Exposition universelle de 1878
Si Ton ne tient compte que des expositions universelles qui ont eu lieu dans les grandes capitales du monde, l’Exposition de 1878 est la sixième. Elle est la quatorzième de nos expositions nationales. La première de celles-ci a eu lieu en 1798. Ce fut une idée heureuse de François de Neufchâteau, poète médiocre, mais administrateur de premier ordre, qui dirigeait alors le ministère de l’intérieur La France respirait à peine après les épouvantements de 1793. Ce n’était pas le Directoire, sans doctrine, sans but, sans autorité, qui pouvait lui assurer la paix intérieure. On sortait d’une guerre contre tous les peuples de l’Europe; une
(1) François de Neufchâteau ne manqua pas de signaler la liberté commerciale comme une des conquêtes de la Révolution, et l’institution qu’il inaugurait comme un des instruments de la liberté commerciale. crLa liberté appelle les arts utiles en allumant le flambeau d’une émulation inconnue sous le despotisme, et nous offre ainsi les moyens de surpasser nos rivaux et de vaincre nos ennemis. r> Vaincre nos ennemis : on est bien loin des expositions internationales. Tout le discours d’inauguration est dans ce style. Il fut prononcé le 2e jour complémentaire an v:.
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nouvelle coalition venait de se former sur nos frontières,
dans un moment où nous avions porté contre l’Egypte notre flotte et une portion de notre armée , pour ruiner le commerce et l’influence de l’Angleterre. Les troubles intérieurs, les guerres incessantes, n’étaient pas, pour nos industries, les seules causes de préoccupation; elles avaient eu leur révolution, dans leur régime légal, comme toutes les institutions françaises. L’abolition des corporations, des jurandes et maîtrises, des douanes intérieures, commencée par Turgot avec tant d’énergie, puis refoulée par la coalition des préjugés et des intérêts, était devenue partout effective; et l’on se demandait, tant était enracinée la doctrine du privilège, si , dans cette liberté et cette concurrence universelle, un seul atelier avait pu subsister. H fut démontré par le succès de la première Exposition qu’il y avait encore , sur divers points du territoire, des maisons florissantes; que des progrès avaient été accomplis dans l’outillage et la fabrication; et qu’on pouvait, chose étrange, travailler sans en avoir acheté le droit, et trouver des chalands sur un marché libre.
Chaptal, qui venait d’entrer à l’Institut, et qui était luimême un grand industriel (fabricant de produits chimiques), si grand que la Prusse et l’Amérique l’avaient disputé à la France, fut un des membres du jury (A. Use chargea d’écrire le rapport. Le ministre et lui furent à peu près seuls à comprendre la grandeur de ce que l’on commençait. Le public ne vit dans cette Exposition qu’une fête du travail, selon les termes du programme; la plupart des fabricants n’y virent qu’une occasion de vendre leurs produits , cc une foire n.
(1) Vien, Gallois, Daixet, Chaptal, etc.
Il en vint, en tout ,110 û). Le ministre, dans son discours d’inauguration, attribua ce petit nombre au peu de temps qu’on avait eu pour se préparer. On ouvrait le icr jour complémentaire an vi (septembre 1798); la lettre de convocation était du 9 fructidor de la même année, cc C’est une fête improvisée, disait-il; 011 11’a pas pu faire ses apprêts, v Les départements éloignés, avertis trop tard, avaient à peine commencé l’expédition de leurs marchandises que l’Exposition était déjà ouverte. Elle ne devait durer que trois jours: on la prolongea jusqu’au 1 0 vendémiaire. Le public y prit goût; il y fit des affaires; tout ce qui était exposé se vendit dans de bonnes conditions. Les savants furent frappés des progrès accomplis, principalement pour la tannerie et les produits chimiques, et aussi, comme on devait s’y attendre, pour la fabrication des armes. On avait promis douze récompenses; le jury, après examen, crut devoir y ajouter treize mentions honorables. Parmi les récompensés figurent quelques noms célèbres dans l’industrie française : Bréguet, pour l’horlogerie, Lenoir, fabricant d’instruments de précision, Didot, Herhan, éditeurs. Conté, qui provoqua l’année suivante la création du Conservatoire des arts et métiers, et dont Gaspard Monge disait: cr II a toutes les sciences dans la tête et tous les arts dans la main,1» fut récompensé pour sa fabrique de crayons à la mine de plomb
cc Cette première Exposition, dit François de Neufchâ-
(1) A l’Exposition de 1878, la classe 46 comptait à elle seule 1,809 exposants. Il y avait 90 classes.
(2) Les autres noms qui complètent la liste d’honneur sont ceux de : Clouet (fers convertis en acier); Dilh et Guérard (tableaux en porcelaine); Désarnod (cheminées); Gremond et Barre (toiles peintes); Deharme (ouvrages en tôle vernie); Payn (bonneterie); Botter (faïences); Denis Jullien (cotons filés).
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teau, a rempli de la manière la plus heureuse les vues paternelles du Directoire exécutif. Lisez avec attention le catalogue des produits exposés, avec le jugement du jury qui se trouve à la suite, et vous vous convaincrez que l’industrie française, prise au dépourvu, sans avoir eu le temps d’employer tous ses moyens et de développer ses ressources, a honoré le génie national par des productions qui peuvent exciter l’envie des étrangers (1). n Le ministre ne manque pas d’ajouter que cette première campagne est désastreuse pour l’industrie anglaise et glorieuse pour la République. C’était son rôle d’initiateur, d’exagérer ainsi l’importance de l’institution qu’il venait de créer; et il était d’autant plus satisfait du résultat, qu’il avait craint dans les premiers moments un échec complet. Pour nous, contemporains des expositions internationales, nous ne saurions partager son enthousiasme pour ce cette première campagne, b où l’armée se composait de 1 1 o exposants , et nous croyons qu’il cédait outre mesure à ses préoccupations patriotiques, quand il déclarait que l’industrie anglaise ne se relèverait pas de cet échec. Pour remettre tout à sa place, sans exagération ni dénigrement, il faut se rappeler qu’il s’agissait d’une entreprise entièrement nouvelle, qui, quelques années auparavant, du temps des corporations, aurait été tout à fait impossible. C’était déjà un très grand point de n’avoir pas échoué à plat.
François de Neufchâteau avait décidé qu’il y aurait une Exposition à Paris tous les ans; cependant il n’y en eut ni en 1799 ni en 1800. cr Cette belle institution, dit-il mélancoliquement dans une note de l’ouvrage qu’il publia sur
(1) Circulaire du 2 4 vendémiaire an vii.
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son double exercice du ministère, paraît avoir été mise de côté avec le ministre qui l’avait conçue, d
Ghaptal, devenu ministre à son tour après la retraite de Lucien Bonaparte, rétablit les expositions et décida qu’elles auraient lieu tous les cinq ans. Cette règle ne fut jamais observée. Les circonstances en décidèrent. Voici la série des expositions nationales, avec le nombre des exposants qui prirent part à chacune d’elles W.
Sous le Directoire, 1 exposition : celle de 1798, 110 exposants.
Sous le Consulat, 2 expositions: celle de 1801 , 229 exposants; celle de 1802 (après la paix), 54o.
Sous l’Empire, l’Exposition de 1806; nombre des exposants : 1 ,Ô2 2.
Sous la Restauration, trois expositions: 1819, 1823, 1 827 ; nombre des exposants : 1,662, 1 ,6 48 , 1,795.