‹ Exposition universelle de 1878Chapitre 47 sur 47 · DÉTAIL PAR PAYS DE DESTINATION EN · texte numérisé non relu

DÉTAIL PAR PAYS DE DESTINATION EN

États-Unis . 55 o

Espagne . 3i8

Bnenos-Ayres . 917

Brésil . 127

Montevideo . i5q

Égypte . 21

Turquie . 7

Antilles espagnoles . 5o

Chili . 52

Canada . 48

Venezuela . 46

Algérie . 890

Autres pays . 48 1

Total (2,457 b°mmes et 1,209 femmes) . 3,666

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parce que l’immigration allemande a lieu dans des proportions colossales; le chinois. Quant aux religions, tous les anciens cultes s’y rencontrent et y luttent contre une sorte de génération religieuse spontanée; lés sectes naissent et meurent, comme les éphémères, sans laisser plus de traces. II y a là des échantillons de tout ce qui est ancien , et des semences de tout ce qui est nouveau.

Si les hommes se transplantent avec une facilité qui est toute nouvelle dans la race humaine, il en est de même des animaux et des végétaux par l’acclimatation ; des industries, par les communications de toutes sortes et les expositions internationales; des produits naturels et fabriqués, par le libre-échange. Chaque consommateur prend dans le magasin général les denrées et les vêtements qui lui conviennent; chaque ouvrier y prend l’outil qui est à sa main. L’acclimatation, qui s’applique désormais aux hommes et aux choses, est devenue une des sciences les plus importantes, en vertu de ce grand principe, qu’il ne suffit pas de beaucoup travailler, qu’il faut surtout bien travailler, c’està-dire faire le travail auquel on est le plus apte et dans les conditions qui en favorisent particulièrement le succès. Ainsi, il y a possibilité d’acclimater en France le ver à soie du chêne et le coton. L’élevage du ver à soie du chêne donnera probablement des résultats utiles; il faut donc le tenter. La culture du coton coûtera beaucoup d’argent et ne donnera que des résultats médiocres; il faut donc y renoncer. On a bien fait d’acclimater les mérinos, puisqu’ils ont donné de belles toisons et que leur laine coûte moins à produire chez nous qu’à acheter au dehors ; on aurait tort de s’obstiner à élever des chèvres du Thibet, parce quelles ne donnent de résultats utiles ni au point de vue de la beauté

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du duvet, ni à celui de l’économie. La tannerie, la corroirie, la mégisserie, sont très à leur place en France, à cause de l’abondance et des quantités de nos écorces à tan; le tissage des différents textiles y réussit parfaitement, grâce au goût des patrons et des ouvriers; au contraire, la filature pour les numéros courants n’a pu s’v introduire que par le secours de droits protecteurs, et nous ne pourrions sans folie nous adonner à la fabrication des numéros fins.

Ce n’était pas une raison pour ne pas fonder de filatures, dans un temps où les douanes mettaient entre les nations bien plus de distance que la nature, et ce n’est peut-être pas une raison pour ne pas les conserver, à présent que les dépenses de premier établissement sont faites et amorties.

Connaître le monde, en relier toutes les parties par des communications faciles, y disposer de la façon ia plus convenable les hommes, les animaux, les plantes, les ateliers et les marchés, c’est le premier travail. Il faut ensuite aménager convenablement la terre, la fouiller, la fertiliser. Elle a des cours d’eau qu’on peut relier entre eux par des canaux; parmi ces cours d’eau, les uns sont naturellement navigables; la science sait ce qu’il faut faire pour creuser aux autres un lit plus profond, pour les dégager de la vase et du sable qui les engorgent, pour y établir des barrages et des écluses. Ces eaux peuvent être transformées en moteurs ; elles peuvent être empoissonnées pour les besoins de l’alimentation ; elles peuvent être transportées au loin pour fournir aux usages domestiques d’une population agglomérée; elles peuvent, par des irrigations, fertiliser une plaine, guérir un vignoble du phylloxéra. La science vous dira où et dans quelle proportion les forêts sont nécessaires; quelles sont les essences

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d’arbres à préférer, selon les climats et les besoins locaux; quels arbres on peut livrer au feu; quels arbres, au contraire, doivent être réservés pour l’ébénisterie ou la charpente; elle vous apprendra quand il faut faire des prairies , dans quels lieux, dans quelle mesure, par quels procédés; quelles races d’animaux il convient d’y mettre; elle vous montrera quelle est la place à réserver pour les céréales, les plantes potagères, les arbres à fruits, les plantes non comestibles. Elle a trouvé depuis peu les moyens de connaître à l’avance, sinon avec précision, du moins avec un haut degré de probabilité, les variations delà température. Avec ces nouvelles découvertes, elle sauve journellement la vie à bien des équipages et elle sauverait la fortune de bien des cultivateurs, s’ils se tenaient mieux au courant de ce qui se passe au Bureau des longitudes, à l’Observatoire et à Montsouris. Les outils agricoles de toute nature pour défoncer la terre, pour semer, herser, moissonner, faucher, faner, hacher, c’est elle qui les a trouvés. C’est elle encore qui, en amenant la vapeur sur le champ de bataille de l’agriculture, permet à l’homme d’abord d’être un homme, c’est-à-dire un directeur de forces, et ensuite de ne demander au cheval que de la vitesse, au bœuf que de la viande, à la vache que du lait. C’est la science qui enseigne à l’agriculteur quel est l’engrais qui convient à chaque plante; c’est elle qui lui apprend ou se trouve cet engrais, par quel moyen il pourra le transporter; et, quand c’est un engrais artificiel, c’est elle qui le fait. Le fumier de ferme étant devenu insuffisant pour les nouveaux besoins, elle a essayé les marnes, les plâtres (sulfate de chaux), la chaux éteinte , la tangue, les maërls (mélange de limon et de coquilles broyées par la mer); puis, elle a été chercher le guano jus-

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qu’aux îles Chinchas, sur les côtes du Chili; puis enfin, elle a employé l’azotate de soude, le phosphate de chaux, la potasse. Elle transforme en eaux potables les eaux malsaines. Elle invente les filtres pour les usages domestiques et, pour la marine, les futailles charbonnées à l’intérieur; c’est Berthollet qui découvre la puissance désinfectante du charbon. La science creuse la terre jusque dans ses profondeurs et en fait jaillir des eaux abondantes. Outre les trésors quelle porte à sa surface, la terre en recèle d’innombrables : de l’or, de l’argent, du platine, du plomb, de l’étain, du cuivre, du fer, le plus précieux de tous les trésors. La science découvre les gisements; elle enseigne l’art de creuser les puits et les galeries; elle protège, dans les entrailles de la terre, la vie de l’ouvrier; elle s’empare des minerais pour les trier, les laver, les fondre , les battre , les étirer, les cémenter, les affiner, les transformer en tous ces objets d’utilité ou de luxe qui rendent la vie possible d’abord, et ensuite agréable : Primo vivere, deinde philosophait. A chaque minute, dans les mines, dans les forges, dans les filatures, dans les tissages mécaniques, il faut recourir à elle pour tourner une difficulté, pour activer la production, pour la rendre plus économique ou plus parfaite, pour ménager la santé et la vie des hommes. Elle a longtemps rêvé la médecine, comme elle avait d’abord rêvé la chimie; elle est maintenant en train de la créer par l’anatomie , la physiologie, l’histologie et la recherche microscopique des animaux et des tubercules infectieux. Elle a établi la chirurgie sur des bases incontestables, et l’a fournie des appareils et des instruments les plus judicieux. L’hygiène est une de ses dernières et de ses plus précieuses découvertes. La science n’est peut-être pas encore parvenue à prolonger la vie de

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l’homme; mais elle a certainement diminué le nombre et reculé, pour chacun, l’époque des infirmités.

Chaptal raconte que le général Bonaparte, en partant pour l’expédition d’Egypte, avait emporté tous les outils et instruments nécessaires pour acclimater les arts de l’Europe dans le pays qu’il voulait conquérir. Tout fut englouti dans la mer à la bataille d’Aboukir. Les savants restaient. Un d’eux se mit à l’œuvre pour remplacer tout ce qu’on avait perdu: c’était Conté, le même qui nous avait donné toute cette variété de crayons qui portent son nom , et que nous tirions, avant lui, de l’Angleterre, ce 11 ne se décourage pas un instant, dit ChaptaU1); il fabrique ses limes, ses ciseaux, ses marteaux, ses enclumes; il se forme un assortiment complet d’outils. Faut-il moudre le blé? il construit des moulins à vent. On manque de lunettes? il compose du fiint-glass et fabrique d’excellentes lunettes. L’armée est sans vêtements? il file la laine, tisse l’étoffe et apprête le drap. C’est le plus grand exemple, ajoute Chaptal, de ce que peut un homme de génie avec le secours de la mécanique et de la chimie, n

On sait les merveilles que produisit chez nous la science pendant que l’Europe tenait la France bloquée à la fin du dernier siècle. Nos généraux les plus illustres et nos plus héroïques armées n’ont pas plus fait pour la patrie que Monge, Berthollet, Périer, Fourcroy, Chaptal. On fabriquait, à Grenelle, 35 milliers de bonne poudre par jour. Mêmes progrès dans la fabrication des fusils, des sabres, des baïonnettes. Nous faisions venir l’alun d’Italie : Chaptal le fabriqua de toutes pièces. Thénard trouva le moyen de

(1) De V industrie française , tome II, p. too.

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porter tous les aluns au même degré de pureté. On suppléa aussi à la couperose, que nous avions en faible quantité, par un produit artificiel. Bérard établit à Montpellier une fabrique qui suffit à tous les besoins du Midi. Les progrès de la chimie depuis le commencement de ce siècle tiennent vraiment du prodige. L’extraction du sucre de betteraves est une révolution en agriculture. Les procédés nouveaux pour la fabrication de l’acide sulfurique font une révolution tout aussi importante dans les arts. Scheele avait découvert, à Upsal, l’acide muriatique; Berthollet trouve le moyen de l’employer au blanchissage du lin, du chanvre et du coton; Ghaptal, au blanchissage des chiffons pour la fabrication du papier. Le même Chaptal étudie la théorie de la fermentation, et il en tire des procédés qui améliorent et conservent les vins. C’est encore Chaptal , cette fois en collaboration avec Argout, qui transforme l’industrie de la distillation, augmentant ainsi dans une proportion notable la production des alcools et des eaux-de-vie. En concentrant la vapeur produite par la combustion du bois, Vauquelin et Fourcroy découvrent l’acide acétique (vinaigre), tenant en dissolution de l’huile végétale altérée par le feu : le vinaigre de bois remplace avantageusement le vinaigre de vin pour de nombreuses préparations. Voici comment Chaptal racontait, en 1819, la découverte de l’éclairage au gaz: cc Outre le vinaigre et l’huile, la distillation des combustibles, tels que bois et charbon de terre, fournit une grande quantité de gaz hydrogène dont on a tiré un parti avantageux pour l’éclairage. Cette belle application d’un principe connu est due à M. Lebon qui, le premier, a fait voir au public, il y a vingt ans (vers l’époque de la première Exposition), son jardin et sa maison éclairés par le gaz dégagé

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du charbon de terre. Ce procédé, dont les habitants delà capitale ont admiré les effets pendant deux ou trois mois, a été bientôt appliqué à l’éclairage de quelques ateliers en Autriche et en Angleterre; peu à peu on l’a perfectionné, et aujourd’hui (1819) il est employé pour éclairer une grande partie des rues et des maisons de Londres et quelques établissements à Paris. Si ce nouveau système d’éclairage a fait moins de progrès en France, c’est peut-être parce que la fonte de fer et le charbon y sont plus chers qu’en Angleterre, et que le coak (résidu de la distillation de la houille) y est encore moins recherché ù). y, Cbaptal écrivait ces lignes au moment où Argout, Quinquet, Carcel, perfectionnaient les lampes, où Lange y ajoutait une cheminée de verre, invention qui parut merveilleuse. 11 ne se doutait pas que le temps viendrait si promptement où cries habitants de la capitale'» oublieraient qu’il y a eu autrefois des réverbères à l’huile, éclaireraient au gaz tous leurs ateliers et la plupart de leurs maisons, et verraient l’avenue de l’Opéra inondée chaque soir de la lumière blanche et éclatante de M. Jablochkoff.

La science a fabriqué des instruments qui conservent la vue ou en corrigent les défauts; d’autres qui permettent de pénétrer dans le monde des infiniment petits; d’autres qui plongent dans l’immensité. Après avoir créé les chemins de fer et la navigation à la vapeur, elle en perfectionne tous les jours la vitesse et la sécurité. Elle commence à transmettre la voix à de longues distances; pour la parole écrite, elle la porte par les airs, sous la terre, sous les eaux, d’une extrémité du monde à l’autre. Elle porte des troupeaux vi-

(1) Chaptal, loc . cit., tome II, p. 5*2.

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vants d’Amérique en Europe; elle y porle aussi de ia viande fraîche. Elle avait créé pour le voyageur la célérité : elle s’est occupée ensuite de son confort. Elle prépare pour lui des aliments qui contiennent sous un petit volume beaucoup de substance nutritive et qui restent indéfiniment comestibles par tous les degrés de température.

Elle a donné aux maçons les moyens de bâtir en un mois des maisons qui demandaient une année. Elle est allée chercher pour eux des matériaux qu’on laissait inutiles; elle en a composé d’autres de toutes pièces. Elle a combiné des ciments sur lesquels l’action de beau est impuissante. Mare vidil et j agit. Elle a pourvu la maison de feu, de lumière et d’eau, qu’on appelle à volonté, rien qu’en tournant un robinet. Elle écrit l’heure sur les murailles. Elle vous porte à tous les étages, assis dans votre fauteuil. Pour vous permettre d’habiter votre maison aussitôt qu’elle est bâtie, elle la sèche et l’assainit en quelques jours.

Elle découvre de nouveaux textiles et de nouvelles machines pour les filer et les tisser. Elle a des médecins pour les plantes comme pour les hommes. Elle a guéri le ver à soie, le vin. Elle guérira la vigne.

Elle a trouvé le moyen de faire de bonnes montres courantes qui coûtent quelques francs. Elle fait pour les savants, pour les marins, pour les médecins, des chronomètres infaillibles. Elle fait aussi des balances infaillibles. Elle mesure le ciel, le cours des astres. Elle nous a donné l’imprimerie, la lithographie, la photographie, la galvanoplastie. Après nous avoir donné le nécessaire et puis le confort, elle nous donne le luxe. Elle met le luxe à la portée du pauvre.

Voici, à ce sujet, un souvenir personnel qui peut trouver

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place ici, car il évoque toute la série des découvertes modernes. Un jour, M. Christofle, ce grand bijoutier, ce grand orfèvre, qui transforme tout ce qu’il touche en or, en argent, et, ce qui vaut mieux, en chefs-d’œuvre, reçut du Gouvernement quelque décoration assurément bien méritée. II voulut associer ses collaborateurs à sa joie, et les invita tous, depuis les plus grands jusqu’aux plus humbles, à un banquet. Le banquet eut lieu à Paris, dans la grande salle du Grand-Hôtel. H y avait deux cents ou trois cents convives. La table disparaissait sous des pièces d’orfèvrerie splendides. Au dessert, on remit à M. Christofle un télégramme. C’étaient ses ouvriers de Carlsruhe (il avait deux ateliers : l’un à Paris, l’autre à Carlsruhe) qui dînaient aussi là-bas à sa table, et qui, en ce moment même, buvaient à sa santé, comme leurs camarades de Paris. 11 leur répondit, séance tenante, et ils lurent sa réponse avant de se séparer. C’était la sténographie du discours qu’il venait de prononcer à Paris, cr Messieurs, disait-il dans ce discours, nous ne sommes que des ouvriers. L’un de nous (c’est moi) est devenu riche. Me voilà officier, ou commandeur, comme un général. Plusieurs de ceux qui m’entourent ont conquis une fortune; les moins favorisés ont une existence facile. Nous ne devons rien qu’à nous-mêmes et à la science. Nous avons fait entre nous des arrangements qui mettent les infirmes et les orphelins à l’abri du besoin. Il n’y a pas de potentat en Europe traitant des souverains qui puisse les recevoir dans une salle plus belle que celle-ci, ni leur montrer une orfèvrerie plus merveilleuse; et pour l’orfèvrerie, ajouta-t-il, nous pouvons en jouir doublement, car c’est nous qui l’avons faite, n

Il faudrait dire à présent ce que la science fait pour les

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arts; et dire d’abord qu’il y a, dans chacun des beaux-arts, une science ou plusieurs sciences qui lui sont propres : la science de la composition pour le musicien; ia science de la géométrie, de la perspective, des couleurs, pour le peintre. L’acoustique, qui est une science belle et difficile, permet aux Erard, aux Pleyel, aux Cavaillé-Coll, aux Sax, de créer leurs magnifiques instruments. La chimie augmente la gamme des couleurs; elle tire des couleurs nouvelles, d’éclatantes couleurs du goudron, de la houille. Le poète le plus spontané, le plus inspiré, est doublé d’un savant linguiste. Personne ne connaît mieux l’histoire, le mécanisme et le génie de la langue française, que Victor Hugo.

La science nous donne quelque chose de plus grand, de plus noble que tout ce quelle nous prodigue en créant et gouvernant l’industrie : elle nous donne la science ellemême. Elle a trouvé des procédés pour rendre accessibles les démonstrations les plus difficiles, et pour donner, même aux ouvriers qui n’ont que peu de temps pour s’instruire, des notions étendues de la plupart des résultats scientifiques. La lecture n’est plus le privilège des classes aisées. Tout le monde sait lire, à moins de s’y refuser absolument; car l’instruction élémentaire se répand gratuitement et de tous côtés. On n’a pas besoin d’aller la chercher: c’est elle qui vous cherche, qui vous prévient. H v a toujours une école à côté d’une mairie: c’est l’accessoire nécessaire; et même il y a des écoles dans les hameaux où il n’y a pas de mairie. L’instruction primaire qui se donne ainsi gratuitement est très complète. Ce n’est pas la science : c’est assez de science pour qu’un homme de bonne volonté puisse ensuite étudier tout seul. L’Etat donne l’instruction primaire à tous les citoyens et à toutes les citoyennes: il la leur doit;

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il faudrait qu’il donnât aussi, gratuitement, l’instruction secondaire à ceux et à celles qui auraient démontré, par leurs succès dans les écoles primaires, qu’ils peuvent la recevoir avec profit pour eux-mêmes et pour la société. L’institution des bourses avait été créée pour cela sous la première République; l’empire faussa l’institution et fit des bourses une monnaie courante pour récompenser ses serviteurs. Le ministre de l’instruction publique avait rétabli le concours en 1871. C’était une mesure profondément républicaine et démocratique à laquelle il faut revenir. 11 faut aussi augmenter les bourses du haut enseignement. L’homme est évidemment celui de tous les êtres dont le perfectionnement importe le plus à l’homme. Puisque c’est lui qui crée la science , et que c’est la science qui crée ou développe les industries, et que les industries ont pour objet de fournir à l’homme ce qui lui est nécessaire, utile et agréable, il faut considérer que la pédagogie, c’est-à-dire la science, l’art, l’industrie (car elle est tout cela à la fois), dont la fonction est de former des hommes, est la première des sciences, le premier des arts, la première des industries. Faire des hommes, tout est là: évoquer le génie! Une fois le génie évoqué et armé, tous les biens viendront à la file. H les sèmera autour de lui de sa main puissante, sans secours : far a da se.

L’art de gouverner les hommes est tout près de l’art de les former. La politique n’est que la pédagogie appliquée aux adultes. De la politique proprement dite nous n’avons rien à dire ici, sinon de répéter, en l’appliquant à l’industrie, le mot célèbre : Faites-moi de bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances. Le travail, comme les finances, a surtout besoin d’ordre , de paix , de liberté. Mais il y a une partie de la

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politique qui a trait plus particulièrement au travail. La politique embrasse une multitude de questions : la question de finances (les tarifs de douane, les patentes, les impôts en général, particulièrement les droits d’héritage, de partage, de vente, d’expropriation); la question de crédit; la question d’association (les associations de secours mutuels; les associations coopératives de consommation, d’habitation, de production; les sociétés en participation); la question de jurisprudence (les conseils de prud’hommes); la question corporative (chambres de commerce, chambres syndicales, livrets d’ouvriers, bureaux de renseignements); la question de réglementation (âge minimum des apprentis , conditions de l’apprentissage, écoles d’apprentissage, heures de travail pour les enfants, les femmes et les adultes). Toutes ces questions sont très graves. Un mot les domine : Liberté! Si on le perd de vue un instant, tout est perdu. C’est le nerf du travail. Sont contraires à la liberté et, par conséquent, au travail, les tarifs de douane, les patentes, les impôts de mutation. Les tarifs de douane, nous l’avons plus d’une fois répété, sont un empiétement de l’Etat sur la liberté du vendeur et de l’acheteur. Us n’ont et ne peuvent avoir pour effet pratique que des acclimatations inopportunes. Ils vont directement contre ce principe : que le travail lui main ne doit jamais être dépensé mal à propos. Les patentes constituent un impôt qui se recouvre facilement et produit un gros revenu : impôt immoral dans son principe et le seul vestige qui nous reste des anciens droits de maîtrise. Quand il fut voté, il se trouva dans l’Assemblée un député assez hardi pour demander, au contraire, qu’on fît payer patente aux oisifs. Il est vraiment contraire à la morale de frapper d’une peine celui qui travaille. Les droits sur

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f’héritage, la vente, l’expropriation, sont autant de charges qui pèsent sur la propriété et le travail. Elles ont pour effet cle rendre toutes les transactions difficiles. C’est un beau reste de cet ancien régime, où un noble ne pouvait travailler sans perdre caste. Le crédit est insuffisamment organisé. D’abord, il est presque impossible de trouvera emprunter, à moins d’être déjà propriétaire ou capitaliste : un cercle vicieux, s’il en fut; il faut étudier les moyens de mettre le crédit à la portée du citoyen qui n’a d’autre richesse que sa capacité et sa volonté. Même pour les patrons, qui, ayant un gage, ont droit à trouver du crédit dans les conditions de la légalité actuelle, les institutions de crédit sont trop peu nombreuses et trop peu abordables. Il n’y a qu’une seule banque d’émission, la Banque de France, avec 100 succursales pour une population de 36 millions d’habitants ù) , tandis qu’en Ecosse les douze banques ont ensemble 700 succursales pour 3, a 00,000 habitants. Le public trouve sa garantie dans la publicité imposée aux banques. L’unité de la Banque peut être défendue par de très fortes raisons, mais à condition que les institutions

(1) Succursales de la Banque de France: Agen, Amiens, Angers, Angoulême, Annecy, Annonay, Arras, Aubusson, Audi, Aurillac, Auxerre, Avignon, Bar-le-Duc, Bastia, Bayonne, Beauvais, Belfort, Besançon, Blois, Bordeaux, Bourg, Bourges, Brest, Caen, Cahors, Carcassonne, Castres, Châlons, Chambe'ry, Chartres, Cliâteauroux , Chaumont, Clermont-Ferrand, Digne, Dijon, Dunkerque, Epinal, Evreux, Fiers, Foix, Gap, Grenoble, le Havre, Laval, Lille, Limoges, Lons-le-Saunier, Lorient, Lyon, le Mans, Marseille, Meaux, Mende, Montauban, Mont-de-Marsan, Montpellier, Moulins, Nancy, Nantes, Nevers, Nice, Nîmes, Niort, Orle'ans, Pe'rigueux, Perpignan, Poitiers, le Puy, Beims, Bennes, la Rochelle, la Roche-sur-Yon, Rodez, Roubaix, Rouen, Saint-Brieuc, Saint-Etienne, Saint-Lô, Saint-Quentin, Sedan, Tarbes, Toulon, Toulouse, Tourcoing, Tours, Troyes, Tulle, Valence, Valenciennes, Versailles, Vesoul. En tout : 91 succursales.

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telles que le Comptoir d’escompte, le Crédit foncier, se multiplient et multiplient leurs moyens d’action et leurs succursales. 11 est certain que, dans l’état actuel, la petite et la moyenne culture se procurent très difficilement du crédit, et à des conditions trop onéreuses; qu’une maison industrielle à ses débuts n’en trouve pas; encore moins des ouvriers qui se réunissent pour fonder une maison en commun. La vieille défiance contre les associations, inspirée par l’esprit de monopole, subsiste dans nos lois, même après avoir disparu de nos mœurs.

11 s’est produit en France à diverses époques un mouvement vers les sociétés coopératives. On a fondé d’abord, cela était naturel, des sociétés de consommation, qui ont réussi; puis des lancl societies avec le concours des patrons, comme à Mulhouse; celles-là ont été florissantes dans certaines localités et n’ont jamais pu s’implanter dans d’autres, les ouvriers montrant une répugnance invincible à renoncer au droit de changer de résidence pour chercher de meilleures conditions de travail. Les sociétés de coopération ont très rarement prospéré; et quand elles ont réussi, c’est presque toujours en changeant de forme et en devenant des sociétés en commandite. Cependant il y a des exemples nombreux, hors de France, de sociétés coopératives de production très florissantes. L’Etat n’a pas le devoir d’en provoquer la formation; mais il a certainement le devoir de ne pas l’entraver, et même de la rendre facile par une meilleure organisation du crédit public, et par une liberté plus complète donnée aux associations. Aucun principe de morale ni de droit ne s’oppose à ce qu’un citoyen fonde à lui seul une entreprise, avec ses propres fonds, en s’entourant uniquement de salariés; il peut également s’as-

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socier des capitalistes, en restant lui-même directeur de l’affaire, ou en partager avec d’autres patrons la direction et les bénéfices, ou donner à ses ouvriers, au lieu de salaires, ou concurremment avec leurs salaires, une participation dans les bénéfices; tout cela est très légal, très moral : être patron ou avoir un patron sont deux situations qui ne répugnent en rien ni aux droits de l’homme, ni aux droits du citoyen. Si des ouvriers, restant ouvriers, c’est-àdire continuant leur travail personnel, se mettent à la tête d’une entreprise, en prenant à leur solde d’autres ouvriers, ils ne sont pas autre chose que des patrons, avec cette seule différence entre eux et les autres, qu’ils sont en même temps patrons et ouvriers. Enfin, si les ouvriers qui s’associent, non seulement restent ouvriers, mais décident, d’une part, qu’ils ne pourront pas cesser de l’être sans sortir de la société, et de l’autre, que la société 11e pourra employer aucun ouvrier sans lui conférer la qualité d’associé, ce genre d’entreprise constitue ce qu’on appelle proprement la société coopérative de production. De toutes ces formes du travail, quelle est la plus conforme à la justice? Quelle est celle qui réunit le plus de chances de succès? Ce ne sont pas des questions à débattre ici. Mais ce que nous pouvons et ce que nous devons dire, c’est que tout gouvernement qui met des entraves au droit d’association entre ouvriers, non des entraves légales, cela serait impossible dans les sociétés modernes, mais des entraves de fait par la suppression ou le refus des facilités nécessaires, viole le principe de l’égalité, le principe de la liberté, commet une injustice à l’égard des ouvriers, et même en commet une à l’égard des patrons, parce que, dans cette condition, les patrons tiennent leur situation de la protection du gouvernement,

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au lieu de la tenir du libre exercice de leurs droits et des conventions faites entre les parties. On a demandé à certaines époques que l’Etat, dans ses commandes ou ses adjudications, préférât toujours, à égalité de prix et d’exécution de travail, les sociétés coopératives aux entreprises individuelles. Pourquoi cela? L’Etat ne doit s’occuper que de la qualité du produit et du prix de revient. On a demandé , dans un autre sens , que les produits des associations ouvrières ne fussent pas admis à concourir dans les expositions universelles, ou qu’il y eut pour elles un concours séparé. Il n’y a, pour des prétentions pareilles, ni raison ni prétexte, à moins qu’on ne veuille revenir aux anciennes jurandes. Tout le monde est égal devant le travail; tout produit du travail, quelle qu’en soit la source, doit être estimé pour ce qu’il vaut, soit par l’Etat, soit par le jury d’une exposition. Tout ce qui attente à l’égalité ou à la liberté, dans un sens ou dans un autre, attente au travail. Les peuples peuvent avoir des lords, comme en Angleterre, ou des seigneurs, comme en Russie et en Allemagne, suivant les constitutions qu’ils se donnent; dans l’atelier de 1 humanité, il n’y a que des travailleurs, des hommes, des droits égaux : la seule supériorité est celle du mérite. Si l égalité et la liberté étaient bannies du reste de la terre, elles devraient se retrouver dans le monde du travail.

La situation des ouvriers, dans nos sociétés démocratiques, n’est plus ce quelle était autrefois; les ouvriers le savent très bien; il faut que les patrons le sachent aussi et s’en souviennent, sous peine de commettre de cruelles méprises. On a amélioré, peut-être incomplètement, le mode de nomination et la composition des chambres de

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commerce, des tribunaux de commerce, des conseils de prud’hommes. Il faut y introduire l’égalité pour y introduire la justice. On a supprimé l’article 1781 du Code civil. O11 supprimera le livret un de ces jours; les ouvriers auront, s’ils le veulent, des diplômes gagnés au concours, ou des attestations de leurs patrons ou de leurs camarades d’atelier, s’il leur plaît de s’en munir. Ils acceptent, à prix débattu, une condition de subordination dans les ateliers où ils travaillent, et quand une fois ils ont donné parole, ils doivent tenir scrupuleusement leur engagement, puisque les conventions sont la loi des parties. Mais, en dehors de l’atelier, et en tout ce qui 11e touche pas le travail, ils sont les égaux absolus de leurs patrons; égaux en droits et en devoirs, électeurs et éligibles, camarades d’armes dans l’armée active, dans la réserve et dans l’armée territoriale. Le contrat qu’ils ont accepté les oblige; mais ils l’acceptent à des conditions débattues avec une liberté entière. Non seulement ils peuvent travailler ou ne pas travailler, choisir leur genre de travail, leur atelier, leur patron, poser leurs conditions de salaires, fixer la durée de travail, etc., mais ils oui incontestablement le droit de travailler à leur propre compte. S’ils ne peuvent en user, faute de capacité, c’est un malheur dont ils sont la cause; si la difficulté vient dobstacles suscités indirectement par l’autorité, ou les usages, ou les mœurs, ils sont victimes d’une injustice, parce que la liberté du travail, la plus sainte des libertés, après la liberté de conscience, est violée en eux. On dit quelquefois, et avec raison, que la liberté n’est possible qu’avec l’ordre, c’est-à-dire avec la paix; on peut retourner la proposition pour tout ce qui regarde le travail, et dire: La paix n’est possible qu’avec la liberté. Quand il y a des malentendus ou

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des crises, ceia ne peut, tenir qu’à l’absence de liberté, ou à l’ignorance, qui est aussi une privation de liberté.

Travailler, étudier! Etudier librement, pour travailler librement et scientifiquement! Il n’y a pas d’autre manière de travailler et d’étudier. Emanciper le travail, émanciper la pensée, émanciper l’homme; c’est, en trois mots, toute la philosophie. C’est aussi l’aspiration et le but de toute politique républicaine. Et c’est pourquoi les écoles sont la base de toute république.

Il est impossible, en parcourant, même d’un œil distrait, les galeries d’une exposition universelle, de ne pas se sentir envahi par cette pensée, que la science a pris définitivement possession de la direction de tout le travail humain.

Autrefois, on entendait dire partout: Travaillons! C’est le mot de l’humanité; mais on exprime à présent plus justement la même pensée en disant : Etudions! C’est là, en effet, la forme la plus excellente, la plus éminente, la plus efficace du travail humain. L’histoire des expositions nous conduit à cette conclusion par la route la plus directe. En 1798, une exposition n’est qu’une exhibition; c’est un bazar, une simple accumulation de richesses; 1801, 1802, 180 4, 1819,11e sont guère autre chose. Ce sont des richesses en plus grande quantité, mais toujours des richesses, et rien de plus. Les procédés scientifiques, les outils, commencent à se montrer seulement en i834. C’est la philosophie du travail qui fait son apparition. Les hommes du métier, les savants de profession, accourent pour les étudier; les contemporains peuvent se souvenir que la foule des visiteurs s’en éloigne. Non seulement elle 11e les comprend pas, ce qui est assez naturel, mais elle n’en soupçonne pas la puissance et l’importance. II faut des coups

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d’éclat, comme le chemin de fer, la locomotive, le télégraphe électrique, la photographie, pour lui faire sentir que les destins de l’humanité se préparent dans les laboratoires de savants. Elle fait à cet égard son éducation lentement, mais elle la fait. A partir de 1 8 5 5 , il va dans les expositions un département scientifique. On expose , en outre, les appareils des transformations industrielles et même des spéculations purement théoriques, et la foule, sachant désormais que la découverte d’une théorie peut donner lieu à la découverte d’une industrie, s’arrête avec respect devant ces outils d’un nouveau genre. On ne se borne pas à lui montrer les instruments de la chimie, de la physique, de la géodésie, de l’astronomie, les collections de fhistoire naturelle; on étale sous ses yeux tout ce qui sert à la culture intellectuelle: les livres; non seulement les grands livres, qu’on ne peut lire qu’à la condition d’être déjà un savant, mais les livres de la foule, du vulgaire, ceux des enfants; le mobilier scientifique et scolaire, depuis le plus élevé jusqu’au plus humble. Elle sait à peu près ce que c’est qu’une université; elle comprend ce que peut une école primaire. Les galeries scolaires sont visitées autant que les autres, et par des gens compétents. Les instituteurs y accourent des localités les plus lointaines; ils se réunissent en conférences; ils amènent leurs élèves. A Londres, à Philadelphie, à Paris, il y a un groupe scolaire. Jamais ce groupe n’avait eu, dans l’opinion publique, une importance aussi décidée, aussi considérable qu’en 1878. Jamais les récompenses de ce groupe n’avaient été aussi recherchées, aussi enviées. L’échelle est maintenant visible pour les plus ignorants, pour les plus inattentifs: le produit, l’outil, la machine-outil, le laboratoire, l’université, l’école secon-

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claire, l’école primaire. On descend jusqu’à la salle d’asile, jusqu’à la crèche. Former l’intelligence humaine, qui est maîtresse de la destinée humaine ; l’éclairer, la fortifier, la dégager des préjugés, l’enrichir des meilleurs instruments et des meilleures méthodes. L’homme n’est plus une force de traction inférieure au bœuf, ni une force de vitesse inférieure au cheval; c’est avant tout, c’est surtout une pensée , une volonté , ayant à ses ordres des serviteurs bien autrement rapides que le cheval , bien autrement puissants que le bœuf ou l’éléphant. Fendant que ces pensées, ces volontés, bien préparées dans les écoles, dirigeront, gouverneront les machines déjà créées, appliqueront les procédés déjà découverts, les intelligences supérieures, profitant du travail de leurs maîtres, poursuivant leur ouvrage, ajouteront leurs découvertes aux découvertes anciennes : école d’assimilation , école de création; mais surtout et partout, écoles! Ecoles dans les hameaux et dans les capitales, écoles pour les enfants à peine sortis du berceau, écoles pour les adultes et pour les vieillards ; écoles dans les champs, dans les usines, dans les compagnies de chemins de fer; cabinets d’étude, qui ne sont que des écoles solitaires; académies, qui ne sont que des écoles collectives. Partout les grandes compagnies entretiennent des savants; les grandes maisons de banque ont leurs savants en économie politique et en finances, qui étudient pour elles les affaires à mesure qu’elles se présentent, ou en créent de nouvelles. De puissants financiers s’attachent un inventeur qui leur vaut plus qu’une mine d’or. Etudier! La popularité de ce mot est le grand caractère de l’époque de l’histoire où nous voici. Cette popularité est venue avec une rapidité foudroyante. L’enseignement primaire est en faveur depuis 1 8 3 3 ; le haut enseignement, depuis ces

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dernières aimées seulement. Qu’on relise la description des écoles primaires avant j 8 3 3 par M. Lorain! Qu’on se rappelle les difficultés rencontrées en 1 8 3 3 par M. Guizot! Qu’on lise les rapports successifs sur l’état de l’enseignement primaire, secondaire, supérieur, jusqu’en 1 8 7 4 ! En 1872, quand le ministre de l’instruction publique, réunissant à la Sorbonne les savants de toute la France, leur exposa les besoins du haut enseignement, on applaudit de tous côtés à cette résolution prise de montrer la plaie. trVous ne nous diriez pas cela, s’écriait M. Le Verrier, si vous n’étiez pas résolu à travailler pour la guérison ! -n Et le ministre répondait: cc Soyez mes auxiliaires! formez l’opinion ! » On était alors à ce moment extraordinaire de l’histoire où la France payait 10 milliards, où l’on ne marchait que sur des ruines. Cependant la lumière était faite, et l’on se mit à l’œuvre dès qu’il fut possible de songer à autre chose qu’à la dette. Les Chambres, les conseils municipaux , prodiguèrent des millions. L’élan est donné ; et il l’est si bien que tous les rapports qu’011 lira après celui-ci se terminent par ces mots : des écoles ! Nous maintenons notre supériorité, disent les uns, mais nos voisins ont de meilleures écoles. Ils vont nous atteindre, nous dépasser, si nous ne rendons pas nos écoles plus parfaites. Notre industrie, disent les autres, n’est qu’au second rang; avec de bonnes écoles , elle passera au premier.

Qu’on les écoute! Donnons des écoles à nos mineurs, à nos forgerons, à nos architectes, à nos peintres, à nos décorateurs, à nos tisseurs, à nos horlogers, à nos sculpteurs sur bois, à nos ébénistes, à nos cultivateurs! Mais songeons surtout à faire des hommes, parce que c’est avec des hommes qu’on fait des ouvriers, des industriels, des savants.

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Ecoles primaires et secondaires pour faire des hommes, écoles d’apprentissage pour faire des ouvriers, écoîes d’application pour faire des ingénieurs et des chimistes, écoles supérieures pour faire des savants, des réformateurs, des inventeurs. Commençons la sainte croisade, la croisade de la science. Il n’y a plus de supériorité ni de sécurité que par elle. Dans la société telle que les siècles, les révolutions et la liberté nous l’ont faite, il n’est plus permis d’ignorer, il n’est plus possible de s’arrêter. Il faut courir ou mourir.

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