‹ Exposition universelle de 1878Chapitre 35 sur 47 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L’ÉCOLE

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Dans notre société actuelle, tout le monde doit marcher ou courir. Celui qui s’arrête est perdu.

Le progrès est partout. Le mouvement s’est tellement emparé du monde, qu’il n’est plus même permis de se reposer, à moins qu’on ne s’administre le repos scientifique- 1 ment, comme un remède, afin de courir ensuite plus vite.

Les sectaires disaient : cc Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger. r> Cela revient, comme principe de droit, à la négation de la propriété, ce qui est absurde et barbare. S’ils avaient dit qu’en fait, dans un avenir prochain, celui qui ne pourra pas travailler ne pourra pas manger, parce que la propriété qu’il a dans les mains et qu’il ne féconde pas par le travail ne suffira plus pour assurer sa subsistance, ils auraient dit une vérité qui devient de jour en jour plus manifeste. II est bon sans doute d’avoir des provisions et de l’avance, dans la lutte que nous avons à soutenir jusqu’à la mort; mais le succès est à qui travaillera le mieux et le plus. Etre le premier travailleur, c’est être le premier homme. On a pu cacher cette vérité pendant des siècles, sous un amas de conventions, de privilèges, de mensonges, de violences; tout cela est fini. Il faut maintenant aller à l’école.

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Cela est vrai de la lutte entre peuples comme de la lutte entre individus. II y avait autrefois bien des causes de la domination d’un peuple sur l’autre : le nombre, les ressources accumulées, même le préjugé. A présent, c’est la science qui gagne les batailles. Celui qui sait le plus peut le plus. Celui qui peut le plus est le maître. Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple. S’il ne l’est pas aujourd’hui, il le sera demain.

On peut lire d’un bout à l’autre tous les rapports qui suivent celui-ci. Pas un rapporteur qui n’arrive à cette conclusion : des écoles! Ceux qui ne le disent pas le sousentendent.

Des écoles! Combien de fois avons-nous tous répété cela, croyant dire une bonne maxime morale! C’est une bonne maxime morale en effet; mais, désormais, c’est aussi un axiome mathématique. Ecoutez bien cela, citoyens : il faut étudier ou sombrer. II n’y a plus de place dans le monde pour un peuple inutile; il n’y a plus de place, chez aucun peuple, pour un citoyen inutile. Personne n’a le temps de s’arrêter, personne n’a le droit de se reposer, personne n’a le droit d’ignorer.

La France a toujours passé pour aimer à se vanter. Il n’est pas bien prouvé que ce défaut ne lui soit pas commun avec tous les peuples. C’est une des formes du patriotisme. A coup sûr, les Anglais et les Allemands se croient, chacun de leur côté, le premier peuple du monde. Pour nous, jusqu’à nos derniers malheurs, nous avions l’habitude de nous appeler nous -mêmes la grande nation. Nous nous regardions comme invincibles à la guerre. Notre civilisation était la plus parfaite, nos lois étaient les meilleures, et le grand siècle de Louis XIV n’était pas seule-

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ment le grand siècle de la France; c’était comme les siècles de Périclès, d’Auguste, de Léon X, une des dates héroïques de l’humanité. Nous faisions, en industrie, quelques concessions à l’évidence. Nous voulions bien reconnaître que ceux des pays concurrents qui ont le fer, la houille, les matières premières et le crédit à meilleur marché que nous, vendant à plus bas prix les mêmes qualités, les vendaient à plus grand nombre. Nous étions donc battus pour la quantité. Mais dans toutes les industries où le goût domine, nous avions d’emblée le premier rang. Nous étions aussi susceptibles sur ce point que sur la gloire militaire. Quand la statistique apportait des résultats trop accablants, nous trouvions, pour expliquer ces étrangetés, des raisonnements d’une subtilité merveilleuse. On nous avait volé nos dessins, nos couleurs, nos ouvriers : le moyen, en effet, de nous battre autrement qu’avec nos propres armes! Ces fanfaronnades ont disparu depuis 1870. Nos malheurs ont eu un résultat, qui les compensera presque, s’il est durable : ils nous ont appris à nous juger; ils nous ont démontré la nécessité de travailler, d’étudier. Cet effet a été frappant dans l’armée française. On s’est mis de toutes parts à travailler; on ne sait plus. ce que c’est que la vie oisive des garnisons, c’est la vie studieuse des garnisons qu’il faudrait dire à présent : nous avons les conférences des officiers, la bibliothèque des officiers, l’école et la bibliothèque du régiment. De même dans l’industrie, on s’est dit enfin ses vérités. Non, ce n’est pas en nous volant nos dessins, nos artistes, nos contremaîtres, que les Anglais réussissent, c’est en travaillant, en étudiant. Après les dernières expositions internationales, après la dernière principalement, il n’y a eu qu’un cri dans toutes les industries : des écoles! C’est une révolution dans notre ca-

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• ractère, qui deviendra une révolution dans le travail national. Nous pratiquons enfin les deux maximes philosophiques : cr Connais-toi ! Instruis-toi ! u

Voici comment s’exprime M. Martinet, à propos de l’imprimerie, dans son rapport sur la classe 9 :

cc L’éducation professionnelle est en France absolument négligée dans toutes nos industries. Vienne et Berlin ont des écoles spéciales à l’étude des arts graphiques. Paris n’en a pas. . . Nos artistes, nos mécaniciens surtout, soutiennent encore à l’extérieur notre bonne réputation; mais dans les ateliers, les bons praticiens deviennent chaque jour plus rares; et, si nous n’y veillons, si nous ne faisons rien pour l’éducation professionnelle, redoutons de passer bientôt au second rang, après avoir si longtemps occupé le premier, n M. Lemoine (classe 17) déclare que si la France veut conserver la suprématie dans la fabrication du mobilier, elle doit se mettre résolument à l’œuvre pour modifier ses méthodes d’enseignement dans les écoles spéciales de dessin. Il est surtout urgent de rendre partout l’étude du dessin obligatoire. Il rappelle que l’Angleterre a fondé, en 1 85 1 , une école normale de dessin, et que cette école compte à présent 90 succursales et 100,000 élèves. Le dessin est obligatoire en Hollande depuis 1857, en Autriche depuis 1869, en Prusse depuis 1872, en Belgique depuis 1877. L’enseignement du dessin a pris un essor nouveau en Amérique à partir de 1870. Si nos concurrents nous battent dans leurs écoles, ils arriveront infailliblement à nous battre dans leurs ateliers.

M. Didron, rapporteur de la classe 19, dit, en parlant de la peinture sur verre, que la France y a la suprématie depuis le xue siècle et qu’elle la conserve encore aujourd’hui,

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rr mais à condition de vivre sur le capital que le passé nous a légué. . . La fondation du collège de South-Kensington et particulièrement du musée immense qui lui a été annexé fut une révélation pour notre pays. On comprit que la France avait des émules, et que, si l’on n’y prenait garde, la prééminence de la patrie du goût pourrait être ébranlée. Le danger fut signalé officiellement, en 1862, par le chef de l’Etat lui-même* . . »

M. Croué (classe 21, tapis et tapisseries) : ce Remettonsnous courageusement à l’œuvre; le fabricant ne peut vivre qu’à la condition d’avoir l’œil toujours ouvert, l’esprit toujours tendu. . . »

M. Parisot (classe 23, coutellerie) : «La France a toujours conservé le premier rang pour la fabrication du service de table et pour les objets de luxe. Dans les objets de grande consommation et pour ceux d’exportation, sa supériorité est moins marquée. Pour certains articles, elle est en état d’infériorité. Ce qui manque aux ouvriers producteurs, c’est une instruction technique. Il faudrait leur faire connaître la composition et la provenance des différents métaux et matières premières qu’ils emploient, ceux qu’ils doivent préférer pour tels objets, les meilleurs moyens de les travailler, les nouveaux outils employés dans d’autres centres ou d’autres professions, les avantages qu’on peut en tirer pour la forge, le recuit, le découpage, l’estampage, le limage, la trempe , le polissage et enfin l’affilage , opération trop négligée pour les articles de commissionnaire. Toutes ces connaissances et tant d’autres si utiles à l’ouvrier pourraient lui être enseignées par des professeurs, des officiers d’artillerie, du génie, ou des industriels compétents...-»

M. Bachelet (classe 2 û, orfèvrerie) : «Il résulte de l’exa-

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men approfondi du jury que, si la France tient encore la première place dans cet art industriel , à l’étranger il se fait d’immenses progrès sous le rapport artistique comme sous le rapport de la fabrication; car la fondation des principales maisons de la Russie, de l’Amérique, date de vingt-cinq années environ. Et que de progrès faits en si peu de temps!. . . A quoi attribuer ce progrès? Est-ce au concours d’artistes que nous avons perdus par des causes qu’il ne nous appartient pas de définir ici et qu’elles ont su attirer chez elles? Est-ce à la fréquence des expositions ou nationales ou universelles? La plus grande part de ces progrès doit être attribuée sans aucun doute à la fondation d’écoles de dessin, fondées ou soutenues dans tous les pays par les chefs de ces importantes maisons, à l’émulation entretenue dans les écoles au moyen de concours et de prix, 11 II énumère ensuite nos ressources.

M. Saunier (classe 26, horlogerie) conclut sou rapport en ces termes : cr Si nous voulons conserver les branches fructueuses, améliorer celles qui le sont moins ou qui sont menacées, combattre avec succès l’avilissement du prix de vente obtenu par l’avilissement de la qualité, il faut : i° perfectionner toujours, incessamment, l’outillage; 20 répandre dans nos classes industrielles la science de la mécanique , la pratique du dessin et le goût de l’art décoratif. Le rôle de ce dernier, dans la création de gracieux motifs de cabinets, de pendules et de boîtes de montres, est plus important qu’on ne paraît le croire; 3° renouveler les méthodes d’apprentissage. . . n

On s’attendait bien à voir l’orfèvrerie, l’horlogerie, la peinture sur verre, compter principalement sur les écoles pour leur prospérité future.

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H est peut-être plus significatif d’entendre M. Hartog, rapporteur de la classe 3 7 (bonneterie et lingerie), se plaindre de l’insuffisance de nos écoles commerciales. Elles sont trop peu nombreuses. On y enseigne à peine les langues étrangères, la géographie, la statistique; il en résulte que nos fabricants attendent les commandes, au lieu de les provoquer comme nos concurrents; qu’ils ignorent les progrès accomplis au dehors, les mouvements de la demande.

M. Levois, rapporteur de la classe 38 (habillement des deux sexes), exprime la même opinion pour son industrie:

ce II nous faut instruire de plus en plus notre jeunesse artistique, industrielle, et surtout celle qui se destine au commerce. Il faut, par de bonnes études, faites dans nos écoles professionnelles et commerciales, lui donner l’amour du travail, le goût des voyages, lui apprendre les langues étrangères . v>

Parmi les rapporteurs des diverses classes, qui insistent le plus sur les avantages de la science, sont ceux qui traitent de l’agriculture et des diverses industries qui s’y rattachent : cc II 11e faut pas croire, dit M. Durand-Claye, qu’011 a bien travaillé parce qu’on a beaucoup travaillé. v> Le travail, pour être productif, doit être fait au meilleur moment, dans le meilleur lieu, avec les meilleurs outils. 11 doit être dirigé par la science. Celui qui ne sait pas mettra dix jours à faire un travail qu’il aurait fait en un jour, s’il se tenait au courant des procédés nouveaux. Il dépensera pour ses semis un tiers de plus que le laboureur éclairé et intelligent. Il achètera à grands frais un engrais qui 11’est pas celui que demandait son genre de culture et qui ne produira aucun rendement. Il ne saura pas améliorer une race de bétail. Il ne saura pas choisir pour son exploitation

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le genre de bétail qui lui convient et dont le débit est devenu le plus avantageux. Il laissera perdre des déchets qui, habilement employés, seraient pour lui une source de richesse. Il aura beau s’épuiser dans ces conditions, travailler sans relâche du matin au soir : tout dépérira entre ses mains. H ressemblera à ces condamnés aux travaux forcés qui tout tourner, avec beaucoup de fatigue et de douleur, une roue qui, elie-même, ne met aucune machine en mouvement.

La même ardeur pour l’enseignement technique se retrouve dans toutes les corporations ouvrières, dans toutes les chambres syndicales de patrons et d’ouvriers. Pas une distribution de prix, pas une réunion solennelle, pas un banquet, sans que le vœu de la fondation ou de l’amélioration des écoles techniques ne se renouvelle. C’est une émulation entre patrons et ouvriers à qui montrera le plus de zèle.

Il ne faut pas croire que tout soit à faire. Nous avons beaucoup d’écoles techniques; malheureusement nous n’en avons pas assez, et elles ne sont pas assez bonnes, puisque les écoles de nos concurrents sont à la fois plus nombreuses et mieux conçues. Nous nous en sommes aperçus d’abord par les progrès qu’on faisait à côté de nous, et qui nous ont donné l’éveil. Puis, nous y avons été voir. Nous nous sommes convaincus, par nos yeux, qu’on étudiait plus, et mieux, en Allemagne et en Angleterre, que chez nous. De là ce cri de détresse de toutes les branches de fabrication menacées dans leur prééminence; cet appel au dévouement des chambres de commerce, des chambres syndicales, des chefs d’industrie; cette invocation du concours de l’Etat, des départements et des communes. C’est un concert universel, auquel nous venons mêler notre voix. Il est impos- *

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sible, quand on vient d’étudier sérieusement l’Exposition de 1878 et de lire les doléances de tous les rapporteurs, de ne pas dire avec eux : il faut fonder des écoles; il y a nécessité, il y a urgence. Seulement, ce qui est tout aussi nécessaire, c’est d’améliorer et de fréquenter les écoles qui existent. La rapide revue que nous allons faire ensemble des moyens d’instruction dont la France dispose a pour but de nous faire connaître à nous-mêmes les ressources que nous avons, d’indiquer celles qui nous manquent, et, en rendant justice aux services des zélés, d’exciter chez les autres une salutaire inquiétude et une généreuse émulation.

Dès à présent, un certain nombre de corps d’état parisiens ont leur école : les bijoutiers, les papiers peints; les corporations qui n’en ont pas encore rassemblent les fonds nécessaires : les horlogers; le président de la chambre syndicale, M. Rodanet, n’aura de cesse que l’école ne soit fondée; d’autres, en attendant la fondation de l’école, décernent des prix chaque année aux apprentis et même aux ouvriers qui se sont le plus distingués : les horlogers, les fleurs et plumes, les ébénistes. Certains patrons font chez eux des établissements analogues : M. Chaix, pour les compositeurs typographes. Des associations se fondent pour faire des cours gratuits. Les associations philotechnique et polytechnique de Paris, ces deux-là fort anciennes, enseignent, entre autres matières, le dessin, la géométrie, la coupe des pierres. De même à Lyon, l’Enseignement professionnel du Rhône. Ces utiles associations se propagent clans un grand nombre de villes de France. Les écoles professionnelles de jeunes fdles à Paris ont des ouvroirs pour la confection, la gravure sur bois, la peinture sur porcelaine, les fleurs artificielles, la décoration des éventails. Les villes n’épargnent

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pas les sacrifices. Elles créent elles-mêmes des écoles ou encouragent par leurs souscriptions les créations individuelles. Le conseil municipal de Paris, celui de Lyon, sont d’une générosité inépuisable. Une loi vient d’être votée pour permettre à l’Etat de subventionner des écoles d’apprentissage manuel. Beaucoup d’écoles déjà existantes, écoles d’origines diverses, dues à des particuliers, à des corporations, aux communes, étaient représentées à l’Exposition. L’Association polytechnique de Paris, l’Enseignement professionnel du Rhône, les écoles Elisa Lemonnier pour l’enseignement professionnel des femmes, une association religieuse ayant le même but, ont été récompensés. L’Association philotechnique de Paris n’avait pas exposé, par ce motif que son président d’honneur étant président du jury international, elle se trouvait hors de concours. Les écoles d’horlogerie (Paris, Cluses, Besançon) ont eu à leur tête les Motel, les Perrelet, les Benoît; il y avait à Mulhouse une école de filature et de tissage. L’Ecole industrielle de Reims, fondée et entretenue par la ville, a aussi une section très bien tenue, consacrée aux industries textiles. Cette école a obtenu une médaille d’or à Imposition. Rouen a une école d’arts et métiers, fondée parla ville et dirigée par les frères des écoles chrétiennes. Paris a son Ecole de commerce, établissement d’ordre supérieur, fondée autrefois par Blanqui aîné, acquise depuis par la chambre de commerce. Toutes ces écoles, qui tout à l’heure seront de notre part l’objet d’une nomenclature plutôt que d’une étude approfondie , sont fort différentes entre elles par leur spécialité, leur origine, leur fortune, leurs progrès. Elles annoncent un réveil; plutôt un commencement qu’une situation faite. La France industrielle n’étudie pas encore

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autant qu’il faudrait; mais elle comprend la nécessité d’étudier. Elle se meut.

On peut rapprocher de ce mouvement, comme appartenant au même ordre d’idées, l’adjonction de savants ou la création de laboratoires d’études dans les grandes compagnies. Une de nos plus grandes maisons financières, le Crédit lyonnais, fondé et dirigé par M. Henri Germain, a un bureau composé d’économistes, pour étudier les affaires à mesure qu’elles se produisent et les grandes questions financières; non pas simplement les affaires de la maison, ce qui serait l’office d’un conseil de directeurs, mais toutes les affaires. C’est le besoin de savoir qui se manifeste; le besoin d’être éveillés et prêts à l’action; ce que les Grecs appelaient Ysypyyopyi&ts.

Nous examinerons aussi, dans les pages suivantes, avec un peu plus de détails, les établissements d’instruction fondés ou dirigés par l’Etat.

Indépendamment du ministère spécial de l’instruction publique, plusieurs ministères entretiennent ou subventionnent des écoles : le ministère des beaux-arts, le ministère delà guerre, celui de la marine, les travaux publics , l’agriculture et le commerce. Cet ensemble d’écoles est très considérable et va de l’enseignement le plus élevé , comme celui de l’Ecole polytechnique, du Conservatoire des arts et métiers, de l’Institut agronomique, de l’Académie de Rome, de l’Ecole des beaux-arts de Paris, jusqu’aux fermes-écoles et à l’École des pupilles de la marine à Brest. On oublie quelquefois tout cela, parce qu’on n’a jamais pris le soin d’en présenter un tableau d’ensemble. Les institutions ne nous manquent pas; il y a plutôt à les développer qu’à les créer.

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En comptant les ressources spéciales, qui montent à 1 5,353,020 francs et qui consistent en allocations des départements pour le service de l’instruction primaire, la France consacre annuellement à l’instruction publique 112,072,073 francs. Sur ce chiffre, 32,7^1,427 francs figurent au budget des ministères autres que celui de l’instruction publique.

La part du ministère de la guerre est de 1 1 ,574,7 1 2 fr. Je fais entrer dans ce chiffre les dépenses pour la boxe, l’escrime, le tir, l’équitation; l’éducation physique fait partie de l’éducation; il y a, dans le budget de l’instruction publique, des dépenses inscrites pour des services analogues; et, s’il y a lieu de se plaindre de quelque chose, c’est qu’on traite l’escrime et l’équitation en arts d’agrément dans nos lycées. Quelques-unes des écoles de la guerre sont des écoles savantes, dans la plus stricte acception du mot. On peut citer l’Ecole polytechnique, qui est une de nos gloires nationales, l’Ecole de médecine militaire; même dans les écoles

d’application (Ecole de la guerre, Ecole du génie et de l’artillerie, Ecole de Saint-Cyr) , la science prend une très large place. Très large aussi est la place des études scientifiques proprement dites dans les écoles du ministère de la marine, qui figurent au budget pour le même chiffre que celles de la guerre (11,556,670 francs). L’Ecole navale, l’Ecole du génie maritime , la dernière surtout , sont des écoles scientifiques de premier ordre. Les écoles de maistrance, les écoles de mécaniciens, rendent au pays d’aussi grands services que nos écoles professionnelles les mieux tenues. Enfin les écoles de mousses, les écoles de pupilles, sont d’excellentes écoles primaires. Aux 11,556,670 francs portés au budget de la marine il convient peut-être d’ajouter : i° une somme de

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76,500 francs pour publications scientifiques [Mémorial du génie maritime , Mé7norial de l’artillerie , Archives de médecine navale ); 20 environ 160,000 francs employés en abonnements de journaux, achats de manuels, etc.; 3° une somme de 100,000 francs consacrée à payer des bourses dans les lycées et autres établissements de l’Etat : le tout formant un total de 336, 5oo francs; ce qui élève les dépenses scolaires de la marine à 1 1,893,170 francs.

Le contingent du ministère des travaux publics n’est que de 3 2 6, 100 francs; mais, avec cette somme, il entretient l’Ecole des ponts et chaussées et l’Ecole des mines. L’Ecole des mineurs de Saint-Etienne, celles de Douai et Alais, 11e coûtent guère à l’Etat que 52,ûoo francs. Ces écoles, destinées à créer des maîtres mineurs, des contremaîtres, de bons ouvriers, ne rendent pas les services qu’on en devait attendre; elles forment trop peu d’élèves; c’est une institution excellente, mais insuffisante. Nous aurions besoin d’avoir, dans les départements où nos mines sont situées, une population de mineurs, comme il en existe en Allemagne, en Suède, en Norwège, dans certains comtés de l’Angleterre. Nous avons des ingénieurs des mines habiles et savants; mais les maîtres mineurs, les contremaîtres, les ouvriers, sont loin d’avoir les connaissances théoriques et les aptitudes professionnelles que demande leur rude métier. C’est peu d’avoir des mines; il faut encore avoir des capitalistes qui veuillent les exploiter, et des ouvriers qui sachent faire la besogne. L’attention des pouvoirs publics devrait se porter de ce côté-là. Il est certain que beaucoup de nos mines sont mal exploitées ou ne le sont pas du tout. Nos richesses sont médiocres, et le peu que nous avons reste enseveli, faute d’encouragements et de soins, Les esprits chagrins

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prétendent que nos lois sur la propriété et l'exploitation des mines sont faites tout exprès pour rendre cette exploitation ou très difficile ou très peu avantageuse aux entrepreneurs.

Les beaux-arts ont l’Académie de France à Rome, l’Ecole des beaux-arts et l’Ecole des arts décoratifs à Paris , l’Ecole de dessin de la manufacture des Gobelins, celle de la manufacture de Sèvres, le Conservatoire de musique et de déclamation, les écoles de Lyon, Toulouse, Lille, Dijon et Nantes. Le budget scolaire du ministère des beaux-arts monte à 1,309,210 francs.

La Légion d’honneur, rattachée au ministère de la justice, dépense 1,0/16,960 francs pour ses trois maisons de Saint-Denis, Ecouen et Saint-Germain-en-Laye; les séminaires du culte catholique, ceux des deux communions protestantes et du culte Israélite , occasionnent ensemble une dépense de 1,121,100 francs; enfin, le ministère des affaires étrangères est inscrit au budget pour la somme de 20,000 francs, consacrée à l’école de langues orientales dite des Jeunes de langues.

Le ministère de l’agriculture et du commerce, quoiqu’il ne dépense actuellement que 5,5oo,ooo francs, est un de ceux qui entretiennent le plus d’écoles. Ce chiffre devra s’accroître prochainement par la création de chaires d’agriculture dans ceux des départements qui en sont encore dépourvus. On peut le décomposer en deux parties : 2 millions pour l’enseignement technique et 3,5oo,ooo francs pour l’enseignement agricole, en y comprenant l’Ecole forestière, les écoles vétérinaires et l’Ecole des haras. L’Ecole centrale figure pour 4/i5,ooo francs dans les dépenses de l’enseignement technique; mais ce chiffre est presque en-

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tièrement couvert par les rétributions scolaires qui montent à 429,000 francs.

Voici l’énumération des dépenses d’instruction publique inscrites pour divers ministères au projet de budget de t88i :

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