LA NOUVELLE-ORLÉANS
DISTANCE
v ià du cap de Bonne- Espérance.
DISTANCE
via
du cap Horn.
DISTANCE
vià
de l’isthme
de Panama,
ÉCONOMIE
DE DISTANCE
sur la route du cap de Bonne- Espérance.
ÉCONOMIE
DE DISTANCE
sur la route du cap Horn.
milles.
milles.
milles.
milles.
milles.
Calcutta . .
9 3,ooo *
i3,4oo *
4,ioo *
Canton .
ig,5oo
9 t ,5oo
Shanghaï .
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Yokohoma . . . . . .
9,5oo
19,5oo
Valparaiso .
4,8oo
'il
Callao .
i3,5oo
3,5oo
Guayaquil .
1 4,3oo
1 1 ,5oo
Panama .
i4,ooo
San Blas .
i4,ooo
Mazatlan .
i4,ooo
San Diego . .
i8,5oo
4,5oo
i4,ooo
San Francisco .
i4,ooo
Vancouver. ... .
i4.4oo
Wellington (Nlie-Zélande). .
Melbourne ( Australie) .
* Ces milles sont des milles marins de 1,85a mètres.
Nota. Boston n’étant qu’à une distance de 170 milles de New-York , différence insignifiante eu égard à ces longues routes , l’économie réalisée est la meme pour Boston que pour New-York.
La Nouvelle-Orléans , située à 65o milles au sud de New-York , verra toutes ses routes par Panama abrégées de 65o milles, tandis que celles par le cap Horn et le cap de Bonne-Espérance restent les mêmes que pour New-York , à cause de la situation de la Nouvelle-Orléans dans le golfe du Mexique dont il faut déboucher ; par conséquent , toutes les abréviations réalisées de la Nouvelle- Orléans doivent être augmentées de 65o milles.
Ajoutons à cela que les vents alizés de l’Atlantique nord , combinés avec ceux du Pacifique, amèneront en Océanie, en Australie , en Chine , au Japon , avec vents favorables, les navires partant de Boston , New-York et la Nouvelle-Orléans.
Non seulement nous connaissons au moyen des cartes toutes les parties du monde; non seulement nous pouvons nous y mouvoir aisément, mais nous pouvons aussi transporter les matériaux, même les plus encombrants. L’Inde et l’Amérique produisent le coton, dont Rouen et Manchester ont besoin pour alimenter leurs fabriques; le coton traverse les mers et vient à plusieurs milliers de lieues se placer sous le laminoir et s’enrouler sur les broches; une fois filé, il s’empresse de se rendre dans les tissages; transformé en tissu, il répondra à l’appel du fabricant d’impressions sur étoffes, pour paraître ensuite sous sa nouvelle forme dans les divers marchés de l’ancien ou du nouveau monde, où la mode le réclamera. Dans des fermes situées sur les bords du Mississipi, à plusieurs centaines de lieues de New-York, on sème du blé qui sera vendu au Havre et transformé en farine par les minoteries de Corbeil. Le bétail vivant traverse par milliers l’Atlantique. Un navire, le Frigorifique, que l’on a vu longtemps amarré sur les quais de Paris, a tenté le premier de nous apporter d’Amérique de la viande non fumée ni salée et des aliments frais de toute nature. Si l’air et le soleil offrent des difficultés, la chimie en triomphe; si le trajet dure trop longtemps, la science fournit des machines plus puissantes; si la législation, les formalités, les frais de pavillon, les douanes, les patentes, les intermédiaires obligés, multiplient les obstacles, c’est alors la science économique qui se chargera de les aplanir. On n’aura plus le spectacle, dans la même année, d’un peuple affamé et d’un autre peuple dont les greniers regorgent. Tout le genre humain est assis à la même table.
Sans doute, avant l’Exposition de 1878, on avait des mappemondes presque complètes, des cartes à peu près
exactes; cependant les voyageurs ont multiplié leurs explorations, frayé de nouvelles routes, et, par exemple, les découvertes de Nordenskjold ont été, pour la première fois, constatées et récompensées à cette exposition. Les étatsmajors et les corps d’ingénieurs des plus grands peuples de l’Europe ont poussé avec ardeur leurs triangulations et leurs travaux de géodésie; en France, cinq ministères, la guerre, la marine, les travaux publics, l’instruction publique et l’intérieur, ont publié des cartes savantes, dont quelquesunes sont en même temps des cartes populaires; les livres ont suivi la même impulsion; en un mot, le monde est de plus en plus recensé, catalogué, mesuré. Sans doute aussi la navigation à vapeur n’a pas subi de métamorphose entre 1 8 5 5 et 1878. Cependant le matériel de la navigation transatlantique s’est considérablement amélioré, et a rendu les échanges plus prompts et plus faciles. Là où il n’y a pas eu de progrès par la nouveauté, il y a des progrès par la dimension des effets produits. Ce sont des victoires sur le temps et sur l’espace qui d’abord ont marché lentement, puis plus vite, puis très vite, et qui maintenant sont foudroyantes.
En même temps que, grâce à la vapeur, 011 transporte les personnes et les fardeaux avec cette rapidité, on transporte la volonté instantanément au moyen du télégraphe. Il me faut dix jours pour aller de ma personne à New-York; il ne faut que quelques minutes pour y transmettre mes ordres. Je puis me renseigner dans la journée sur les affaires publiques ou privées; donner des ordres d’achat ou de vente, échanger des valeurs par correspondance.
Les feux qu’on allumait autrefois sur les montagnes pour annoncer les grands événements ont été peut-être comme
une première ébauche du télégraphe. Les signaux de marine s’en rapprochaient encore davantage. Le télégraphe aérien de Ghappe n’a été officiellement établi qu’en 1 79/1. Les contemporains éprouvèrent un double sentiment: d’abord, ils furent enthousiasmés de la découverte; en second lieu, ce nouveau moyen de correspondance leur parut si naturel qu’ils s’étonnèrent qu’011 s’en fût avisé si tard. La Convention reçut en séance, le i3 fructidor an n (3o août 179/1), la nouvelle de la prise de Coudé. Condé-sur-l’Escaut est à 5 0 kilomètres de Lille, à 286 kilomètres de Paris. La nouvelle avait mis deux heures à parvenir W. Aujourd’hui,
(1) On lit dans le procès-verbal de la séance de la Convention du 1 3 fructidor an 11 (3o août 179Û) :
cr Carnot monte à la tribune. On entend ces mots : rrCondé est repris.» Les plus vifs applaudissements éclatent dans toutes les parties de la salle.
«■ Carnot. Voici le rapport du télégraphe qui nous arrive à l’instant : rrCondé ffêtre restitué à la République.» (Vifs applaudissements souvent répétés au milieu des cris de Vive la République !) rr Reddition avoir eu lieu ce matin à fr6 heures. » ( Les applaudissements se renouvellent en se prolongeant longtemps.)
ffGossuiN. Condé est rendu à la République : changeons le nom qu’il portait «en celui de Nord-Libre . » (Adopté.)
ff Cambon. Je demande que ce décret soit envoyé à Nord-Libre par la voie ffdu télégraphe.» (Adopté.)
« Gromet ( de Marseille). Je demande qu’en même temps que vous apprenez fr à Condé, par la voie du télégraphe, son changement de nom , vous appreniez rr aussi à la brave armée du Nord quelle continue à bien mériter de la patrie. » ( Adopté. )
rrQuelques heures après, le président (Merlin , de Thionville) interrompit la discussion des actes du Comité de salut public pour faire à l’Assemblée la communication suivante : ff J’annonce à l’Assemblée que le télégraphe a rendu ff compte à l’armée du dernier décret qu’elle a rendu.
ff Voici la lettre qu’il nous transmet :
ff A Paris, i3 fructidor, l’an 11e de la République, à 6 heures du soir.
ffJe t’annonce, citoyen président, que les décrets de la Convention nationale
par le télégraphe électrique, la transmission est presque instantanée. Il n’y a guère de délai que pour la transcription et le transport de la dépêche au logis du destinataire.
Nous ne songeons plus à nous étonner du télégraphe, tant il est rapidement entré dans nos mœurs. Le télégraphe électrique était inventé avant le télégraphe aérien. Franklin en avait eu la première idée. En France, Ampère et Babinet proposèrent, en 1822, un télégraphe électro-magnétique; plusieurs savants, en Amérique et en Europe, s’en occupèrent. L’idée ne passa dans la pratique que grâce à la construction des premières lignes de chemins de fer, qui en démontrèrent la nécessité et en rendirent l’application possible. Nous fûmes devancés par la Bavière, la Belgique et l’Angleterre. C’est seulement en i845 qu’un premier service télégraphique fut établi entre Paris et Bouen. Six ans après, progrès nouveau et considérable : un télégraphe sous-marin reliait la France à l’Angleterre. Il fut livré au public pour la première fois le 29 septembre i85i.
H restait à faire circuler l’appareil à travers les océans immenses. C’est aujourd’hui un fait accompli. Un négociant de Paris ou de Londres donne ses ordres à son agent de New- York et reçoit la réponse avant la fermeture de la Bourse de Paris. Toutes les places de commerce du globe seront ainsi reliées à mesure que le besoin s’en fera sentir.
frqui annoncent le changement de nom de Condé en celui de Nord-Libre et tr celui qui déclare que l’armée du Nord ne cesse de bien mériter de la patrie >f sont transmis à Lille; j’en ai reçu le signal par le télégraphe. » (Vifs applaudissements.) « J’ai chargé mon préposé à Lille de faire passer ces décrets à (r Nord-Libre par un courrier extraordinaire. » (On applaudit.)
ff Signé : Chappe, ingénieur géographe*»
* (L’insertion de cette lettre au Bulletin est décrétée.)»
Ce n’esfeplus qu’une question cle dépense. Le monde devient commode à habiter. Ii devient en même temps plus petit. Il perdra peu à peu de sa variété par l’acclimatation continue des espèces et l’uniformité du travail humain.
La classe 65 exposait un spécimen du câble sous-marin qui relie télégraphiquement l’Europe et l’Amérique. D’autres transformations du télégraphe auront pour résultats prochains de remplacer les fils aériens par des fils souterrains, mieux garantis contre des accidents de diverse nature, et d’accélérer la transmission en rendant l’opération plus rapide. L’abaissement du prix des télégrammes et les dernières conventions internationales ont tellement multiplié les correspondances, que les administrations ne peuvent plus, avec les procédés actuels, transmettre la totalité des dépêches. Une conversation générale s’est établie entre toutes les populations du monde. Peut-être quelque jour en entendrons-nous le bruit : il suffit pour cela que M. Graham Bell ou M. Edison donne une dernière retouche au téléphone.
Il était impossible que la vue des oiseaux ne donnât pas à l’homme l’idée de s’enlever dans les airs. Le premier aérostat qui obtint un résultat sérieux ne remonte pourtant qu’au 5 juin 1783. Il était imaginé et construit par Joseph Montgolfier, papetier d’Annonay. II s’éleva à une hauteur de i,5oo mètres, resta suspendu dans les airs pendant dix minutes et alla s’abattre à environ 2, 5 00 mètres de son point de départ. On lui donna le nom de montgolfière. Le public battit des mains à ce spectacle; les savants s’v intéressèrent comme à une expérience de physique du plus haut intérêt. Charles, Robert, Pilatre de Rozier, le marquis d Arlandes, entreprirent des ascensions et perfection-
lièrent le système. O11 sait que Pilât re de Rozier trouva la mort dans une de ses expériences. Blanchard et Jefïries parvinrent à traverser la Manche, le 7 janvier 1785; mais ils n’avaient pas la puissance de diriger leur ballon; ils ne faisaient que le livrer aux vents sans aucun moyen de leur résister.
La Convention, sur la proposition de Guyton de Morveau, essaya de transformer les ballons en machines de guerre, ou, tout au moins, en moyen d’exploration pour connaître les dispositions de l’ennemi. Goûte] le, nommé chef d’une compagnie d’aérostiers, demeura neuf heures en observation pendant la bataille de Fieu rus (26 juin 179 à). Le danger était terrible; car s’élever au delà de la portée des projectiles, c’était se rendre inutile; descendre au-dessous, c’était courir à la mort. L’impossibilité de diriger sa course et les oscillations de la nacelle obligèrent l’administration de la guerre à renoncer à l’emploi des aérostats.
Us avaient repris grande faveur dans le public, vers 1802, grâce à l’aéronaute Garnerin, qui usa le premier du parachute, dont Blanchard était l’inventeur. La vogue des ballons recommença à la fin du second empire; M. Godard, M. Nadar et quelques autres y contribuèrent. On eut recours à ce moyen pendant le siège de Paris (1870-1871) pour faire passer des hommes et des dépêches par-dessus l’année prussienne. C’est ainsi que M. Gambetta quitta Paris pour aller prendre à Tours la direction du Gouvernement. Les ballons pouvaient partir de la place assiégée, et ils partaient à la grâce de Dieu, puisqu’il y en eut un qui fut poussé jusqu’en Suède; mais ils ne pouvaient pas y revenir. Notre plus illustre constructeur de navires, M. Dupuy de Lomé, crut qu’il parviendrait à construire un ballon à hélice, dont il dirigerait la
course dans les airs. Si la réussite avait été complète, l’Exposition de 1878 aurait eu son grand coup d’éclat. Le ballon de M. Dupuy de Lomé s’éleva de Vincennes dans la journée du 2 février 1872, et atterrit à Noyon. En deux heures de temps, il avait parcouru 106 kilomètres, et s’était assuré, par l’emploi d’un anémomètre spécial, que huit hommes tournant l’hélice pouvaient imprimer au ballon une vitesse de 2m,82 par seconde, et permettre au ballon de suivre une direction faisant un angle de 1 2 degrés avec celle du vent, qui soufflait avec une vitesse de 1 6 à 17 mètres par seconde. Le gouvernail avait parfaitement fonctionné et le cap avait été maintenu dans la direction du vent. Le point fait dans la nacelle, en combinant la vitesse du ballon emporté par le vent, quand 011 rendait l’hélice immobile (vitesse obtenue par un relèvement direct sur la terre), avec celle que lui imprimait l’hélice, déduite à son tour du mouvement de l’anémomètre, avait été fait aussi exactement que dans la cabine d’un navire, et la descente effectuée au lieu désigné avait eu lieu avec un plein succès, malgré la vitesse du vent (17 mètres par seconde) qui soufflait en ce moment. Enfin, un résultat important de cette expérience, c’est la stabilité de la nacelle, due à un nouveau mode de suspension, imaginé par M. Dupuy de Lomé. «Elle n’éprouvait, dit-il, aucune oscillation sous l’action des huit hommes appliqués au travail de l’hélice, et plusieurs personnes pouvaient se porter à la fois à gauche ou à droite, ou de l’avant à barrière, sans qu’on s’aperçût d’aucun mouvement, pas plus que sur le parquet d’un salon, n
Il reste maintenant trois problèmes à résoudre. 11 faut d’abord qu’on parvienne à gonfler le ballon d’une manière plus économique; il faut ensuite qu’on puisse le garder à
Taise, gonflé, dans un lieu clos, afin de pouvoir l’en faire sortir au moment convenable pour le voyage; c’est comme si l’on disait qu’il faut un port à ce navire aérien; enfin, et c’est le plus important des trois problèmes, il y a lieu à de nouveaux essais pour substituer une machine motrice au poids des hommes d’équipage qui ont fonctionné dans cette première ascension. M. Dupuy de Lomé assure qu’avec ce même poids on pourrait obtenir une force de huit chevaux qui ferait faire à son ballon 22 kilomètres à l’heure dans un air supposé immobile. Cette vitesse permettrait, dans les jours calmes, et il y en a beaucoup de ce genre dans Tannée, d’aller dans les directions qu’on aurait choisies et de revenir au point d’où Ton serait parti... Si quelqu’un conteste ces résultats et crie à l’impossible, comme c’est l’usage pour tout ce qui est important et nouveau, il n’est pas digne d’être le contemporain des chemins de fer, du gaz éclairant, du télégraphe, de la photographie, de la galvanoplastie et du téléphone.
Maintenant que nous avons vu comment les hommes se rapprochent entre eux et échangent leurs pensées et leurs richesses, voyons comment ils s’établissent chacun dans leurs domiciles, et comment ils y pourvoient à leurs besoins et à leurs plaisirs.
On a beau raffiner, tous nos efforts convergent vers ce triple but : la maison, la nourriture et le vêtement. — Mettons cependant à part, comme dans une arche sainte, les aspirations vers l’idéal.