‹ Exposition universelle de 1878 à ParisChapitre 4 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Côte indo- germanique , ou litus Arianum .

On a souvent établi un rapport entre la configuration de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, et la civilisation respective de ces trois parties du monde. L’Afrique, le premier peuplé de ces trois continents, est celui qui présente le plus d’uniformité dans ses contours, le moins de variété dans son aspect. Ses côtes sont presque entièrement dépourvues de golfes et de baies, ou même d’embouchures de rivières considérables, d’estuaires et autres entrées de mer permettant l’accès de l’intérieur ; son immense territoire est isolé du reste du monde ; ses habitants croupissent encore à l’état sauvage, ou tout au plus se sont élevés jusqu’à l’état de barbarie. Au contraire, l’Europe est échancrée de tout côté par des baies, des golfes, des mers intérieures qui la divisent en régions parfaitement distinctes et caractérisées par une grande variété d’aspects, mais toutes communiquant les unes avec les autres ainsi qu’avec les îles dont chacune des côtes est entourée et qui sont la continuation des chaînes de montagnes dont le soulèvement a déterminé l’aspect compliqué, ou, comme on peut le dire, puissamment développé de ce continent, qui, peuplé plus tardivement que les deux autres, est cependant le plus avancé en civilisation. Les contours des côtes de l’Asie offrent presque la même variété ; mais les presqu’ îles et les golfes de cette partie du monde ont un si vaste développement que par eux-mêmes ils constituent des continents et des mers. En réalité les divers systèmes orographiques de l’Europe se continuent par le prodigieux plateau de l’Asie Centrale, qui en forme la portion culminante, de sorte que l’Europe peut être considérée comme une presqu’île de l’Asie. Burmah, Siam et Anam pris ensemble ont une surface sept fois plus grande que la Turquie d’Europe et la Grèce réunies ; l’Inde est quatorze fois plus grande que l’Italie, et l’Arabie a plus de cinq fois la superficie de l’Espagne et du Portugal. L’Inde est aussi vaste que l’Europe

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diminuée de la Russie, et la surface entière du continent asiatique égale celle de l’Europe et de l’Afrique réunies. À cause de ces proportions colossales, l’Asie, quelle que soit la facilité des communications le long des rives de ses immenses mers, présente à l’intérieur, par ses plaines tristes, monotones et inhospitalières, par ses hauteurs glacées et impraticables, plus d’obstacles au rapprochement des hommes que l’intérieur de l’Afrique elle-même, et sa civilisation, quoique plus avancée que celle de l’Afrique, n’a jamais dépassé le degré qui vient immédiatement après l’état de barbarie ; dans l’Asie centrale, la population est même restée tout-àfait barbare, et dans quelques régions elle est presque sauvage. C’est l’inaccessibilité de l’Asie centrale qui a donné naissance aux légendes du moyen âge ayant pour objet les nations isolées du reste du monde. On a comparé l’Afrique au pied d’un cheval, l’Asie à la patte plus flexible du lion, et l’Europe à la main de l’homme, cet organe si parfait. Par une coïncidence remarquable, l’Europe reproduit, sur une plus petite échelle, les principaux traits des côtes de l’Asie. La presqu’îlê d’Arabie se retrouve dans la péninsule Ibérique ; l’Asie Mineure et la Perse dans la France, l’Inde dans l’Italie ; Burmah, Siam, Anam et l’archipel oriental, dans la Turquie, la Grèce et l’archipel grec ; l’Empire chinois, dans la Russie; et, enfin, le Japon occupe, à l’est du continent Euro-Asiatique, une position symétrique à celle que les îles britanniques occupent à l’ouest. La ressemblance entre l’Inde et l’Italie est vraiment frappante, les monts Himalayas se retrouvent dans les Alpes ; l’Indus et le Gange, dans le Rhône et le Pô ; Kurrachee, c’est Gênes ou Marseille : Calcutta, c’est Venise ; Delhi, c’est Milan ; Bombay, c’est Naples ; Ceylan, c’est la Sicile ; les Laquedives et les Maldives, ce sont les sommets des montagnes d’une Corse et d’une Sardaigne qui se seraient enfoncées dans la mer. Si pour un moment nous laissons de côté la division arbitraire et commode de l’Asie et de l’Europe en deux continents au lieu d’un seul, nous remarquerons nécessairement la direction générale des côtes, si profondément échancrées, qui, partant des îles Scilly et des îles britanniques, dans la zone tempérée, s’infléchissent graduellement vers le Sud, sur une longueur de 8,000 à 9,000 milles à vol d’oiseau, jusqu’à l’archipel oriental, sous l’Equateur, ce qui entraîne un commerce mutuel entre les nations placées sur cette immense ligne, non-seulement à cause de la facilité offerte par les communications, mais encore à cause de la variété infinie des produits, appartenant à toutes les régions tempérées et à toutes les régions tropicales du globe, que ces nations ont à s’offrir les unes aux autres en les faisant passer d’une contrée à une autre. Il était inévitable qu’un grand commerce, qui avait sa source dans la fertilité de l’archipel oriental, de la région occupée par “ les innocents Ethiopiens qui habitent la verte extrémité du monde,” comme dit Homère, s’établirait tout le long de cette remarquable ligne de côtes. Les légendes de la “ terre d’or ” répandirent au loin dans l’Asie et l’Europe la renommée d’un vaste échange d’épices et d’aromates entre les îles de l’Archipel oriental, les fables géographiques et les contes populaires ne sont que les traditions vagues et déconsues du

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commerce établi, aux époques préhistoriques, sur ces rivages célébrés par les anciennes légendes. Pendant des siècles, cet échange fut continué, non-seulement par les marchands des pays limitrophes, mais encore par une interminable série d’agents intermédiaires, de sorte que les régions éloignées les unes des autres ne se connaissaient point parleur nom, mais parleurs productions, et parles récits des voyageurs, qui devenaient de plus en plus merveilleux en passant de bouche en bouche, de l’Orient à l’Occident. Le nom même de l’Inde était encore inconnu chez les nations de la Méditerranée, pendant des siècles après que les précieux parfums de cette contrée avaient commencé d’être employés journellement pour les besoins du culte juif, dans le temple de Shiloë et dans celui de Jérusalem, et même avant pour l’embaumement des cadavres en Egypte.

La ligne des côtes méridionales de l’Europe et de l’Asie est interrompue entre la Méditerranée et la Mer Rouge par l’isthme de Suez, et comme, à partir de ce point, la presqu’île d’Arabie s’étend à environ 1,500 milles au sud dans la mer Arabique, l’isthme de Suez en réalité présente toute la longueur et la largeur de l’Arabie en obstacle au commerce direct entre la Méditerranée et l’Océan Indien. Comme la distance de Suez à Aden est deux fois aussi grande que celle de la Méditerranée à l’origine du golfe Persique, les avantages commerciaux de la route de la Mer Rouge, même après la découverte des facilités qu’offrent les moussons pour la marche des navires vers l’Inde, ont toujours été à peu près égalés par les avantages que présente la route plus courte du golfe Persan et de la vallée de l’Euphrate. Depuis un temps immémorial, ces deux voies ont rivalisé, sur le pied d’une égalité presque complète, pour le commerce de l’Inde, et leur concurrence donne la clef de l’histoire des empires et des états qu’elles traversent : états qui s’élevaient et prospéraient en attirant vers eux le commerce des Indes, et qui tombaient en le perdant. L’isthme de Suez fut regardé comme un obstacle si formidable, que le gouvernement égyptien essaya deux ou trois fois d’établir un canal entre le Nil et la Mer Rouge, tandis que dans l’espoir d’éviter la navigation le long des côtes de l’Arabie, on essaya deux fois de faire le tour de l’Afrique par mer, tentatives qui réussirent. Les positions commerciales en rapport avec les routes de la Mer Rouge et du Golfe Persique étaient tellement importantes, que nonseulement il y eut une rivalité constante entre les nations du Golfe Persique et celles de la Mer Rouge, mais encore ce fut pour celles-ci une question vitale de savoir si le commerce de l’Inde se ferait par le Golfe d’Akaba ou par celui de Suez. La rivalité entre l’Assyrie et l’Egypte, entre l’Assyrie et la Phénicie ; entre Jérusalem et Tyr d’un côté et Jérusalem et Pétra de l’autre, cette rivalité, disons-nous, qui est exprimée d’une manière si saisissante dans les révélations prophétiques et les lamentations d’Isaïe, de Jérémie et d’Ezéchiel, n’avait pas d’autre origine que la lutte entreprise pour accaparer, ou au moins, pour partager, les richesses du commerce des Indes et de l’Archipel Oriental. L’avantage principal des peuples sémitiques, et particulièrement des Arabes et des Phéniciens — car les Juifs étaient

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malheureusement placés entre les Yduméens et les Phéniciens — c’était que depuis le commencement des temps historiques, ils étaient en possession de toutes les terres qui séparent la Méditerranée de la Mer Rouge, du Golfe Persique et de l’Océan indien. Cette circonstance assura leurs progrès dans la civilisation. Les Phéniciens, sur la Méditerranée, et les Arabes, sur la Mer Rouge, le Golfe Persique et l’Océan Indien, accaparèrent tout le commerce entre les contrées méditerranéennes et l’Asie méridionale. Les Arabes conservèrent leurs avantages respectifs, jusqu’à ce que Yasco de Gama eût ouvert la route de l’Inde par le cap de Bonne- Espérance. Les Phéniciens et leurs colonies succombèrent à la fin sous la rivalité de l’Assyrie, de la Grèce et de Rome ; toutefois Tyr ne fut totalement anéantie qu’après avoir été prise par les Croisés, qui furent toujours influencés puissamment par des motifs commerciaux, ou qui du moins étaient poussés par les états italiens du 12e siècle à servir les intérêts de ces derniers. Pendant les 300 ans qui suivirent l’heureuse entreprise de Yasco de Gama, la Mer Rouge et le Golfe Persique tombèrent insensiblement en oubli ; mais maintenant ces deux mers regagnent très-rapidement leur importance primitive, et comme elles sont le futur chemin du commerce, de plus en plus actif, qui s’est établi entre l’Europe et l’Amérique, entre l’Asie et l’Australie, le maintien de leur sécurité est devenu l’un des principaux devoirs de la politique européenne. Le commerce cherche toujours les routes les plus courtes, et sous la pression de la concurrence dont le commerce oriental est l’objet, de la part de l’Europe moderne, la vallée de l’Euphrate, qui est le plus court chemin entre la Méditerranée et la Perse et l’Inde, deviendra, avant l’expiration d’une autre pgénération, la principale route commerciale entre ces pays et l’occident. La suprématie commerciale, qui est le plus sûr fondement de la suprématie politique, dépend absolument de la possession de routes et de marchés avantageux, protégés par des lignes et des communications stratégiques, comme disent les écrivains militaires. En réalité la guerre n’est qu’une des formes de la rivalité commerciale, poursuivant par la violence les avantages que souvent le commerce pacifique conquiert plus sûrement par ses sapes plus lentes mais plu3 efficaces. Il était relativement de peu d’importance que le gouvernement égyptien ou l’empire médo-babylonien fût renversé, ou que l’ancienne Tyr fût deux fois démolie de fond en comble, car, tant que le commerce de l’Inde se faisait par la Mer Rouge et la vallée de l’Euphrate, la population prospéra ; mais lorsque les Portugais laissèrent de côté ces deux routes en doublant le cap de Bonne-Espérance, l’Egypte devint un tout petit état, Babylone un refuge pour les bêtes sauvages du désert, et Tyr un endroit propre à étendre les filets. Si “ la paix a des victoires non moins célèbres que celles de la guerre,” elle a aussi des défaites, plus terribles et plus d ouloureuses que celles de la guerre, et bien plus désastreuses par la durée de leurs résultats. La découverte de Yasco de Gama fit de toute l’Asie occidentale un désert, et pendant près de trois siècles fut une cause de désolation pour toutes les régions voisines de la Méditerranée.

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Colonisation du vieux Monde par la Race humaine .

Ainsi la civilisation primitive du monde se développa avec le mouvement du commerce indien, qui s’accrût par suite des facilités que les côtes méridionales de l’Europe et de l’Asie offrent aux communications internationales, et aussi par suite des encouragements que présentait au commerce la diversité infinie des productions naturelles de ces régions. Les civilisations les plus anciennes eurent leur source en Arabie, en Egypte, en Assyrie, en Phénicie, pays situés aux environs du point où la ligne des côtes est interrompue par l’isthme de Suez. Les habitants de cette dernière région furent naturellement les agents du commerce par terre ; les Arabes et les Phéniciens furent ceux du commerce par mer. La science n’a commencé que de nos jours à conjecturer comment et par quelles voies les contrées ont été peuplées. Nous savons seulement que quand la race Aryenne, partant de son premier séjour dans la haute Asie, commença vers l’an 3,000-2,000 avant J.C. son émigration vers l’ouest, elle trouva la race touranienne jaune partout derrière elle et à sa droite et la race touranienne noire partout à sa gauche, et la race sémitique déjà en possession des montagnes du Kurdistan et de l’Arménie et s’établit en Mésopotamie, en Syrie, en Canaan et en Arabie. Personne aujourd’hui ne prétend mettre en doute l’origine commune du genre humain, et l’on a reconnu que la généalogie de la Bible est en parfaite concordance avec les découvertes les plus récentes des sciences éthnologiques. Si donc nous acceptons comme vrai le récit de la création de l’homme, tel que nous le trouvons dans la Genèse ; si nous prenons en considération la localisation actuelle des races sur le globe ; si nous réfléchissons en outre que la distribution des terres et des eaux à la surface du globe éprouve de continuels changements, et que sur aucun point des continents maintenant connus on ne trouve une race aborigène ou autochtone, nous aurons aussi peu de peine à admettre que la race humaine a pu faire sa première apparition sur un continent, que Sclater appelle Lemuria, immergé depuis dans quelque partie de l’Océan Indien, et qui autrefois unissait l’Afrique à l’Inde méridionale et à la presqu’île Malaise. C’est de ce continent que l’homme serait parti, selon les hypothèses les plus accréditées, pour peupler le monde, savoir : l’Asie Orientale Centrale et Septentrionale, par la voie de Burmah et les gorges du Bramapoutre ; l’Arabie Sémitique, l’Asie Occidentale et l’Afrique Septentrionale, par les montagnes de l’Hindoustan et de l’Arménie ; enfin, l’Asie aryenne et l’Europe par les vallées de l’Hindou-Cash et des Himalayas occidentales. Ce fut une race unique à l’origine, qui de Lemuria erra jusqu’aux extrémités de la terre, et qui sous l’influence de diverses circonstances physiques, forma des branches distinctes, et atteignit son plus grand développement intellectuel dans les races sémitique et aryenne. Les plus hautes civilisations paraissent toujours avoir eu pour origine le contact ou le mélange de races différentes. Le contact et ensuite le mélange de la race aryenne avec les races touraniennes produisirent la civilisation simple et intellectuelle de l’Inde. D’un autre côté le mélange de la race sémitique avec les Touraniens, sous

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la domination subséquente des Aryas, produisit la grandiose civilisation matérielle de l’Assyrie ; la civilisation compliquée et élaborée de l’Egypte parait avoir été le résultat du mélange d’un élément sémitique avec la race touranienne de la vallée du Nil et probablement d’une influence aryenne, reçue indirectement par l’Assyrie et l’Inde. Enfin la civilisation perfectionnée de la Grèce fut l’effet du contact de la pure race aryenne avec les civilisations, déjà avancées, de la Phénicie et de l’Egypte. Partout la race aryenne, si intelligente, si brillante, si énergique, sut élever les autres races à un plus haut degré de civilisation et ce furent seulement les civilisations où l’élément aryen était pur ou prédominant, qui se montrèrent progressives. Quand l’élément aryen était dominé par l’élément touranien, la civilisation restait stationnaire comme dans l’Inde, l’Egypte et l’Assyrie. Le développement de la civilisation à son plus haut degré est le résultat de la migration des Aryas. Les émigrants qui de 3,000 à 2,000 ans environ avant J.C. avaient marché vers l’Inde, s’étaient d’abord arrêtés près du haut Indus (Vedas), où ils paraissent avoir été en lutte les uns avec les autres ( Maliabarata ). Alors un partie d’entre eux se dirigèrent vers le Gange et enfin descendirent dans le Deccan ( Ramayancï) ; les autres, marchant vers l’ouest, suivirent la déclivité méridionale de l’Indou-Cash et de l’Elburz, et sans cesse rejoints par de nouveaux émigrants de la haute Asie, s’établirent en Médie, où ils se trouvèrent en contact avec les populations sémitiques qui avaient déjà occupé la Mésopotamie, l’Arabie et la Syrie, jusqu’aux bords de la Méditerranée et ensuite en Perse.

Comme d’autres tribus, également émigrées, pressaient les Pélasges en marchant derrière eux, ils occupèrent l’Arménie, la Pamphlagonie et la Bitliynie, et, après avoir traversé le Bosphore, ils établirent des colonies dans la Thrace, la Macédoine, la Thessalie, les îles de la mer Egée, le Péloponèse et l’Italie. Une émigration parallèle, composée d’Aryens et de Sémites, et prenant une direction située au sud de la route suivie par les émigrants précédents, marcha, par les déclivités du mont Taurus, vers la Phrygie, aux riches pâturages, la Lycie, la Carie, l’île de Rhodes et la Crête. En dernier lieu, les Hellènes, probablement la tribu prépondérante des Pélasges, se répandit de la Thessalie sur tout le territoire de la Grèce. Les Celtes pénétrèrent les premiers dans l’Europe centrale par les hauteurs du Caucase et l’entrée de la Mer Noire, et suivis par les Teutons ils furent poussés dans la Gaule, la Bretagne, l’Italie Septentrionale et l’Espagne. Les Esclavons, qui d’au-delà de la mer Caspienne et du lac d’Aral s’étaient avancés vers l’Europe centrale, furent chassés vers l’Est par les Teutons, à la race desquels appartenaient les tribus qui à la fin déterminèrent la chute de l’empire romain. Mais c’étaient des Aryas, et par conséquent iis étaient destinés à purifier la civilisation et non à la détruire, comme le firent les derniers Touraniens, vainqueurs de l’empire d’Orient. Quand Rome fut tombée, les nations de l’Europe moderne commencèrent à s’élever, développant, à mesure qu’elles s’accroissaient, une prospérité plus grande et une civilisation à beaucoup d’égards, plus étendue et plus égale, que celles qu’avaient connues Rome et la

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Grèce dan leurs meilleurs temps, jusqu’à ce que, débordant pardessus le bornes de l’Europe, au 16me et au I7me siècle, elles commencèrent la conquête des Indes et de l’Archipel oriental et la colonisation de l’Amérique et de l’Australie, où maintenant, sur les bords de l’océan Pacifique, elles se trouvent de nouveau face à face avec cette même race touranienne jaune et conquérante qui autrefois a suivi leurs pas, depuis le jour où descendant des hauts plateaux de l’Asie centrale, elle a commencés à émigrer vers l’ouest, et a occupé Constantinople pendant quatre cents ans malgré les efforts réunis des Esclavons Aryas, et qui, selon les présages lugubres de certains prophètes, peut encore bouleverser la civilisation aryenne dans tout l’univers, comme elle l’a fait dans l’Inde, la Perse et toute l’Asie occidentale. Il y a cinq mille ans, nous avons vu les Aryens commencer leur importante émigration vers l’Occident; nous les avons vus continuer leur marche jusqu’à ce qu’ils atteignissent les bords de l’océan ; et après une halte de deux mille ans, nous les voyons entreprendre une nouvelle émigration^ mais cette fois à travers la vaste étendue de l’Atlantique à la recherche de ce commerce indien dont la tradition, que probablement ils n’ont jamais perdue, les attire encore plus que les avantages du commerce, monopolisé par les Vénitiens.

Dates historiques .

Les Phéniciens sont les premiers qui, dit-on, parurent sur les côtes de la Méditerranée, en venant du Golfe Persique, vers l’an 3000 avant J.C. Quant aux royaumes contemporains d’Egypte et de Babylone, qui constituèrent les premières organisations politiques, la date de la première dynastie indigène égyptienne est fixée vers l’an 2500 avant J.C. ; celle de la dynastie des rois Pasteurs d’origine Sémitique ( Hyksos ), vers l’an 1750 avant J.C. ; et la restauration de la dynastie indigène (18ème) vers l’an 1500 avant J.C. L’on fixe aussi vers l’an 2300 avant J.C. le commencement du premier royaume Babylonien ou période touranienne ; et pour la période Sémitique, en l’an 2000 avant J.C. ; on calcule que la fondation de Ninive remonte à 2200 avant notre ère. Babylone fut prise par les Assyriens l’an 1300 avant J.C., époque assignée au commencement de l’Empire d’Assyrie. La Médie fut conquise par les Assyriens, l’an 710 environ avant J.C. mais fut en révolte constante, si bien qu’en l’année 625 avant J.C., Cyaxare rasa Ninive et réduisit l’Assyrie en province Mède.

Babylone s’était révoltée sous Nabopolassar en 610 avant J.C., et fut prise par Cyrus qui avait déjà conquis la Médie, en 538 avant J.C. ; et l’Empire des Perses, fondé par Cyrus en 559-539 avant J.C. fut le premier empire universel. Thouthmès III., de la 18ème dynastie égyptienne, ainsi que Ramsès Ier, delà 19e dynastie, dirigèrent tous les d eux des expéditions en Mésopotamie. Ramsès II. le Grand, petit fils de Ramsès Ier, et connu également sous le nom de Sésostris, creusa entre la Mer Rouge et le Nil, ce canal que Pharoah Nechao, et Darius, ainsi que Ptolémée Philadelphe tentèrent l’un après l’autre de rouvrir. Environ l’an 1020 avant J,C., Hadad, “ n’étant encore qu’un petit enfant,” échappa au

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massacre ordonné par le Roi David contre les Idumites, ses compatriotes, et s’enfuit, sous le règne de Pharoah, roi d’Egypte, et l’an 1000 environ avant J.C., Jéréboam “ s’enfuit en Egypte sous “ Shishak, roi d’Égypte, et y resta jusqu’à la mort de Salo- “ mon.,” Salomon entretint des relations pacifiques avec tous ses voisins, la Phénicie, l’Idumée, l’Égypte et l’Assyrie, tout en se tenant à leur égard sur le pied de la plus rigoureuse rivalité commerciale; mais, l’an 971 avant J.C., la cinquième année du règne de Jéréboam, Shishak envahit la Judée et mit Jérusalem au pillage. Environ l’an 730 avant J.C., Sabaco (le So de la Bible) conclut avec Hosea un traité qui, par suite du refus du Roi d’Israël de payer aux Assyriens le tribut qui avait été imposé par Tiglath Pileser et Salmanazar, fut la cause de la prise de Samarie par Sargon, et de la captivité des dix tribus (721 avant J.O.). Sous le règne de Tehrah (le Tirhaka de la Bible), Sennachérib essaya d’envahir l’Égypte, pendant que Tehrah s’avançait en Syrie et battait les Assyriens. Pendant le règne de Psammétichus, 671-617 avant J.C., il y eut un développement extraordinaire dans le commerce et la prospérité de l’Égypte, dû à la sage politique adoptée par elle de laisser les ports Égyptiens ouverts à la liberté du commerce ; sous le règne de son fils Nechao, une flotte phénicienne accomplit le long des côtes d’Afrique un voyage de circumnavigation, 21 siècles avant la glorieuse entreprise de Bartholomeo Diaz et Vasco de Gama. Nechao envahit aussi la Syrie; arrêté dans sa marche par Josiah, Roi de Judée, il le tua à Megiddo, et revenant victorieux de Carchemish, il emmena Jehoahaz captif en Égypte, et nomma roi à sa place son frère Jehoiakin. Mais quatre ans après, Nabuchodonosor reprit à Nechao toutes ses conquêtes, depuis les bords du Nil jusqu’aux rives de l’Euphrate. Son fils fut le Pharaon Hophra de la Bible, avec lequel Zedekiah, que Nabuchodonosor avait établi Roi de Judée, fit un traité dans l’espoir de secouer le joug de Babylone. Le Pharaon Hophra assiégea et prit Gaza et Sidon et obligea les Babyloniens, “ ces Chaldéens qui assiégeaient Jérusalem,” à battre en retraite ; mais comme il dut immédiatement retirer sa propre armée, Nabuchodonosor revint, et s’emparant de Jérusalem (606 avant J.C.), emmena la Judée captive à Babylone pendant 70 ans, au bout desquels les Juifs furent rétablis par Cyrus, 536 avant J.C. Nabuchodonosor saccagea Tyr, 586 avant J.C. et envahit l’Égypte. Cambyse conquit l’Égypte, 526 avant J.C., et Xerxès dompta l’Égypte révoltée, 414 avant J.C. Cette dernière réussit dans sa révolte contre les Perses, sous Amyntas, 414 avant J.C. ; soumise de nouveau par Ochus, 350 avant J.C., elle tomba finalement au pouvoir d’Alexandre le Grand, 332 avant J.C.

Parmi les quatre grandes tribus des Hellènes, 'les Étoliens s’avançant de la Thessalie, avaient occupé une grande partie de la Grèce Centrale, jusqu’à l’Isthme de Corinthe, et la côte occidentale du Péloponèse; les Achéens s’établirent à Mycènes, Argos, et Sparte; quant aux Ioniens, ils occupèrent spécialement l’Attique et la Dorie. Les Doriens étaient limités primitivement à la ville de Doris; mais, de même que les Hellènes étaient devenus la tribu dominante sur les Lélèges, les Caucones et autres tribus Pélas-

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giennes, de même les Doriens devinrent la tribu dominante sur le reste des Hellènes; et lorsqu’ils pénétrèrent dans le Péloponèse, vers l’an 1000 environ avant J.C., et qu’ils eurent renversé les anciennes monarchies achéennes chantées dans les épopées d’Homère, la plupart des Ioniens firent voile pour l’Asie Mineure, et fondèrent des colonies ioniennes à Milet et Ephèse, et autres lieux sur la côte de Lydie ; quant aux Achéens fugitifs, ils la fondèrent des colonies éoliennes à Lesbos, et le long de la côte de Mésie. Smyrne fut à l’origine une colonie éolienne, mais elle devint ensuite une ville ionienne.

Par la suite, les Doriens établirent des colonies à Rhodes et à Cos, et fondèrent les villes d’Halicarnasse et de Cnides, sur la côte opposée de la Carie; plus tard encore, les colonies ioniennes s’étendirent le long de la Méditerranée jusqu’à Marseille et Nîmes, et les Milésiens entourèrent la Mer Noire de leurs établissements commerciaux. Crésus, Roi de Lydie, se rendit maître des villes de l’Ionie, l’an 550 avant J.C. ; il fut lui-même soumis par Cyrus, et la Lydie réduite en province de l’empire des Perses, 546 avant J.C. Les villes ioniennes n’étaient pas disposées à se soumettre ; mais elles furent incapables de faire cause commune contre l’ennemi. Quelques-unes furent abandonnées, et les autres se rendirent une par une, sacrifiant, comme leur disait Bias, leur liberté et leur prospérité^ à leurs jalousies réciproques. Après avoir ainsi subjugué la Phénicie et les colonies ioniennes, la Perse devint de suite une grande puissance maritime, menaçant à son aurore la suprématie commerciale d’Athènes dans la Méditerranée.

Aussi, lorsque Milet se révolta, en l’an 500 avant J.C., les Athéniens envoyèrent immédiatement 20 navires au secours d’Aristagoras ; les Erétriens en envoyèrent deux, et leurs troupes s’unissant aux Ioniens révoltés, brûlèrent Sardes. A la bataille de Lade, 496 avant J.C., toute la marine des Ioniens (353 navires), fut détruite par la flotte phénicienne ; alors, après avoir d’abord reconquis les villes de la côte d’Ionie, les Perses brûlèrent de se venger sur Athènes et Eretria, de la part prise par ces villes dans l’incendie de Sardes. La première expédition, dirigée par Mardonius contre la Grèce en l’an 493 avant J.C. échoua honteusement ; la seconde, sous Darius en l’an 490 avant J.C., fut défaite à Marathon. Dans la troisième, Tan "180 avant J.C. Xerxès réunit des forces imposantes, et ce ne fut qu’après la perte des Thermopyles, l’incendie d’Athènes, et les victoires de Salamine et de Platée que la Grèce fut sauvée par le courage et l’énergie d’Athènes, et la coutume où étaient les états secondaires du Péloponèse d’agir de concert avec Sparte. Autrement la Grèce eût péri comme les colonies ioniennes.

Alexandre le Grand détruisit Tyr et se rendit maître de l’Egypte, l’an 332 avant J.C. ; il prit Babylone et finalement, subjugua la Perse, 331 avant J.C. Il envahit les Indes, l’an 327 avant J.C., et c’est à cette expédition que nous sommes redevables de tout ce que nous savons de positif sur l’histoire de l’Inde dans les temps anciens. Avant l’invasion d’Alexandre, nous n’avons que les Yedas, qui datent environ de l’an 1400 avant J.C., le Code de Menu, 900-300 avant J.C., et les légendes sacrées du G 343. B

Ramayana, 350-400 avant J.C., et du Mahabaranta, 240 avant J.C., seuls documents qui puissent nous guider. Les derniers Puranas eux-mêmes, composés pendant la renaissance du Brahminisme, entre le déclin du Bouddhisme et la conquête Mahométane, et qui nous donnent l’histoire des dynasties indiennes depuis l’époque de Chandragupta jusqu’au Sandrocottus des Grecs, traitent principalement de mythologie et de doctrines. Ni Homère, ni Pindare, ou Euripide ne font mention de l’Inde ou de son peuple en le désignant par son nom. Eschyle fait mention “ des Indiens errants ” et Sophocle parle de “ l’or indien,” mais ils ne connaissaient pas le pays, et ce ne fut qu’au moment de la guerre persique, que les Grecs eurent connaissance de l’existence de l’énorme péninsule située à l’Est et au Sud de l’Indus. Il est cependant plus que probable qu’Homère et les anciens écrivains Grecs confondirent l’Inde avec l’Afrique sous le nom général d’Ethiopie. Alexandre croyait trouver les sources du Nil dans l’Inde. Le premier Grec qui appelle l’Inde par son nom est Hecatœus de Milet, 549-486 avant J. G. Les connaissances d’Hérodote se bornaient aux satrapies de Darius, dont la vingtième comprenait cette partie de l’Inde soumise à la Perse. Ctesius, 400 avant J.C. écrivit 23 livres sur la Perse, et un sur l’Inde ; tous ces ouvrages sont perdus, à l’exception des fragments de Photius, auquel, ainsi qu’à Diodore, nous devons les extraits qu’ils ont conservés de l’œuvre d’Agatharcides, (146 avant J.C.) sur la Mer Erythrée. Dans la Bible la première et la seule mention se trouve dans le livre d’Esther, 450 avant J.C. Mais tout ce que nous savons de certain sur les Indes date de l’invasion du Punjab par Alexandre, lorsqu’il traversa l’Indus à Attock au mois d’Avril 327 avant J.C., la première date authentique dans l’histoire de l’Inde. Un certain nombre des officiers d’Alexandre ont tracé des descriptions des différentes parties de la route suivie par lui ; c’est ainsi que les anciens devinrent possesseurs des récits séparés de Béton, Diognetus, Néarque, Onesicritus, Aristobulus, et Cailisthènes, récits dont la plupart ont péri depuis. Onesicritus est le premier écrivain de l’Occident qui fasse mention de Ceylan, île qui fut découverte dans les temps modernes pour les Européens par Almeyda, premier vice-roi Portugais des Indes, en l’année 1507 de notre ère. Après Alexandre, au commencement du troisième siècle avant J.C., la côte Occidentale de > l’Inde fut explorée par Patroclus, amiral de Seleucus qui envoya également Megasthènes comme ambassadeur à Sandrocottus, et Daimachus à son successeur Allitrochades dans la ville de Palibothra ou Pataliputra, la moderne Patn a. C’est aux informations recueillies par ces officiers d’Alexandre et de Séleucus, puis condensées, sous forme d’extraits et réunies en un récit substantiel par Diodore, Strabon, Pline et Arrien, pendant le premier siècle avant et le premier siècle après Jésus-Christ, que nous devons la plupart de nos connaissances sur l’Inde ancienne. Arrien, l’auteur du “Periplus de la Mer Erythrée,” et qui est presque le contemporain d’ Arrien, l’auteur de “ l’Indica ” et de “ l’Expédition d’Alexandre,” nous donne un récit détaillé du commerce des transports maritimes de l’Inde et des côtes de la Mer Erythrée en général. L’expédition

l’exposition universelle de 1878.

d’Alexandre et les ambassades de Séleucus nous faisaient connaître les Indes depuis le Punjab jusqu’aux bouches de l’Indus et à la vallée du Gange ; “ le Périple de la mer Erythrée ” étendait le cercle de nos connaissances jusqu’à la côte occidentale tout entière, et une partie de la côte orientale jusqu’à Mazulipatam. Eratosthènes, le géographe d’Alexandrie (276-161 avant J.G.), fait une description complète de l’Inde. L’astronome Hipparque (150 avant J.C.) suit Mégastliènes, Daimachus, et Patroclus ; avec Ptolémée (139-170 de notre ère), 1103 informations s’arrêtent en ce qui concerne les sources classiques de connaissances sur l’Inde. Le marchand égyptien nommé Indicopleustes, devenu par la suite le moine Gosmas, et qui trafiquait dans la Mer Rouge vers l’an 535-550 de notre ère, nous rend un compte très-exact du commerce entre l’Inde, l’Égypte et Ceylan, à son époque; les voyageurs Chinois, Fa-Nian (399-414 de notre ère) et Honng-Tsang (625-645 de notre ère) qui visitèrent l’Inde, et les deux Arabes qui visitèrent l’Inde et la Chine, au 9ème siècle, et dont les voyages furent publiés dans les “Anciennes Relations” de Renaudot (1718 de notre ère) ajoutèrent beaucoup à la somme de nos connaissances sur l’Inde. Toujours est-il que l’histoire de Strabon est en réalité le meilleur exposé général que nous ayons sur l’Inde, jusqu’aux voyages de Marco-Polo (1254-1324) d’ibrahim Batuta de Tanger en 1341, de Stevens et Fitch, de Bernier et Tavernier, et autres voyageurs des XVIème et XVIIème siècles. L’ouvrage de Vansleb intitulé “ de l’Etat actuel de l’Egypte,” qui est une relation de ses voyages dans ce pays en 1672-73, et dont la traduction anglaise a été publiée en 1678, nous donne un compte-rendu détaillé du commerce de l’Egypte à cette période critique de l’histoire commerciale de l’Inde et de l’orient exposée par Cosmas Indicopleustes pour le sixième siècle, et par Arrien pour le premier et le second siècle après Jésus-Christ. L’Inde de Strabon est l’Inde' de la dynastie Maurya de Magadha, ou Bahar, 325-118 avant J.C., la plus glorieuse et la mieux connue des premières dynasties indiennes, à laquelle appartenait Sandrocottus, et dont le petit-fils, Asoka, établit le Bouddhisme comme religion d’état aux Indes (250 avant J.C.). À cette date, les relations les plus étroites existaient entre l’Inde, la Syrie et l’Egypte, et c’est l’époque où les arts, la littérature et les sciences atteignaient dans l’Inde leur plus haut degré de perfection. Après la mort d’Alexandre, les Séleucides succédèrent aux monarques de Syrie (306-312 avant J.C.) jusqu’en 79-65 avant J.CJ(Tigranes). Bactriane et la Parthie se révoltèrent contre eux (250 avant J.C.). L’empire Parthe fut renversé par une restauration de la dynastie indigène de Perse, ou dynastie des Sassanides (226 avant J.C.) ; et le royaume Gréco- Bactrien fut détruit par une irruption des Scyths, congénères des Par thés, des Mongols, des Turcs, et des Tartares, environ l’an 90 avant J.C. Depuis la chute de Bactres jusqu’à la conquête Portugaise, et les conquêtes des Hollandais, des Anglais et des Français, aucune puissance Européenne n’a établi de nouveau sa domination dans l’Inde. Mais la conquête d’Alexandre avait eu sur l’Inde une influence profonde : et Cosmas Indicopleustes déclare que, de son temps (535-550 de notre ère) presque toutes

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les grandes villes de l’Inde avaient leur église chrétienne, placée sous l’autorité de l’archevêché de Séleucie. C’était à peu près à cette époque que le Bouddhisme avait commencé à décliner dans l’Inde. La dynastie Maurya avait été remplacée par celle de Sanga ou Kanwa, et cette dernière par la dynastie Andhra (31 à 429 de notre ère), après quoi l’Inde n’a, pour ainsi dire, plus d’histoire jusqu’ à l’apparition des Mahométans, (639-750 de notre ère), puis, en l’an 1001 de notre ère, sous Mahmoud de Ghazni. Pendant 600 ans, l’Inde fut dévastée tour-à-tour par des invasions successives d’Afghans et de Mongols, et pendant 200 ans encore, elle fut déchirée par les luttes intestines de la Confédération Mahratte, jusqu’au moment où l’apparition de la puissance britannique aux Indes, vint délivrer ce pays à la fois de l’oppression mahométane (1803), de l’anarchie Mahratte (1819), et de la terreur des Afghans (1839-42).

Même sous les Parthes, le commerce avec l’Inde par la vallée de FEuphrate ne subit pas d’interruptions. Après la soumission de la Syrie aux Romains (65 avant J.C.), Palmyre fut encore libre pendant 300 ans, jusqu’à ce que Zénobie ait été vaincue par Aurélien (272-273 après J.C.), et que ce grand entrepôt entre Rome et le royaume Parthe, et plus tard avec l’empire des Sassanides et l’Egypte Orientale, soit tombé, à la mort d’Alexandre, au pouvoir des Ptolémées (323, 30 avant J.C.). Sous leur domination, les arts, le commerce, les manufactures, l’agriculture, et la navigation prirent une extension extraordinaire. Les Ptolémées firent revivre et dépassèrent même le glorieux passé des Touthmès, des Sémiramis, des Ramsès-Sésostris, des Psammétichus et des Néchao ; Alexandrie devint le premier marché du monde, et lorsque l’Egypte fut à son tour réduite en province Romaine, elle fut gouvernée directement par les empereurs comme une préfecture et non par le sénat, et jamais elle ne fut province romaine, ni ne devint propriété de Rome, au sens strict du mot. Les Romains furent jaloux de sauvegarder ses privilèges, et d’entretenir le mouvement commercial que lui avait valu la sage politique des Ptolémées : aucun Romain n’eut même la permission d’entrer dans le pays sans l’autorisation expresse de l’empereur.

C’est à l’époque des Antonins (96-180 après J.C.), que l’empire Romain atteignit son plus grand développement : c’est à ce moment qu’on peut le considérer comme enveloppant dans ses limites toutes les contrées du monde, en-dedans du Rhin, du Danube, du Tigne et de FEuphrate, et du grand Désert africain. Au-delà du Rhin et du Danube étaient les Francs, les Germains, les Goths, et autres tribus teutonnes, destinées à renverser l’Empire Romain ; et au-delà du Tigre et de FEuphrate, se trouvaient les Parthes et les Perses, les heureux rivaux de Rome en Asie. Deux siècles plus tard, Odoacre avait pris Rome (476 après J.C.), et la chute de l’empire d’Occident était un fait accompli. Mais de Constantinople, Rome, gouvernait encore l’Empire d’Orient, et Rome et la Perse continuaient encore la lutte le long des frontières du Tigre et de FEuphrate, pour avoir la suprématie en Asie. Ce fut à cette époque (622 après J.C.) que Mahomet commença à prêcher la doctrine révolutionnaire de l’Islam, et

dans les 100 années qui suivirent sa mort, toutes les nations et tribus des vieux Empires Romain et Persan, ainsi que de tout le monde connu étaient assaillies presque simultanément par les Arabes ou Sarrasins. L’Egypte et la Syrie furent toutes deux conquises, entre l’an 632 et 639 après J.C., la Perse le fut entre les années 632 et 651 après J.C., lorsque la dynastie des Sassanides eut été renversée. Deux fois, les Sarrasins assiégèrent Constantinople, et deux fois ils furent repoussés, en 673 et 716 après J.C. Ils s’emparèrent de l’Afrique entre les années 647 et 709 après J.C., et cette dernière année, ils traversèrent le détroit de Gibraltar et conquirent l’Espagne. Puis ils envahirent la France et s’avancèrent jusqu’au cœur de ce pays, mais là, ils rencontrèrent Charles Martel qui les écrasa à la grande bataille de Tours (732 après J. C.), et les força de repasser les Pyrénées. Ils occupèrent l’Espagne pendant 700 ans. Ils furent les maîtres absolus dans la Méditerranée, et ce fut leur ambition et leur menace de prêcher l’unité de Dieu dans la ville de Rome ellemême. Déjà cependant ils avaient épuisé leurs forces de conquérants. En 750, la dynastie desOmmiades de Damas fut renversée par les Abbassides, qui s’établirent à Damas (750-1258 après J.C.) et l’un des Ommiades s’étant enfui en Espagne, ils rétablirent dans ce pays la dynastie de Ommiades de Cordoue (755-1051 après J.C.). C’est ainsi que l’Islam fut divisé en deux califats, celui de l’Orient et celui de l’Occident. Mais les Sarrasins étaient une race de progrès, et se trouvant en contact avec les Grecs de Byzance et les Juifs, alors disséminés dans tous les pays de l’Europe et autour de la Méditerranée, on vit "rapidement surgir au milieu d’eux des grammairiens et des philosophes, de grands chimistes, des physiciens, des mathématiciens et des astronomes ; ils cultivèrent la littérature avec un haut degré de perfection, et donnèrent naissance à une nouvelle architecture et à un nouvel art décoratif. Les manufactures et spécialement la fabrication de la soie, récemment importée de la Perse par l’Empereur Justinien, furent élevées par eux à la dernière perfection, et les villes de Bagdad et Cordoue devinrent célèbres dans le monde, non-seulement comme centres du commerce le plus florissant, mais aussi comme sièges du plus profond savoir et de la civilisation la plus raflinée. Bientôt les Mongols, les Turcs et autres Tartares commencèrent à déborder sur le califat d’Orient. La Perse fut désolée par Togrel Bey et les Turcs Seljoucides (l’an 1038 après J.C.). Ghengiz Khan ravagea toute l’Asie (1206-27 après J.C.) Le caliphat d’Occident avait été déjà renversé, (1051 après J. C.), par les Maures, et lorsque Bagdad tomba au pouvoir de Hulaku Khan, neveu de Ghengiz-Khan (1258 après J. C.), les splendeurs de l’Empire Sarrasin des Arabes touchaient définitivement à leur fin. Tandis que le califat d’Orient était dans le chaos, le commerce de l’Orient par la voie d’Alexandrie était graduellement tombé aux mains des Vénitiens, et Constantinople était également devenu l’entrepôt d’un commerce considérable en Orient, par la voie de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin. Après la prise de Constantinople par les Croisés (1203 après J.C.), les Vénitiens, jaloux de la concurrence com-

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merciale de Constantinople, et qui avaient toujours secouru les Croisés, à la fois contre les Sarrasins et les Grecs, obtinrent à ce moment la concession d'une partie du Péloponèse, avec quelques unes des plus belles îles de l’Archipel et s’assurèrent bientôt le monopole du commerce par le Pont-Euxin. Mais lorsque les Grecs se soulevèrent et eurent chassé l’Empereur Latin, ils accordèrent aux Génois qui les avaient aidés, le faubourg de Pera en récompense de leurs services, et transférèrent ainsi ie monopole du commerce de l’Euxin par la voie de terre aux Génois, ce qui força les Vénitiens à revenir à Alexandrie, pour effectuer leur commerce des produits de l’Inde.

Mais les Turcs Ottomans avançaient pas à pas, lentement, mais sûrement contre l’Empire d’Orient voué à la ruine. Ils prirent Adrianople, en 1361 après J.C. Toutes les possessions grecques en Asie furent perdues, et l’année 1396 après J.C. Bajazet mit le siège devant Constantinople; mais rappelé par une invasion de Tamerlan, descendant de Ghengiz-Khan, et ancêtre des Empereurs Mogols de Delhi, il se retira. Ce ne fut qu’en 1453 après J.C., que la ville tomba, emportée d’assaut par Mahomet II. Les Turcs conquirent l’Egypte en 1617 après J.C., et prirent Bagdad pour la dernière fois en 1638 après J.C., depuis lors, ils sont toujours restés maîtres de ces trois positions qui donnent l’Empire à celui qui les possède, et qui eussent assuré à toute autre race la domination sur le reste du monde.

Pendant plus de deux siècles, ils se sont maintenus en possession de toutes les routes de terre conduisant aux Indes, par Alexandrie et la Mer Bouge, par Bagdad et le Golfe Persique, par l’Euxin, Bayazid, et la vallée de l’Euphrate, et ils ont dans Constantinople une position d’une sécurité absolue, mais ils n’ont conservé ces positions que pour les obstruer. La question d’Orient, prise dans sa plus large acception se résume en somme dans la question de savoir si la civilisation Européenne, qui a été si fortement établie par les Grecs en Perse et aux Indes, et qui pendant ÏO siècles, a disparu de ces contrées, grâce aux invasions répétées des Scythes, des Parthes, des Mongols et des Turcs, doit voir pour toujours barrer la route à son libre essor vers l’orient, par l’interposition de la domination des Turcs Ottomans établie sur toutes les routes historiques qui relient entr’elles l’Europe et l’Asie.

Les Croisades (1096-1291 après J.C.) n’ont pas été tout-à-fait des tentatives désintéressées pour délivrer les lieux Saints à Jérusalem du joug de l’Infidèle Musulman. Elles ont encore été largement inspirées, du moins les dernières, par l’esprit des entreprises commerciales. Elles ont été dans ce sens, des tentatives infructueuses pour rétablir des communications directes avec l’Inde. Mais l’énergie de l’Europe ne devait pas être déconcertée. Les richesses de Venise, en ce moment le marché universel du trafic de l’orient, excitèrent les Espagnols et les Portugais à chercher pour eux-mêmes la route de l’Inde à travers l’immensité sans bornes de l’Océan Atlantique ; dans cette recherche les Espagnols trouvèrent en route l’Amérique (1492 après

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J.C.), et les Portugais, en doublant le Cap de Bonne Espérance, découvrirent (14Q7 après J.C.) l’Inde véritable du commerce Byzantin et Vénitien, et celle des histoires [légendaires et des romans d’Alexandre. À ce moment les Turcs, ayant les Portugais sur leurs talons, et devant eux les Autrichiens et les Hongrois, auraient été de nouveau promptement refoulés jusques sur l’Oxus et l’Yaxarte, si l’émigration populaire de l’Europe ne se fût portée vers l’Amérique, et n’eût retardé de 200 ans la régénération de la Grèce, de la Palestine, de la Syrie, de l’Egypte, en réalisant le mot fameux de Sénèque, “ Nec sic Terris ultima, ultima Thule,” si enfin, la race Aryenne, toujours énergique, marchant en avant vers le soleil couchant, ne se fût hâtée d’aller peupler la nouvelle Atlantide, 66 À l’occident, l’empire poursuit sa u route, déjà les quatre premiers actes sont joués ; un cinquième u terminera le drame avec la journée, le plus noble rejeton du “ Temps, c’est le dernier.”

Quoiqu’il en soit, les découvertes de Bartholomeo Diaz et de Vasco de Gama furent le premier coup porté à la puissance des Turcs. Coupée de son commerce avec l’Inde, cette puissance vit sa suprématie maritime sapée dans la Méditerranée, et jamais elle ne put se relever des désastreux résultats de la bataille de Lépante (1571 après J.C.). où les flottes combinées de l’Espagne, de Venise, de Gênes, de Malte, et de Pie V., commandées par Don Juan d’Autriche, détruisirent complètement la puissance maritime de la Turquie. Les découvertes des Portugais eurent encore comme résultat un autre avantage. Tandis qu’elles appauvrirent toutes les contrées de la Méditerranée jusqu’au moment de la fondation de la “ Compagnie Péninsulaire et Orientale ” et de la nouvelle <É route par la voie de terre-” aux Indes, de Waghorn, les pays de l’Europe Occidentale voisins de l’Atlantique s’enrichirent en proportion ; car, avant même de commencer à y participer directement, ils recueillirent, bien plus que Lisbonne, les bénéfices du commerce Portugais avec les Indes ; c’est ainsi que fut assuré le triomphe de la libérté politique et religieuse en Europe. Les Empires d’Orient et d’Occident avaient disparu, et les guerres de la Réforme avaient établi l’indépendance des Etats qui ont exercé depuis une influence prépondérante en Europe pendant toute la durée de cette période si pleine d’évènements ; période où les Hollandais et les Anglais, continuant les découvertes maritimes de l’Espagne et du Portugal, commencèrent leurs mouvements de civilisation, de colonisation, et de conquêtes dans le nouveau comme dans l’ancien monde, par de là les mers, dans l’extrême Orient. Ces progrès poursuivis depuis 200 ans, ont donné à l’Europe la domination dans l’Amérique du Nord et aux Indes, et lui ont assuré la première place dans le commerce et la civilisation de l’Asie Méridionale, depuis Constantinople jusqu’à Pékin, position dont on ne doit pas perdre de vue les avantages au moment où la crainte des évènements qui vont fondre sur le monde préoccupe les hommes d’état et les nations.

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