‹ Exposition universelle de 1878 à ParisChapitre 14 sur 15 · HENRY WATERFIELD · texte numérisé non relu

HENRY WATERFIELD

Secrétaire du Département de la Statistique et du Commerce.

Administration des Indes,

21 Mars 1878.

GUIDE DE LA SECTION INDIENNE

Appendice B.

Culture du Quinquina dans l'Inde.

L’introduction de la culture du quinquina dans l’Inde fut entreprise dans le but d’assurer un approvisionnement inépuisable et à bon marché de ce fébrifuge pour l’usage des millions d’habitants atteints chaque année de la fièvre.

La fièvre est de beaucoup la cause la plus nombreuse des décès dans l’Inde, et elle emporte à elle seule plus d’individus que toutes les autres maladies et les accidents ne le font réunis. Le nombre total des morts qu’elle occasionne dans l’Inde est de plus d’un million et demi par an. Ce nombre considérable de décès a pu être diminué dans une certaine mesure, depuis que les boutiques des droguistes du pays fournissent le quinquina au prix d’une roupie par once, et ainsi, la population peut éviter la mort et calmer de grandes souffrances.

L’introduction successive du quinquina dans l’Inde a été une tâche d’une grande difficulté à toutes ses périodes. Il fallait non-seulement transplanter une espèce d’arbre d’une partie du monde dans une autre, mais encore convertir une plante sauvage en une plante cultivée. Cette acclimatation exigeait une étude approfondie du climat, du sol et des caractères physiques généraux de chaque région dans les forêts desquelles croissaient les meilleures espèces. Il était nécessaire de comparer ces circonstances particulières avec les ressources qu’offraient les Indes orientales et découvrir les variétés les meilleures et les plus susceptibles de donner de bons produits dans leur nouvelle patrie et en même temps étudier toutes les exigences que réclamait la culture de cette plante ; tout cela sans guide, le quinquina n’ayant pas été cultivé jusqu’alors. Enfin il fallait résoudre les questions nombreuses, et compliquées, qu’entraînait l’adoption de la forme la meilleure et la plus économique sous laquelle ce fébrifuge pouvait entrer dans l’usage commun.

La tâche était difficile. M. Markham l’entreprit en 1859, et tous les ar rangements relatifs au choix des plants et des graines dans le Sud de l’Amérique et à leur envoi dans les Indes ont été pris par lui et les transports faits sous sa surveillance. Son projet primitif était d’envoyer des voyageurs dans les différentes régions des Andes où fleurissent [les diverses espèces de la plante pour y compléter simultanément leurs collections et les envoyer directement dans l’Inde en traversant l’Océan au moyen d’un navire spécial. Mais une partie seulement de cette proposition fut approuvée et le bateau ne fut pas envoyé. Il fut cependant résolu que toutes les variétés devraient être recueillies et que l’entreprise serait amenée à terminaison, même si elle devait exiger plusieurs années. C’est ce qui s’en produit. Il a fallu plusieurs années pour faire ce qui aurait pu l’être en deux ou trois]et la dépense a été quadruplée. On peut à présent considérer l’opération comme complètement terminée.

En 1859, M. Markham fut à même d’organiser, seulement trois expéditions ; une sous son propre commandement pour obtenir des plants et des graines de Calisaya et des autres espèces de Caravaya dans le Sud du Pérou produisant les écorces jaunes du commerce ; la seconde, commandée par M. Pritchett, pour recueillir des plants dans les forêts du Pérou central produisant l’écorce grise du commerce et la troisième dirigée par l’éminent botaniste Richard Spruce, pour rapporter des plants et des graines du Quinquina succirubra , des forêts de l’Équateur, qui donnent l’écorce rouge.

En 1860, l’ensemble de cette œuvre était achevé et achevé complètement utant que l’avaient permis la difficulté et le danger du départ des forêts des

l’exposition universelle de 1878.

Andes et le transport de ces plantes dans les ports de la côte du Pacifique, mais le défaut de moyens de transports directs pour l’Inde causa des pertes qui étaient inévitables. Les plantes avaient à traverser l’isthme de Panama et ensuite arriver en Angleterre, traverser l’Égypte et aboutir dans l’Inde par la mer Rouge. Le premier convoi parti du Pérou méridional périt entièrement, soit pendant la traversée soit après son arrivée dans l’Inde, mais les semences envoyées dans l’année suivante germèrent et nous assurèrent ainsi un fonds de plants du C . Calisaya. Peu de temps après des graines recueillies dans la Bolivie par M. Ledger, nous arrivèrent et les plants qui en provinrent, produisaient une variété d’une grande valeur qui reçut le nom de Ledgeriana. Le second convoi de plants composé d’arbres à écorce grise, manqua également, mais on avait également pris des précautions pour se procurer des graines qui constituèrent un dépôt de plants à écorce grise qui fut établi dans l’Inde. Le troisième convoi s’étant trouvé à traverser la mer Rouge dans une saison moins brûlante, fut plus heureux. Il consistait en plants de C. succirubra à écorces rouges, qui presque tous arrivèrent à bon port. Ainsi, en 1862, les dispositions prises par M. Markham pour l’introduction de ces différentes espèces, étaient couronnées par un succès complet, mais le travail d’acclimatation des meilleures variétés était encore loin d’être terminé. Il restait à obtenir les belles espèces de l’Équateur qui produisent les écorces à couronne et les espèces renommées de la Colombie.

En conséquence M. Markham fut autorisé à envoyer un agent à Cuenca et à Loxa dans le sud de l’Équateur, pour se procurer des graines du C. officinalis , l’espèce originale de Linnée (appelée par la suite C. condaminea ), dont l’écorce avait guéri la Comtesse de Cinchon. Il désigna pour le service, M. Robert Cross, horticulteur éprouvé, qui avait acquis déjà une grande expérience sous la direction de M. Spruce, en lui donnant pour mission d’obtenir un supplément de graines de la meilleure espèce de Loxa, produisant l’écorce à couronne. M. Cross arriva à Ecuador en 1862 et y rassembla une belle collection, en dépit de difficultés extraordinaires ; les semences arrivèrent en bon état dans l’Inde et à Ceylon et y germèrent facilement. M. Howard, le fabricant si connu de quinine, présenta aussi un beau plant du C. officinalis (aussi Uritusinga ) qui donna de suite une grande quantité de sujets. C’est aussi que l’introduction de la variété d’écorce à couronne fut amenée à terme.

Le premier soin de M. Markhain était d’obtenir et d’introduire des plants de la belle espèce appelée C. pitayensis qui croît sur les pentes de la Cordilière centrale de Colombie, près de Popayan. Il fit appel pour ce soin, aux services de M. Cross qui se mit en route en 1863 et rassembla une riche collection de graines, mais par suite d’accidents survenus pendant le voyage, elles ne purent germer. Quelque temps après, M. Markham obtint l’autorisation de faire une seconde tentative, et en 1868 M. Cross partit pour la Colombie, cette fois avec le plus heureux succès et les semences du C. pitayensis recueillies par lui, près de Popayan, arrivèrent en bon état et germèrent de suite dans l’Inde.

En même temps la destruction du C . pitayensis dans les forêts du pays, obligea les voyageurs de rechercher d’autres arbres dans les contrées plus éloignées et une nouvelle écorce d’un grand prix commença à apparaître sur le marché, sous le nom de Calisaya de Santa Fé. |M. Markham résolut d’introduire également cette espèce dans l’Inde. Cette résolution entraînait une difficulté et des dangers particuliers, les arbres ne se trouvant que dans la cordilière orientale de la Colombie, près des sources de la Cagnetâ. Il eut encore une fois recours à M. Cross en 1877 et encore une fois sa confiance en cet intrépide et habile explorateur fut justifié. En Mars 1878, M. Cross arriva à Kew, avec une cargaison importante de pieds du Calisaya de Santa Fé, ainsi que de ceux du C. cordifolia, qui produit les écorces du commerce de Carthagène.

Ainsi, à la longue, toutes les bonnes espèces fébrifuges du quinquina indigènes à l’Amérique méridionale ont été successivement introduites dans l’Inde. Ce sont les suivantes: —

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