LIEU
de l’exposition,
Champ de Mars .
Louvre .
Idem .
Esplanade des Inva
lides.. . . .
Louvre . .
Idem . . .
Idem . . . .
Place de la Concorde.
Champs-Elysées . . . . ,
Idem .
Idem . .
NOMBRE
des
exposants.
des
récom¬
penses.
MO
L’Exposition, qui ne devait durer que trois jours, fut prolongée jusqu’au 10 vendémiaire.
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Sous Louis-Philippe, trois expositions: i834, 1 8 3 9 , i844; nombre des exposants : 2,44 7, 3 ,3 8 1 , 3,963.
La seconde République fit une Exposition en 1849, la onzième et dernière Exposition purement nationale. Cette solennité attira 4,532 exposants. Comme la fête de 1798, elle triompha des conséquences de la guerre civile , et démontra une fois de plus la puissante vitalité de l’industrie française.
32 départements de la France actuelle® et 6 départements que nous avons perdus® prirent part à l’Exposition de l’an ix (1801). On y compta 220 exposants et plus de 4oo produits exposés. Elle s’ouvrit, comme l’Exposition de 1798, au mois de septembre. On l’avait installée dans la cour du Louvre. Une colonnade, élevée jusqu’à la première corniche du palais, semblait faire corps avec le monument. Les cuirs imperméables à l’humidité, les draps, les velours, les tissus de coton, les maroquins, la bonneterie, l’horlogerie, les armes de guerre et de luxe, les scies et les limes, industries nouvelles en France, la quincaillerie et les toiles métalliques, l’ébénisterie , les caractères d’imprimerie, étaient rassemblés dans cet espace restreint, qui fut constamment envahi par la foule. Le public, comme toujours, allait aux objets éclatants; le jury dirigé par
(,J Ardennes, Ardèche, Ain, Aisne, Aube, Côtes-du-Nord, Creuse, Charente, Drôme, Doubs, Eure, Gironde, Haute-Loire, Haute-Vienne, Isère, Jura, Lot-et-Garonne, Loir-et-Cher, Manche, Marne, Maine-et-Loire, Mayenne, Moselle, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Rhône, Seine-et-Marne , Seineet-Oise, Seine-Inferieure, Seine, Somme.
(2) Deux-Nèthes, Dyle, Haut-Rhin, Léman, Mont-Blanc, Ourthe.
(3) Ghaptal composa avec beaucoup de soin la liste du jury chargé d’apprécier le mérite des objets exposés en 1801. Dans la liste, publiée le 19 fructidor an ix, et qui comprend en tout quinze noms, on compte sept membres
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Chaptal, ministre de l’intérieur, et par Costaz, rapporteur, réserva surtout ses faveurs aux produits utiles, aux améliorations durables. Il inaugura cette règle, très importante, adoptée depuis par tous les jurys, de récompenser les progrès, non les tours de force. On cite à ce sujet une anecdote curieuse, qui mérite d’ètre conservée parce qu’elle détermine très exactement le but et le principe des expositions.
Un fabricant de menue coutellerie, qui demeurait à Tbiers (Puy-de-Dôme), au lieu d’exposer les produits utiles, mais communs, de sa fabrique, présenta des fusils de chasse damasquinés avec le plus grand luxe. Le célèbre Fox, qui fut tour à tour chef de l’opposition et ministre sous Georges ni, r un des orateurs et des hommes d’Etat les plus célèbres de l’Angleterre, se trouvait alors à Paris. Il
de l’Institut : Bertliollet, l’illustre chimiste; le célèbre horloger Ferdinand Berthoud ; Guyton de Morveau , chimiste ; l’aîné des frères Montgolfîer (Joseph Montgolfier, celui qui inventa le bélier hydraulique et fut administrateur du Conservatoire des arts et métiers); le grand ingénieur de Prony, directeur de l’Ecole des ponts et chaussées; Baimond, architecte, à qui l’on doit la construction de la place du Peyrou, à Montpellier; Vincent, peintre, dont plusieurs tableaux sont conservés au musée du Louvre. Les autres membres étaient : Bardel, qualifié, dans l’arrêté de nomination, de membre de la section des arts et manufactures du conseil du ministère de l’intérieur; Scipion Perrier, membre du même conseil, pour la section des arts et manufactures; Bonjour, commissaire général des salines, élève et ami de Bertliollet; Bosc, membre du Tribunat, dont le frère, qui appartenait à l’Académie des sciences, a été l’un des hommes les plus respectés et les plus intègres de la Bévolution; Costaz, membre du Tribunat et de l’Institut d’Egypte, vice-président de la Société d’encouragement, rapporteur de toutes les expositions qui se sont succédé de 1801 à 1819; le mécanicien Périer, qui a construit la pompe à feu de Chaillot et formé la galerie des modèles du Conservatoire des arts et métiers ; enfin , le peintre Mérimée, secrétaire de l’Ecole des beaux-arts, père de M. Prosper Mérimée, membre de l’Académie française.
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exprima le désir de visiter l’Exposition en détail, et le ministre (Ghaptal) l’accompagna. En entrant dans le portique occupé par le fabricant de Thiers, le ministre ne voit que des armes d’un grand prix; sa mémoire fidèle lui rappelle que d’autres objets ont été annoncés; il demande à les voir, et c’est avec peine que le fabricant se décide à exhumer du fond de son magasin une caisse qu’il n’avait pas même ouverte depuis son arrivée, et qui contenait des couteaux et des rasoirs assez grossiers. Fox s’informe du prix de ces objets, et il apprend avec étonnement que les couteaux coûtaient trois sous et les rasoirs douze sous la pièce, cc Pour un prix aussi modique, on ne peut, dit-il, avoir rien de bon, et ces lames doivent être de plomb. •» Pour toute réponse, le ministre prend deux modèles, les casse et fait voir que les lames sont faites, celles des couteaux avec de l’acier commun , mais bon , celles des rasoirs avec de l’acier dont le grain est assez fin. cc Et pourquoi donc, Monsieur, demande le ministre au fabricant, ne nous avez-vous pas présenté ces objets? — Mais ils sont si grossièrement travaillés et connus de tout le monde. — Vous vous trompez, reprit Fox; mes compatriotes et moi, nous étions loin de croire que, pour quinze sous, on pût se procurer un couteau et un rasoir; j’achète la caisse entière et je l’emporte en Angleterre , où l’on n’est pas encore parvenu à en fabriquer de semblables à aussi bon marché (1h -n
Plusieurs des exposants de 1798 reparurent avec éclat en 1801. Parmi les exposants nouveaux qui obtinrent des récompenses, on remarque Montgolfier, pour sa papeterie
Histoire (les expositions des produits de l’industrie française , par Achille de Colmont, 1 855. Ghaptal avait lui-même raconté cette anecdote. Ghaptal, De l’industrie française y t. Il, p. 92, Paris, 1819.
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d’Annonay; Ternaux, pour ses fabriques de drap à Louviers, Reims, Sedan. Les autres récompenses furent obtenues par des fdateurs, des tisseurs, des teinturiers, des fondeurs, des fabricants de limes et de scies, des bonnetiers, des horlogers, des quincailliers, des ébénistes, etc. Dans la liste figurent des collectivités : les administrateurs des établissements du Creuzot et du Mont-Cenis, la manufacture d’armes de Versailles, la manufacture de Grillon, près Dourdan (piqués etbasins). On y remarque aussi des plans (modèle d’une nouvelle écluse), des machines (machines à imprimer sur étoffes de laine), des fleurs imitant la broderie), etc.
Les organisateurs de cette seconde fête industrielle avaient eu l’idée de réunir dans une même Exposition les arts industriels et les beaux-arts. Les mots (Y art et d 'artistes, aujourd’hui presque exclusivement réservés aux beaux-arts et à ceux qui les cultivent, avaient alors une signification plus étendue. On trouve, dans les listes de récompenses, des prix décernés à des artistes qui sont des tisseurs et des forgerons. C’est dans ce sens que nous disons encore : le Conservatoire des arts et métiers, l’Ecole des arts et métiers. Le programme appelait expressément les beaux-arts à prendre part à l’Exposition : ce Nul art ne doit être excepté, disait le ministre; des statues se dresseront à côté des socs de charrue, des tableaux seront suspendus près des étoffes, a
L’idée était juste. L’industrie vit par les sciences et par les beaux-arts et ne devrait jamais en être séparée. Mais l’appel ne fut pas entendu. Les beaux-arts avaient conservé leur Exposition annuelle. Il y en avait eu une en 1793. Interrompue une seule fois, en 1 7 9 4 , la tradition fut reprise dès l’année suivante et poursuivie sans interruption jusqu’en
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i 8 o 2 inclusivement, époque où les expositions commencèrent à n’avoir lieu que tous les deux ans ou même tous les trois ans. On revint ensuite, à partir de i83o, aux expositions annuelles. En 1801, année de la seconde Exposition industrielle, l’Exposition spéciale des beaux-arts fut ouverte le i5 fructidor dans son local ordinaire (dans le salon du Musée central des arts). 720 artistes y apportèrent leurs ouvrages. L’Exposition industrielle de la même année ne compta que 229 exposants. Les artistes voulaient être chez eux, en présence de leur propre public. Ils regardaient de haut l’industrie, dont personne ne comprenait encore la grandeur et l’importance. Ils avaient un dédain , plus facile à concevoir, pour l’art transformé par l’industrie en objet de trafic courant. Ces préjugés furent si persévérants que nous les retrouverons en 1 85 1 , et que la trace n’en est pas encore complètement effacée.
L’Exposition de l’an x (septembre 1802), qui eut lieu après la conclusion de la paix, attira naturellement plus d’exposants et de visiteurs que celle de l’année précédente. On y vit figurer 73 départements et 5ùo exposants. Le jury distribua 38 médailles d’or, 53 médailles d’argent et 60 médailles de bronze. Peu de grands noms nouveaux à citer parmi les récompensés : Darcet, produits chimiques; Odiot, orfèvrerie. Sallandrouze, pour ses tapis, n’obtieut, pour cette fois, qu’une médaille d’argent. On remarque quelques outils : le bélier hydraulique de Montgolfier, un balancier, des instruments d’astronomie et de précision. Le Gouvernement et les industriels comprirent que les expositions annuelles ne différeraient pas assez entre elles pour offrir un grand attrait aux hommes compétents et au public. C’est seulement après un intervalle de quatre ans, au retour de
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la campagne d’Austerlitz (septembre 1806), que l’empereur convoqua de nouvelles assises industrielles. Cette fois, l’Exposition eut un grand éclat. io4 départements, 1 ,4s 2 exposants, y prirent part. Cette grande fête du travail après tant de fêtes militaires, ces œuvres de la paix succédant au bruit et aux émotions de guerres longues et dangereuses , parurent la confirmation des espérances d’une longue période de calme et de prospérité, espérances trop tôt démenties. La cour du Louvre devenait insuffisante; il fallut construire sur l’esplanade des Invalides un palais de l’industrie. 5 à exposants obtinrent des médailles d’or. Nous signalerons parmi eux Oberkampf, dont la fabrique de toiles peintes acquit rapidement une grande renommée; Japy, fabricant de mouvements d’horlogerie; des maisons déjà couronnées dans les expositions précédentes et dont le succès allait en croissant; Pierre et Firmin Didot, destinés à une si glorieuse célébrité; Désarnod, fabricant d’appareils de chauffage; l’orfèvre Odiot; les frères Ternaux. Charles Albert, Calla, Pouchet, avaient exposé des machines à filer le coton; Douglas, des machines pour la laine; Gosselin, des cylindres à laminer W.
Nous 11’avions encore, à la date de 1806, qu’une seule usine, celle du Creuzot, où les minerais de fer fussent fondus par le coke. Néanmoins, les aciéries étaient en progrès;
(,) Camus, qui fit un rapport à l’Institut sur les expositions de l’an vi et de l’an ix, mentionne un compartiment portant cet écriteau : Objets fabriqués dans les maisons de force de Bicêtre , Saint-Lazare , Gand, Bruxelles , etc. Il ne manque pas de déclarer, suivant le goût du temps, que ce spectacle excite sa sensibilité. Il nous apprend, dans le même rapport, que l’Exposition de l’an vi n’est pas la première; qu’il y eut une exposition toute semblable dans une fête donnée à Alexandrie par Ptolémée Philopator, et dont on trouve la description dans le Deipnosophiste d’Alhénée.
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les fabriques d’étoffes de soie et de laine continuaient à se multiplier et à grandir. Il en était de même des cristaux, de la poterie, des diverses industries du cuir. Outre les 54 médailles d’or, on distribua 97 médailles d’argent; nous trouvons, parmi les médaillés de cette catégorie: Dollfus, Mieg, pour leurs toiles peintes; Grandin, pour ses draps; Lepaute, François Robert, pour l’horlogerie; des fabricants de Casimir; un grand nombre d’aciéries. L’Ecole polytechnique, créée en 1794, remaniée en 180 4 par Napoléon, commençait à donner des ingénieurs aux grandes industries. Le Conservatoire des arts et métiers fournissait un fort contingent de bons directeurs de travaux. La Société d’encouragement, dont Ghaptal était président et qui comptait dans ses rangs les Berthollet, les Fourcroy, les Monge, les Prony, les Vauquelin, provoquait l’application des sciences à l’industrie. Les hommes d’Etat, tels que François de Neufchâteau, Regnaud de Saint-Jean d’Angely, les agriculteurs, les financiers, s’y rencontraient avec les savants. Quand on pense aux efforts prodigieux que la France venait de faire, d’abord pour se défendre contre l’Europe et ensuite pour l’asservir, on se demande comment il lui restait des capitaux et des hommes pour entretenir le mouvement des usines et du commerce. Il y eut un temps d’arrêt dans les expositions après 1806. On devait faire une Exposition nouvelle en 1809; elle n’eut pas lieu. C’est l’année de la guerre d’Espagne, l’année de la cinquième coalition. On ne songeait plus qu’aux bulletins de bataille. Les Martyrs de Chateaubriand, le Pape de Joseph de Maistre, parurent au milieu de toutes ces tempêtes; l’année suivante, l’Exposition de peinture fut remplie des chefs-d’œuvre de David, de Gros, de Guérin, de Gérard, de Girodet qui oh-
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tint le grand prix pour son tableau la Révolte du Caire , de Prudhon. (Géricault n’exposa qu’en 1812 le Guide de la garde impériale .) Ces œuvres de génie accompagnent bien une ère héroïque. Mais il faut de la tranquillité d’esprit pour préparer une grande exposition industrielle et pour se disposer à y prendre part en entreprenant des travaux de longue haleine, et en engageant des capitaux considérables. 11 ne s’agissait plus, en 1809, de réunir 110 exposants, comme on l’avait fait à la hâte en 1798. Cet empire, plus grand que jamais, mais déjà menacé, portait en lui une double cause de faiblesse, car, ne pouvant aspirer qu’au grand, il n’était même plus capable du petit.
Puis vinrent rapidement les tragédies de 181 3, 181/1, 181 5. L’Exposition de 1806 ne fut suivie d’une exposition nouvelle qu’ après un intervalle de treize ans, et, quoiqu’on eût déjà derrière soi trois années d’une paix douloureuse, agitée par des convulsions intérieures, ce fut un acte de courage de la tenter.
La France, en 1818, avait payé à ses ennemis, qui se disaient ses sauveurs, une contribution de 2 65 millions de francs. L’armée d’occupation, après avoir séjourné trois ans sur notre sol, avait repris, à courtes journées, le chemin de l’Autriche, de la Prusse et de la Russie. Nous venions tout à l’heure de rentrer chez nous, car la patrie occupée par l’étranger n’est pas la patrie, quand une ordonnance du roi , datée du 1 3 janvier 1819 et contresignée par M. Decazes, ministre de l’intérieur, fixa au 2 5 août de la même année, jour de la fête du roi, l’ouverture de la cinquième Exposition nationale.
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Les historiens, s’ils veulent enfin donner au développement du travail industriel la place considérable qui lui est due, devront étudier avec soin cette Exposition. Soit que l’on regarde les révolutions intérieures ou les guerres étrangères, les trente années qui venaient de s’écouler nous séparaient de l’ancien régime autant que l’auraient fait plusieurs siècles. Pendant ces trente années, la guerre avait dévoré les hommes et l’argent ; en revanche , la liberté des personnes et du travail, la nécessité de fournir aux besoins de l’armée et à ceux du luxe, avaient entretenu l’activité de la plupart des industries. Outre les grandes lois de l’Assemblée constituante, la chimie, renouvelée ou créée dans les dernières années du xvme siècle, et la vapeur, introduite dans les ateliers pendant les premières années du xixe, donnaient à l’activité humaine des forces nouvelles, un caractère nouveau. Avec les guerres en permanence, le blocus continental et l’occupation, on avait travaillé dans la fièvre; on allait enfin se reconnaître, s’appliquer sérieusement et uniquement au travail, avec sécurité, avec liberté, par conséquent. Il importait et il importe de savoir où nous en étions exactement de toutes nos industries dans cette première année de paix et de reprise de possession de nous-mêmes.
La conquête de la vapeur comprend trois phases et s’exprime en trois noms : Papin, Newcomen, Watt. Papin trouve le principe , Newcomen en fait la première application industrielle, Watt rend l’invention pratique par le condensateur (1768) et la détente de la vapeur (1778). C’est seulement en 1812, un siècle après la mort de Denis
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Papin, que l’on vit les premiers bateaux à vapeur sur la Glyde. Les machines à vapeur se répandirent rapidement dans les années suivantes, même en France, où elles prirent surtout une grande place dans les diverses industries de la fdature et du tissage. La vapeur ne figura nulle part dans l’Exposition de 1819, ni à titre d’objet exposé, ni comme productrice de force; mais on retrouvait sa trace dans un grand nombre de produits qui devaient à son emploi leur multiplication, l’abaissement de leurs prix et la régularité plus uniforme de leur fabrication. Elle était le fait capital de cette Exposition où les machines productrices de force ne furent pas exposées isolément et pour elles-mêmes. On y voyait des machines à carder de Douglas et de Cockerill, la machine à filer la laine cardée de Prosper Bellanger, la machine à filer la laine peignée de Dobo; mais, quoique Douglas fût en même temps constructeur de machines à vapeur, il n’en avait exposé aucune.
La machine à carder de cette maison fonctionnait à Paris depuis l’an xi; vers la même époque, John Gockerill avait employé les siennes à Verviers et à Liège; il en avait installé une à Reims quelques années plus tard. A Reims aussi étaient les ateliers, ou l’un des ateliers, de la maison Ternaux , dont la féconde activité se manifestait dans plusieurs de nos centres industriels et par divers genres de fabrication; c’est à Reims que Dobo, un de leurs ingénieurs, avait établi d’abord la machine à filer la laine peignée, avec laquelle, en 1 8 1 5 , il avait remporté le prix de la Société d’encouragement. La machine à fouler la laine cardée, de Prosper Bellanger, fonctionnait à D a métal. Au reste, on sait que la laine et la soie, tout en adoptant les machines à vapeur ou à force hydraulique pour la préparation, conservèrent
longtemps le métier à bras pour le tissage. Les traités de 1860 trouvèrent Sedan, Elbeuf, bouviers, remplis de métiers à bras. Tous les tissus de la fabrique lyonnaise se faisaient à domicile par des ouvriers, travaillant sur leur propre métier ou sur les métiers de chefs d’atelier qui en possédaient en général deux ou trois. C’est dans l’industrie du coton que le tissage mécanique fut presque immédiatement adopté.
La France, sous l’ancien régime, faisait beaucoup de toiles de lin et de chanvre. L’invasion du coton, car c’est ce nom d’invasion qu’il convient d’employer, ne fit pas disparaître nos anciennes filatures, nos anciens tissages de lin et de chanvre; mais elle leur fit subir des transformations assez profondes, et commença par les frapper sur leurs propres marchés. Nous avions cet avantage d’être nous-mêmes producteurs de la matière première, tandis que nous sommes obligés d’acheter, soit en balles, soit en fils, tout le coton qui alimente nos usines. 11 n’est pas sans intérêt de noter en passant qu’à l’époque où le lin triomphait sans rival dans nos fabriques, notre lin indigène suffisait à notre production industrielle; tandis qu’aujourd’hui, avec tant de nouveaux textiles qui le combattent et surtout avec la concurrence écrasante du coton, il n’entre plus que pour partie dans notre fabrication, la Russie nous fournissant chaque année des quantités considérables de matière première. Ce résultat tient à une double cause : d’abord, la culture du lin a diminué chez nous, ce qui est regrettable; et ensuite la consommation , et par suite la fabrication de toutes les étoffes, a considérablement augmenté, signe évident d’une prospérité croissante. Il n’en est pas moins vrai que la race humaine, répandue sur la surface du globe, se couvre pria-
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cipalement de coton et de lainages. La vogue de la laine remonte à toute antiquité; mais le coton n’est devenu envahissant qu’au xixe siècle. Il le fut d’abord partout ailleurs que chez nous M. Toute l’Europe fabriquait de la percale et du calicot en abondance, que nous en étions encore pour ce genre de produits aux tâtonnements. Nos industries, en général, ont de la peine à se retourner, ce qui ne semble pas très conforme au génie national, ou du moins au génie national qu’on nous attribue. La cause de cette lenteur tient peut-être à l’immobilité où les règlements des corporations et clés maîtrises nous ont si longtemps condamnés. Nous commençons à savoir prendre résolument notre parti; nous étions moins hardis dans les premières années du siècle. On comprit cependant que les ouvriers qui avaient excellé dans la fabrication du linon et de la batiste et qui se trouvaient en partie sans ouvrage, étaient tout préparés à faire de la percale et de la mousseline. Il n’y eut qu’à changer la matière première pour rendre à Saint-Quentin, à Tarare, la vie qui commençait à leur échapper. Grâce à cette transformation, on put constater, en 1819, que la population de Saint-Quentin avait augmenté d’un quart depuis l’Exposition de 1806.
Le nombre et l’importance des tissages de coton furent un des traits nouveaux et caractéristiques de l’Exposition de 1819. La nouvelle industrie ne fit que grandir dans les années suivantes. Elle envahit l’Alsace et la Normandie; mais
(1) Doulcet de Pontécoulant, préfet de Ja Dyle (Bruxelles), s’exprime ainsi dans une circulaire du 6 floréal an ix : «Les produits de nos fabriques de tisserands sont supérieurs à ceux des fabriques étrangères pour toutes les étoffes de lin et de chanvre, et rivalisent avec elles de goût et de perfection dans les ouvrages où le coton seul est employé. *
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elle lie put lutter qu’à l’aide de droits protecteurs contre l’Angleterre, qui avait le coton et la houille à meilleur marché que nous.
Notre situation était toute différente pour la laine et la soie. Nous avons eu à subir, depuis 1819, deux événements considérables : la maladie du ver à soie et la concurrence des laines australiennes; mais, à cette époque, nous gardions, dans les deux industries, notre supériorité comme fabricants, et nous avions augmenté notre importance comme producteurs. Les moutons mérinos avaient été introduits en France depuis longtemps, et la laine des mérinos français avait figuré honorablement à l’Exposition de 1806. On était d’accord à cette époque pour en louer la finesse; mais, disait-on, elle n’avait pas autant de nerf que la laine espagnole. La vérité est qu’elle était à la fois plus fine et aussi résistante; les consommateurs ne manquèrent pas de s’en apercevoir et de lui donner la préférence. En 1819, loin de nous approvisionner en Espagne, nous pouvions livrer des laines mérinos à l’exportation, et quoique nos prix fussent supérieurs à ceux de nos voisins, nous trouvions acheteurs sur les grandes places de l’Europe. Ce succès très vif tenait, suivant le rapporteur du jury, non seulement à la qualité des laines, mais aux soins apportés au triage et au lavage par les producteurs français.
La même habileté de main-d’œuvre, la même attention exacte et soutenue, se retrouvaient dans toutes les opérations de la filature. Elles étaient plus remarquables encore dans les opérations du tissage. Nos draperies fines tenaient le premier rang; il en était de même de nos châles de mérinos et de la plupart de nos tissus ras. cr Depuis 1806, disait le rapporteur Costaz, qui avait été rapporteur de plu-
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sieurs expositions précédentes, la fabrication des lainages a fait dans toutes ses parties des progrès si considérables qu’on peut regarder cette industrie comme ayant subi un renouvellement presque total.
Nous avions fait aussi une conquête signalée dans la culture du ver à soie. La soie jaune que nous donnaient nos vers pouvait être teinte en blanc; mais ce blanc se salissait à l’user, et la couleur naturelle de la soie perçait sous la teinture, ce qui donnait une grande supériorité aux soies blanches de la Chine. On réussit à se procurer des vers produisant de la soie blanche; ils s’acclimatèrent et prospérèrent, ce qui augmenta du même coup la richesse de nos magnaneries et celle de nos manufactures. Deux procédés, inventés à quelques années de distance par Gensoul et Bonnard, l’un et l’autre fabricants lyonnais, avaient amélioré le tissage et la filature; le métier Jacquart, déjà connu en 1806, et honoré, à cette époque, d’une médaille d’argent, avait été perfectionné par son auteur, et était désormais si généralement employé que les tireuses de laine avaient perdu leur ingrat et fatigant métier, et disparu complètement des ateliers.
M. Ternaux avait doté la France d’une industrie nouvelle, en se procurant, parla voie de Cazan, des poils de cachemire. Il voulut ensuite acclimater en France les chèvres qui le produisent; il ne fut pas possible de se procurer des individus de pure race thibétaine ; mais on ramena du fond de l’Asie des chèvres de la race kirghize , qui s’en rapprochent beaucoup parla finesse du duvet. Notre agriculture était, en 1819, en possession de cette race précieuse; elie le croyait du moins; et elle devait, en grande partie, cette acquisition à la générosité de M. Ternaux et au courage de
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M. Joubert, qui n’avait reculé devant aucun danger pour nous assurer la conquête de cette nouvelle toison d’or.
Les progrès n’étaient pas moins marqués pour tout ce qui touchait à la teinture. Gonin nous avait appris à remplacer la cochenille par la garance; Raymond avait substitué le bleu de Prusse à l’indigo. On ne produisait précédemment le vert que par une combinaison du jaune et du bleu , qui était sujette à se défraîchir et à passer; Widner, fabricant à Jouy, trouva un vert obtenu directement, très brillant et très solide, ce qui fut considéré comme une amélioration notable dans les procédés de fabrication et la valeur des produits. Une excellente méthode de blanchiment des toiles, inventée par Berthollet, était entrée dans la pratique générale.
Notre maroquinerie, nos cuirs vernis, étaient à peu près au même point qu’en 1806. Il en était de même de nos belles sortes de papier fabriqué à la main; mais les papiers inférieurs, et même des papiers fort beaux, étaient fabriqués à la mécanique, et pouvaient lutter de qualité et de bon marché avec les papiers anglais. La machine dont on se servait avait été inventée, en 1799, par un ouvrier français, nommé Robert. Elle fut exécutée assez tardivement, en Angleterre, mais pour le compte de fabricants français, qui commencèrent à en faire usage en 181 5. Ce fut toute une révolution dans cette industrie.
L’industrie du fer se développait dans une large proportion par la création de forges nombreuses et d’importantes améliorations dans la main-d’œuvre. Le rapporteur signalait comme progrès principaux la substitution des laminoirs au martinet pour la formation et l’étirage des barres, et le four à réverbère employé à Vierzon par Aubertot. Les tra-
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vaux de Bertliollet , Monge et Vandermonde avaient donné en Europe une impulsion nouvelle à la fabrication de l’acier : ce furent nos rivaux qui profitèrent les premiers de nos découvertes; il n’y eut aucun échantillon d’acier à l’Exposition de 1801; on en vit, en petit nombre, à l’Exposition de 1802, en nombre déjà croissant à l’Exposition de 1806; mais ce n’est que vers 1809 et 1810 que les aciéries commencèrent à se multiplier et à donner d’importants résultats. 2 1 départements envoyèrent de l’acier à l’Exposition de 1819. Le jury distingua particulièrement les produits de la Bérardière, près Saint-Etienne, usine appartenant à Milleret et dirigée par l’ingénieur Beaunier. Les échantillons fournis par les autres établissements étaient loin d’être sans mérite; toutes les sortes d’acier usuel se trouvaient représentées; en somme, il fut constaté que la fabrication française était montée en grand, et suffisait aux besoins du commerce. Nous avions également à nous féliciter des progrès du laminage et de la tréfilerie. La fabrication des faux et faucilles avait prospéré, grâce aux progrès de nos aciéries. Elle était presque dans l’enfance en 1806; nous étions à cette époque tributaires des étrangers; mais, en 1816, la France produisait 72,000 faux; en 1819, la seule maison de MM. Garrigou, à Toulouse, en produisait 5 0,0 0 o. Les limes et les râpes avaient fait des progrès analogues.
Le jury de 1819 vit avec joie des échantillons d’étain provenant de mines françaises. 11 n’y en avait pas à l’Exposition de 1 806 ni aux expositions précédentes. Les gisements découverts à Vaulry (Haute-Vienne) et à Piriac (Loire-Inférieure) donnaient un métal de bonne qualité. On avait exposé une glace parfaitement étamée avec de l’étain fran-
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çais. Mais les produits de l’exploitation 11e furent pas suffisants pour couvrir les frais, et on dut y renoncer au bout de quelques années.
La lithographie fut, pour le public, un des grands attraits de l’Exposition. La découverte n’était pas précisément nouvelle; elle remonte aux dernières années du xvme siècle; il y avait même à Paris, depuis 1802, un atelier de lithographie, fondé par un des ouvriers de l’inventeur Senefelder ; mais ce n’est qu’après 1 8 1 4 , et grâce aux efforts d’Engelmann (de Mulhouse) et du comte de Lasteyrie , quelle entra dans la fabrication courante.
Un des faits les plus incontestables de l’histoire, c’est qu’au moment de la révocation de l’édit de Nantes, tout un peuple de commerçants, d’industriels, d’ouvriers, quitta la France, et porta chez nos concurrents les talents et les capitaux qui faisaient, en divers genres, notre supériorité. Nos fabriques de drap, de velours, de soieries, d’étoffes d’or et d’argent, notre chapellerie, notre mégisserie, notre papeterie, nos manufactures d’annes et d’outils, notre agriculture dans un grand nombre de provinces, subirent des perles si considérables qu’elles équivalaient, pour plusieurs sortes d’industries et de commerces, à une ruine totale. Nous perdîmes aussi des hommes de génie , et, pour ne parler de la science que dans ses rapports avec le travail industriel, Denis Papin se réfugia en Angleterre; Huyghens, que Louis XIV avait logé au Louvre et nommé membre de l’Académie des sciences, retourna dans la Hollande, son pays. Sans le départ de Denis Papin, nous aurions peut-être employé la vapeur un siècle plus tôt. C’est Huyghens qui, pendant son séjour en France, avait enseigné l’application du pendule aux horloges et du ressort spiral aux montres. Nous avions
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à cette époque, dans le Blaisois, une fabrique d’horlogerie florissante, que les protestants transportèrent avec eux à Genève, ou elle fit les progrès que l’on sait. Elle nous est revenue delà, après un long intervalle. Nous recommencions à prendre rang vers la fin du xvme siècle. Nous avions alors des horlogers qui étaient presque des savants, entre autres, le père de Beaumarchais et Beaumarchais lui-même dans sa première jeunesse. Nous avions surtout des fabriques importantes de mouvements d’horlogerie. Dès 1780, les frères Japy en avaient fondé une à Beaucourt (Alsace) ; la fabrique de Saint-Nicolas-d’Aiiermont, en Normandie, était de beaucoup antérieure, puisqu’elle remontait à l’année 1720; mais elle avait presque sombré pendant la Dévolution, et ne reprit une vie nouvelle qu’en 1806. Besançon, Montbéliard, exposaient en 1819, et l’on s’émerveillait déjà du bon marché de leurs produits , qui a été si fort dépassé dans ces derniers temps. L’horlogerie de précision était brillamment représentée. Bréguet exposait un chronomètre dont l’écart, au bout de six mois, n’était que d’une minute.
Dans une industrie analogue , la fabrication des instruments d’optique, de physique et de mathématiques, le progrès était manifeste. L’Académie des sciences, après avoir examiné les lunettes exposées, et principalement celles de Lerebours, s’exprimait ainsi dans son rapport: ce Nous demeurons persuadés qu’aucun astronome français n’éprouvera désormais le besoin ni le désir de recourir à des artistes étrangers. 7? Lenoir et Fortin présentaient les instruments qui avaient servi à la dernière mesure du méridien, et des instruments à mesurer les angles. Le cercle répétiteur de Borda avait été construit par Lenoir; celui qui servit à MM. Biot et Arago pour mesurer l’arc méridien de Barce-
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loue à Form entera était l’ouvrage de Fortin. Gambey exposait un cercle répétiteur astronomique, un théodolite, un cercle répétiteur à réflexion, une boussole destinée à l’observation des variations diurnes de l’aiguille aimantée, et un comparateur. On voyait aussi, à l’exposition des instruments de précision, plusieurs objets fabriqués en platine, dans des conditions qui permettaient d’en abaisser le prix.
Le rapporteur du jury central était ce même Costaz, qui avait déjà rempli cette fonction aux trois expositions précédentes. Il était membre de l’Institut d’Egypte et avait fait partie du Tribunat. En signalant dans son rapport les éclatants résultats de l’Exposition de 1819, il comptait au premier rang, parmi les causes de nos succès, les travaux de notre Académie des sciences, la création de l’Ecole polytechnique, qui remontait à vingt-trois ans et fournissait déjà des chefs éclairés à nos industries, et l’action incessante de la Société d’encouragement, qui, depuis 1809, avait consacré son zèle et ses ressources à récompenser et à promouvoir le progrès industriel. Le passage suivant mérite d’être cité : «La réunion d’un grand nombre de fabricants et d’artistes (artistes industriels), venus de toutes les parties de la France pour assister à l’Exposition, a donné lieu de remarquer que presque tous les chefs des manufactures sont instruits dans les sciences dont dépend le genre d’industrie auquel ils sont adonnés ; il n’est pas rare d’en trouver qui sont profondément versés dans la connaissance des mathématiques, de la physique et de la chimie.')?
Le nombre des exposants s’élevait à 1,662 ; celui des objets exposés dépassait 6,000. Le jury décerna 80 médailles d’or. La liste des exposants qui obtinrent cette haute récompense contient plusieurs noms déjà connus par les pré-
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cédentes expositions : les Arpin, les Didot, les Erard, les Kœchlin, les Oberkampf, les Odiot. Parmi les noms nouveaux, on peut citer MM. Beaunier, Milleret, Duquenne, Irroy, pour les aciers; Dufaud, Labbé, Paillot, pour les différents travaux de sidérurgie; Bonnard, pour la filature de la soie; Baymond, pour la teinture; Jacquart. Le comte Chaptal obtint une médaille d’or pour la fabrication de son sucre de betteraves. Le roi donna vingt-trois croix de la Légion d’honneur. On assure que Jacquart, qui n’était qu’un chef d’atelier, s’étonna, dans sa noble et touchante modestie, d’en obtenir une; personne ne la méritait mieux que lui. Le roi créa deux barons : Ternaux et Oberkampf.
Il est très intéressant d’étudier, au point de vue de l’histoire de nos industries, les deux autres expositions de la Restauration : 1823, 1827; les trois expositions du règne de Louis-Philippe : 1 8 3 4 , 1839, 1 844 h). On voit la fabrication s’étendre ou se restreindre, suivant l’influence de la mode ou celle des événements. Tous les contre-coups de
(1) Jusqu’en 1819, il n’y avait eu d’expositions qu’en France. A partir de 1 820 , les étrangers commencèrent à nous imiter. Expositions à Gand en 1820, à Tournay en 1 82 A , à Harlem en 1825. La première exposition de Bruxelles eut lieu en i83o. Les Belges et les Hollandais y prirent part. Il n’y eut que des Belges aux expositions de Bruxelles en 1 835 ( 63 1 exposants), en 1 84 1 (975 exposants), en 1847 (1,059 exposants). L’Allemagne entra aussi dans le mouvement. Une exposition, où tous les Allemands furent admis, eut lien à Berlin en 1 834 (3,o4o exposants, dont 1 ,865 Autrichiens). Les expositions autrichiennes ne recevaient que les sujets de l’empire; il y eut 5g 4 exposants en 1 835 , 732 en 1 83g et 1,871 en 1 845. Les expositions se multiplient en Russie, et ont lieu tantôt à Moscou, tantôt à Saint-Pétersbourg. La première remonte à 1829.
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la politique se ressentent dans les ateliers. La paix, bien assurée, donne l’élan au travail; les préoccupations de guerres extérieures, les troubles du dedans, l’arrêtent. Cette histoire est utile à faire pour enseigner la solidarité à la grande famille des travailleurs, pour lui démontrer que la prospérité des patrons et celle des ouvriers ne peuvent pas aller l’une sans l’autre. Elle prouve aussi, cette histoire, que la paix intérieure naît plutôt de la liberté et de la confiance que d’une réglementation excessive. Pour prévenir les antagonismes, les mœurs font plus que la loi. Une exacte justice dans les contrats et dans leur exécution fait plus que tout. Pendant ces trente années, les découvertes proprement dites, en matières premières, forces productives ou procédés de fabrication, furent extrêmement rares ; l’énumération en sera bientôt faite. L’événement industriel le plus considérable de toute cette longue période, c’est l’application de la machine à vapeur, se substituant de plus en plus à la force humaine dans la plupart des fabrications. On peut suivre d’exposition en exposition les effets de cette transformation delà mécanique; mais la machine à vapeur elle-même et, en général, les machines et tous les grands outils ne figurent pas dans les galeries d’exposition. Il semble qu’on ait surtout l’idée de faire connaître les produits, et qu’on réserve les secrets de la fabrication, soit que l’on considère les machines comme moins propres à attirer l’attention du gros public, ou que l’habitude des exhibitions et le développement croissant de la concurrence n’aient pas encore complètement vaincu l’ancien préjugé de la propriété exclusive des méthodes. Nous allons passer très rapidement en revue ces expositions, et nous insisterons ensuite plus particulièrement sur l’Exposition de i84q.
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parce qu’elle nous fournira l’occasion de montrer où en était l’industrie française à la veille de deux événements qui ont été de véritables révolutions industrielles, savoir : la première Exposition universelle et le traité de commerce avec l’Angleterre en 1860.
11 y a eu, comme nous venons de le dire, cinq expositions, à des intervalles irréguliers, entre celle de 1819 et celle de 18/19. Ijes expositions de 1823 et de 1827 eurent lieu au Louvre, comme celle de 1819. Le nombre des exposants ne varia pas beaucoup : 1,662 en 1819, 1,6/12 en 1823, 1,693 eu 1827. Cette dernière année, l’Exposition fut avancée de vingt-cinq jours; elle commença le ier août. L’Exposition de 1 8 3 /1 , qui s’ouvrit le ier mai, avait 2,4/17 ex" posants : on fut obligé de construire un local sur la place de la Concorde. L’idée d’un palais de l’industrie fut mise en avant et discutée ardemment dans la presse. On donnait surtout des raisons économiques; personne ne prévoyait encore qu’un jour viendrait où le Champ de Mars luimême serait insuffisant , et où les objets exposés reflueraient sur l’esplanade des Invalides et les hauteurs du Trocadéro. En 1839, il vint 3,281 exposants; en i844, il en vint 3,960. Le flot montait. Ces deux expositions eurent lieu dans les Champs-Elysées.
Au siècle dernier, nos toiles de lin rivalisaient de succès avec nos soieries et nos étoffes de laine. La difficulté de filer des numéros très fins retardait pourtant le progrès de cette industrie. Tout se faisait à la main, par conséquent avec des pertes de temps énormes. Napoléon avait promis, en 1810, une prime d’un million à l’inventeur d’un métier mécanique à filer le lin. En 1819, en 1827, le jury constatait l’absence de ce métier et l’impossibilité d’y sup-
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pléer par le travail manuel. Ce ne fut qu’en i834 qu’on vit figurer à l’Exposition des fils de lin produits par une mécanique, et cette mécanique, nos fabricants étaient allés la chercher en Angleterre. Elle était pourtant d’origine française. L’année même où Napoléon promettait cette magnifique récompense d’un million, en 1810, un ingénieur français, déjà célèbre par plusieurs découvertes, prenait le brevet d’une machine qui réalisait le problème. L’histoire de cette machine et de son auteur est une des pages les plus tristes de l’histoire de l’industrie. Ni le Gouvernement ni les fabricants ne voulaient admettre la valeur du nouvel outil qu’on leur fournissait. Philippe de Gérard tomba dans la misère, fut poursuivi par ses créanciers, s’expatria. Il trouva plus de justice à l’étranger que dans son pays. Devenu, en Pologne, directeur général des mines, il multiplia les procédés nouveaux et les inventions fécondes. H fonda aussi une filature mécanique du lin, d’après son système qui fut imité partout, et notamment en Angleterre. C’est de là qu’il nous revint. Philippe de Gérard revint lui-même en France pour faire valoir ses droits, mais sans pouvoir y réussir. Ses anciens créanciers recommencèrent leurs poursuites; il fut réduit à se cacher, et mourut misérable en i8i5, pendant que le métier inventé par lui transformait la filature du lin dans toute l’Europe. Ses droits ne furent reconnus qu’en 1 8Ù9 , et le Gouvernement, au lieu d’un million, ne donna que deux modiques pensions de 6,000 francs, l’une à son frère, l’autre à sa veuve. Notre industrie linière subissait depuis quelques années une crise redoutable, due à l’invasion du coton. Sans cette concurrence, elle aurait certainement pris des développements considérables. Elle dut s’estimer heureuse de ne pas déchoir de son rang. Les
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batistes françaises, qui avaient si longtemps tenu la tète du marché européen, tout en conservant leur rang et leur qualité, cédaient le pas, pour la quantité, aux percales et aux mousselines. La vogue était décidément acquise à ces nouvelles venues, dont le bas prix défiait toute concurrence.
Nos premières filatures de coton n’exposèrent que des fils un peu gros. Elles ne s’élevèrent pas, en 1819, au-dessus du n° 200. Par la suite, et grâce à une forte protection que leur assurait le marché national, elles s’essayèrent dans des numéros plus fins. O11 vit, en 1823, le n° 291, le 110 3oo, et même le n° 34 1 en i834. Charles Dupin, rapporteur général, remarquait cette même année que l’importance de nos filatures, au point de vue de la quantité, avait doublé en quinze ans. Au début, on avait réuni les deux industries de la filature et du tissage; on commença à les séparer, ce qui fut considéré comme un progrès, parce que, disait-011, le fabricant pourra consacrer tous ses soins et tous ses capitaux au genre d’industrie qu’il aura préféré. Une raison meilleure, qu’on ne disait pas ou qu’on ne voyait pas, c’est que le tissage réussissait mieux chez nous que la filature. Nos tissus étaient aussi lins et aussi serrés que les tissus anglais. Nous étions obligés de les maintenir à des prix élevés à cause de la cherté des matières premières; mais nous nous assurions, à l’aide des droits protecteurs, le monopole du marché français.
O11 peut se rendre compte des progrès de l’industrie cotonnière en France par les chiffres suivants : l’importation du coton non filé était, en 1789, de 4, 770, 221 kilogrammes; elle s’est élevée, en i8o3, à 10,71 6,465; en 181 5, à i6,4i4,6o6; en 1826, à 24,667,312; en 1 8 3 5 , à 38,759,819.
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Au point de vue de ta consommation, l’introduction des étoffes de coton était un grand progrès, parce que cette étoffe nouvelle ne se substituait pas aux étoffes anciennes, elle s’y ajoutait. La population, trouvant des étoffes à meilleur marché, en consommait une plus grande quantité. La progression aurait été bien plus considérable si la douane l’avait permis. Au point de vue de la production, l’industrie nouvelle employait beaucoup d’ouvriers et leur dormait de bons salaires. Elle commençait l’ère des grandes agglomérations industrielles, non seulement par ses propres usines, mais parce que, pour les autres textiles, obligés de lutter contre le coton, les procédés mécaniques se substituèrent de plus en plus à l’ancienne méthode du travail à bras; une autre conséquence, plus grave, sur laquelle les écrits de MM. Blanqui et Villermé appelèrent fortement l’attention publique, fut l’introduction des femmes dans les usines. Comme il ne s’agissait plus de force pour la plupart des fonctions, mais d’attention persévérante et d’un peu d’adresse, et comme, d’autre part, les femmes, ayant moins de besoins, pouvaient se contenter de salaires moindres, la tendance fut de les préférer aux hommes, ce qui modifiait profondé ment la situation de la famille. Notre industrie cotonnière, qui prospérait sur le marché français, ne pouvait espérer de dépasser nos frontières et de lutter sur les marchés européens, ce qui est la condition indispensable de la grande consommation et de la grande production , et la seule chance sérieuse pour une industrie d’accroître la richesse nationale, qu’une industrie protégée et restreinte à la consommation intérieure concourt tout au plus à entretenir. Quoiqu’il fût vrai que le coton s’ajoutait aux autres tissus plutôt que de s’y substituer, le lin , cependant , et le chanvre , dont les
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produits étaient analogues à ceux du coton, subissaient un arrêt assez marqué, le lin surtout. Une fabrication où nous étions les maîtres diminuait au profit d’une fabrication où nous ne pouvions pas occuper le premier rang. Comme nous sommes producteurs de lin, notre agriculture était frappée en même temps que notre fabrique. Au contraire, nous recevons le coton de seconde main; il serait plus exact de dire que nous le recevons de troisième main , en comptant le pays producteur et le pays importateur. Les grands pays producteurs sont l’Amérique d’abord, l’Inde ensuite; presque toute la messagerie se fait par paquebots anglais ou américains. En général, la force dépensée par un pays, dans une fabrication où il excelle, produit pour le monde et introduit spécialement, dans le pays producteur, une plus grande masse de richesse que la même quantité de force employée à une fabrication dans laquelle il est condamné à n’occuper que le second rang.
La France était renommée depuis longtemps pour ses impressions sur étoffes. Elle conservait, sous la Restauration et sous le Gouvernement de juillet, cette supériorité. L’accroissement de la consommation des tissus fournissait à l’impression une plus grande quantité de matières premières* La question de l’admission temporaire commençait à se poser. Nos tissus écrus coûtaient plus cher et ne valaient pas mieux que les tissus étrangers ; mais nos impressions étaient d’un goût plus pur, et la mode les préférait avec raison. Il y avait donc avantage pour les étrangers à introduire des écrus en franchise, à condition de les réexporter après impression. Le privilège était donné plutôt à nos imprimeurs, à qui il fournissait du travail, qu’au tisseur étranger. Mais, d’autre part, le tisseur indigène réclamait; il voulait qu’on
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lui assurât non seulement la vente directe de ses marchandises, mais la fourniture des impressions et des teintureries. 11 invoquait, outre son intérêt particulier, celui du fisc, les admissions temporaires étant une occasion et un moyen de frauder les droits du Trésor.
Nous n’avions pas perdu notre rang dans les grandes industries de la soie et de la laine, auxquelles le coton fait une concurrence beaucoup moins directe qu’à la toile. Au contraire, les progrès étaient sensibles. Dans la soierie, Lyon conservait et augmentait chaque jour sa supériorité, due à l’habileté de main-d’œuvre de ses ouvriers, au goût de ses chefs d’atelier et à l’excellent esprit de ses négociants, toujours en éveil sur les besoins de la consommation et les moyens de prévenir ou de satisfaire les caprices de la mode. Nîmes fabriquait aussi de belles étoffes de soie; Saint- Etienne marquait surtout sa place dans la production des rubans. L’emploi de la bourre de soie constituait une industrie nouvelle, qui devint en peu d’années florissante, et qui contribua à la prospérité de l’industrie principale, en employant le débourrage et en diminuant par conséquent les déchets. Le rapporteur de i834 signalait également le progrès des soies brochées et des impressions sur étoffes de soie. Déjà on commençait à l’étranger à reproduire nos modèles et à réduire la fabrique lyonnaise à une sorte de fabrique d’échantillonnage, mais l’imitation avait grand’ peine à valoir les originaux, et la possession de la fourniture des échantillons équivaut à la direction de la mode et assure la haute main sur le marché. En un mot, on ne craignait pas alors la concurrence pour nos nouveautés, on en craignait seulement la contrefaçon.
Plusieurs procédés nouveaux avaient été introduits depuis
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le commencement du siècle dans la culture du ver à soie, mais ils remontaient aux premières expositions. Le ver sina, qui produit la soie blanche dont nous avions été si longtemps privés, prospérait déjà en 1819. Le progrès se continua en 1823, en 1827. Charles Dupin, rapporteur, signalait, en 1 834 , une diminution de notre production qui, d’ailleurs, ne portait pas moins sur la soie jaune que sur la soie blanche. Les petites exploitations suivaient les routines anciennes, leurs vers périssaient, ou ne montaient pas, ou donnaient du fil dépourvu de nerf. On calculait le rendement à 35 kilogrammes de cocons pour 1,000 kilogrammes de feuilles; ce chiffre, qui était encore celui de 1839, au moins comme moyenne, prouvait éloquemment l’incurie de nos éleveurs. En cette même année de 1 8 3 9 , le jury récompensa M. Camille Beauvais, dont l’établissement, situé aux Bergeries, en Seine-et-Oise, produisait jusqu’à 90 kilogrammes par 1,000 kilogrammes de feuilles. INon seulement M. Camille Beauvais produisait plus que ses concurrents, il produisait aussi à moindres frais. 11 avait introduit dans ses ateliers tous les progrès dus à la mécanique et à la chimie modernes. Une partie de la maind’œuvre était remplacée par des moyens mécaniques qui ne laissent aucune prise à l’erreur ou à l’arbitraire. U11 appareil de chauffage et de ventilation assurait la salubrité de la température. L’appropriation des filets au défilement, la fréquence de l’alimentation, la préparation des feuilles dans le premier âge des vers, la mise en bruyère par des ramées symétriques, tout était chez lui simplement, méthodiquement organisé. M. Camille Beauvais, là était le secret de sa supériorité, était tout à la fois un savant et un praticien; c’était aussi un professeur. 11 avait établi aux Ber-
geries un cours gratuit qui, en 1839, était suivi par i5o élèves. Les conseils généraux des départements du Midi y envoyaient des auditeurs à leurs frais. Si ce mouvement avait été suivi, s’il nous avait donné une race d’éleveurs instruits et se tenant toujours au courant de la science, nous n’aurions pas eu le désagrément de voir, après la maladie des vers à soie, les procédés de M. Pasteur appliqués en Italie avant de l’être chez nous. 11 a fallu bien du temps pour que la science, qui a toujours été cultivée en France avec éclat dans toutes ses branches, prît enfin, dans notre pays, la direction du travail. En agriculture surtout, nous avons toujours été, jusqu’à ces derniers temps, un pays arriéré. Nous ne nous sauvions que par les qualités exceptionnelles de notre sol et de notre climat. Young signalait déjà, au siècle dernier, cette contradiction entre ce que nous aurions pu être et ce que nous étions par notre propre faute. Il expliquait en partie cette situation par l’état misérable de nos paysans; cette cause d’infériorité a disparu; il en reste une autre, dont on 11e saurait méconnaître la gravité, c’est l’extrême division du sol. Le paysan français manquait de liberté avant 1789; à présent, il manque d’argent et d’espace. On a lutté contre ce mal en introduisant le crédit dans l’agriculture; il reste à y établir l’esprit d’association, mais il faut surtout la régénérer par la science. Nous verrons, en 1869, un magnanier des Basses-Alpes, M. Robert, propager, comme M. Camille Beauvais l’avait fait avant lui, les grands principes de propreté, d’aération, de choix dans l’aliment, de régularité dans la distribution, sans parvenir à produire une transformation dans les habitudes routinières de nos éleveurs. Il 11e fallait rien moins, pour fonder l’autorité de la science dans toutes les branches
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du travail humain, que les expositions internationales et le libre-échange.
On peut dire de toutes les industries de la laine ce que nous avons dit des industries de la soie : elles avaient progressé, elles ne s’étaient pas renouvelées. C’est l’histoire de nos ateliers de toutes sortes pendant ces trente années. Nous tenions toujours la tête du marché européen, soit pour nos laines cardées et notre draperie fine, soit pour les laines peignées et les étoffes rases pour robes et ameublements. On disait, non sans raison, qu’Elbeuf et Sedan avaient atteint la perfection. La concurrence anglaise n’avait pas pris alors, pour la quantité et même pour la qualité, l’importance quelle a due depuis à l’usage définitivement et universellement adopté de la vapeur. Nous n’avons transformé nos métiers à bras en tissages mécaniques mus par la vapeur que longtemps après elle. Nous avions des usines à vapeur pour la filature et le tissage du coton; mais nous conservions les métiers à bras pour la soie et pour une grande partie de la fabrication de la laine. Cependant notre industrie ne restait pas stationnaire. Même sous la Restauration, des machines ingénieuses commençaient à s’introduire dans les ateliers pour donner au travail plus de régularité et de rapidité. On en voyait quelques-unes dans les expositions, qui n’étaient plus, comme au début, de simples exhibitions de produits. Le jury de 1827 récompensa une machine à peigner la laine exposée par M. John Collier, rr Cette machine, dit le rapporteur, peut être soignée par deux enfants, lorsqu’un moteur y est appliqué; elle fait la besogne de cinq peigneurs à la main, a Ce sont les premiers pas de la lutte entreprise par la mécanique contre la force purement humaine ou animale.
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L’invention de la peigneuse appartient à M. Godart. M. John Collier l’avait perfectionnée en 1827, et il acheva de lui donner toute la valeur dont elle était susceptible en i83A. Le même fabricant exposa, en 1827, un métier à tisser le drap de la plus grande largeur, au moyen d’un moteur continu de rotation ; en 1 8 1 9 , en 1 8 2 7 , une tondeuse ; en 1 8 3 4 , une machine destinée à découper l’envers des châles. Il était en même temps fabricant de machines à vapeur. M. Cavé, d’abord simple ouvrier dans la maison de John Collier, devint son concurrent pour cette partie, et reçut la croix d’honneur en i83A. M. Calla inventa une machine pour tisser la laine; le premier modèle construit en France de la machine à vapeur, à double effet, de Watt, sortit de ses ateliers. Des mécanismes divers dus à MM. Poupart, Sevenne, Hache-Bourgeois, Scrive, André Kœchlin, Japy, signalèrent l’activité féconde de cette époque. L’invention de la roue hydraulique de Poncelet fut à juste titre considérée comme un événement.
La production de la laine se faisait chez nous dans de bonnes conditions. Nous n’avions pas encore à redouter la formidable concurrence que nous ont faite depuis les laines de l’Australie et de la Plata. L’acclimatation du mérinos était un fait accompli. Non seulement nous n’étions plus tributaires de l’Espagne pour ce beau produit, mais après avoir alimenté nos fabriques, il nous restait des quantités importantes pour l’exportation. Notre laine de mérinos n’était peut-être pas supérieure à la laine espagnole, mais elle était au moins égale; et comme nos éleveurs la traitaient avec plus de soin et la livraient au commerce en meilleur état, elle était plus recherchée que la laine espagnole, quoique ses prix fussent plus élevés.
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Enfin, outre la soie, la laine, le lin, le chanvre, que notre sol fournissait aux filateurs et aux tisserands, nous avions importé les chèvres de race kirghize, dont le duvet fournit la matière première du cachemire. Nous avons déjà mentionné , à l’occasion de l’Exposition de 1 8 1 9 , les efforts d’abord heureux de M. Ternaux et de M. Joubert pour doter la France de cette belle race. La race kirghize ne produit pas un duvet aussi fin, aussi nerveux et aussi brillant que la race thibétaine; le tisserand européen, payé plus cher et travaillant plus vite, n’arrive pas à la même perfection que l’ouvrier indien; et néanmoins, soit pour la matière, soit pour le travail, nos produits ressemblaient tellement aux plus beaux châles de l’Inde, qu’il fallait des yeux exercés pour les discerner. Les troupeaux introduits par M. Ternaux avaient, ou semblaient avoir parfaitement réussi en France. Les châles Ternaux luttaient de beauté avec les magnifiques produits de l’Inde et se vendaient beaucoup moins cher. Nous avons conservé la vogue dans cette industrie, tant que le châle a été une partie très importante de la toilette féminine; et même à présent qu’il a été presque complètement abandonné pour une variété surprenante de pardessus, de mantes, de paletots, nous occupons encore le premier rang dans cette fabrication diminuée, et en quelque sorte découronnée.
La manufacture des Gobelins nous assure depuis longtemps la supériorité pour les tapis de tenture et les tapis de pied en laine ou en d’autres matières premières analogues. D’importantes fabriques s’établirent à Paris, à Beauvais, à Aubusson. Les tapis d’Aubusson, dus à M. Sallandrouze de Lamornaix, jetèrent un grand éclat sur l’Exposition de i83A. Disons sur-le-champ qu’on y constata aussi le pro-
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grès des étoffes de crin et de paille. Le caoutchouc, grâce à MM. Rattier et Guihal, y fit très bonne figure. On découvrit qu’il pouvait donner lieu à des applications très diverses. Notre exportation prit rapidement de l’importance. Mais ce n’étaient là que des industries très accessoires auprès de nos grandes industries de la soie, du coton, du lin et de la laine.
La laine nous intéresse de deux façons, comme industriels et comme éleveurs. Jusqu’en 1 84g, elle ne parut dans nos expositions qu’à titre de matière première industrielle, et non à titre de produit agricole. Elle fut, en conséquence, jugée uniquement suivant la beauté des échantillons; mais quoique tous les jurys s’accordassent à comparer les laines entre elles, il est évident qu’on ne doit pas faire cette comparaison uniquement au point de vue de la qualité, et sans tenir compte des conditions économiques de la production. Le mouton donne de la viande et de la laine. Pour certaines races et pour certaines contrées, il peut être expédient de sacrifier la laine à la viande ou la viande à la laine. H est difficile, dans les soins qu’on donne aux troupeaux, de concilier l’intérêt de la boucherie et celui des filatures. Tantôt l’habileté consiste à tout sacrifier à la laine ou à la viande; et tantôt il vaut mieux viser à la fois à la viande et à la laine, qui, dans cette condition, arrive difficilement aux qualités supérieures. Le jury doit donc apprécier les produits exposés, plutôt au point de vue agricole qu’au point de vue industriel.
C’est seulement en 1 8 4 g que l’agriculture eut une section séparée et proportionnée à la grande place qu’elle occupe dans la richesse et le travail national. Dans toute la période qui nous occupe, on n’exposait le lin, la soie grège, la laine, que comme accessoires des industries du
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tissage. Il était grand temps de faire cesser cette étrange anomalie. Non seulement l’agriculture est par elle-même une grande industrie, la plus grande et la plus nécessaire de toutes; mais elle est en connexion intime avec toutes les autres industries, par les matières premières quelle leur fournit, par les résidus quelle leur emprunte, par les procédés mécaniques quelle emploie. Nous parlions tout à l’heure de la laine pour montrer la connexion de la profession d’éleveur avec celle de filateur ou de tisserand. Ce n’est pas seulement pour les chèvres de race kirghize, ou pour les moutons mérinos; la laine est un produit important, même chez les moutons destinés particulièrement à la boucherie et quand elle ne sert de matière première que pour la bonneterie, les couvertures, les matelas. On peut dire aussi, en ce qui concerne les textiles végétaux, que le cultivateur qui produit du lin ou du chanvre, doit se préoccuper de la manière dont ils seront mis en œuvre. Quand la filature mécanique s’est substituée au rouet ou au fuseau, elle s’est placée d’abord au centre des pays producteurs; puis, une séparation regrettable pour les deux industries s’est produite; ici, on a manqué de capitaux suffisants pour fonder une fabrique; ailleurs, le lin a cédé la place au colza ou à la betterave. L’extraction de fhuile de colza, la fabrication du sucre de betteraves, se rapprochent tellement de l’agriculture que ces industries font partie le plus souvent de l’exploitation agricole, comme la fabrication du vin, du vinaigre et des eaux-de-vie. Même quand les industries sont divisées, elles sont dans une dépendance réciproque. La filature de soie dépend de la magnanerie, et la magnanerie dépend de la filature de soie. La division du travail, qui est un progrès mécanique, ne doit jamais
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nous faire perdre de vue la connexion des intérêts, qui est la source des progrès économiques.
L’agriculture, depuis le commencement du siècle, a subi une double transformation : l’une quelle doit à la chimie, et dont les progrès étaient déjà frappants sous la Restauration; l’autre, qui est le perfectionnement de son outillage, et dont nous ne voyons encore, dans la période qui s’étend de 1819a 1889, que les tâtonnements. Le drainage n’a été appliqué en France, d’une façon sérieuse, qu’en i846, et les travaux de M. Boussingault sur la chimie agricole n’avaient pas encore exercé leur heureuse influence sur l’application des engrais. On commençait en 1839 à comprendre l’importance de varier les amendements et les engrais selon la nature de la terre et son degré de richesse et d’épuisement; on cherchait, et on trouvait des engrais nouveaux, les plantes maritimes, le guano. M. Derosne, habile raffineur de sucre, se servait utilement du sang des abattoirs. L’étude approfondie des engrais chimiques, de leurs quatre éléments constitutifs, et de l’influence. prépondérante de l’un ou de l'autre de ces éléments suivant le végétal que l’on veut produire, n’est venue que longtemps après. Cette nouvelle transformation de la science agricole, qui sera probablement une transformation de l’agriculture, est tout à fait contemporaine.
Parmi les grandes innovations de ce siècle, il faut citer la fabrication du sucre indigène. Introduite en France pendant le blocus continental, récompensée déjà, sous l’empire, dans la personne de Chaptal, puis un moment découragée quand la France rentra en libre pratique avec ses colonies et avec les Etats européens, elle prit à la fin de la Restauration un très grand essor. La fabrication du sucre donne
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aux cultivateurs le moyen d’acheter des engrais, ce qui équivaut presque à acheter de la fertilité; et l’extraction de la matière sucrée n’enlevant à la racine qu’une partie de ses éléments nutritifs, la pulpe et le feuillage fournissent aux animaux une alimentation abondante.
Si l’agriculture n’avait pas été appelée à l’Exposition de i834, les fabricants d’instruments aratoires y étaient largement représentés; on constatait de ce côté un grand et sérieux progrès. Semblables aux indigènes de l’Algérie qui, aujourd’hui encore, restent fidèles à leurs anciennes et insuffisantes charrues, nos cultivateurs s’obstinaient à suivre en toutes choses la routine paternelle. Nos voisins avaient beau appliquer les vrais principes et transformer la maind’œuvre, rien ne pouvait vaincre l’entêtement et l’aveuglement de nos campagnes. La charrue de Grangé, qui fut récompensée en i834, nous rendit, entre autres services, celui de donner le branle à la transformation de notre outillage agricole, qui, depuis ce temps, et grâce surtout à Mathieu de Dombasle, n’a cessé de marcher à grands pas. Grangé n’était qu’un simple garçon de ferme. Il n’avait pas même envoyé sa charrue à l’Exposition, tandis qu’on y voyait figurer 20 charrues imitées de la sienne; mais le jury lui décerna la médaille d’or, et le roi y ajouta la croix d’honneur. «Par l’emploi de cette charrue, disait le rapporteur, le tirage des animaux est rendu moins pénible du quart au sixième, le travail du socle dans la terre est régularisé, les mouvements brusques sont neutralisés; enfin, la conduite de la charrue est rendue si facile qu’on peut, sans apprentissage, avec une force musculaire très médiocre, ouvrir un sillon parfaitement droit. y> Le jury décerna également une médaille d’or à Mathieu de Dombasle, qui avait
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établi à côté de sa ferme modèle de Roville (Meurthe) une fabrique d’instruments aratoires; le rapport signalait de nouveaux semoirs, des herses, des extirpateurs, des machines à battre et à égrener, à écraser, moudre, pulvériser, féculiser, des pétrins mécaniques, des pressoirs, etc. Le mouvement était donné. Plus de 6,000 instruments aratoires étaient sortis, en moins de dix ans, de la fabrique de Roville.
La consommation de la houille, sans atteindre la quantité dévorée aujourd’hui, et dont le chiffre est effrayant, s’accroissait dans une forte proportion, à mesure que l’usage de la machine à vapeur se généralisait. 3 s* de nos départements nous donnaient de la houille, 1 4 du lignite, 4 de l’anthracite. 4 départements: Aveyron, Loire, Saône-et-Loire, Nord, fournissaient, à eux seuls, les quatre cinquièmes de notre production houillère. Nous avions quelques mines de cuivre, celle de Poullaouen, par exemple, qui ne donnaient pas des résultats très avantageux. On découvrit à Vie, en 1823, une mine de sel gemme, dont les produits furent abondants et de belle qualité. Nos marbres français, très recherchés sous l’empire romain, employés depuis avec succès sous François Ier, Henri IV, Louis XIV, et que la vogue avait abandonnés, furent de nouveau remis en honneur. Tandis que nous faisions venir des marbres de très loin et à grands frais, nous en avions chez nous qui pouvaient rivaliser avec ceux de la Grèce.
Notre principale richesse minérale est le fer. 7 4 de nos départements, sur 86, concouraient, en i834, aux divers travaux métallurgiques dont le fer est l’objet, extraction du minerai, production de la fonte, du fer, de l’acier. Charles Dupin faisait le calcul suivant, pour montrer comment le
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travail humain accroît la valeur d’une richesse naturelle. Le minerai enfoui dans la terre vaut, dit-il, moins d’un million. Extrait, il vaut, brut, 3,6 o 6,3 o 8 francs. Le grillage, le lavage, le transport, ajoutent une plus-value de 5,763,3o6 francs. Valeur créée par la production de la fonte : 32, 437, 5 5 1; par des secondes fusions de la fonte : 3,56i,382; par la production et les transformations du fer: 36,72/1,539; par la production de l’affinage et la transformation de l’acier : 5, 1 5 6,0 39. Valeur totale : 87,252,125 francs. Ainsi, moins d’un million, valeur représentative du minerai non tiré de la terre, par ses transformations successives en fonte, en fer, en acier, produit une valeur qui surpasse 87 millions. Pour opérer ce prodige, l’industrie n’a besoin que de 60,000 ouvriers. Mais, une fois le fer et l’acier en état d’être employés, les industries, dont le fer est la matière première, occupent 1,320,000 individus, et leur travail produit 3oo millions de francs.
De 1823 à 1827, la consommation de la fonte de fer s’accrut en France de 64,ooo quintaux métriques. La consommation du fer s’accroissait dans une proportion de 3 1/2 p. 0/0 par an. cc La quantité de fer consommée en France double en vingt années, disait le rapport, n Des établissements se formaient de tous côtés; on pouvait suivre d’année en année leur multiplication et leurs développements. La vapeur et les chemins de fer, à la fois grands consommateurs et outils incomparables, augmentaient, dans une progression jusqu’alors inconnue, la force productive et la production de nos usines métallurgiques. C’est l’époque des Émile Martin, des Schneider, des Derosne et Cad, des Frèrejean, des Massenet, des Durenne, qui doivent porter
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si haut la prospérité et l’éclat de la métallurgie française. Il faut citer aussi les Grimpé, les Farcot, les Péqueur, les Gouin, les Eugène Flacliat, les Roswag. De nouveaux procédés diminuaient la dépense de la houille; de ce nombre étaient le soufflage à air chaud, introduit par M. Taylor dans la production de la fonte, et l'exhaussement des hauts fourneaux pour la fabrication du fer. Les forges de Fourchambault prirent une importance considérable, due à l’habileté de M. Boignes et de M. Emile Martin. La production de l’acier, qui était de 5, 4 8 5,3 oo kilogrammes en 1827, ne dépassait pas 6,26/1,900 kilogrammes en i834; mais si le progrès était lent au point de vue de la quantité, pour la qualité il était rapide. L’élan donné en 1819 à la fabrication des faux, râpes, scies et ressorts, ne se ralentissait pas. Il en était de même de la fabrication des tôles et delà tréfderie d’acier, de fer, de cuivre, de laiton. L’industrie des lits en fer, qui avait fait son apparition en 1827, était très florissante en 1 834. La société d’Imphy (Nièvre) parvint à laminer le bronze de manière à fournir à la marine les feuilles de doublage dont elle avait besoin. Le jury de 180 ô signalait encore l’heureuse situation de notre coutellerie, de notre fabrication d’armes blanches, l’invention du fusil à piston et des armes à feu se chargeant par la culasse.
Une industrie qui brilla surtout en 1839, et dont les succès ne firent que s’accroître aux expositions suivantes, est celle de la fabrication des instruments de chirurgie, à la tête de laquelle était placé M. Charrière. La France réussissait alors dans la fabrication de tous les instruments de précision, de ceux qui ont pour base l’acier et le fer, et de ceux qui se servent de cristaux. Ses opticiens produisaient de véritables chefs-d’œuvre. Soleil était un artiste de premier ordre.
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Nous pourrions citer aussi avec orgueil les lunettes astronomiques de Cauchois, le microscope de Chevalier. Le phare lenticulaire et à rotation de Fresnel, qui n’est pas seulement un fait important pour la navigation, mais une démonstration de sa théorie sur les vibrations lumineuses, remonte à 1827. À partir de ce moment, un grand nombre de phares furent construits d’après sa méthode en France et à l’étranger. Dans l’horlogerie, nous avions Winnerl, Lepaute, Wagner, Bréguet, Robert. Un chronomètre exposé par Berthoud n’avait éprouvé en trois mois qu’une perturbation de trois dixièmes de seconde. Les frères Japy fabriquaient, outre leurs mouvements d’horlogerie, des peigneuses, des vis à bois, des outils, de la chaudronnerie. Dans la fonte d’art, Eck et Durand se plaçaient au premier rang.
La chimie industrielle commençait pendant cette période la série de ses découvertes. La plus célèbre fabrique de produits chimiques, à la fin du xvme siècle, était celle de Chaptal; cette industrie se propagea rapidement, grâce aux progrès de la science. De grandes usines furent fondées à Thann, Bouxwiiler, Saint-Gobain, Loos. La substitution de l’éclairage par le gaz, à l’éclairage par les solides et par les liquides, fut une amélioration considérable pour le travail des ateliers, la police et l’agrément des villes. Le premier appareil pour chauffer et éclairer les appartements par la combustion du gaz remonte à 1786 et est dû à un ingénieur français nommé Lebon. Un Anglais, nommé Murdoch, éclaira par le gaz, d’abord sa propre maison, et ensuite les ateliers de Watt et Bolton, à Soho (près de Birmingham). La première compagnie pour l’éclairage au gaz de la ville de Londres fut fondée en 1812; et la première compagnie pour l’éclairage au gaz de la ville de Paris remonte à 1 8 1 7.
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Cette année-là le passage des Panoramas fut éclairé au gaz. Paris et la province voulurent voir cette merveille, ce qui n’empêcha pas la compagnie de se ruiner. Une seconde compagnie réussit après des sacrifices considérables. C’est seulement en 1829, sous l’administration de M. de Belleyme, qu’elle obtint d’éclairer par le gaz les lanternes de la place Vendôme. Divers appareils pour l’éclairage au gaz figurèrent à l’Exposition de i834. Dès cette époque, le gaz se propageait rapidement dans les ateliers, et la ville de Paris, devancée depuis bien des années par Londres et d’autres capitales, commençait à remplacer ses antiques réverbères par des becs de gaz. Le progrès, d’abord lent, puis rapide, devint à la fin foudroyant. En 1 8 5 5 , le chiffre de la consommation parisienne fut de 40,77/1,000 mètres cubes. Dix ans après, il était déjà de 1 16 millions. Aujourd’hui on chercherait vainement, dans les quartiers les plus reculés et les plus déserts, la lanterne suspendue à une corde ou à une ficelle qui causa tant d’admiration aux Parisiens quand elle fut inaugurée par M. de Sartine.
C’est aussi vers i834 que la bougie stéarique, due aux travaux de M. Chevreul et de Gay-Lussac sur les corps gras , parvint à se généraliser. On voyait à l’Exposition des pyramides de bougies d’une blancheur à défier les bougies de cire et de blanc de baleine. En 1839, M. de Milly obtint une médaille d’or pour les perfectionnements apportés par lui à cette industrie, qui fut toute une révolution dans nos usages domestiques. La bougie stéarique 11’a pas le pouvoir éclairant de la bougie de cire, ni surtout de la bougie de blanc de baleine; mais elle coûte à peine plus cher que la chandelle et éclaire beaucoup mieux.
La chimie nous procura aussi de nouvelles couleurs,
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parmi lesquelles il faut particulièrement citer le bleu Guimet ou bleu d’outremer factice, vendu deux cents fois moins cher que le bleu extrait du lapis— lazuli. La garance était à cette époque employée pour la plupart des teintures. On la cultivait en grand dans le Bas-Rhin, dans Vaucluse, eu Algérie. La découverte toute récente de l’alizarine artificielle a produit, dans l’industrie de la teinturerie, de profonds et heureux changements.
Les premiers travaux de Vicat sur la chaux de construction, les bétons et les mortiers, remontent à 1818. Mais ses découvertes n’acquirent la célébrité qui leur était due que quand il en eut fait lui-même l’application au pont de Souillac (Lot), achevé en 1823. Ses belles recherches sur les gisements de chaux hydraulique naturelle lui valurent, en 1837, Pr^x de statistique à l’Académie des sciences. La découverte de la photographie, qui se rattache aux travaux de Niepce, Daguerre et Fizeau, ne fut définitive qu’en 1839. Vers la même époque, un Anglais, M. Fox Talbot, découvrit un procédé qui parut d’abord très inférieur parce qu’il donne une image négative, tandis qu’avec la plaque daguerrienne, on obtient immédiatement une image conforme à la nature; mais c’est l’emploi du procédé Talbot qui permet la transformation de l’épreuve en cliché et la reproduction sans limites. En 18/19. les photographes obtinrent l’autorisation d’établir à leurs frais une galerie spéciale dans un coin du palais. On y entrait en payant une rétribution supplémentaire de 5o centimes. La photographie, dont la popularité fut immense dès les premiers essais des daguerréotypes, était, dans ces commencements, repoussée par les artistes, qui 11e prévoyaient pas les services qu’elle leur rendrait un jour, et, malgré les éloges d’Arago, les
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savants n’y voyaient encore qu’une expérience très intéressante sur l’action des rayons lumineux.
11 faut signaler particulièrement, parmi les industries françaises dont la prospérité s’attesta aux diverses expositions de la Restauration et du Gouvernement de juillet, la tannerie, la mégisserie, toutes les fabrications de natures diverses connues sous le nom de cuirs et peaux, la fabrication de porcelaine, qui devait son principal lustre à la manufacture royale de Sèvres, mais qui, dans l’industrie privée, faisait la richesse de Limoges, les verreries et les cristalleries, la manufacture de glaces de Saint-Gobain, celle de Cirey, les progrès de la papeterie à la mécanique, qui ne comptait qu’une seule maison à l’époque de l’Exposition de 1819 et qui en avait 12 en i83ù, les papiers peints, les impressions sur étoffes, la typographie, illustrée par la dynastie des Didot. La maison Erard obtenait en 182 3 la médaille d’honneur pour ses harpes, en 1827 pour ses harpes et ses pianos, et commençait ainsi la série de ses succès, qui se sont continués jusqu’à nos jours, non seulement dans les expositions nationales, mais dans les expositions universelles; M. Pleyel obtenait en 1827 la même récompense pour ses pianos unicordes ; M. Gavaillé-Goll, pour ses orgues, en 1 8 4 à. Dans une autre sphère, i’ébénisterie française, qui était alors sans rivale, exposait quelques meubles où la sculpture, les incrustations et les cuivres prenaient une place peut-être trop importante. L’industrie du vêtement ne fut pendant longtemps représentée que par les tissus. Nous trouverons plus tard les produits de nos couturières et de nos tailleurs, la chaussure, la ganterie, toutes branches importantes de nos exportations, les accessoires du vêtement, plumes et Heurs, boutons, etc., dentelles, bro-
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deries. La confection fut représentée en 18/19 pour la première fois. La place de Paris était déjà, avant cette époque, la première du monde pour la plupart de ces objets, et il n’était que juste de les compter parmi les chefs-d’œuvre du travail national.
Charles Dupin fit le rapport de l’Exposition de i834. Ce rapport, comme ceux de Costaz de 1801 à 1 8 1 9 , et ceux de MM. Héricart de Thury et Migneron en i8^3 et 1827, était unique; il donnait un jugement d’ensemble sur l’Exposition, et rendait compte sommairement des travaux des jurys de classe. C’est seulement à partir de 1 8 3 9 qu’on entreprit de donner de hï publicité à tous les rapports particuliers. Chaque industrie se trouva ainsi appréciée à part, avec tous les développements nécessaires, et par un homme compétent. Depuis, on a toujours essayé de combiner les avantages des deux systèmes, en chargeant un rapporteur général d’écrire la préface des rapports particuliers. Ce rapport a une grande importance scientifique et philosophique, quand les fonctions de rapporteur général sont confiées à des hommes tels que Charles Dupin, Michel Chevalier ou Le Play.
La République de 18/18 aurait pu hésiter à faire l’Exposition nationale des produits de l’industrie dont l’échéance tombait en 18/19. La France et le monde étaient si profondément troublés qu’on pouvait se demander où en était le travail; il faut se rappeler que jamais les diverses écoles socialistes ne s’étaient donné plus ample carrière. M. Tourret, ministre du commerce, le général Cavaignac, chef
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du pouvoir exécutif, et l’Assemblée nationale pensèrent avec raison qu’il était urgent de donner à l’industrie une preuve de confiance. On en était à chercher le moyen d’alimenter les ateliers par des commandes de l’Etat; l’Exposition, en excitant une généreuse émulation, ferait plus et mieux que toutes ces ressources factices. Paris, qui avait été dévasté et appauvri, reprendrait une vie nouvelle par l’affluence des visiteurs. Il fut question de placer l’Exposition aux Tuileries; mais le palais n’a qu’une superficie de 6,000 mètres, et il en avait fallu 2/1,000 pour servir aux besoins de i864. On parla aussi de construire un palais permanent dans les Champs-Elysées. Les expositions, qui, dans la pensée de François de Neufchâteau, ne devaient durer que quelques jours, se prolongeaient maintenant pendant six mois. Le rapporteur de la commission législative, M. Altaroche, en s’appuyant sur le nombre croissant des exposants, qui, dans les dix expositions antérieures, s’était élevé de 110 à 8,960, expliqua qu’il faudrait construire un nouveau palais tous les dix ans, ou de nouvelles galeries pour le même palais, et que les Champs- Elysées tout entiers y passeraient. Il aurait pu en dire autant des finances de l’Etat, puisqu’on parlait pour la première construction d’une mise de fonds de 5o millions. L’Assemblée vota 600,000 francs; c’était tout ce quelle pouvait faire dans la pénurie du Trésor. Elle décida en même temps la construction de deux bâtiments annexes pour les animaux vivants. Elle n’espérait pas une véritable exposition de l’agriculture dans les conditions de l’exposition industrielle; mais elle comptait que, l’exemple une fois donné, l’agriculture ne ferait pas défaut aux expositions suivantes. Elle voulait d’ailleurs donner cette preuve
d’intérêt et de confiance à l’agriculture. Ce lut l’honneur de la République, et le caractère le plus remarquable de l’Exposition de 1869. Elle s’ouvrit le 1e1' mai aux Champs-Elysées, avec un nombre d’exposants considérable : 4,532. Le nombre des récompenses, qui avait été de 3,2 53 en 18 44, s’éleva, en 1849, à 3,738. Il importe de remarquer que le nombre des exposants admis ne donne pas la mesure exacte de l’importance attachée par les industriels aux expositions. Ainsi, le jury du département de la Seine reçut, en 1801, 56 demandes, et n’en accepta que 46. En 1802, sur 1 58 demandes, il en accepta 116; en 1806, 34g demandes, 3 1 6 admissions. Plus de 600 demandes furent repoussées en 1 8 44. Je 11e retrouve pas le nombre des demandes d’admission en 1849; ma^s être considérable, puisque le nombre des admis fut de 4,532.
L’industrie française répondait ainsi à la confiance qu’011 avait mise en elle. Les commotions redoutables de 1 848 et les inquiétudes des années précédentes avaient alangui, puis interrompu le travail ; cependant tous les ateliers se trouvèrent prêts. On mit d’autant plus d’ardeur à prendre part au nouveau concours , qu’on espéra qu’il serait le signal de la reprise des affaires.
Dans l’industrie textile, plusieurs maisons exposèrent des machines perfectionnées: André Kœchlin, Nicolas Schlumberger, machines à filer le coton; Decoster, machines à filer le lin; Scrive, Hache-Bourgeois, machines à carder; Godemar et Meynier, de Lyon , métiers mécaniques pour tissus brochés. On fit aussi connaître plusieurs perfectionnements du métier à la Jacquart. Les principaux étaient dus à MM. Blanchet, simple chef d’atelier, Bellanger et Deneirousse. M. Perrot, de Lyon, exposa une machine ingénieuse
pour les impressions sur étoffes. On peut signaler de grands progrès dans la filature des divers textiles, principalement dans la filature des laines peignées, qui est une de nos grandes industries. La filature de lin sétait développée dans de telles proportions, quelle avait passé de 57,000 broches, chiffre de 18Û0, à â5o,ooo. La production et la consommation des tissus de toutes sortes augmentaient rapidement. Le tissage à la vapeur, généralisé pour le coton, s’introduisait plus lentement dans la soie et les diverses industries de la laine. L’Angleterre, qui avait le combustible en abondance et le coton de première main, nous distançait énormément pour la fabrication commune; la France, assurée de son marché national par une forte protection, produisait avec perfection les plus belles sortes, et en plaçait une partie sur les marchés étrangers.
La fabrication des châles, et surtout des châles de prix, était florissante. Cependant le jury constata que l’acclimatation des chèvres du Tbibet, ou plutôt des chèvres kirghizes , n’avait pas rempli les espérances qu’elle avait fait naître trente ans auparavant. Au lieu de devenir producteurs, nous étions, comme autrefois, obîigés de nous approvisionner de fils de cachemire. Nous nous relevions par le goût de nos dessinateurs et la perfection de la main-d’œuvre.
L’industrie métallurgique avait reçu une impulsion nouvelle par l’augmentation des voies ferrées et l’emploi de la vapeur dans un nombre d’ateliers considérable. Toutefois cette impulsion ne se faisait sentir que pour le fer et ses dérivés, et pour les industries qui préparent et emploient le cuivre.
La France possède un certain nombre de mines en dehors de ses mines de fer et de ses bassins houillers. Ces mines ont été, à diverses époques anciennes, l’objet de
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grandes exploitations W. Les agitations politiques, l’absence de capitaux, une mauvaise législation industrielle, ont eu pour conséquence la déchéance presque complète de cette industrie. Nous sommes certainement un des pays les moins producteurs du monde, quoique nous n ayons pas été plus maltraités par la nature que la plupart des autres nations. Les gîtes métallifères spécialement signalés par l’administration des mines en 1867 étaient au nombre de 5 08, qui se partageaient ainsi, suivant la nature des métaux :
3IÉTAUX PRÉCIEUX.
Mines
d’or . 17
d’argent, tenant ce métal seul ou associé au cuivre et au plomb . 2 1 A