DE L’HOMME
Classe 3Ao. Education physique ; développement raisonné. — La chambre de la nourrice et ses accessoires. Gymnase, jeux et sport de Page adulte. Patinage, courses, gymnastique, jeu de paume, exercices acrobatiques, canotage, chasse, etc.
Classe 3 Ai. Alimentation. — Marchés; préparation et distribution des aliments.
Classe 3^2. Habitation. — Conditions et règlements de salubrité. Dispositions intérieures. L’habitation caractérisée par le bon marché combiné avec les conditions essentielles de santé et de confort. Constructions à l’épreuve du feu ; hôtels, clubs, etc. Bains publics.
Classe 3 A3. Systèmes commerciaux. — Méthodes et formes commerciales. Comptoirs et bureaux. Banques. Caisses d’épargne et institutions de crédit. Assurances contre l’incendie, assurances maritimes et sur la vie. Organisations commerciales, chambres de commerce, bourses. Corporations commerciales et manufacturières. Chemins de fer et autres compagnies de transport. Sociétés de construction et de location.
Classe 3 A A. Monnaies. — Frappe de monnaies et médailles. Collections de monnaies courantes. Collections historiques, jetons, etc. Billets de banque et autres moyens de circulation de papier. Papiers de commerce, lettres de change. Garanties de payement, stocks, bons, gages, hypothèques, annuités. Précautions contre le faux-monnayage et l’altération des monnaies.
Classe 3A5. Gouvernement et lois. — Divers systèmes de gouvernements. Divisions gouvernementales. Revenus et impôts ; organisation militaire, pouvoir exécutif, formes et pouvoirs législatifs, systèmes et fonctions judiciaires, organisation de la police, assistance publique. Droit international, droit des gens, services diplomatique et cousu-
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laire ; droit administratif ; naturalisation. Codes. Gouvernement municipal. Protection de la propriété industrielle. Système postal et applications. Punition des crimes. Prisons, organisation intérieure et discipline, stations de police, maisons de correction, colonies pénitentiaires, écoles de réforme. Discipline navale, punitions en mer.
Classe 346. Assistance publique ; hôpitaux. — Hôpitaux pour les maladies des yeux et des oreilles; hôpitaux pour les femmes, etc. Hôpitaux pour les maladies contagieuses et infectantes. Hospices de fous sous le contrôle de l’Etat et asiles privés d’aliénés. Système de quarantaine. Dispensaires. Asiles d’ivrognes. Asiles pour les femmes en couches. Asiles pour les femmes repentantes. Asiles pour les enfants; asiles pour les enfants trouvés et les orphelins ; sociétés de protection pour les enfants. Maisons de refuge pour les vieillards et les infirmes ; asiles pour vieillards (hommes et femmes) ; asiles pour militaires invalides ; asiles de marins. Traitement des pauvres. Maisons de refuge, secours aux pauvres. Sociétés de protection des émigrants. Traitement des indigènes. Sociétés protectrices des animaux.
Classe 347. Sociétés coopératives. — Sociétés politiques et leur organisation. Organisations et règlements militaires. Trades-unions et associations ouvrières. Sociétés industrielles. Sociétés secrètes et fraternelles.
Classe 348. Religion. — Organisation des cultes. Origine, nature, progrès et extension des diverses religions ou confessions. Faits statistiques, historiques et autres. Sociétés et ordres religieux ; leur but. Sociétés et organisations pour la propagation des religions par la voie des missionnaires. Extension de la connaissance des systèmes religieux par les publications. Sociétés bibliques, sociétés de brochures pieuses ; colportage. Systèmes et méthodes d’instruction religieuse et d’éducation de la jeunesse. Ecoles du dimanche, mobilier. Sociétés pour l’amélioration religieuse et morale. Distribution de secours. Troncs d’églises.
Classe 349. Expositions artistiques et industrielles. — Concours agricoles régionaux et nationaux ; expositions internationales ; congrès internationaux, etc.
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Tel est ce programme, dont on ne contestera pas l’ampleur. Tandis que dans les autres expositions, on faisait figurer la science de l’homme, ou le peu qu’on en permettait de montrer, dans les branches les plus diverses des produits industriels, l’homme prend ici une telle importance qu’on réunit dans la classe de l’éducation, la politique, la religion, le commerce, les associations coopératives, les systèmes disciplinaires, et, d’autre part, l’hygiène, la médecine, l’assistance publique, les hôpitaux, les asiles d’aliénés. Mais ce qui vaut encore mieux que cette étendue, c’est le soin avec lequel sont traitées les questions d’enseignement proprement dites, et d’éducation, d’éducation physique, intellectuelle, morale, depuis la chambre de la nourrice et les jardins d’enfants, jusqu’à l’Institut de France et la Société royale de Londres. Les Etats-Unis ont compris cette grande vérité, que la valeur de l’homme fait la richesse et la puissance d’un peuple, et cette autre, proclamée par Montesquieu , que c’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation h) .
La Commission française chargée d’étudier l’Exposition de Philadelphie au point de vue de l’instruction primaire a publié un très remarquable rapport dû, en grande partie, à son président, M. Buisson. Les collaborateurs de M. Buisson ont été MM. Berger, Laporte, Olagnier, Valens et Bauber. La Commission, après avoir visité l’Exposition, a voulu visiter aussi les écoles, et se rendre compte du mécanisme administratif. Nous signalerons, entre autres chapitres très intéressants, le sixième, qui a pour objet la coé-
(l) Montesquieu, De l’esprit des lois , liv. IV, chap. v.
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ducation des deux sexes, il est du à M. Buisson; les treizième et quatorzième, du même auteur, sur la géographie, l’histoire et l’instruction civique ; le neuvième, de M. Berger, sur l’éducation du premier âge; mais tout est digne d’être lu, et ce livre, qui est un gros in-4° de 700 pages, fait infiniment d’honneur à M. Buisson, à la Commission, à la France et à l’éducation nationale des Etats-Unis. Il est à regretter qu’011 n’ait pas fait le même travail, avec le même succès, pour les instituts d’ordre supérieur.
M. Wolowski disait, en parlant de l’Exposition de Londres, que ce quand elle n’aurait produit que les volumineux travaux qui en ont signalé les résultats en Angleterre, en Allemagne et en France, elle marquerait d’une manière notable dans l’histoire de l’industrie n.
L’Exposition de 1 855 , celle de 1867, ont donné lieu, comme la première Exposition internationale, à des publications nombreuses et importantes. Pour ne parler que de l’Exposition de 1867, elle a fourni la matière à toute une bibliothèque. Nous avons d’abord le rapport général , œuvre très importante de Michel Chevalier; puis la collection des rapports du jury central. Cela ne forme pas moins de 1 3 gros volumes in-8°, dont l’un, le premier, a près de 1,200 pages. Vient ensuite l’important rapport administratif de M. Le Play, commissaire général.
Le ministre de l’instruction publique (M. Duruy) eut l’idée de compléter en quelque sorte l’Exposition française, en publiant un recueil de rapports sur l’état des lettres et les progrès des sciences en France. Cette publication, imprimée aux frais de l’Etat, et par l’Imprimerie impériale, n’eut pas tout l’éclat qu’on en attendait. Le ministre confia la rédaction des rapports aux hommes les plus compétents:
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l’analyse mathématique à M. Joseph Bertrand, la géométrie à M. Chasles, la chimie à M. Dumas, la physiologie générale à M. Claude Bernard, les sciences zoologiques à M. Milne Edwards, l’économie politique à Michel Chevalier. Il ne pouvait mieux faire. Quelques-uns de ces illustres collaborateurs se déchargèrent de la besogne sur des hommes moins connus. Ainsi Denonvilliers, Nélaton et Velpeau firent écrire leur rapport sur les progrès de la chirurgie par MM. Guyon et Labbé. On doit reconnaître qu’ils avaient eu la main heureuse. Ils déclarèrent, dans un mot d’avertissement, qu’ils avaient lu l’ouvrage, qu’ils l’approuvaient, ei que pour preuve de leur approbation et de leur bienveillance, ils consentaient à le signer avec les deux jeunes auteurs. Les deux jeunes auteurs sont aujourd’hui des chirurgiens de premier ordre, et le ministre, si la liste était à refaire, ne manquerait pas de les choisir directement; mais, en 1867, ils commençaient leur réputation. Ce n’est pas ainsi qu’il fallait répondre à l’appel d’un homme tel que M. Duruy. La plupart des commandes officielles, dans tous les temps, ont eu le même sort. En général, il ne faut pas commander un livre; il est rare qu’on fasse bien un livre, quand on ne s’est pas porté de soi-même à l’écrire. Quand le général Cavaignac, en 18A8, commanda à l’Académie des sciences morales et politiques de petits traités propres à répandre les saines doctrines et à combattre les mauvaises, il crut avoir provoqué des chefs-d’œuvre, parce qu’il s’adressait à des gens qui, pour la plupart, en avaient fait: il n’obtint rien moins que cela. 11 en fut un peu de même de la collection de M. Duruy. Le public remarqua le livre de M. Bavaisson, sur la philosophie, et quelques autres. La collection n’eut qu’un succès douteux. Le plan d’en-
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semble n’en avait pas été bien combiné h). Plusieurs des rédacteurs se dispensèrent d’écrire leur rapport : M. Boulatignier, qui devait écrire sur le droit public et le droit administratif; M. Duvergier, qu’on avait chargé de la législation civile et de la législation pénale; M. Ch. Giraud, désigné pour écrire l’histoire du droit. Michel Chevalier, occupé de son rapport général sur l’Exposition, négligea de faire le traité d’économie politique qu’on lui avait demandé. La collection devait former 37 volumes; il n’en parut que 33, d’une dimension très diverse, puisque la Paléontologie, de M. d’Archiac, a 46 feuilles d’impression (726 pages), tandis que Y Analyse mathématique , de M. Joseph Bertrand, n’en a que 3 (38 pages). Ln seul volume est consacré à
(1) Recueil de rapports sur l’état des lettres et les progrès des sciences en France :
Progrès des lettres , par MM. de Sacy, P. Féval, Th. Gautier, Ed. Thierry.
Instruction publique , par M. Ch. Jourdain.
Progrès des éludes relatives à V Egypte et à l’Orient.
Etudes classiques et du moyen âge .
Eiudes historiques , par MM. GefFroy, Zeller et Thiénot.
Philosophie , par M. Ravaisson.
Histoire du droit, par M. Giraud.
Droit des gens , par M. de la Guéronnière.
Droit public et droit administratif , par M. Boulatignier.
Législation civile et pénale, par M. Duvergier.
Archéologie , par M. Alfred Maury.
Economie politique, par AL Michel Chevalier.
Analyse mathématique, par M. Joseph Rertrand.
Géométrie , par M. Chasles.
Mécanique appliquée, par MM. Combes, Phillips et Colügnon.
Astronomie , par M. Delaunay.
Théorie de la chaleur , par M. Desains.
Thermodynamique, par M. Bertin.
Optique, par M. Jarnin.
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Y État des lettres. En revanche, on s’était mis à quatre pour t’écrire. Les auteurs sont MM. de Sacy, Paul Féval, Théophile Gautier, Ed. Thierry. En somme, la pensée était excellente; mais l’exécution n’ajouta pas grand’chose à la gloire éclatante de l’Exposition de 1867.
Ce n’était pas d’ailleurs une idée nouvelle. La Convention nationale avait confié en 1795 une tâche semblable à l’Institut de France h), qui mit tant de temps à s’en acquitter, que les premiers rapports n’étaient pas faits en i84o, quand M. Cousin devint ministre. M. Cousin reprit l’idée de la Convention; il fit désigner les rapporteurs, et pour stimuler leur zèle, il leur donna à chacun un secrétaire payé par l’Etat. M. Cousin, en personne, fut chargé d’écrire le rap-
Magnétisme , électricité et capillarité , par M. Quet.
Chimie y par M. Dumas.
Géologie expérimentale , par M. Daubrée.
Géologie. — Phénomènes éruptifs , par MM. Ch. Sainte-Glaire Deville et F. Fouqué.
Statigraphie , par M. Elie de Beaumont.
Minéralogie , par M. Delafosse.
Paléontologie , par M. le vicomte d’Archiac.
Sciences zoologiques , par M. Milne Edwards.
Botanique physiologique , par M. Duchartre.
Botanique phytographique , par M. Brongniarl.
Physiologie générale , par M. Claude Bernard.
Anthropologie , par M. de Quatrefages.
Médecine, par MM. Béclard et Axenfeld.
Médecine vétérinaire, par M. Magne.
Chirurgie , par MM. Denonvilliers , Nélaton, Velpeau, Guyon et Labbé. Hygiène civile , par M. Bouchardat.
Hygiène militaire, par M. Michel-Lévy.
Hygiène navale, par M. Leroy de Méricourt.
(1) Décret sur l’organisation de l’instruction publique, 3 brumaire an iv ( a5 octobre 1795, dernier jour de la Convention nationale) , titre IV , art. 6, S 9.
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port sur les progrès de la philosophie, et on lui donna, ou il se donna pour secrétaire M. Bersot. L’Institut ne se montra pas plus actif en 1 8ôo qu’en 1 7 g 5 ; M. Cousin s’était trompé cette fois, mais en très illustre compagnie, avec le comité d’instruction publique de la Convention. Ce double échec devrait avertir les souverains et les ministres qu’un livre ne se commande pas; passe pour un catalogue. M. Cousin lui-même n’écrivit jamais une ligne de son rapport sur la philosophie. M. Duruy reprenait l’idée de M. Cousin dans des circonstances toutes particulières; il entendait mettre un savant à côté de chaque industriel, et faire ressortir ainsi avec éclat l’action incessante et prépondérante de la science sur l’industrie. Ce qu’il demandait, ce n’était pas un rapport sur les progrès de la science depuis dix ans, c’était l’indication des découvertes scientifiques qui avaient transformé l’industrie pendant cette période, la démonstration par des faits que le travail scientifique est non seulement l’usage le plus élevé que l’esprit humain puisse faire de sa force, mais qu’il est aussi le plus fécond en résultats pratiques, en résultats industriels, en un mot, le plus productif. Les collaborateurs de M. Duruy ne le comprirent pas, et peut-être s’y était-il pris trop tard. Quoi qu’il en soit, 33 volumes vinrent s’ajouter à la collection des rapports du jury central. De leur côté, les divers pays qui avaient concouru à l’Exposition nommèrent des rapporteurs qui publièrent des mémoires dans toutes les langues. Presque partout, à côté du rapporteur officiel nommé par le jury international ou désigné par son gouvernement, il y eut un autre rapporteur, qui n’était ni un académicien, ni un économiste, ni un publiciste, ni un chef d’industrie; dont le rapport avait cependant un intérêt très vif, d’abord comme fait so-
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cial d’un ordre nouveau, ensuite parce qu’il apportait les impressions de toute une classe d’hommes jusque-là peu écoutée. Je veux parler des rapports publiés par les délégués des commissions ouvrières. Quelques-uns de ces rapports méritent d’être étudiés comme documents industriels; tous méritent d’être lus comme documents sociaux. Ils donnent des renseignements plus intéressants sur l’état moral et intellectuel des rapporteurs et de leurs commettants, que sur les industries dont ils rendent compte^.
Après l’Exposition de 1867, il avait été décidé que la France laisserait écouler un espace de dix ans avant de faire une tentative nouvelle, et que la quatorzième Exposition de Paris s’ouvrirait le ier mai 1878.
Entre ces deux dates, 1867 et 1878, se placent la guerre, l’invasion allemande, la chute de l’empire et la fondation de la troisième République , la dispersion de nos armées, le démembrement de nos provinces, la sanglante et détestable insurrection de la Commune, des pertes matérielles en numéraire, édifices, instruments de travail, qu’on peut hardiment porter à plus de 10 milliards. Lorsqu’on résolut, en 1876, de tenir la promesse faite en 1867, il y avait à peine deux ans que les dernières troupes allemandes avaient évacué le territoire, à peine quatre ans que les conseils de guerre, travaillant sans relâche, avaient terminé les procès de la Commune. Nous n’étions en possession d’une constitution régulière que depuis quatre ans. La réorganisation de l’armée était loin d’être complète; on
(l) Voir ci-après, chapitre III, S iv, page 171, quelques détails sur les délégués des commissions ouvrières françaises aux expositions de Londres, Vienne et Philadelphie, et aux diverses expositions internationales qui ont eu lieu à Paris.
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travaillait à la construction des forts qui défendent nos frontières", de ceux qui protègent la capitale. On pourrait ajouter que nous étions encore ici entourés de ruines ; mais à l’exception des maisons privées et de l’Hôtel de Ville qui sort enfin de terre, nous vivons, même à l’heure présente, avec les ruines. Le palais des Tuileries, celui du quai d’Orsay, sont aujourd’hui ce qu’ils étaient le jour où l’insurrection a été vaincue. Les étrangers, en venant, en 1878, à la fête où la France les conviait, verraient ces marques terribles de nos malheurs, subsistant dans notre quartier le plus riche, sur le chemin même du Champ de Mars et du Trocadéro. Nous savions que nos ateliers étaient partout en pleine activité; mais précisément parce que les commandes avaient afflué, on ne pouvait guère délaisser la fabrication courante pour se mettre à préparer les éléments d’une exposition. Nous nous présenterions pour la première fois dans la lutte sans le concours des maisons de l’Alsace et de la Lorraine. Comment cette triste lacune serait-elle palliée , particulièrement dans les galeries de la filature, du tissage et des impressions sur étoiles? Aurions-nous la douleur de voir nos concitoyens d’hier, rangés parmi nos concurrents, tourner contre nous des talenls et des ressources dont nous avions coutume d’être si fiers ? D’un autre côté, on pouvait douter de l’accueil qui serait fait en Europe à nos propositions. Ceux qui nous avaient abandonnés dans notre malheur viendraient-ils nous aider à nous relever? On se demanderait surtout ce que ferait l’Allemagne. A cet égard, nous étions sûrs de nous. Les Allemands, devenus nos hôtes pendant la durée de l’Exposition, ne pouvaient manquer de trouver en France la même impartialité pour leurs produits et la même courtoisie pour
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leurs personnes que si nous n’avions pas eu à étouffer tant de douloureux souvenirs. Notre appel s’adressant à eux avait quelque chose de magnanime. Comment serait-il entendu ? On sait ce qui arriva : l’Allemagne s’abstint. L’Autriche, qui n’avait pas les mêmes raisons, hésita quelque temps. En somme, les accessions, à une seule exception près, furent unanimes; un très grand nombre, le plus grand nombre de beaucoup, furent empreintes de cordialité. Nous pûmes croire qu’on nous aimait mieux dans notre résignation et dans notre courage à nous relever que dans l’éclat un peu arrogant des fêtes impériales.
Les préparatifs de l’Exposition furent d’ailleurs traversés par de graves événements politiques. Une lutte ardente fut tout à coup suscitée entre la République et les partis hostiles. Nous pûmes nous croire un moment à la veille d’une nouvelle révolution. Ni les luttes intérieures, ni les préoccupations du dehors, ni l’état de nos ateliers et de nos affaires commerciales, n’entravèrent notre résolution. Le Palais s’éleva ; les colis affluèrent de toutes parts. Rien n’était achevé cependant pour la date fixée. On ouvrit à tous risques. La parole de la France fut tenue. Quinze jours après, les installations étaient terminées, et le Palais brillait de toutes ses splendeurs. On a dit que nous avions déployé la même audace, et jeté en quelque sorte le même défi aux ennemis de notre gloire nationale en 1798 et en 1819. Cela est contestable pour 1798. Il est très vrai que nous étions alors aux prises avec l’Europe, car la paix toute récente n’était guère qu’un armistice, et nous avions le poignant souvenir de la terreur. Mais les grandes conquêtes morales de la Révolution s’établissaient, se consolidaient; les dernières campagnes avaient été glorieuses;
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on sentait partout l’activité renaissante, et cette sorte de fièvre généreuse qui accompagne les grandes époques et présage les grandes choses. La comparaison avec 1819 est plus juste : 1 8 1 5 , 1871, sont les deux dates funèbres d une même histoire. Là et là, cest la défaite, l’invasion, le démembrement, la ruine. Seulement, en 1819, la France ne convoqua que la France; en 1878, elle convoqua le monde. Les deux fois, les trois fois si l’on veut, elle donna la preuve d’une vitalité puissante. On peut la vaincre, 011 11e pourra pas l’abattre. En 1878, malgré ces deux années de chômage et de désastres, malgré ces deux années terribles , pas une de nos industries n’avait fléchi. Les usines s’étaient relevées; les hommes étaient revenus; la force matérielle renaissait; la force morale était augmentée. On est toujours prompt, dans notre pays, à oublier. On oublie quelquefois les crimes; on oublie souvent les services. Il n’est que juste de reconnaître qu’avoir voulu l’Exposition universelle à si peu de distance de nos désastres, l’avoir faite avec le succès et l’éclat dont nous avons été témoins, est un honneur pour le gouvernement de la République, pour les deux Chambres qui ont voté à l’unanimité les millions qu’on leur demandait, et tout spécialement pour le ministre du commerce, M. Teisserenc de Bort. La construction du palais et la direction de tous les services ont mis le sceau à la renommée de M. Krantz, comme ingénieur et organisateur de premier ordre.