CHAPITRE IV
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La maison était représentée à l’Exposilion par la section 3 cln groupe I (architecture) et par te groupe III tout entier (ameublement).
Par un côté, l’architecture touche au grand art; elle est, parmi les arts, un des plus merveilleux et des plus puissants; par un autre côté, elle touche à l’industrie; elle est, parmi les industries, une des plus répandues et des plus nécessaires. Ce double caractère la met tout à fait à part : il faut quelle réponde aux plus nobles besoins de l’esprit et qu’elle satisfasse aux plus indispensables exigences de la vie. Créer un palais ou un temple qui ravisse l’imagination; bâtir, sans trop de frais, une maison salubre et commode, voilà la double et difficile tâche qu’on attend du même artiste. Il ne faut pas lui dire : ce Soyez plutôt maçon. r> Il doit être maçon, puisqu’il est architecte. Le génie même ne le dispense pas de l’habileté professionnelle. Celui qui a jeté dans les airs la coupole de Saint-Pierre savait comment on bâtit un mur pour le rendre indestructible.
Le grand art est toujours près du rêve et de la jeunesse, et cela est aussi vrai dans la vie que dans l’histoire. On commence par deviner, on finit par chercher. Il est vrai que la seule possession solide est celle qui suit la recherche. La perfection psychologique est l’accord de la poésie et de la
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science, comme la perfection métaphysique est l’identité du beau et du vrai. Dans la marche de l’humanité, la science augmente toujours; l’art décroît au lieu de progresser.il va d’Homère à Virgile, et de Virgile à la Henriade. De même, dans les arts plastiques. H y a deux courants : la poésie qui descend, et la science qui monte.
Nous n’avons pas l’œuvre de Phidias; c’est à peine si un sculpteur vivant oserait se comparer à lui. Venons beaucoup plus près : prenons Michel- Ange. Quel est celui de nos grands sculpteurs qui le dépasse ou l’atteigne? En peinture, où est le rival du Titien, l’égal de Raphaël? Et en architecture? A quelque antiquité que l’on remonte, on trouve des chefs-d’œuvre. L’homme a deviné le sublime avant de trouver le nécessaire.
Non seulement nous avons les chefs-d’œuvre de l’art grec, de l’art romain, les chefs-d’œuvre si différents, et pointant si admirables, de l’art égyptien; mais on a retrouvé, en diverses parties de l'Asie, des édifices élevés plusieurs milliers d’années avant l’ère chrétienne, par des peuples évidemment parvenus à la civilisation la plus éclatante, et dont tout a péri depuis des siècles, excepté ces ruines gigantesques. On a pu décrire avec une sorte de précision les palais et les temples de Babylone, ceux de Ninive. Bien au delà de l’Euphrate et même du Gange, sur les rives du Cambodge, en traversant des forêts qu’aucune route ne sillonne, on découvre tout à coup le temple ou le palais d’Angcor What , avec ses tours innombrables, ses immenses portiques, ses avenues bordées de statues géantes. L’art kmehr a prodigué, dans ces contrées lointaines, sui* la frontière même delà Chine, les traces bizarres et puissantes de son génie architectural.
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Depuis ia découverte des villes enfouies de l’Assyrie, par MM. Botta et Layard, la découverte des cités ruinées du Cambodge est le fait le plus important qui se soit produit pour l’histoire de l’art en Orient W.
Les artistes qui ont élevé, il y a des milliers d’années, le temple d’Angcor,le palaisde Belus, les pyramides d’Egypte, connaissaient toutes les ressources de l’art de bâtir. Ils disposaient de richesses incalculables; ils avaient à leurs ordres tout un peuple d’ouvriers; ils employaient les bois les plus incorruptibles, les métaux les plus précieux. Parmi les nombreux sculpteurs qui leur prêtaient leur concours, il se rencontrait aussi des hommes de génie; on peut s’en convaincre en étudiant les monuments égyptiens. La statue de bois qu’on a trouvée dans le tombeau de Psammétik est un portrait d’une vérité saisissante et d’une perfection achevée, quoique le sculpteur soit mort, à coup sûr, depuis dix mille ans. Les bijoux en or, en argent, finement ciselés, ornés de pierres précieuses : broches, bracelets, pectoraux, diadèmes, pendants d’oreilles, chaînes émaillées, coupes élégantes, petites statuettes, objets d’art représentant un vaisseau avec son pilote et ses rameurs, une course de chars, une bataille, dorment depuis des siècles dans les cellules des tombeaux, comme pour montrer chez ces vieux peuples la coexistence des merveilles délicates et des œuvres grandioses. L’Amérique a aussi des ruines antérieures à la découverte et à la conquête , restes magnifiques d’une histoire et d’une civilisation inconnues. Partout dans l’ancien monde et dans le nouveau, ce que les peuples laissent après eux en disparaissant de la scène ou en cessant d’y jouer lespre-
(1) Voir le Voyage cV exploration en Indo-Chiné , par Francis Garnier. Paris, Hachette, 1878.
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miers rôles, ce sont des temples, des palais et des tombeaux : tombeaux de princes, qui sont encore des palais. Nous connaissons surtout les anciens par leurs dieux et par leurs rois.
S’il fallait une démonstration de cette vérité, que l’homme, qui trouve si difficilement l’utile, atteint le beau et le sublime du premier coup, la Grèce nous la fournirait. Quand Périclès voulait faire un voyage, il se faisait traîner à quelques lieues d’Athènes dans un char dont la forme était élégante, mais dont le cahos était horriblement dur, et qui ne le garantissait ni du soleil ni de la pluie. Il allait, par des routes impraticables, tant que ses chevaux pouvaient marcher, parce que les relais lui étaient inconnus. La plupart de ses contemporains, ceux même qui avaient le droit de voter dans ïdyopd, sortaient tout nus, les uns par goût, un grand nombre par nécessité, car les femmes de l’Attique ne suffisaient pas à filer et à tisser assez de laine pour habiller tout le peuple. Mais s’ils s’arrêtaient pour écouter un rapsode, s’ils assistaient à un spectacle, s’ils se pressaient autour de la tribune aux harangues, ils n’entendaient qu’Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide, Démosthène, Périclès. S’ils montaient au temple, Phidias et Praxitèle l’avaient orné. Un artiste de génie avait choisi l’emplacement, réglé toutes les proportions, dessiné l’immense escalier, les élégantes colonnades, distribué avec un goût infini tous les ornements. Ils pouvaient, à un détour, rencontrer Platon cheminant au milieu de ses disciples, agitant les problèmes les plus subtils et les plus délicats de la philosophie, racontant les siècles écoulés et la fable de l’Atlantide, ou devinant les futures découvertes de l’astronomie et réglant ce qu’il appelle, dans sa langue inspirée, les chœurs de danse des dieux immortels.
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Aristote, qui fut le précepteur et le ministre d’Alexandre, tout en suffisant à l’administration d’un vaste empire, sondait les profondeurs de la métaphysique, étudiait l’âme humaine dans ses plus secrets replis, dictait des lois à l’art de penser et à l’art d’écrire, concevait un système complet de morale, et, devançant rhumanité de plusieurs siècles, s’emparait le premier du domaine de l’histoire naturelle.
Rome, qui est beaucoup plus près de nous par le temps et par le génie, et dont la domination a été si longue et si universelle, ne nous a pas seulement laissé des temples, des palais, des théâtres. On sent dans ses travaux la recherche de l’utile; et cette préoccupation n’en exclut pas la majesté. On admire ses ponts, ses aqueducs, ses routes et jusqu’à ses cloaques. Ce grand peuple a été, par excellence, le grand architecte. Il savait bâtir, même pour les usages privés et pour les classes moyennes. Nous avons retrouvé sous la terre les maisons des simples particuliers, les rues, les jardins, les ateliers, les boutiques, avec les ustensiles de la vie commune. Tantôt, c’est la nature, par une grande' catastrophe, qui s’est chargée de nous conserver une ville intacte; ailleurs, ce sont les Romains qui ensevelissaient tout un quartier, sans le détruire, pour construire par-dessus une ville plus magnifique.
Cependant, si les plus anciennes maisons dont nous avons gardé les ruines sont déjà des monuments remarquables, il y a eu, avant elles, un temps où il n’y avait pas de maisons.
. . . nemora atque cavos montes sylvasque colebant,
Et frutices inter condebant squalicla membra,
Verbera ventorum vitare imbresque coacti d).
(1) Lucrèce, liv. V, v. g54.
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Et quand l’art de bâtir a été connu, quand il a produit ses merveilles, la barbarie qui l’avait précédé n’a pas disparu : elle s’est déplacée. La barbarie a constamment côtoyé la civilisation. Il y avaità Athènes un foyer lumineux, et, au delà de ce foyer, les ténèbres. Quand le peuple romain se mit en marche pour vaincre le monde, il trouvait, en avançant autour de lui, la civilisation de plus en plus décroissante et enfin l’absence de civilisation. Voici comment Vitruve, écrivain du siècle d’Auguste, se représente les premières habitations humaines : cc D’abord les hommes, plantant des fourches et les entrelaçant de branches d’arbres, firent des murailles en les enduisant de terre argileuse. Quelques-uns, formant des blocs de terre grasse desséchée, en construisirent des murailles; puis, posant des pièces de bois eu travers, recouvrirent le tout de roseaux et de feuilles d’arbres pour se garantir de la pluie et des ardeurs du soleil. Mais, parce que ces couvertures ne résistaient pas aux mauvais temps de l’hiver, ils inclinèrent les combles, en ayant soin de les enduire d’argile pour faciliter l’écoulement des eaux.
cr Ce qui prouve que les premiers bâtiments ont été construits de cette manière, c’est que nous en pouvons voir aujourd’hui de pareils chez les peuples étrangers, comme dans les Gaules, en Espagne, en Portugal et en Aquitaine, où les maisons sont couvertes de bardeaux de chênes fendus ou de sarments... A Athènes, on montre encore, comme une chose curieuse à cause de son antiquité, les toits de l’Aréopage, faits de terre grasse; et, dans le Capitole, la cabane de Romulus, couverte de chaume, peut faire comprendre cette manière primitive de procéder Ù). y
(1) Vitruve, liv. Il, chap. ni.
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A l’époque où Vitruve écrivait ainsi, il pouvait penser que Rome pousserait ses conquêtes jusqu’aux limites du monde habité; ni lui, ni aucun Romain n’aurait imaginé qu’un peuple barbare, quel qu’il fût, arrêterait la marche triomphante des armées romaines, encore moins qu’un jour viendrait où les légions lâcheraient pied de toutes parts, où Rome serait au pillage, où les sciences, les lettres, les arts, disparaîtraient pour longtemps, emportant dans la nuit jusqu’au souvenir de la gloire romaine. Les contemporains d’Auguste, ceux de Périclès, ne voyaient pas plus clairement le passé que l’avenir. Ils avaient leur histoire, qui ne remontait pas très haut et visait plus à l’éloquence qu’à l’exactitude; avant l’histoire, ils avaient la légende, que le vulgaire acceptait les yeux fermés, que les savants essayaient à peine de commenter et d’interpréter en souriant. On plaçait au début quelque théogonie qui arrêtait les recherches et la pensée. L’art de l’histoire est très ancien; la science de l’histoire est toute moderne.
Dans le naufrage général des arts et des sciences qui suivit la chute de l’empire romain, c’est peut-être l’architecture qui se releva la première. Le style roman, dans sa simplicité, a souvent de la majesté et même de la grâce. Les vieux châteaux dont il reste des débris ne doivent pas toute leur beauté au caprice des siècles qui les ont mutilés et à la puissante nature qui les recouvre en partie de sa végétation. Les grandes églises gothiques apparaissent de bonne heure; et cette forme nouvelle de l’art, qui ne rappelle ni l’Orient, ni la Grèce, ni Rome, passe rapidement par une suite de transformations admirables, avant l’époque de la Renaissance. Aucun pays n’a de plus belles églises gothiques que le nôtre; aucun n’a de plus beaux vestiges de
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de l’architecture militaire et civile de ces siècles à demi barbares. Saint-Pierre de Rome, la cathédrale de Florence, celle de Milan, sont des édifices magnifiques; mais nous avons Reims, Amiens, Paris, Rouen, Chartres, Rourges, Caen, le mont Saint-Michel; les chefs-d’œuvre de l’art chrétien abondent sur notre sol. Dans un genre tout différent, nous avons Coucy et Pierrefonds, des merveilles, moitié palais, moitié forteresses. Blois , Chambord, Chenonceaux et tant d’autres édifices prouvent le génie de nos architectes à une époque plus rapprochée, sans parler du Louvre, des Tuileries, du Luxembourg, de Versailles.
C’est à partir de la Révolution que la décadence de l’architecture se manifeste en France et, en même temps, il faut le reconnaître, chez la plupart des peuples. Le triomphe de la philosophie n’a pas été celui de l’art. Pendant près d’un demi-siècle , nos écoles nous donnent, au lieu d’artistes, des érudits. On n’invente plus, on copie; et même on ne sait ni choisir ses modèles, ni les copier avec fidélité. Les monuments grecs ou romains, reproduits par les maçons du premier empire, sont d’une pesanteur écrasante. Cette architecture, inventée pour le soleil, perdrait en partie sa majesté et sa grâce si on la transportait ici telle qu’elle était, mais on ne nous en donnait que des copies maladroites jusqu’au ridicule. Qu’il s’agît d’une église, ou d’un tribunal, ou d’une mairie, on revenait toujours à la même lourde colonnade, au même fronton triangulaire. Les architectes de tous les pays semblaient s’être donné le mot pour adopter un type qui est la caricature grossière de l’art grec et de l’art romain, et qu’ils nous imposaient sans trêve ni merci, l’employant à tous les usages et pour toutes les villes, grandes ou petites, en variant seulement la dimension. Et ceux qui
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nous affligeaient de ces tristes bâtisses n’étaient pas des ignorants. Non; les anciens monuments, ceux du moyen âge, de la Renaissance, de Louis XIV, de Louis XV, leur étaient connus; ils les avaient étudiés, décrits, reproduits par le dessin. Mais, dès qu’il s’agissait delà pierre, la Bourse et la Madeleine de Paris leur revenaient à l’esprit, et il y avait sur eux comme une malédiction qui les contraignait à les recommencer sans cesse, en les alourdissant et en les appauvrissant toujours. On disait à cela, pour nous consoler, qu’on ne peut plus bâtir de belles églises, quand on n’a pins la foi religieuse, ni de beaux palais, ni de beaux hôtels de ville, quand il n’y a plus dans une société ni croyance, ni religion, ni poésie. C’est un arrêt bien vite prononcé et auquel ne souscrivent d’ailleurs ni la sculpture, ni la peinture, ni la musique, ni les lettres.
Le premier soulagement que nous avons eu a été l’abandon du style pseudo-romain. Après en avoir abusé pendant trente ans et plus, on l’a quitté tout à coup pour imiter le gothique, imitation, je l’avoue, aussi imparfaite que la précédente. Ce n’était pas une amélioration; c’était au moins un changement.
Enfin, les efforts persévérants de quelques grands artistes ont amené un commencement de résurrection. En attendant de créer des œuvres nouvelles, on a rendu la vie à d’anciens chefs-d’œuvre. Notre-Dame de Paris, la Sainte-Chapelle , Pierrefonds, Blois, Avignon , Carcassonne , ont reparu, grâce à des restitutions intelligentes, tels qu’ils étaient au jour de leur gloire. Cet art de refaire, quand il est poussé, comme chez Viollet-le-Duc, bien près de la perfection, exige autant de goût et de jugement que d’érudition. Il exige même de l’imagination, et, dans les détails, une imagination très
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puissante et très variée. On ne saurait trop savoir gré aux maîtres actuels de la passion qui les anime pour nos vieux monuments, quand on se rappelle l’état lamentable de Notre-Dame de Paris il y a quarante ans, les Archives installées dans la Sainte-Chapelle, Saint-Germain-l’Auxerrois transformé en mairie, la tour Saint-Jacques entourée d’échoppes qui la cachaient aux regards de tous les côtés, Saint-Denis dévasté et plus semblable à une ruine qu’à un monument public. 11 suffit de comparer la portion des galeries du Louvre érigée sous l’empire le long de la rue de Rivoli, modèle achevé de pesanteur et de style ennuyeux, avec les riches et élégantes constructions de M. Lefuel, pour comprendre que nous revenons de l’engourdissement à la vie. On ne saurait oublier (parmi les morts) ni Duban, l’architecte de l’Ecole des beaux-arts, le restaurateur du château de Blois, ni Lassus, mort si jeune, et qui était l’architecte de la Sainte-Chapelle avant M. Boeswillwald, ni Labrouste, qui a construit nos deux grandes bibliothèques, ni Vaudoyer, l’auteur de la cathédrale de Marseille, ni son successeur Espérandieu, ni Hippolyte Le Bas, ni Hittorf, ni Baltard. Celui-ci est l’habile constructeur des Halles centrales de Paris; ce qui nous transporte tout à coup dans un monde bien différent de celui des cathédrales.
Pour réussir dans ce monde plus terrestre, et pour y créer de belles œuvres, la foi du moins n’est pas nécessaire. Quand un siècle ne peut pas s’élever jusqu’à la poésie, c’est quelque chose encore d’avoir de belle prose.
Disons-le nettement. 11 faut moins d’inspiration, il faut autant de génie architectural pour construire une halle que pour élever une église. Nos immenses villes, nos chemins de fer, ouvrent en ce genre à l’art de l’architecte et de l’ingé-'
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nieur des perpectives nouvelles et considérables. Les gares de chemins de fer ont donné lieu de bâtir de beaux vaisseaux, couronnés par de merveilleuses charpentes. Dans les plus grandes capitales de l’Europe, les théâtres ont voulu se donner des palais. Puis sont venus les serres splendides et les palais de cristal. Le goût s’est- épuré; la critique, la science, ont fait de grands progrès. Ces dernières années ont vu la reconstitution du pavillon de Flore et du pavillon de Marsan, qui, au moins au point de vue décoratif, peuvent passer pour des créations, le Palais de cristal de l’Exposition de Londres en 1 8 5 1 , l’opéra de Vienne, celui de Paris, l’Ecole des beaux-arts de Paris , le Palais de justice, qui a valu à M. Duc un prix de 100,000 francs. Nous avions, à l’Exposition même, le palais du Trocadéro, le pavillon de la ville de Paris, la fameuse rue cosmopolite, et surtout la grande galerie de verre qui s’étendait, parallèlement à la Seine, en face du Trocadéro. Il serait souverainement injuste de méconnaître la beauté de ces grandes cages de verre, surtout quand, à cette lumière et à cette légèreté, on donne habilement le support de quelques massifs qui reposent et arrêtent la vue. Les verrières nouvelles n’ont rien de commun avec les vitraux du moyen âge, qui sont des joyaux magnifiques; mais cela est hardi, nouveau, plein de soleil. Sèvres, les Gobelins, les joyaux orientaux du prince de Galles, l’exposition entière du Canada, et tant d’autres merveilles, tenaient à Taise dans ce joyeux et immense vestibule, d’où la vue était admirable, et qui était lui-même un admirable point de vue pour la terrasse du Trocadéro.
Et que dire du palais même du Trocadéro? de ce palais dont les tours ont 80 mètres de hauteur, qui s’élève à
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3 o mètres au-dessus des berges du fleuve, qui est de tous côtés entouré de vastes espaces, de cascades, de jardins embaumés, de chalets, de statues, et qui domine une vue magnifique sur la ville, la rivière et la campagne? J’avoue que cette rotonde est peut-être un peu vulgaire; quelle ressemble au chevet d’un monument, tandis que les deux galeries en retour annoncent une façade ; que ces deux tours dont elle est flanquée ne sont remarquables ni par la majesté ni par la légèreté; l’ensemble ne frappe pas comme un chef-d’œuvre, il a laissé le public indécis. Cependant il y a de la simplicité , nulle recherche vaine, une certaine grandeur. Les tours ne sont ni des clochers ni des sémaphores. Le palais a bien l’aspect d’un édifice destiné à des fêtes; il est admirablement disposé pour fournir des points de vue; à l’intérieur, la grande salle a du caractère. Pour le dire en passant, elle est admirablement ventilée. Elle a plus de 60 mètres de diamètre et peut abriter 5,ooo personnes assises sur autant de fauteuils placés en amphithéâtre. On est arrivé à donner 4o mètres cubes d’air par personne et par heure, soit 200,000 mètres cubes. Le pavillon de la ville de Paris a semblé conçu avec goût et bien approprié à sa destination. Quant à la rue des palais, dont le seul tort était de 11e pas être assez large, jamais idée décorative ne fut plus heureuse et mieux à sa place. Entendons-nous cependant : comme rue, elle serait absurde par le défaut d’unité; comme exposition, elle était ravissante.
Cependant, même depuis cette vie nouvelle de l’architecture, on entend dire partout : mais où est le grandiose dans tout cela? Où est l’idée ? Où est le neuf? Voilà beaucoup de science, mais la création? Voilà du talent, mais le génie? Où est le type qui leur appartient? Où est l’arcbi-
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tecture du xixe siècle ? Il nous faudrait des maîtres , et nous n’avons que des copistes ou des éclectiques.
Des copistes ! C’est là en effet le grand mot. On en veut à nos architectes de leur science, qui est indiscutable. On croit que leur érudition étouffe leur imagination. Meyerbeer me disait un jour : « Je ne puis plus entendre un air nouveau sans le reconnaître. v> Mais Meyerbeer, qui était un savant, était en même temps créateur. Nous avons des créateurs en musique. Nous pouvons en avoir, et nous en avons, en architecture.
M. Vaudremer, qui' a fait le rapport sur la 3e section du groupe I, c’est-à-dire sur l’architecture, n’a vu dans l’architecture que le côté de l’art, par la raison toute naturelle qu’on n’avait exposé que celui-là. Il s’est montré un peu sévère, ce qui est permis à un maître. Il est pour les exposants ce que le public est pour tous les architectes. 11 leur accorde de la science; il leur refuse l’imagination. La rue de Rivoli l’importune, comme beaucoup d’autres personnes. Prise en elle-même, elle est monotone; elle abuse de la symétrie; elle remplace la vue des magasins, seul spectacle qui nous console de l’aridité de nos façades, par des colonnes imitées de Bologne, dont on n’a pas importé ici le soleil. Mais enfin cette rue de Rivoli, si admirée lors du premier empire, ou cette avenue de l’Opéra, qui était l’idéal du second, ne saurait-on les laisser à leur place, puisqu’elles y sont, dit M. Vaudremer? Quelle nécessité y a-t-il de copier indéfiniment, dans tous les pays du monde, et sous toutes les latitudes, ces maisons et ces alignements? En sera-t-il de nos maisons comme de nos costumes? Est- ce une si belle chose d’avoir renfermé tout le xixe siècle, hommes et femmes, dans le même paletot-sac? Faut-il aussi qu’on le
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loge dans le même rectangle? Nos pères, dit M. Vaudremer, avaient du goût et de l’imagination. Je crois bien qu’il dit cela pour les palais; mais j’aime mieux l’entendre à la fois pour les palais et pour les maisons, et sinon pour les agencements des maisons, qui, je l’avoue, n’avaient pas le sens commun, au moins pour les façades, qui étaient souvent originales et réjouissantes. Il n’y a qu’à ouvrir Les plus excellents monuments de France, pour savoir que nous ne sommes en arrière d’aucun peuple en fait d’architecture. Nos églises gothiques ne le disent-elles pas assez haut? Ne nous reste-t-il pas de ravissants châte‘aux et palais de toutes les époques, depuis Pierrefonds jusqu’au château d’Anet, à Chambord et au Louvre? Combien de jolies maisons du moyen âge n’avions -nous pas, à Rouen, par exemple, à Troyes, et jusque dans nos petites villes: à Vitré, à Fougères, à Dol? Tout cela tombe de lassitude. On les pousse quelquefois, et c’est bien dommage! 11 est possible que l’absurde maison qu’on met à la place soit plus commode à habiter, plus facile à louer. Mais enfin, si l’on veut écouter M. Vaudremer, on remplacera la charmante maison qui était vermoulue et malsaine, par une maison commode et bien bâtie, qui aura au dehors son originalité et sa grâce. Ce qu’il imagine de mieux pour arriver à cela, c’est de multiplier les écoles d’architecture, en se rappelant qu’après tout la France de Toulouse et celle de Lille ne sont la même France qu’au point de vue de l’administration et de l’impôt. Il voudrait que tous les arts et toutes les sciences accessoires fussent enseignés dans ces écoles, mais non pas l’art de bâtir proprement dit. Elles attireraient des maîtres, parce quelles attireraient des disciples, et ces maîtres enseigneraient dans leurs ateliers, pour y enseigner librement, ce qui
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est la seule manière de bien enseigner, au moins en fait d’art. La liberté ! que M. Vaudremer soit béni pour en avoir fait l’apologie! Si quelqu’un a des doutes sur l’utilité d’une réforme ainsi entendue, qu’il se condamne à visiter, d’un bout de la France à l’autre, les quatre colonnes toscanes, élevées sur huit ou dix degrés et coiffées d’un triangle en guise de fronton, dont nous avons pendant trente ans affligé tous les chefs-lieux de département, sous prétexte de mairie, de palais de justice, ou même d’église!
Nos architectes sont surtout ravis de bâtir des églises, des palais, des hôtels. De toutes leurs qualités diverses, celle qui leur plaît le plus est la qualité d’artiste, cela se conçoit. Il nous sera bien permis, à propos d’une exposition de l’industrie, de penser un peu à la maison de tout le monde.
Les hommes se logeaient mal, dans les temps de barbarie: pour le seigneur, une forteresse aussi incommode que redoutable; pour le serf, une cellule, presque un chenil. C’est encore pis chez les sauvages, qui vivaient dans des cavernes ou sous la tente. Même à des époques très rapprochées de nous, il semble que l’art de s’établir commodément dans sa demeure ait fait bien lentement des progrès. A certaines époques, où l’on bâtit des palais somptueux, merveilleux, immenses, si le hasard fait qu’on ait conservé à côté le logement des serviteurs ou des gardes, il est étroit, incommode, inhabitable. Est-ce le dédain du maître, ou celui de l’artiste, qui s’épuise à faire de belles œuvres et laisse le pauvre arranger comme il l’entendra les quatre murs ou il tente de s’abriter? L’égalité est une idée bien tno- * i5
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derne; aujourd’hui même, c’est plutôt une idée qu’un fait. Pendant des siècles de grande civilisation et de grand luxe, les richesses et les jouissances n’ont appartenu qu’au très petit nombre. Plus on étudie les détails de l’histoire, plus on arrive à s’en convaincre. Un fait psychologique assez étrange, et pourtant indubitable, c’est que les dernières classes de la société ont plus d’appétit pour les jouissances rapides et violentes que pour le bien-être calme et continu. Aux époques où elles dominent, à celles où, quoique asservies, elles sont et se sentent dangereuses pour leurs maîtres, ce qu’elles exigent, ce sont des jeux et des sportules, panent et circences, selon la formule romaine, qui est la formule éternelle de la multitude incomplètement éclairée. C’est le savant et l’homme d’Etat qui penseront pour elle aux objets d’utilité permanente; et il est vrai que, pour ce qui touche à la demeure, le riche même a souvent fait passer bien des considérations avant celles de l’utilité.
Ne prenons que la France. Il y a une époque où la maison du riche est surtout une arme; c’est une citadelle, et quelquefois une embuscade. Pourvu qu’il y ait de fortes et hautes murailles, des créneaux, des herses et des pontslevis, on vivra comme on pourra dans cette cage; peu importe qu’on y ait de l’air, du jour ou même de l’espace. Quand les mœurs perdent leur rudesse, la forteresse devient chateau, le château devient palais; ce n’est plus une place d’armes, c’est la cour d’un prince, aux recherches raffinées, aux fêtes élégantes. On y multiplie les salles de cérémonie, les salles de bal et de banquets, les jardins, les galeries, les colonnades, les statues, les tableaux; ce qui manque encore, dans cette renaissance du luxe, c’est l’arrangement commode pour le travail et l’intimité. Il faut
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monter, descendre, remonter, traverser des corridors, se griller devant un âtre flamboyant, ou transir de froid à l’autre bout de la pièce. On ne peut ni chasser cette fumée, ni vaincre ces odeurs, ni atténuer ce soleil, ni, le soir, dissiper ces ténèbres. La torchère sera une œuvre d’art admirable à conserver dans un musée, mais elle ne donnera qu’une insuffisante lumière. S’il en est ainsi des palais, que doivent être le galetas et le taudis ?
Nos villes sont encore pleines de maisons qui ont un ou deux siècles. Ne parlons pas des maisons de bois et de torchis qui touchent presque au moyen âge, et dont les derniers spécimens, souvent aussi dignes de regrets au point de vue de l’art qu’à celui de l’archéologie, achèvent de disparaître sous nos yeux. Dans Paris même, où l’étranger ne voit guère que les longues et larges avenues inaugurées par M. Haussmann, il suffit quelquefois de tourner un coin de rue pour se trouver dans une ruelle étroite dont les maisons remontent jusqu’à Henri IV. Il y en a de vastes, avec des cours, des escaliers de pierre, des salles énormes; il y en a d’étroites aussi, occupées autrefois par des artisans. Une porte basse, à côté de la boutique, vous introduit dans une allée obscure, au bout de laquelle est un escalier en limaçon qui vous conduit aux divers étages. Une chambre mal éclairée sur le devant , un cabinet noir sur une cour assez semblable à un puits, voilà l’arrangement qui se répète jusqu’à un grenier obscur, sans destination possible, réceptacle de tous les rats du quartier. Cela suffisait à nos pères, et suffit encore à bon nombre de nos contemporains, car ces quartiers archaïques sont justement ceux où grouille la population la plus épaisse. Même en parcourant les maisons riches, qui remontent à la même date, on se de-
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mande comment on s’y prenait pour vivre dans ces grandes halles. Les locataires d a présent s’épuisent en efforts pour rendre ces beaux hôtels habitables; ils divisent les pièces par des cloisons, placent une cuisine où ils peuvent, percent les fortes murailles pour obtenir un peu de jour. C’est bien pis encore, si des grandes villes on émigre dans les petites; non pas dans ces riantes petites villes toutes plantées d’arbres, qui ne sont qu’une suite de jardins et ont le même âge que le Code civil, mais dans ces petites villes vieillottes comme il en reste tant en Bretagne, par exemple, et dans quelques recoins du Midi, qui ne s’adonnent à aucun commerce, à aucune industrie particulière, et qui n’ont aucune raison d’être là, si ce n’est parce que leurs vieilles laides maisons étaient solidement bâties, et n’ont pas même eu besoin d’être réparées. L’antiquité a pour effet d’embellir la beauté, et d’enlaidir la laideur.
Il y a pourtant quelque chose de plus déraisonnable qu’une vieille maison laide et incommode; et c’est une maison laide et incommode qui vient d’être bâtie tout présentement. Pour la première, on se dit au moins que c’est pauvreté ou insouciance; mais celle-ci, il n’en aurait pas plus coûté de la faire propre et salubre. Chaque fois qu’une cabane succombe de vétusté, une autre, toute semblable, sort de terre pour la remplacer; on dirait une génération de végétaux énormes et incommodes. Le paysan refait la cabane qui était tombée, ou copie celle du voisin, sans le moindre effort d’imagination.
Dans les grandes villes , on est entraîné à bâtir des maisons d’une hauteur démesurée, et à faire tenir une famille dans un emplacement incommode et insalubre, à cause de la cherté du terrain; pour les mêmes motifs, on serre les mai-
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sons l’une contre l’autre. Les rues ne sont que des ruelles; les cours de service ressemblent à des puits. Dans la campagne, où l’on n’a pas les mêmes raisons d’être avares de terrain, on économise les matériaux; on y aveugle les maisons, à cause de l’impôt sur les portes et fenêtres. Il faut, hélas! payer pour avoir du jour et de l’air frais. Je ne parle pas des garnis, parce que c’est affaire de police plutôt que d’architecture; mais puisqu’on nous donne des études et des spécimens de maisons d’école, de maisons d’ouvriers, on devrait bien nous en donner pour les maisons habitées par l’ouvrier des campagnes. Les préfets les feraient afficher, avec un devis bien étudié et bien approprié aux localités, à la porte de la mairie. On arriverait peut-être ainsi à ne pas remplacer invariablement une vieille masure par une masure neuve. Il y a une croisade à entreprendre contre les couvertures en chaume, les cheminées asphyxiantes, aveuglantes, les pièces non éclairées et non ventilées , les latrines infectes, les rez-de-chaussée sans plancher ni carrelage, mal garantis contre l’écoulement des eaux, la proximité des fumiers et des débris de toutes sortes; contre le mauvais aménagement des eaux, les trous sans fin, l’absence d’abattoirs et de marchés, les cimetières intallés en guise de places publiques au milieu des villages. M. Trélat, qui est architecte de la ville de Paris, directeur de l’École d’architecture, et, de plus, fort habile orateur, devrait entreprendre cette campagne. Loger le pauvre commodément! Grande opération politique et sociale! Il ne s’agit pas, comme on le croyait sous le second empire , de le caserner.
Les appareils de chauffage et de ventilation formaient une classe àpart, avec les appareils d’éclairage: la classe 23. H est assez naturel de rapprocher la ventilation , et même
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le chauffage et l’éclairage de l’architecture. La ventilation surtout est quelque chose de presque impossible quand on cherche le moyen de l’établir dans une maison qui a été bâtie sans aucune prévision à cet égard. Le problème à résoudre est triple : introduire de l’air pur, faire sortir une égale quantité d’air vicié, ne pas promener l’air vicié à l’intérieur, mais l’expulser le plus complètement et le plus directement possible. L’architecte a deux moyens à sa disposition pour opérer la ventilation : l’injection et l’appel. On peut les employer séparément ou simultanément, et cette dernière combinaison paraît la plus naturelle, puisqu’on injecte l’air pur dans l’édifice, et qu’on appelle au dehors l’air vicié. Les hommes compétents de la classe 2 3 louaient beaucoup la ventilation de la salle du Trocadéro, du théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, et de l’opéra de Vienne, celle du Palais de justice et de la salle du Sénat, dues l’une et l’autre à M. Duvoir-Leblanc. Les médecins apprécient hautement les appareils de chauffage et de ventilation que le même constructeur a établis dans trois pavillons de l’hôpital de Lariboisière. Il est surtout urgent de bien ventiler les collèges et les écoles; car la santé des enfants est facilement altérée par un air vicié, et on frémit quelquefois en voyant cinquante enfants et davantage enfermés dans un étroit espace pendant plusieurs heures , dans certaines saisons avec un poêle allumé et des fenêtres fermées, sans qu’aucune précaution ait été prise pour le renouvellement de l’air. On fait aussi la même remarque dans les anciennes salles d’hôpitaux, où toute la science des médecins ne parvient pas à compenser l’infection produite dans un air stagnant par l’accumulation des malades. Nous saurions gré aux architectes, s’ils ont besoin
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de faire des économies, de supprimer quelque ornement extérieur ou quelque moulure, afin de pouvoir établir de bons appareils de ventilation. Ce qui est aussi très important, c’est de supprimer les odeurs et les émanations des lieux d’aisances. L’odeur même de la cuisine est une incommodité fâcheuse à laquelle on est souvent exposé dans les petits logements.
De bons calorifères, des cheminées bien faites, ne donnant pas de fumée, et utilisant tout l’air chaud de manière à économiser le combustible, sont des innovations toutes modernes et d’un grand intérêt. On est arrivé à alimenter de petits fourneaux par le gaz : économie de bois et de houille pour l’atelier commun; économie de temps et d’argent pour les ménagères.
L’éclairage, ou du moins, l’éclairage artificiel, a un rapport moins direct avec l’architecture. Soit que l’éclairage ait lieu au moyen des huiles végétales ou minérales, à l’essence ou au gaz, les appareils peuvent toujours être adaptés aux édifices, quelle qu’en soit la construction. Il est d’ailleurs nécessaire, pour prévenir les accidents, que les conduits du gaz soient apparents. Le rôle de l’architecte devient important seulement dans les salles un peu grandes, où il doit veiller à ce que la lumière se répande partout et en déterminer le foyer. L’emplacement et la composition du lustre, l’arrangement de la rampe, ont une grande importance dans les salles de spectacle, dans les amphithéâtres, etc. On a eu pendant quelque temps un certain engouement pour les plafonds lumineux, dont un des inconvénients était de rendre la ventilation plus difficile.
Mais si l’éclairage artificiel est, à beaucoup d’égards, étranger à l’architecte , c’est lui, et lui seul, que concerne
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l’éclairage naturel, celui qui se fait par les fenêtres. Ici, il y a beaucoup de complications. Il y a, pour les pauvres, la question de l’économie, à cause de l’impôt des portes et fenêtres; on trouve encore, dans les pays arriérés et misérables, des masures éclairées seulement par la porte, qui, en se fermant, plonge tous les habitants de la maison dans l’obscurité. Il y a la question de climat, qui joue le principal rôle : ici, on doit se protéger contre le soleil, et là, en happer le moindre rayon. L’orientation est loin d’être indifférente à la salubrité des appartements; on voit de jolies chambres, élégantes, bien bâties, dans lesquelles sont réunis tous les éléments du confort, et où il semble qu’il soit impossible de se bien porter, uniquement parce que l’orientation en est mauvaise. Enfin, l’éclairage a une importance plus grande qu’on ne croit pour la conservation de la vue; l’éclairage de nos maisons , surtout pour les personnes qui lisent beaucoup ou qui se livrent à un travail délicat; l’éclairage des ateliers, on ne conçoit pas un atelier de composition ou de couture, qui n’ait pas une belle lumière, venant franchement du même côté; Féclairage des écoles, dans lesquelles les enfants sont obligés de lire, d’écrire, de dessiner tour à tour; c’est à peine si l’on prend garde à la façon dont la lumière s’y introduit, et il en résulte des déviations ou des affaiblissements de la vue, dont on ignore plus tard l’origine. Quant aux ateliers de peintres ou de sculpteurs, il serait inutile d’insister sur la façon dont la lumière doit y être distribuée.
Nous disions tout à l’heure que l’architecte doit être maçon; il doit être aussi archéologue. Un véritable architecte est un archéologue, un artiste et un maçon. L’archéologue et l’artiste étaient à l’Exposition de 1878; le maçon n’v
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était pas, ou ii n’v était que très accessoirement, par quelques maisons d’école. C’est très bien d’exposer des maisons d’école; on exposerait, comme en 1867, une maison d’ouvrier, que ce n’en serait pas plus mal. Il vaut mieux voir la maison de M. Ferrand, avec ses bancs, ses tables, sa chaire, et tous les autres accessoires, maison d’école où il ne manque que des écoliers, que d’étudier dans un album les plans variés, et bien conçus d’ailleurs, de M. Pompée. De même, à l’Exposition de 1867, ceux qui avaient lu avec le plus de fruit les livres de M. Muller, et qui n’avaient pas été voir ses maisons à Mulhouse, étaient bien aises d’en trouver une ou deux, toutes installées et toutes bâties dans le Champ de Mars. Quelques modèles de fermes ou de maisons rurales de diverse nature ne seraient pas de trop. Et pourquoi pas quelques maisons bourgeoises? N’y aurait-il pas lieu de récompenser l’architecte qui nous ferait des murs et des cloisons solides, de bonnes distributions d’intérieur, de bonnes cheminées sans fumée, de bonnes cuisines sans odeur, des fenêtres bien disposées pour la ventilation et la lumière, et des façades un peu plus gaies que celles qui se présentent incessamment à nous dans toutes les rues de toutes les villes? Et si les critiques se mettaient à étudier ces maisons exposées, à en relever les défauts, à y proposer des améliorations, à rappeler, au besoin, ce qui se fait en Hollande, en Angleterre, en Espagne, ne gagnerait- on rien à cette controverse? N’arriverait-on pas par ce moyen à un peu plus de confort et d’agrément? On expose des gants, des bottines et une quantité si prodigieuse de corsets, qu’il semble que la moitié des femmes, pour le moins, soit perpétuellement occupée à en .confectionner le plus grand approvisionnement possible.
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Pourquoi n’exposerait-on pas aussi une maison? Il y avait au Trocadéro des chalets, des pavillons pour cafés ou restaurants; mais ces chalets, le limonadier les avait commandés selon les convenances de son commerce, et l’architecte n’avait nullement songé à profiter de l’occasion pour faire en même temps son exposition personnelle. L’Administration, en construisant ses bureaux et les divers bâtiments de service, n’avait eu en vue que l’économie.- En un mot, l’architecte vulgaire, le petit architecte, celui dont nous avons besoin vous et moi, n’était pas présent à 1 Exposition. Nous y avions, par contre, beaucoup d’artistes et d’archéologues, des restitutions admirables d’anciens édifices, des plans sur cartes et des plans en relief de palais, de mairies, de théâtres; de grandes écoles comme l’école de médecine de Lyon, qui fait un honneur infini à son architecte, M. Hirsch. Tout ce beau luxe, qui charmait les yeux, ne nous faisait pas oublier l’absence de l’utile.
Qu’on n’oublie pas, qu’on n’oublie jamais, qu’un bon architecte peut faire plus qu’un bon médecin pour la santé publique; personne ne peut plus que lui contribuer à notre bien-être, en nous donnant des maisons chaudes en hiver, fraîches en été, où le soleil pénètre, où le jour est favorable à la vue, où le travail est facile, le repos possible. Dans les villes comme Paris où le terrain est très cher, les difficultés sont encore accrues par l’obligation de faire tenir beaucoup de choses dans un petit espace. Il y a là, pour les architectes, un sujet de préoccupation constante. Des progrès véritables ont été réalisés de nos jours pour les habitations bourgeoises, et même pour les maisons qui se louent en garni. On aimait à voir les maisons exposées en 1867. Quelques-unes contenaient tout leur mobilier; d’au-
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1res pouvaient se démonter et s’emporter au loin, le bois et le fer tenant la place principale dans la construction. On comprenait bien qu’il fût possible de vivre dans ces maisons, d’y travailler, de s’y plaire. La chambre mal agencée, encombrée, pleine de mauvaises odeurs, est souvent l’explication et presque l’excuse du cabaret. Il importe d’autant plus de mettre ces modèles sous les yeux du public, qu’il y a à vaincre, surtout en France, une sorte d’indifférence pour le home , qui est bien un de nos vices les plus détestables. S’il est vrai, comme cela paraît certain malheureusement, que la réforme dù logement doit venir du haut en bas, il est nécessaire aussi à ce point de vue de mettre des modèles, avec le devis bien étudié, sous les yeux des propriétaires, des chefs de fabrique et de tous ceux qui peuvent avoir occasion de construire une maison à l’usage des ouvriers et des paysans, ou d’en surveiller la construction, soit à titre de magistrats, soit à titre de protecteurs bénévoles. On ne doit pas oublier qu’il n’y a pas d’architectes partout; il y a de grands architectes dans les grandes villes; il n’y a pas de petits architectes dans les petites villes ou dans les bourgades.
Le groupe III, consacré à l’ameublement, ne contenait pas moins de i3 classes, dont quelques-unes, comme la 19e (verreries et cristaux), la 20e (céramique), la 25e (bronzes d’art, fontes d’art diverses, métaux repoussés), et la 29e (maroquinerie, tabletterie et vannerie), n’ont qu’un rapport assez indirect avec l’ameublement; tandis que d’autres classes: la classe 23 (coutellerie), la classe 2Û (orfèvrerie), la classe 26 (horlogerie), la classe 28 (par-
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fumerie), n’en ont absolument aucun, et paraissent avoir été placées dans le groupe III, parce qu’on ne savait où les mettre. Au contraire, les classes 17 et 18, qui n’avaient pour elles deux qu’un seul et même jury (meubles à bon marché et meubles de luxe, ouvrages du tapissier et du décorateur), la classe 21 (tapis, tapisseries et autres tissus d’ameublement), la classe 22 (papiers peints), et la classe 27 (appareils et procédés de chauffage et d’éclairage), renfermaient précisément tout ce qui constitue le mobilier et ses accessoires. Les appareils et procédés de chauffage et d’éclairage peuvent être considérés comme appartenant en propre à la profession de l’architecte. On ne peut être convenablement établi dans sa maison qu’à condition de n’y pas être asphyxié par la fumée. On a fait de grands progrès pour le chauffage des maisons; je me bornerai à dire que certaines dispositions du foyer économisent le combustible en utilisant l’air chaud, et que ces appareils sont surtout importants dans les logements à bon marché, les frais d’installation étant promptement couverts. On a aussi inventé depuis quelques années des fourneaux pour cuire les aliments avec facilité et sans gaspillage de charbon. Dans les grandes villes, on se procure par abonnement de l’eau et de la lumière à domicile. Une amélioration toute récente est celle des horloges électriques. On peut en voir, à Paris, sur toutes les places et à beaucoup de coins de rue. Cette innovation, entre autres avantages, nous fait connaître l’heure officielle. Une compagnie vous fournit l’heure chez vous, avec exactitude et à bon marché, comme on a l’eau et le gaz. Il pourrait bien en résulter des changements dans l’ornementation de nos cheminées, et toute une révolution dans le commerce des pendules.
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Ce qu’il y a de plus important peut-être dans tout cela , c’est l’eau. Paris s’est contenté pendant bien longtemps de l’eau de la Seine. L’eau de la Vanne et de la Dhuys, qu’on y boit à présent, est beaucoup plus saine; on se la procure à bon marché et en abondance, au grand profit de la propreté et de l’hygiène. Paris cependant n’en a pas encore assez. Pour laver tant d’impuretés, il faut des torrents. Faire des économies sur l’eau, c’est en faire sur la santé. Il est certain que nos pères étaient moins soigneux que nous de leurs habitations et de leurs personnes. Ils consommaient moins d’eau; ils aéraient moins leurs appartements; ils avaient des hôpitaux meurtriers, où l’encombrement des malades engendrait plus de maladies qu’on n’en guérissait. On ne séparait pas les maladies par espèces; on n’isolait pas les maladies contagieuses; on ne ventilait pas les chambrées. Les soldats n’étaient pas mieux dans les casernes; ils avaient des camarades de lit; ils mangeaient à la gamelle. Quant aux prisons, c’étaient des séjours infects et repoussants, d’où sortaient incessamment la peste morale et la peste physique, pour se répandre sur les villes. Les progrès dans la voie de la propreté et du bien-être sont considérables. Il faut en savoir gré à l’Administration et aux efforts des architectes. C’est à peine si une habitation construite dans de bonnes conditions de salubrité coûte plus cher qu’une habitation malsaine. Qui fera mieux qu’un architecte pénétrer cette vérité dans le public ?
Pour ce qui concerne le mobilier proprement dit, sièges, lits, buffets, armoires, etc., rien ne diffère plus que l’industrie de luxe et l’industrie courante. Naturellement, ce sont les meubles de luxe qui remplissaient l’Exposition. 11 y en avait d’admirables. Les fabricants anglais, au lieu
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d’exposer des meubles isolés, exposaient l’ameublement complet d’une pièce, ou même d’un hôtel; c’est une idée très heureuse; car il ne suffit pas qu’un meuble soit beau par lui-même, il faut qu’il soit en harmonie avec la pièce qui le contient, et avec les meubles qui l’accompagnent. Une maison avait poussé le souci de l’ensemble jusqu’à placer sur l’étagère d’un salon des cristaux et des porcelaines. L’aspect était délicieux. Le meuble, dit-on, une fois dégarni de ces objets, était d’une simplicité extrême; il était loin d’avoir la même valeur sculpturale qu’un meuble français exposé vis-à-vis. Gela est possible; mais une étagère est faite pour être garnie, et pour montrer les jolies choses qu’on y place plutôt que pour se montrer elle -même. 11 y avait à l’Exposition tel intérieur qui faisait dire au visiteur : ici la vie doit être calme et heureuse. Tel autre était évidemment la demeure d’un artiste; tel autre devait appartenir à une femme élégante.
On s’accorde généralement à dire, et c’est l’opinion des deux rapporteurs, MM. Lecomte etTronquois, dont la compétence est hors de doute, que les meubles exposés ne différaient pas essentiellement de ceux qui avaient figuré aux expositions précédentes. Â défaut d’originalité, on remarquait une fabrication soignée et sérieuse, la bonne qualité des matériaux, un véritable progrès dans le goût par l’absence des couleurs heurtées, par la correction des lignes et la sobriété des ornements. Les fabricants français, qui tenaient comme toujours le premier rang, ont plus que jamais renoncé au plaqué. Ils sculptent à présent en plein bois, ce qui est d’abord beaucoup plus beau comme matière, et ce qui donne beaucoup plus de liberté à l’artiste. Ils ont aussi renoncé presque complètement à l’emploi des bois étran-
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gers; nos bois indigènes, ie chêne, le poirier, le noyer, donnent des matériaux magnifiques, dont un sculpteur habile tire le plus grand parti. Ils font un usage judicieux des incrustations en ivoire, faïence ou porcelaine. On semblait incliner, dans les dernières expositions, vers les meubles du temps de Louis XVI; on chercherait plutôt en ce moment ses modèles à l’époque de la Renaissance. C’est l’imitation d’un autre style, mais c’est toujours de limitation. Le très habile rapporteur de la classe 1 7 remarque avec regret qu’on ne trouverait peut-être pas, dans toute notre Exposition , vingt meubles originaux. Je me contenterais, je l’avoue, de ce petit chiffre, si c’était de la bonne et franche originalité, cr Tout est au style Henri II ou Louis XIII, dit-il; quelques meubles vont jusqu’au xve et au xivc siècle; mais jeunes ou vieux, tous sont des copies ou tout au moins des réminiscences, et, chose bizarre, le côté curiosité domine.1): Cette dernière note n’est pas faite pour nous donner de grandes espérances sur la découverte d’un style français du xixe siècle. Cependant il faut bien que nos artistes se mettent dans l’esprit qu’il ne suffit pas d’être les premiers pour l’exécution; la seule supériorité vraie et durable est celle que l’on doit à f originalité. O11 ne garde pas la royauté de la mode avec des imitations, même parfaites. Il faut inventer pour diriger. O11 peut, sans originalité, marcher à la tête de sa profession; on la précède, mais on ne la mène pas* Ce n’est pas assez pour la vieille gloire de l’ébénisterie fran« çaise.
La France a fait admirer ses tapisseries, en 1878, comme aux expositions antérieures, grâce aux manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais. Les Gobelins sont menacés d’une singulière façon. L’administration des beaux-
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arts a pensé avec raison qu’elle devait donner aux artistes les moyens de se perfectionner dans l’art du dessin; elle les leur a donnés très libéralement, ils en ont profité très habilement , et maintenant qu’ils sont en état de gagner des salaires élevés comme dessinateurs, ils ne se soucient plus de rester tisserands aux Gobelins avec des salaires modestes. La moralité de cette aventure, c’est qu’il faut payer généreusement les artistes. Nos belles manufactures de l’Etat sont un honneur pour notre pays; elles font partie de sa gloire. Nous avons sans doute de grandes maisons dans l’industrie privée, les tapisseries d’Aubusson sont admirables; mais la fabrique même d’Aubusson profite des études qu’on fait aux Gobelins et à Beauvais, comme la place de Limoges bénéficie des travaux de la manufacture de Sèvres.
Pour les tapis, qui sont d’une consommation plus courante , la France peut citer avec orgueil les produits d’Aubusson, de Tourcoing, d’Abbeville; mais fusage des tapis étant beaucoup moins répandu en France que dans le nord de l’Europe, cette fabrication a beaucoup plus d’activité en Angleterre, en Ecosse, dans les Pays-Bas, que chez nous. Les Etats-Unis d’Amérique font des progrès rapides dans cette branche d’industrie, et leur exportation atteint déjà un chiffre considérable. On a remarqué l’exposition de Vienne, d’une beauté incomparable, la magnifique exposition organisée par le gouvernement de la Perse, et celle de la maison Vincent Bobinson, qui fabrique des tapis dans l’Inde, avec tout le luxe oriental et toute l’habileté anglaise.
Les étoffes autres que la tapisserie, employées pour tenture d’appartements et pour la confection des meubles, sont
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de plus en plus riches et solides. La France reste toujours au premier rang pour l’élégance, la sobriété, le bon goût, l’assortiment des couleurs et la grâce des agencements. Les progrès quelle fait en ce genre ne doivent pas nous fermer les yeux sur les progrès plus inattendus, et non moins rapides des Anglais et des Autrichiens.
L’emploi de la mosaïque comme ornement à l’intérieur et à l’extérieur des habitations est une nouveauté intéressante. On avait presque perdu de vue la mosaïque; elle était en décadence, même en Italie, lorsque M. Salviati la remit en honneur à Venise, et arriva peu à peu à produire des tableaux qui, pour le choix des modèles, la correction du dessin et l’éclat des couleurs, ne le cèdent pas aux plus belles productions des anciens maîtres mosaïstes. Les incrustations en mosaïque se multiplièrent, grâce à M. Salviati, non seulement à Venise, mais dans toute l’Italie. On y eut recours à Vienne, à Londres, même pour la décoration extérieure; on en décora les vestibules, les plafonds des cages d’escalier et des grands salons. En même temps, on employa avec succès les faïences ou terres cuites émaillées. M. Charles Garnier en a fait un très bel usage à l’Opéra, et il vient encore d’en tirer un parti très avantageux dans le charmant hôtel qu’il a construit sur le boulevard Saint- Germain pour le Cercle de la librairie. Ce genre d’ornement est plus gai que tous les autres, parce qu’il rompt la monotonie de la couleur. Nous avons eu en France, pendant un très long temps, un parti pris de monochromie parfaitement ennuyeux, et très mal justifié, et l’on ne saurait trop louer feu M. Hittorf et M. Charles Garnier d’avoir été les premiers à le combattre. Notre climat ne comporte pas de peintures à fresque à l’extérieur; on n’a, pour s’en assu-
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rer, qu'à jeter les yeux sur le porche de Saint-Germainl’Auxerrois, qui était cependant protégé par un auvent. La mosaïque seule et l’emploi judicieux des marbres ou des métaux peuvent nous donner la couleur décorative.
Les vitraux y contribuent aussi pour leur part; mais les vitraux fortement coloriés ne sont de mise que dans une église; on ne peut les employer pour les appartements où la lumière doit pénétrer en abondance. Tout au plus peuton recourir à des teintes douces ou à des sujets encadrés dans une bordure, et laissant de grands espaces vides pour recevoir les rayons lumineux. Le savant rapport de M. Didron, sur la verrerie, signale des progrès persévérants soit dans les verrières pour églises, soit dans les vitraux destinés aux appartements. Il établit sans réplique, en dépit d’un préjugé très répandu, que les peintres verriers actuels ne le cèdent pas à leurs devanciers pour l’éclat et la solidité des couleurs. S’il y a une infériorité , elle tient surtout à ce que l’on ne veut pas faire les frais énormes que coûterait aujourd’hui l’établissement de vitraux, tels, par exemple, que les trois magnifiques roses de Notre-Dame. Peut-être aussi a-t-on trop fréquemment le tort de peindre sur verre des personnages de grandeur naturelle. Les vitraux ne sont pas des tableaux. Toutes les fois qu’on ôte au verre son éclat et sa transparence, on lui ôte à la fois son mérite et sa raison d’être. M. Didron a contribué plus que personne, et avant lui son frère, l’auteur très érudit et très regretté de Y Histoire de Dieu y publiée dans la collection des monuments inédits sur l’histoire de France, à rendre à la peinture sur verre, et en général à tous les accessoires de l’architecture religieuse, leur véritable caractère. C’est à eux, en très grande partie, que l’on doit les progrès dont nous
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sommes témoins. Le même mouvement soutenu d’amélioration et de bon goût se remarque dans la fabrication des tapis et des tentures. Les classes riches exagèrent de plus en plus leur luxe; mais elles ne le font plus consister dans le faste; ou , si l’on veut, elles ont le luxe de plus en plus intelligent. On peut citer comme un modèle à cet égard le pavillon du prince de Galles, qui était exposé tout meublé dans la rue des palais. Tout y était d’un grand prix, et tout y paraissait, et y était simple. Le luxe a bien des degrés; chaque classe de la société, pour ainsi dire, a le sien. On peut affirmer cependant d’une façon générale que le goût du bien-être et de l’élégance a gagné de proche en proche, et que les intérieurs de la petite bourgeoisie sont plus ornés et plus intelligemment ornés qu’ils ne l’étaient il y a quarante ou cinquante ans. Cette modification dans les mœurs explique la bonne situation de l’ébénisterie et de tout ce qui touche à la décoration.
Il y a un point qu’il importe de signaler. La France, en cette matière, comme en presque toutes les matières de goût, tient encore le premier rang; mais elle ne s’y maintiendra pas sans efforts. Elle a fait certains progrès, incontestables et incontestés, depuis 1867. D’autres pays, et notamment l’Autriche, l’Angleterre, la Belgique, en ont fait de leur côté de beaucoup plus rapides. Ils viennent toujours après nous; mais ils sont de plus en plus rapprochés de nous. En voyant, par exemple, certains mobiliers anglais d’un dessin élégant et correct, 011 se rappelait la pesanteur et l’aspect criard des meubles exposés en 1867, et qui avaient été remarqués seulement pour l’habileté de l’exécution, et la qualité des bois et des étoffes. On en peut dire autant de l’Autriche, qui, de plus, a augmenté son exportation dans
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des proportions considérables, et de la Russie. Les pays concurrents , qui , les années précédentes , acceptaient les types de convention qui avaient la vogue à Paris, ont tenu plus de compte cette fois-ci des habitudes spéciales de leurs concitoyens, des anciennes modes, des ressources locales. La Russie particulièrement avait exposé des mobiliers dont le visiteur le moins compétent aurait deviné sans peine la provenance. Tout cela avait un certain cachet, et tout cela voulait dire , en termes très clairs, que nos anciens vassaux vont nous échapper, si nous ne créons pas de types nouveaux de notre côté.
Le secret de cette transformation dans les rapports entre les quatre nations concurrentes tient à la création de musées des arts décoratifs et d’écoles de dessin professionnel. L’Angleterre est entrée la première dans cette voie par la fondation du musée de Kensington après la grande Exposition internationale de i 8 5 1 . Elle a voulu se donner du goût par la création de musées et d’écoles, comme elle avait voulu, il y a trois siècles, se donner du sang par la transformation de la nourriture nationale. L’Autriche a créé à son tour des musées et des écoles à la suite de l’Exposition de 1867, et les résultats ne se sont pas fait attendre. II y a lieu pour notre industrie d’y réfléchir. Nous avons à Paris de bonnes écoles municipales de dessin; nous avons l’Ecole des beaux-arts et l’Ecole d’architecture, fondée par M. Emile Trélat avec tant de talent et de courage; nous avons les cours des associations philotechnique et polytechnique; nous avons le musée Dusommerard, qu’on peut citer avec honneur à côté du musée de Kensington. Mais tout cela 11e suffisait pas pour faire d’habiles dessinateurs. L’Etat a fait entrer le dessin, à titre obligatoire, dans tous
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ses programmes. C’est un grand pas de fait; il faut à présent qu’il trouve de bons professeurs. D’autre part, une société s’est formée pour faire des expositions de l’art décoratif, mais elle n’est encore qu’à ses débuts , et elle aurait grand besoin d’encouragements. Ces encouragements, je me hâte de le dire, seraient très bien placés. Il y a nécessité et urgence.
Une fabrication qui a été longtemps exclusivement française, c’est celle des papiers peints. En Angleterre et dans le midi de l’Europe, on ne tendait pas les appartements; on les peignait; le papier de tenture s’introduisit peu à peu , et nous en avions à peu près le monopole. Quand l’usage s’en étendit chez nos voisins , ils se mirent à fabriquer. Ils firent le papier à la mécanique , tandis que nous imprimions à la main. Ils eurent aussitôt le bon marché pour eux, mais la supériorité du goût nous resta jusqu’au moment où ils prirent nos produits comme échantillons. C’est un peu du brigandage ; car la création d’un dessin est une œuvre qui demande du temps et du talent, et il est juste que le profit en demeure à l’artiste qui l’a conçu et exécuté. H n’y a pas de propriété plus évidente, et il n’y en a pas non plus de moins respectée. A notre tour, nous avons pris le procédé d’exécution de nos voisins, et tout le travail se faitaujourd’hui chez nous,, comme chez eux, à la mécanique. Nous conservons ainsi le marché français; l’exportation devient de plus en plus restreinte. La fabrique française s’est adonnée, depuis quelques années, aux produits de luxe. Elle est arrivée à faire des papiers qui ressemblent à une tapisserie, d’autres qui jouent, à s’y méprendre, les cuirs de Russie. C’est peut-être un tort. Il semble qu’il y a, pour les objets industriels comme pour les actes de la vie humaine,
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une nécessité et un devoir de la franchise. H faut être ce qu’on est. Ce papier, qui veut passer pour une tapisserie, n’est qu’un faux luxe. Quoiqu’il fasse illusion, même aux habiles, il n’est pas probable qu’il prenne jamais la place des produits plus chers dont il est le fac-similé. 11 vaut bien mieux s’attacher à faire de jolis papiers, propres à égayer la chambre d’un ouvrier ou d’un artiste pauvre.
Nous gardons le premier rang pour les tapisseries, grâce surtout à nos manufactures nationales. De même pour les porcelaines. Sèvres n’est pas seulement un producteur de premier ordre, c’est une fabrique d’essais et de modèles dans l’intérêt de nos manufacturiers. La place de Limoges devient de plus en plus importante pour la qualité. Elle avait depuis longtemps une pâte excellente; à présent, elle fait la décoration avec grand succès. Baccarat, Saint-Louis, Clichy, conservent leur rang pour les cristaux; ils ont à se défendre contre l’Autriche et l’Angleterre, dont les produits paraissent bien près de la perfection. Venise aussi a retrouvé son ancienne renommée pour les fragiles chefs-d’œuvre que ses artistes soufflent, tournent, colorient et taillent avec une sûreté de main et un goût incomparables. La reproduction en bronze des chefs-d’œuvre de la sculpture ne laisse plus rien à désirer, surtout en France, où l’on compte des artistes comme Barbedienne, Eck et Durand, et tant d’autres. En un mot, il ne dépend que de nous d’avoir des maisons commodes, garnies d’un mobilier élégant. Quant à y entasser des livres, des tableaux et des statues, c’est l’affaire des puissants millionnaires qui veulent se montrer dignes de leurs richesses par l’usage qu’ils en font.
Je ne dirai rien des tableaux et des statues, dont il n’est pas permis de parler accessoirement. D’ailleurs il n’y a pas
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de place pour les beaux-arts dans cette introduction , puisque les rapporteurs, à l’exception de M. le vicomte Delaborde pour la gravure, et de M. Vaudremer pour l’architecture, n’ont pas jugé à propos de nous envoyer leurs rapports. Les beaux-arts continuent à faire bande à part ; ils n’en ont pas moins été la fête et la merveille de l’Exposition. Ceux qui voudront connaître l’art à Paris en 1878 liront le livre de Tullo Massarani. Ils liront aussi le rapport de M. Delaborde, qui est bien fait pour ranimer le goût de la belle gravure. Je 11’ai rien à dire après lui sur un sujet qu’il a traité en maître. Mais je ne puis me dispenser d’exprimer le regret que les bibliothèques privées soient si rares en France. Un savant belge ou allemand, ou même un homme du monde un peu lettré, a toujours une grande et belle bibliothèque. C’est un des beaux luxes de l’aristocratie anglaise. Il n’y a pas un château historique qui n’ait une collection historique de livres. Nous avions aussi de riches collections en France avant la Révolution. Sans parler de celles des couvents, qui étaient quelquefois très précieuses, et qui, quand elles n’ont pas été brûlées ou saccagées, se sont fondues dans les bibliothèques publiques, les financiers, les magistrats, les grands seigneurs, se faisaient un point d’honneur d’avoir chez eux les plus grands écrivains dans de bonnes éditions et de magnifiques reliures. Nous avons encore, heureusement, des bibliophiles, et même des bibliophiles de premier ordre; le nombre s’en accroît, et la preuve, ce sont les prix atteints dans les ventes par les belles éditions et les ouvrages rares. Ce qui nous manque, c’est la bibliothèque de l’homme éclairé qui n’est pas un savant; celle de l’homme à son aise, qui n’est pas un millionnaire. Nous comprenons sans doute à merveille qu’un mobilier n’est pas
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complet, quand il ne renferme pas, entre autres bibelots, quelques centaines de volumes. On voit, dans la plupart des cabinets d’hommes du monde, quelques beaux corps de bibliothèque dorés ou sculptés, où mille volumes ont de la peine à tenir. Ils sont souvent si mal choisis, qu’ils semblent être là uniquement pour servir de prétexte au meuble qui les contient ou pour concourir à la richesse de l’appartement par l’éclat vulgaire de leur reliure. Les panneaux vitrés sont fermés soigneusement; la clef n’y est pas. On devine qu’on ne la met jamais dans la serrure. Il faut changer cela, quand ce ne serait d’abord que par hypocrisie! Si une fois les bons livres entrent dans la maison, il finira bien par se trouver, avec le temps, quelqu’un qui les ouvrira.
A présent, avant de quitter le mobilier, il faut dire quelque chose de celui des enfants. M. Rossolin, rapporteur de la classe ûa (la bimbeloterie) , est un peu optimiste. Il aime la France, et par conséquent les succès de la France. Elle a triomphé sans efforts, avec son exposition de jouets, qui était magnifique. Il est vrai, M. Rossolin le reconnaît loyalement, que l’Allemagne, sa rivale ordinaire, s’était abstenue. Nuremberg n’était pas au Champ de Mars; mais son absence n’était pas mauvaise humeur comme on l’a cru ; c’était sagesse; il est douteux que, présente, elle eût pu soutenir la comparaison avec ces poupées, ces meubles de salon, ces chevaux, ces voitures, ces maisons, ces arsenaux, ces jardins d’acclimatation, ces jouets électriques, scientifiques, mécaniques, que l’imagination et le goût français avaient multipliés, et qui arrêtaient, devant les vitrines de la classe Û2 , la partie la plus facile à amuser des visiteurs de l’Exposition. M. Rossolin est surtout frappé de la nouveauté des jouets, et de la parfaite ressemblance de ces petits person-
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nages et de ces petits meubles avec les grands. Pour la ressemblance, il a raison de s’en vanter; on n’a rien négligé pour cela , et l’on admirait dans les vitrines des toilettes irréprochables, et des personnages, hommes, femmes et bêtes, à qui, suivant M. Rossolin, ne manquait même pas la parole. Beaucoup de personnes préfèrent à cette perfection les jeux qui donnent aux enfants l’occasion d’exercer leur force, leur agilité ou leur adresse. Les enfants n’ont pas tant besoin qu’on leur montre, avec une grande fidélité d’imitation, crMllc Sarah Bernhardt dans son atelier » ou même ce la prise de la Bastille avec la garnison et les assaillants dans les attitudes les plus vraisemblables». Je ne crois pas non plus qu’il soit bien nécessaire de familiariser les petites filles dès l’âge de six ans avec l’arsenal de la coquetterie. Mais tous, garçons et filles, ont besoin, j’en réponds, de faire une partie de balles, ou de quilles, ou de cricket. La bimbeloterie n’en est pas moins une des industries les plus prospères de Paris. Elle fait, par an, pour plus de 2 millions de poupées; elle fait pour 18 millions de jouets, dont elle exporte à peu près le tiers. Son défaut est peut-être d’avoir trop de talent, d’employer des artistes trop habiles. Nouveauté tant qu’on voudra; ce sont des poupées après tout ; et la plus belle poupée n’est pas la mieux attifée; c’est celle qu’on habille et qu’on déshabille soimême, et dont on confectionne tant bien que mal la toilette.
L’Exposition de 1878, quoique n’ayant pas une section spéciale pour les objets à bon marché, n’en a pas moins démontré qu’on se préoccupe partout de la nécessité d’introduire dans les ménages les plus modestes une certaine dose de confortable. La fabrique française, en particulier,
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tout en tenant très haut le prix des objets de luxe, livre ses objets courants à des prix extrêmement réduits.
H y a un effort à faire pour donner plus d’élégance au mobilier et aux ustensiles du pauvre. Il ne peut avoir chez lui que du bois très commun, du fer ou du cuivre, de la poterie de faïence, des étoffes à bas prix. Soit; il n’est question ni d’augmenter les frais de l’acheteur, ni de condamner le vendeur à vendre avec perte. Il serait absurde de demander plus de luxe; demander plus de goût, c’est demander ce qu’on peut donner sans autre dépense qu’un peu plus d’art et de soin. Nous voyons dans nos musées des ustensiles de ménage qui remontent aux bonnes époques de l’antiquité; des lampes, des cruches, quelques chaudrons; ces objets n’ont pas plus de valeur intrinsèque que ceux dont nous nous servons : ce qui les distingue des nôtres, c’est la pureté, et même assez souvent la beauté de la forme. Nous pourrions faire cela; nous pourrions nous donner cela : il suffirait de vouloir. Si nous sommes incapables de trouver une forme nouvelle, soyons modestes; faisons-nous copistes. Tout sera préférable à cette laideur et à cette vulgarité. Peut-être la nouvelle impulsion donnée à l’étude du dessin rendra-t-elle le consommateur plus exigeant et le fabricant plus habile. Le rapporteur de la classe 19, M. Didron, qui est un artiste et un critique d’art très distingué, fait à ce sujet des observations parfaitement justes. Il faut savoir qu’en vertu de la classification adoptée en 1878, la classe 19 renferme à la fois la peinture sur verre, qui est un art d’un ordre élevé, et la fabrication des vitres et des bouteilles. M. Didron s’en plaint, et avec raison. C’est cependant cette confusion regrettable qui nous a valu les réflexions suivantes : «La forme d’une bouteille, pour prendre un
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exemple de l’ordre le plus vulgaire, n’est pas chose indifférente, et il est assurément utile de déterminer cette forme de manière à lui donner un caractère qui soit de nature à lui constituer une beauté propre, en harmonie avec le côté pratique d’une fabrication dont les exigences sont nettement définies. Le goût d’un peuple artiste doit mettre son empreinte sur toutes choses , même les moins importantes, et dont l’usage incessant entraîne les prix les plus bas. Bien des objets insignifiants que d’autres temps nous ont légués n’ont-ils pas une physionomie qui accuse un style original produit par l’étude et le désir de créer des formes dans lesquelles la convenance d’une destination précise vient en aide à la recherche du beau? Si cette préoccupation était plus sérieuse et constante à l’époque moderne, n’aurait-on pas trouvé le moyen de faire l’éducation des yeux du peuple, beaucoup plus encore que par l’exposition d’œuvres d’art où la nature des sujets représentés et l’exactitude de l’imitation sont seules susceptibles d’être appréciées? Nous voudrions donc qu’un verre commun, une carafe et une bouteille ne fussent pas négligés dans leur aspect, et que l’art y eût une part. Une amélioration dans les lignes générales d’un objet vulgaire par son usage n’entraînerait pas, d’ailleurs, une élévation de prix, n
La réforme est encore plus naturelle et plus urgente pour les objets que le pauvre achète à titre d’ornement, pour décorer son logement ou sa personne. En fait de bijoux, il en coûterait d’autant moins pour imiter les beaux modèles que le beau est généralement simple. Pourquoi voit-on tant de pauvres chambres enlaidies par de ridicules estampes? La reproduction d’un tableau de maître coûterait-elle davantage? J’ai connu un ministre des beaux-arts qui, au mo-
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oient ou on l’a congédié, était en pourparlers avec les directeurs de cafés-concerts pour leur faire jouer de la grande musique. Le peuple, surtout quand il est réuni, a l’instinct du grand. Quand on lui donne un spectacle gratis à la Comédie française, on joue Cinna. Il faut bien entourer l’homme ; il faut toujours tendre à l’élever. Il faut compter sur sa raison, pour le rendre raisonnable, et sur son goût, pour lui donner du goût.