GLACES
La fabrication des glaces coulées est d'origine française. C'est à Saint-Cobain, il y a deux siècles environ, qu'elle fut
primitivement établie, qu'elle s'est développée, agrandie, et tellement perfectionnée qu'on peut dire que, en ce qui concerne la qualité des produits, il ne reste plus désormais d'améliorations importantes à réaliser. Depuis longtemps, en effet, la qualité ne laisse guère à désirer : les progrès doivent porter dans l'avenir sur les procédés et sur les conditions de la fabrication, et se traduire pour le public par une diminution progressive des prix de vente. On sait que depuis une vingtaine d'années, le prix des glaces a baissé de plus de 60 pour 100, au grand profit du développement de leur production.
Quelques chiffres feront apprécier l'importance actuelle de cette industrie.
La fabrication des glaces est représentée en France, en Angleterre, en Belgique et en Allemagne, par les établissements suivants :
France.
V, compagnies.
« usines
Production annuelle.
Compagnie de Saint-Gobain.
mèt. car.
Angleterre.
Usines de Saint-Gobain et Chauny (Aisne) — Usine de Cirey Meurthe;.
Roux et C<«\ Usine de Montluçon (Allier)....
Patoux, Doion et Cie, à Aniche [Nord;
Compagnie d'Oignies, à Rccquignios i.Nord). Compagnie de Floreffe, à Jeumont (Nord)...
Total pour la France (mètres carrés)....
British Plate glass and Cr, à Revenhead \
(Saint-Helens)
Union Plato glass and Cr, à Saint-Helens. . . London and Manchester Company, à Saint- Helens
a usines ^ Birmingham, à Birmingham
Swinburne and C7, à South Shieds (New-
Castle)
Thames plate glass and Cr, à Blackwall [Londres)
Compagnie do Sainte-Marie d'Oignies, à Oi-
gnies, près Charleroi
Compagnie do FlorefTe, à Floreffe, près Namur
. Usine de Stolberg Compagnie ) (Prusse.
Saint-Gobain. j Usine de Mannheim [ (Bade).
Total (mètres carrés) 9o0,ooo
Belgique.
2 usines...
Allemagne 2 usines. . .
!Com de Saii
Ensemble onze sociétés, seize manufactures, produisant environ un million de mètres carrés de glaces, d'une valeur vénale de 28 millions de francs. On peut , en effet , estimer aujourd'hui à 28 francs le prix moyen du mètre de glace polie.
À ces quantités, il faut ajouter, au compte des usines anglaises, environ 70,000 mètres superficiels de glaces brutes et 400,000 mètres de glaces coulées à la poche ( roîled plate (jîass). Ces produits, qui sont à très-bon marché en Angleterre, et qui s'y consomment en très-grande quantité pour serres, toitures, cloisons, etc., sont à peine connus chez nous. Le bas prix de la houille a donné aux Anglais le privilège de cette fabrication.
Les produits de la Compagnie de Saint-Gobain, provenant «les usines de Saint-Gobain et de Chauny, de Cirey, de Stolberg et de Manheim, les glaces de Montluçon et d'Aniche, représentent à l'Exposition l'industrie des glaces coulées. Leb usines belges et anglaises ont décliné la lutte.
Les plus grandes glaces de Saint-Gobain à l'Exposition de 1855 avaient une superficie de 18 mètres.
Cette année, cette manufacture expose :
Deux glaces nues, de Saint-Gobain, de 6" 09e sur 3-" 53e soit 21 m 50e de superficie.
LTnc glace étamée , de 5'» 50e sur 3m 53e, soit i9m 41' .
Une glace étamée, de 5m 00e sur 3m 53e, soit 17m 65 e.
Une glace de Cirey, de 6,n 53e sur 3m 23e, soit 2l,u 10*.
Ces glaces sont les plus grandes qui aient été faites jusqu'à ce jour, tant en France qu'à l'étranger. Elles ont été coulées avec la matière contenue dans un seul creuset, tandis qu'autrefois il fallait en employer deux pour faire 15 mètres de superficie et au delà : elles sont exemptes des défauts qui résultent inévitablement de la réunion de deux flots de verre coulés avec des creusets séparés.
Ces glaces sont des tours de force d'une exécution difficile et coûteuse. La teinte du verre est fort belle. Assurément
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on ne peut exiger pour de tels volumes la pureté de la matière dans toutes ses parties, la perfection du poli et la planimétrie qu'on est habitué à rencontrer dans les glaces de Saint- Gobain de dimension ordinaire; mais il faut savoir gré à cette Compagnie d'avoir montré une fois de plus sa puissance de fabrication, en allant au delà même de toutes les exigences possibles, ou tout au moins probables.
Ajoutons qu'en 1845, si une glace de 20 mètres avait pu être fabriquée, elle eût valu, d'après le tarif alors en usage, 24,309 francs. Aujourd'hui le prix , d'après le tarif actuel, est de 2,830 francs.
La Compagnie de Saint-Gobain expose aussi de beaux échantillons de glaces minces quadrillées, dont l'usage commence à se répandre pour le v itrage des toitures, des serres et des magasins ; c'est un produit solide et à bon marché qui n'est pas encore assez connu des architectes, et dont la consommation très-grande en Angleterre, comme nous l'avons dit , sous le nom de rolled plate glass , ne peut que beaucoup s'accroître. C'est aussi dans cette grande usine qu'on fabrique, par le coulage, les pièces pour lentilles à échelons et autres appareils de phares, suivant le système de Fresnel, ainsi que les miroirs concaves destinés aux télescopes de M. Foucault. Enfin, parmi les produits variés qui font honneur à cette manufacture, toujours en progrès, et à son habile directeur, M. Biver, on remarque une belle table colorée en vert par le chrome, dont l'oxyde se trouve en partie révivifiée, et apparaît sous forme de cristaux chatoyants ; c'est Vaventarine de chrome, nouvelle sorte de verre dont l'ornementation tirera sans doute bientôt un heureux parti. La production de ce verre est analogue à celle de l'aventurine de cuivre, dont les Vénitiens ont su si longtemps se conserver le monopole. A la vue de cette matière se rattache un souvenir douleureux : c'est l'un des derniers résultats des beaux et nombreux travaux de M. Pelouze sur les matières vitreuses, de ce savant illustre» dont la collaboration a été précieuse pour la Compagnie de
Saint-Gobain, et dont le monde scientifique déplore la perte récente et prématurée .
La glacerie de Montluçon, dont la fondation ne date guère que d'une vingtaine d'années, s'est élevée peu à peu au niveau des fabriques plus anciennes ; elle recevait dès 1855 une médaille de lr° classe ; elle a envoyé :
Une glace nuedeom07c sur 3m23c, soit : 16m38c de superficie, et une glace argentée de 4ra95c sur 3mlo% soit : 15mf»0c.
La matière de ces glaces est belle, sans être absolument sans défauts, ce qu'on ne peut demander pour d'aussi grandes dimensions. La planiméterie en est satisfaisante. La dernière glace est argentée par un procédé dont nous parlerons ci-après.
Cette usine a contribué pour une forte part à la grande diminution du prix des glaces ; cette diminution qui, pour les grands volumes, a dépassé 80 pour 100 peut être évaluée en moyenne de 50 à 60 pour 100 pour les dimensions ordinaires . Elle a beaucoup accru la consommation des glaces employées pour le vitrage des croisées. C'est aujourd'hui un débouché considérable.
En 1862, MM. Patoux, Drion et Cic, à Aniclie, ne faisaient que débuter dans la fabrication des glaces. Celle qu'ils ont envoyée à l'Exposition actuelle a 3,U99L sur 2m52l , soit : 10m06L de superficie. La qualité en est bonne ; elle montre que ces manufacturiers, dont l'habileté dans la fabrication du verre à vitre est depuis longtemps établie, peuvent vendre aisément leurs glaces en concurrence avec les autres fabriques.
Les petites glaces minces soufflées à la manière du verre à vitre et polies donnent toujours lieu à une production assez importante , surtout en Bavière. Nous citerons parmi les fabricants de ce pays : MM. Fischer Oswald , Offenbacher , Krailschimer et Wiukler, tous quatre de Furth. Les glaces qu'ils ont envoyées sont en verre bien affiné, mais d'une teinte un peu verte.
MM. Chance frères, de Birmingham, continuent sur une
grande rebelle leur fabrication de glaces minces soufflées en verre de teinte ordinaire et en verre irès-blanc ; ces glaces sont employées pour le vitrage, les encadrements et surtout pour les usages de la photographie.
Nous avons mentionné le procédé d'argenture qui commence à remplacer l'ancien procédé de rétamage des glaces; il consiste à verser sur la glace parfaitement nettoyée et placée dans une position bien horizontale, une dissolution très-étendue de tartrate d'argent ammoniacal ; celle-ci s'obtient en ajoutant une certaine quantité d'acide tartrique à une dissolution d'azotate d'argent et d'ammoniaque contenant un léger excès de cet alcali ; en échauffant graduellement la glace jusqu'à la température de 50° environ, l'argent métallique se dépose en couche brillante et adhérante à la surface du verre, lequel, bien nettoyé et séché, reçoit sur la surface argentée une couche de peinture à l'huile au minium ou bien, ainsi qu'on le fait en Allemagne, un enduit bitumineux. Ce procédé est d'une exécution très-rapide ; il est économique, car il suffit de 7 à 8 grammes de métal pour argenter 1 mètre superficiel de verre, soit environ une dépense de 4 fr. 50 à 1 fr. 80 pour la valeur du métal précieux. Il a surtout le grand mérite de se substituer à une opération désastreuse pour la santé des ouvriers qui l'exécutent, Tétamage au mercure. Ou sait que c'est à M. le baron de Liebig qu'on doit la découverte scientifique qui a servi de point de départ aux divers procédés industriels de l'argenture des glaces. Pendant assez longtemps, ces procédés restèrent imparfaits et ne purent faire abandonner l'emploi de Tétain amalgamé ; aujourd'hui l'argenture des glaces exécutée par le procédé de M. Petitjean exploité par MM. Brossette et O, ne laisse presque rien à désirer. Si les objets réfléchis ne présentent pas une blancheur aussi grande que celle que fournit Tétamage ordinaire, ce qui tient à la teinte un peu jaunâtre qui appartient à l'argent, la nuance propre de la glace peut en partie corriger ce défaut ; les glaces argentées
présentent d'ailleurs une grande vivacité et une grande pureté de réflexion. Cette opération est, comme nous l'avons dit, d'une exécution très-rapide ; les glaces argentées supportent sans inconvénient les voyages de long cours, auxquels ne résiste pas rétamage ordinaire.
Ces considérations justifient le succès toujours croissant du procédé d'argenture des glaces, en dehors même de la question d'humanité, qui reste, pour nous, l'avantage le plus réel qu'il présente. Aujourd'hui, MM. Brossette et Cie argentent journellement 100 mètres superficiels déglaces, ce qui est une proportion assez importante de la fabrication totale ; il y a lieude penser que' cette proportion augmentera rapidement, et que dans un temps assez peu éloigné l'argenture des glaces se substituera complètement au procédé meurtrier de l'étamage, de môme que la dorure galvanique des bronzes a presque complètement remplacé la dorure au mercure, non moins dangereuse.