâche, que nous ne pouvons pas nous flatter d'avoir accomplie de manière à satisfaire tous les auteurs des œuvres que nous avons passées en revue. Certains de nos jugements pourront être contestés, mais ils sont l'expression consciencieuse de principe dont nous considérons l'application comme indispensable dans la pratique de l'art si intéressant de la peinture sur verre.