STATIONS AGRONOMIQUES SUBVENTIONNEES EN
Station de Nice (Alpes-Maritimes) . 2,5oof
Caen (Calvados) . 1,750
Laboratoire galactologique (Cantal) . 3,5oo
Station de Bourges (Cher) . 1,000
Dijon (Côte-d’Or) . 2,000
Chartres (Eure-et-Loir) . i,5oo
Lézardeau (Finistère) . 1,000
Morlaix (Finistère) . 1,000
Séricicole (Hérault) . i6,5oo
Rennes (Ille-et-Vilaine) . 1,000
Châteauroux (Indre) . 2,000
Viticole (Indre-et-Loire) . 2,3oo
Nantes (Loire-Inférieure) . 5oo
Beauvais (Oise) . 1,000
Lille (Nord) . i,5oo
Arras (Pas-de-Calais) . 2,000
Béthune (Pas-de-Calais) . 5oo
Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) . 3, 000
Lyon (Rhône) . 3, 000
Vincennes (Seine) . 10,000
Melun (Seine-et -Marne) . 2,000
Grignon (Seine-et-Oise) . 6,000
Avignon (Vaucluse) . 2,000
Limoges (Haute-Vienne) . 5oo
Auxerre (Yonne) . 2,000
Ou a fondé, depuis, quatre stations nouvelles : Amiens, Marseille, Creully, et une station spéciale pour l’élude du phylloxéra à Montpellier.
L’ÉCOLE
pensé en tout, pour l’enseignement agricole en 1879, en dehors des écoles spéciales (écoles vétérinaires, Ecole forestière, etc.), qu’environ 2 millions. Ce n’est pas sur les dépenses d’enseignement qu’il faut épargner. L’argent donné à la science et aux écoles rapporte plus que le centuple.
L’agriculture possède encore des écoles spéciales d’un ordre supérieur, qui donnent accès à la carrière de garde général, inspecteur et conservateur des forêts, à celle d’officier et administrateur des haras, et à l’exercice de la médecine vétérinaire. L’Ecole forestière est située à Nancy h), celle des haras est annexée au haras du Pin ^ ; il y a trois écoles vétérinaires : à Alfort, Lyon et Toulouse, ayant chacune leur circonscription (1 2 3h
L’Administration centralise toutes les affaires relatives à renseignement agricole, sous ses diverses formes et à ses
(1) L’Ecole forestière de Nancy a été' inslituée en 1 8 2 4 . On y est admis par voie de concours, en produisant le diplôme de bachelier ès sciences. Le nombre des élèves ne dépasse pas 2 5 ou 3o. Les cours durent deux ans. Ils comprennent la culture et l’aménagement des forêts, l’histoire naturelle, les mathématiques, les constructions et la jurisprudence. Les élèves sortant après avoir satisfait aux examens sont nommés gardes généraux des forêts.
(2) L’Ecole des haras a été organisée par un arrêté du 9 juillet 1879. Les candidats doivent présenter le diplôme de bachelier ès sciences et subir un examen d’admission portant sur l’arithmétique, l’algèbre, la géométrie, la physique, la chimie, la mécanique, l’histoire, la géographie, le dessin, la langue anglaise. L’enseignement dure deux années. Il comprend la science hippique, l’hygiène, la zoologie, l’anatomie et la physiologie animale, la physiologie végétale et la botanique fourragère, l’extérieur (les formes extérieures du cheval), la maréchalerie , la pathologie, l’agriculture, l’administration et la comptabilité, l’équitation, l’attelage, le dressage, le pansage, la tenue des écuries, des effets de sellerie, l’entretien des voitures, etc., la carrosserie et le harnachement. L’examen de sortie comporte une thèse.
(3) L’enseignement dans les écoles vétérinaires est de quatre ans. Il comprend :
L’ÉCOLE
divers degrés, dans un bureau; on se demande pourquoi on n’a pas eu recours à un conseil supérieur. H y a un conseil supérieur pour l’enseignement technique; il serait tout naturel qu’il y en eût un aussi pour l’enseignement agricole. 11 ne faudrait pas prendre pour modèle le conseil supérieur de l’instruction technique, qui semble avoir été constitué uniquement pour s’occuper de l’enseignement de second ordre. Créé en 1870, réorganisé en 1879W, ce conseil est appelé à donner son avis sur toutes les questions pouvant intéresser l’enseignement technique, notamment sur les programmes et les méthodes à recommander, sur la répartition du crédit d’encouragement, sur les missions à donner à l’inspecteur, sur les propositions adressées par cet inspecteur au ministre et sur les récompenses qu’il pourrait convenir d’accorder. Il serait opportun d’étendre les attributions de ce conseil pour qu elles pussent embrasser le Conservatoire, l’Ecole centrale, et de créer parallèlement un conseil d’agriculture qui ne serait étranger à aucune partie de l’enseignement agricole, depuis l’Institut agrono-
i° La physique, la météorologie, la chimie, la botanique, la géologie, la cosmographie et des notions d’agriculture ;
â° La zoologie, l’anatomie, la physiologie, l’étude de la conformation extérieure;
3° L’hygiène et la zootechnie;
4° La pathologie générale et spéciale, la thérapeutique médicale et chirurgicale , la pharmacie , des études de chimie expérimentale , les règles et le manuel des opérations, la ferrure théorique et pratique;
5° La police sanitaire, des notions de droit commercial et l’étude spéciale des lois relatives à la vente et à la garantie;
6° La médecine légale.
A la suite des examens de sortie, les élèves reçoivent le diplôme de vétérinaire.
(l) Décrets du 19 mars 1870 et du 3 mars 1879.
516 L’ÉCOLE
mique et les écoles vétérinaires jusqu’à l’École des bergers. Quand ces conseils devraient n’être que consultatifs, il est évident que le ministre aurait intérêt à recevoir les avis de savants et de praticiens qui ne seraient pas ses fonctionnaires. Le fonctionnaire incapable ou ignorant est difficilement remis dans la bonne voie par un ministre qui ne peut pas avoir toutes les compétences; et le fonctionnaire savant se transforme assez naturellement en fonctionnaire toutpuissant. Ce qui vaudrait infiniment mieux qu’un conseil d’enseignement technique d’un côté, un conseil d’enseignement agricole de l’autre, ce serait un conseil général embrassant tout l’ensemble de l’éducation dans toute la France et pouvant mettre de l’harmonie entre les diverses écoles et les divers programmes. Cela n’empêcherait pas chaque corps d’avoir son administration séparée, et même son conseil composé d’hommes compétents pour les questions d’administration et de discipline. Il y a des relations entre les départements ministériels, qui gagnent à être discutées autrement que par un échange de lettres entre les bureaux. Ainsi l’administration de la marine, celle des travaux publics, ont de grands intérêts engagés dans la manutention des forêts de l’Etat et des forêts privées; elles ne peuvent rester étrangères à la constitution et au progrès de l’Ecole forestière. La guerre a constamment besoin de l’administration des haras; les écoles vétérinaires lui fournissent tout un corps d’officiers, et, de son côté, elle entretient des boursiers dans ces écoles. D’autre part, tout ce qui est instruction a des rapports étroits avec cette partie considérable de l’instruction publique, que dirige le ministre de l'instruction publique. L’agriculture empruntera toujours à l’instruction publique la plupart de ses professeurs de chimie ,
L’ÉCOLE
de physique, d’histoire naturelle. Les écoles vétérinaires, séparées administrativement des écoles de médecine, ont besoin à chaque instant de leur faire des emprunts , de s’appuyer sur elles. Les professeurs départementaux d’agriculture, quoique dépendant principalement du ministre de l’agriculture et du commerce, sont rétribués par moitié sur le budget de l’instruction publique. Ces professeurs font partie dès à présent du corps enseignant des écoles normales; les instituteurs primaires sont leurs auxiliaires pour l’enseignement de l’agriculture. On pourrait faire des réflexions analogues pour les écoles d’arts et métiers qui dépendent des travaux publics; pour les diverses écoles de la guerre, en commençant par l’Ecole polytechnique, qui importe autant à la science générale et au génie civil qu’à la science militaire et à l’artillerie; pour l’Ecole du génie maritime, pour l’Ecole navale. Tous ces enseignements ne peuvent être ni donnés ni dirigés par l’Université; il est raisonnable qu’ils soient dans la main de l’administration qui les a institués et qui a plus particulièrement besoin de leurs services; mais il serait bon évidemment, on peut même dire qu’il est indispensable qu’il y ait quelque part un conseil où tout ce qui touche à la science et aux écoles aboutirait. L’analyse est excellente pour faciliter le travail humain , et la synthèse est nécessaire pour le diriger. Chaque maître s’occupera surtout de son école, et chaque chef d’industrie de son atelier ; mais les chefs suprêmes, Xccœv KOfT^rjt opoi, doivent être placés assez haut pour envisager d’un coup d’œil l’atelier total où l’humanité applique la science et l’école totale où elle la cherche. Le temps n’est plus où le regard le plus perçant et l’activité la plus féconde n’embrassaient qu’une profession ou une province. Tout ce qui est
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fait et tout ce qui est pensé, en tout lieu et à chaque minute, importe à tout ce qui agit et à tout ce qui pense.
Msr Dupanloup était très fier d’être un latiniste. Il revendiquait, pour tous les membres du clergé, cette qualité de latiniste. «Nous sommes des latinistes; c’est une chose que vous ne pouvez pas nous ôter, n disait— il un jour à la tribune. La gauche riait; il est probable qu’elle aurait ri bien davantage, si elle avait su que Dupanloup considérait la possession du latin comme une force sociale considérable. Sans aller précisément jusqu’à adopter le fameux axiome qui a fait en partie la gloire de M. de Bonald sous la Restauration : le noble juge et combat , il regrettait fort les privilèges des nobles, et il comptait sur le latin pour les leur rendre indirectement. «Vous n’avez plus l’exercice de vos anciens droits, disait-il aux classes dirigeantes; la Révolution vous les a enlevés; mais vous serez toujours les maîtres du pays, parce que vous savez le latin. ^ Il donnait cette forme bizarre à sa pensée, pour la rendre plus frappante. Au fond, ce qu’il voulait dire, c’est que la grande culture intellectuelle donne à celui qui en est pourvu non seulement la supériorité morale, mais la supériorité effective. C’est une opinion très juste : la science finit toujours par prévaloir. Reste à savoir si la langue latine est, comme le croyait fermement M§r Dupanloup, en latiniste qu’il était, le seul moyen, ou le moyen principal d’acquérir la grande culture intellectuelle. Beaucoup de personnes aujourd’hui préfèrent la culture scientifique proprement dite. C’est un combat qui se livre ostensiblement dans les écoles, et plus sourdement dans le monde, entre le temps
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et l’espace; les uns voulant grandir l’esprit de l’homme par l’étude du passé, et les autres le fortifier par l’étude du présent. La sagesse est d’unir les deux méthodes et de savoir le latin, sans être précisément latiniste.
Il est certain que la science des anciens n’était en grande partie qu’ignorance, et que, même dans des siècles très rapprochés de nous, on se donnait beaucoup de mal, pendant sa jeunesse, pour se remplir l’esprit d’une foule d’erreurs physiques et de préjugés métaphysiques. II est certain aussi que, depuis la proclamation du glorieux précepte de Descartes : ce Ne rien admettre en sa créance , qu’on ne comprenne clairement et distinctement être vrai,r; et depuis les progrès de la science expérimentale accomplis dans les deux derniers siècles, l’humanité est sortie du rêve pour entrer définitivement dans la possession de la réalité. Quand on se prend aujourd’hui à considérer toutes les vérités importantes accumulées par la chimie, la physique, l’astronomie, la géologie, la géographie, on se dit que, pour être véritablement un homme, il faut connaître l’expression et comprendre la démonstration de toutes ces vérités désormais acquises, et que pour venir à bout de cette tâche, dont l’énormité s’accroît chaque jour par l’accession des découvertes nouvelles, c’est bien peu des quinze ou vingt ans que nous consacrons à faire notre éducation. D’un autre côté, cette formule : le vrai, le beau, le bien, correspond à trois besoins et à trois facultés de notre âme; et encore bien que l’on puisse démontrer l’identité des trois principes, celle des trois facultés et celle des trois aspirations, il importe de suivre la nature dans les divisions qu’elle a établies, et de cultiver séparément, quoique simultanément, la raison, la sensibilité et la volonté. L’esprit moderne ne peut repro-
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cher aux partisans exclusifs des études classiques que cette exclusivité même. 11 pense que pour goûter ce qu’il y a de puissant et de ravissant dans les lettres grecques et latines, il n’est pas nécessaire de leur donner toute sa vie; et il a appris, par une heureuse expérience, que quand on pousse un peu loin l’étude de la science, elle échauffe, éclaire et grandit toutes les forces de l’âme humaine.
De même que le spectacle des forces productives est plus attrayant et plus instructif que celui des richesses accumulées, et que l’étude de l’enseignement technique contient le secret du développement des forces productives, c’est, la culture intellectuelle générale qui explique le progrès de l’enseignement technique. Elle est le dernier mot de tous les progrès.
L’enseignement proprement dit comprend trois degrés : 1’enseignement élémentaire, l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. Cette division se retrouve partout, parce quelle est fondée sur la nature des choses. Elle n’est nulle part plus précise que chez nous, à cause de la longue existence du monopole universitaire , qui avait des diplômes spéciaux et des autorisations distinctes et exclusives pour chaque ordre d’enseignement. Les corporations et maîtrises étaient abolies depuis plus de cinquante ans, que c’était encore, en France, une faute punissable par les tribunaux que d’enseigner le latin quand on n’était breveté que pour l’enseignement primaire. On avait adopté cette même division des trois degrés d’enseignement pour l’Exposition , où ils formaient les classes 6, 7 et 8.
L’enseignement primaire occupait une grande place. Cela s’explique: c’est l’enseignement de tout le monde, tandis que l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur ne
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s’adressent qu’au petit nombre. Une autre raison encore, c’est que l’usage a prévalu jusqu’à présent d’englober dans l’enseignement primaire tout ce qui concerne l’enseignement des filles, contre-sens énorme, que nous nous obstinons à commettre, qui n’a plus lieu chez la plupart des peuples civilisés, et qu’une loi prochaine, provoquée par l’intelligente initiative de M. Camille Sée, va faire enfin disparaître de notre organisation pédagogique. Une troisième raison explique l’importance relative de l’instruction primaire dans la partie française de l’Exposition, c’est que, depuis l’avènement du suffrage universel, et surtout depuis la fondation de la République , nous avons répondu à une nécessité sociale de premier ordre en multipliant les moyens d’instruction pour le peuple.
L’instruction primaire avait fait un pas décisif sous M. Guizot; elle en a fait un autre sous M. Duruy et sous les divers ministres de la République. Non seulement on a multiplié les écoles au point qu’il est permis de dire qu’il n’y a presque plus de village en France qui en soit dépourvu, mais on a transformé la situation des maîtres, obligés, au début, d’accepter les fonctions de secrétaire de mairie et de sacristain, et qui maintenant, en se bornant à faire leur classe, obtiennent une rémunération qui suffit pour assurer leur bien-être et leur dignité. On a aussi construit un grand nombre de maisons d’école, fondé des écoles normales dans les départements qui en étaient dépourvus , créé presque de toutes pièces l’enseignement primaire des filles sur un pied d’égalité avec celui des garçons, développé dans un très grand nombre de communes l’enseignement des adultes, placé des adjoints dans les écoles trop nombreuses, multiplié les congrès et les conférences pédago-
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giques et les bibliothèques scolaires. Le budget de l’instruction primaire, qui était, de 1 million en i833, de 1,600,000 francs en i835W, de 5,5oo,ooo francs en i85a®, s’élève aujourd’hui à 33,7^4,8 1 3 francs pour la part de l’Etat®'. Les subventions des départements et des villes, sans compter les contributions des familles, permettent de dire que les dépenses de l’instruction primaire s’élèvent maintenant, en France, à 5o millions. Elles étaient de 1 million en 1 8 3 3 .
On répète assez volontiers que l’instruction secondaire et l’instruction supérieure étaient restées stationnaires depuis la fondation de l’Université, en 1808. Gela est exagéré et injuste. On n’a pas besoin de dénigrer ainsi le passé pour faire valoir le présent. L’Université a été assez peu mêlée à nos agitations politiques; elle y a été mêlée cependant: quelle institution y a échappé? Elle a été trois fois en suspicion depuis son origine : au commencement et à la fin de la Restauration, au commencement du second empire. Le Gouvernement lui reprochait, aces trois époques, d’être trop libérale, ce qui voulait dire, pour la Restauration, quelle
(1) 4,6oo.ooo francs, en comptant les 3 millions de centimes additionnels qui devaient être votés par les conseils généraux pour les dépenses de l’instruction primaire, en vertu de la loi du 28 juin i833.
(2) 10,297,860 francs, en comptant le produit des centimes additionnels, évalués à 4,797,860 francs. Ce budget élevé avait pour cause une forte subvention aux communes pour les maisons d’école. La contribution de l’Etat fut réduite, en 1 85 3 , de 3,58o,ooo francs et tomba à 1,920,000. En revanche, les centimes additionnels pour 1 853 s’élevèrent à 5,980,000 francs, en augmentation de 1 ,1 82,1 4 o francs sur l’année 1802.
(;i) Si l’on compte les centimes additionels , évalués à i4,/j53,020 francs pour 1 881, et les produits spéciaux des écoles normales primaires (900,000 fr.), le budget de l’instruction primaire, qui était de 1 million en 1 833 , sera, en 1881, de ^9,097,833 francs.
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était opposée à l’esprit clérical, et, pour le second empire, qu’elle était opposée à l’esprit d’absolutisme. A aucune de ces trois époques, elle ne fut abandonnée ou diminuée; elle fut plutôt asservie. Ainsi, par exemple , la Restauration introduisit les prêtres dans la direction de l’enseignement, et le second empire y introduisit les préfets. Ces deux mesures donnent le caractère de toutes les autres. Mais à l’exception du coup qui frappa, en 1828, l’Ecole normale, coupable d’avoir formé Cousin, Augustin Thierry, Jouffroy et Michelet, et de l’étrange proscription infligée à la philosophie en 1 85 2 par M. Hippolyte Fortoul , aucune atteinte 11e fut portée à l’existence et à la prospérité des institutions. Il suffirait presque , pour le prouver, de rappeler que l’Université eut constamment à sa tête, dans la commission d’instruction publique , et plus tard dans le conseil royal, des hommes tels que Royer-Collard, Georges Cuvier, Guizot, Cousin, Viliemain, le baron Thénard, Poinsot, Saint-Marc Girardin, Nisard. Le conseil surveillait avec un soin infini, qu’on ne retrouverait au même degré dans aucune autre administration de lEtat, tous les détails du personnel, du matériel, de renseignement. Il est difficile à ceux qui n’ont pas fait partie de l’Université de se faire une idée de ce gouvernement attentif, parfois un peu despotique, toujours passionné pour la dignité du corps et les progrès de l’instruction. C’était de sa part une lutte incessante contre les attaques du parti ultramontain et contre les aspirations de tant de professeurs, dont un grand nombre étaient des écrivains qui avaient marché avec leur siècle, qui voulaient plus de liberté pour l’Université et pour la société, et qui, journellement calomniés, avaient grand’peine à ne pas répondre. Le calme , la sagesse, l’esprit libéral, furent maintenus dans le corps, ce qui est
L’ÉCOLE
presque une merveille. Quant aux progrès, il serait facile de les constater en énumérant le nombre des lycées créés, celui des facultés, et dans les lycées et les facultés, le nombre des chaires nouvelles; en comparant les programmes aux diverses époques. On verrait notamment ce qu’était l’enseignement de l’histoire an commencement de la Restauration, et ce qu’il était devenu sous le règne de Louis-Philippe. Il en était de même pour les mathématiques, la physique, la chimie, et toutes les branches de l’enseignement scientifique. Ceux qui ont vu l’Ecole normale en i832, reléguée dans un coin du collège Louis-le-Grand , sans livres, sans collections, sans laboratoires, et qui visitent aujourd’hui les magnifiques bâtiments de la rue d’Llm, la bibliothèque de 5 0,0 o o volumes, les installations de M. Pasteur, de M. Sainte- Claire Deville, le beau cabinet de physique, peuvent affirmer que le Gouvernement de juillet n’est pas resté inactif. H v a eu des ministères véritablement glorieux; tout le monde évoque les noms de MM. Guizot, Villemain, Cousin, de Salvandy.
Cependant il faut bien l’avouer: on s’occupait avec succès de maintenir et d’améliorer; on ne songeait pas à réformer. Cela se comprend, du reste, avec le monopole universitaire. L’Université n’était pas libre, et elle ne permettait pas d’être libre. Ce grand corps se mouvait lentement, et s’en faisait gloire. Il n’y a de vivifiant que la liberté et le voisinage de la liberté.
Le monopole universitaire a péri, en quelque sorte, par morceaux.
Le monopole de l’enseignement primaire et celui de l’enseignement secondaire disparurent en i848. A proprement parler, c’est la loi de i85o qui les supprima définitivement,
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mais les projets de loi déposés par M. Carnot, et qui eurent pour rapporteurs MM. Barthélemy Saint-Hilaire et Jules Simon, consacraient déjà la liberté pour les écoles primaires et les collèges. Il est assez curieux que ni le Gouvernement ni aucun membre de l’Assemblée constituante ne proposèrent la liberté de l’enseignement supérieur. Les ministres républicains, MM. Carnot, Vaulabelle, Freslon, n’y songèrent pas, soit qu’ils n’en vissent pas la nécessité, ou que le moment ne leur parût pas opportun. Il en fut de même de MM. de Falloux et de Parieu qui dirigèrent ensuite le ministère de l’instruction publique. Peut-être le droit qu’on avait très largement sous la seconde République d’ouvrir des clubs et de faire des conférences contribua-t-il à détourner l’attention des républicains. Ils étaient d’ailleurs satisfaits de l’esprit de l’enseignement supérieur dans l’Université. La fermeture des cours de MM. Qu inet et Michelet, qui aurait pu les avertir, n’eut lieu qu’en 1 8 5 1 . 11 y a lieu d’être plus surpris que le clergé n’ait pas obtenu les modifications dans le mode de collation des grades, dont il fit plus tard son affaire principale. Il faut se rappeler que la seconde République ne dura pas quatre ans, et que les luttes sociales et politiques furent continuelles. Quant à l’empire, on ne pouvait pas attendre de lui un accroissement de liberté; il faut lui savoir gré de n’être pas revenu à l’ancien monopole, qui était une fondation essentiellement napoléonienne, revendiquée alors, et depuis, comme un des titres de l’empereur à la reconnaissance du pays. Il ne supprima pas la liberté dans les deux ordres d’enseignement primaire et secondaire; mais il en rendit l’exercice difficile et précaire, par la façon dont il composa les divers conseils d’instruction publique. Un ministre,
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M. Rouland, se montra bienveillant pour les personnes; un autre, M. Duruy, passionné pour le développement de l’instruction publique, signala son administration par de nombreuses créations. On lui doit, entre autres innovations heureuses , une transformation longtemps attendue de renseignement des filles, l’enseignement secondaire spécial et l’Ecole des hautes études. L’enseignement secondaire spécial porte un titre bizarre. Les écoles instituées sous ce nom ne sont pas, comme on l’imagine à tort, destinées à enseigner uniquement les sciences : on y donne, comme dans les collèges classiques, une éducation très générale, une instruction très littéraire. Seulement, on en a retiré le grec et le latin, ou du moins le latin n’y est plus qu’un enseignement facultatif; et la place ainsi devenue vacante dans les programmes et le temps des élèves est occupée par des études spéciales. II est bien clair que si l’on avait supprimé les anciens collèges pour les remplacer par les nouvelles écoles, renseignement littéraire aurait subi un rude échec; mais cet enseignement resta tout entier avec le même nombre d’établissements. L’enseignement spécial s’ajouta à l’enseignement classique, sans le remplacer ni le diminuer; et dans ces conditions on doit le considérer comme un progrès. Son existence à côté des anciens collèges permet même de donner à ceux-ci un caractère plus élevé. Les familles ont le choix; et on n’impose plus, comme autrefois , à tous les enfants, quelles que soient leur capacité et leur fortune, un programme inexorablement uniforme. La création de Renseignement spécial, si tardive chez nous, remonte, en Allemagne, aux premières années du siècle.
Il fallut vingt-cinq ans, un quart de siècle, pour que la liberté de l’enseignement supérieur s’ajoutât à la liberté
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de renseignement primaire et de renseignement secondaire. C'est à partir de ia liberté complète d’enseignement que les Chambres ont compris la nécessité de donner de l’argent, et que l’Université est entrée dans la voie des réformes. Qu’on se rappelle les cris de colère excités parle premier ministre de l’instruction publique sous la troisième République : une première fois lorsqu’il s’éleva, dans une circulaire , contre l’enseignement trop exclusivement classique et les méthodes trop exclusivement passives de nos lycées, une seconde fois quand il démontra qu’aucun de nos grands établissements supérieurs n’était pourvu des livres, des instruments, des laboratoires, des ressources pécuniaires et du personnel indispensables. Deux ans après ce double effort, ce qui avait paru si téméraire était déclaré insuffisant. La nécessité de doter largement les écoles s’était fait jour dans tous les esprits. Les crédits demandés, en 1 870, pour les services de l’instruction publique proprement dite, s’élevaient à 2/1,283,321 francs, ou à 35,129,321 , en comptant les 10, 846, 000 francs de dépenses d’instruction primaire imputables sur ressources spéciales. La demande, pour les mêmes services, en 1880, s’élevait à 56,842,896, budget ordinaire; à i5,oi 1,320, budget des ressources spéciales; soit 71,854,216. En dix ans, la dépense était plus que doublée. L’augmentation continue , puisque nous avons, pour 1881 : budget ordinaire, 68,977,626; budget sur ressources spéciales, 1 5 , 353, 020; total 79,330, 646, ce qui fait un accroissement nouveau de plus de 7 millions. En même temps que les pouvoirs publics entraient avec cette générosité dans la voie des augmentations de crédit, le conseil supérieur, sous l’impulsion de M. Ferry, s’empressait de voter toutes les réformes qui avaient été demandées
L’ÉCOLE
en 1872. Les écoles, un peu arriérées en France, faisaient un énergique effort pour se remettre à leur place, c’est-àdire en tête du mouvement.
La ville de Paris a été surtout remarquée dans la classe 6 pour la création d’écoles nouvelles et les nombreuses améliorations introduites dans ses méthodes et son matériel. Le jury a accordé un grand prix à M. Gréard, membre de l’Institut, qui est aujourd’hui vice-recteur de l’Académie de Paris, et qui, en 1878, dirigeait encore le service de l’instruction primaire à Paris et dans le département de la Seine. On peut dire qu’il l’a créé. A l’époque où il en prit la direction, un grand nombre d’enfants ne pouvaient trouver place dans les asiles et dans les écoles; il fallait s’v prendre à l’avance pour obtenir son inscription , et attendre son tour. On a longtemps caché cela. Je me souviens qu’étant député de la Seine, je présentai une fois un enfant dans une école qu’on m’avait signalée comme insuffisante pour les besoins du quartier. On me répondit qu’on ne pouvait le recevoir, parce qu’il n’était pas vêtu. Je le fis babiller, et on fut alors contraint d’avouer qu’on refusait des enfants pour défaut de place. L’Administration, qui manquait de ressources et non de bonne volonté, aurait dù au contraire afficher son impuissance : c’était le seul moyen de la faire cesser. M. Gréard est entré dans cette voie, en publiant chaque année un tableau exact du nombre d’inscrits et du nombre de places.
Le dernier recensement publié depuis l’Exposition donnait les résultats suivants. Le ier mai 1879, la population totale de Paris étant de 1,818,710 habitants, celle des enfants de 2 à 6 ans (c’est-à-dire des enfants pouvant fréquenter les salles d’asile) étant de io5,33i, il y
L’ÉCOLE
avait i3,5o4 asiles, publics ou libres, fréquentés par 27,291 enfants; la population de 6 à i4 ans (c’est-à-dire le nombre des enfants en âge de fréquenter l’école primaire) était de 186,693. 11 y avait 1 3 5 écoles publiques de garçons, 1 3 8 écoles publiques de filles, soit 273 écoles publiques; 277 écoles libres de garçons, 779 écoles libres de filles, soit i,o56; total des écoles publiques et libres,
I, 329. Voici quelle était la fréquentation : pour les écoles publiques, garçons 47,260, filles 43,6o5; ensemble, pour les écoles publiques, 90,865; pour les écoles libres, garçons 22,973, filles 43,5 17; ensemble, pour les écoles privées, 6 6, 6 3 0 . Le total des enfants de 6 à i4 ans, de l’un et l’autre sexe, étant de 1 83,643, et le total des élèves de i57,355, il restait 2 6,338 enfants qui ne fréquentaient pas les écoles primaires. Ce chiffre, au premier abord, semble très considérable, puisqu’il est le septième de l’effectif. Mais il y a lieu de retrancher : i° 1 1,1/17 en^anfs Je 6 à i4 ans, inscrits dans les écoles supérieures ou dans les lycées ou collèges; 20 les enfants instruits dans la famille, et formant, à raison de 2 p. 0/0 de l’effectif général , un chiffre de 3,5 00.
II, 167 et 3,5oo font 1 4,6/17, qui, retranchés de 26,338, ne laissent qu’un reliquat de 1 1,691 , dont il faut encore déduire les infirmes. Il n’y avait donc à Paris que 6,000 ou 7,000 enfants privés d’instruction, sur i84,ooo en chiffres ronds. C’était assurément beaucoup trop; mais ce chiffre était rassurant, quand on se reportait aux époques précédentes, et qu’on pouvait constater combien la progression avait été rapide. Tant que nous n’aurons pas de loi sur l’instruction obligatoire, il y aura toujours en dehors des écoles les enfants abandonnés, et les enfants de parents indignes. Ce que l’on doit faire, c’est d’établir la gratuité (elle
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est entière à Paris), et de proportionner le nombre de places aux besoins de la population. En 1875, cette équation entre le nombre de places et le chiffre de la population n’était pas encore atteinte, mais on s’en rapprochait de plus en plus. La statistique publiée en 1879 donne, nombre d’inscrits (garçons, filles; écoles, salles d’asile) : 1 2 3,1 02 ; nombre de places : 1 1 6,775 ; déficit 6, 3 2 7. Mais on peut considérer que le nombre des places est égal , ou même supérieur au nombre des inscrits, par suite de la création des écoles libres congréganistes fondées depuis dixhuit mois à mesure de la suppression des écoles communales congréganistes.
Parmi les améliorations introduites dans les écoles de Paris, il faut compter au premier rang l’élévation du salaire des maîtres, qui est aujourd’hui plus en rapport avec la dignité et la difficulté de leurs fonctions. Le traitement d’un instituteur communal à Paris peut s’élever à 4,ooo francs, avec le logement. Dans le corps de l’inspection, le personnel a été accru, les traitements ont été améliorés. Le Musée pédagogique, créé en 1873 sous mon administration, puis abandonné après le 2 lx mai, a été rétabli, et permettra de mesurer les perfectionnements introduits dans le mobilier scolaire. Enfin, à l’école supérieure Turgot, située rue de Turbigo* 69, qui a été autrefois fondée par M. Pompée et qui est devenue, sous l’habile direction de M. Marguerin, une véritable école modèle, on a ajouté successivement l’école Lavoisier, rue Denfert-Rochereau, 1 9 ; l’école Colbert, rue de Cbâteau-Landon, 27, et l’école J. -B. Say, rue d’Auteuil , 1 1 bis.
11 y a longtemps que les amis de l’instruction populaire réclament la création d’une école supérieure de garçons et
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d’une école supérieure de fdles par arrondissement : cela ne ferait pas moins de ho écoles; mais M. Gréard et M. Marguerin ont fait le plus difficile en créant des types à peu près parfaits. II ne s’agit plus que d’argent. On ose dire que ce n’est rien.
Le conseil municipal de Paris ne marchande pas l’argent à l’instruction primaire. Voici la liste à peu près complète
de ses dépenses :
Asiles . 1,538,90c)1
Ecoles primaires . 7,900,600
Classes d’adultes . 365, 600
Ecoles d’apprentis . 75,600
Ecoles de dessin et de chant . 762,900
Collège municipal Chaptal . 1,1 35, 000
, Turgot . 198,000
' . 1 Colbert . i33,2oo
Ecoles supérieures^ . . .
I Lavoisier . 1 33, 600
! J.-B. Say . 190,600
Dépenses diverses (mobilier, entretien, etc.). 1,369,661
Total . 13,792,661
On peut retrancher de cette somme les recettes de Chaptal . 1,227,700*
Celles des écoles supérieures . 537,200
Celles de l’école d’apprentis de la rue Tour-
nefort . 2,000
Total . 1,766,900
Il reste un budget, pour la ville de Paris, supérieur à celui de bien des Etats.
Il ne sera pas sans intérêt de mesurer la progression des dépenses que s’impose la ville de Paris pour 1 instruction primaire.
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Paris a dépensé :
En 1816 . Ô2,2oof
1831 . . . 160, 3io
1860 (année de rannexion) . 1,2 5 7,363^
L’administration de l’enseignement primaire à Paris et le conseil municipal se souviennent de cette sage maxime souvent mise en oubli par les pouvoirs publics, que l’Etat doit l’enseignement primaire à tous les citoyens, et l’enseignement secondaire à tous ceux qui sont capables d’en profiter et qui le prouvent par le concours. En conséquence, le conseil municipal accorde au concours, en 1880, les bourses suivantes (tant d’internes que d’externes) :
Au collège municipal Chaptal
/ Turgot .
) Colbert .
A lecole < T
1 Lavoisier .
J. -B. Say
E11 outre , il entretient l’école normale des instituteurs et
(1) Y compris 80,807 francs pour les salles d’asile devenues établissements communaux.
(a) Le budget porte 2,257,363 francs; mais nous défalquons , pour cette année et les suivantes, les recettes de Chaptal, etc., montant à 1, 2 57, 363 francs.
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l’école normale des institutrices, où les places sont gratuites. La dépense est de 2, 086, 45 3 fr. 1 0 cent., sans aucune subvention de l’Etat.
L’école normale des instituteurs est établie à Auteuil, rue d’ Auteuil, 11 bis. Elle a été fondée en 1873 sous mon ministère. L’école des institutrices est dans le xvne arrondissement (boulevard des Batignolles, 56). Elle a été fondée par M. Bardoux.
Il y a à l’école des instituteurs 4o bourses départementales et 1 bourse de l’Etat, données au concours, soit, pour les trois promotions, is3 bourses ou ia3 élèves;
bourses annuelles, toutes départementales, à l’école d’institutrices; total, pour les trois promotions, 75 élèves.
Pourquoi le conseil municipal ne compléterait-il pas la mesure en fondant des bourses pour les lycées, qui seraient mises chaque année au concours dans les écoles primaires? J’avais pris, en 1871, l’initiative de cette réforme. Des bourses pour les lycées et un nombre égal de bourses à l’école supérieure de filles furent mises alors au concours entre les élèves des écoles primaires de Paris. C’était un retour au principe posé par Condorcet dans son rapport sur l’instruction publique, et adopté par l’Assemblée législative. Condorcet avait proposé que tous les enfants qui se seraient distingués dans un degré inférieur d’instruction fussent appelés à parcourir le degré supérieur, et entretenus aux dépens du trésor national sous le nom d 'élèves de la patrie. 3,8 5 o enfants recevraient une somme suffisante pour leur entretien; 1,000 suivraient l’instruction des instituts (les lycées et les collèges actuels) ; 600 celle des lycées (les lycées de Condorcet correspondent à nos facultés) , et d’autres élèves de la patrie, au nombre de 2,000, d’une capacité distin-
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guée, quoique moins élevée, recevraient du trésor public leur apprentissage dans les arts d’une utilité générale. L’instruction, dans ce système, était donnée à la capacité. Celui qui l’obtenait avait commencé par la mériter. Napoléon Ier aima mieux se charger de donner les bourses comme récompenses aux familles qui l’avaient bien servi. On peut s’étonner que la réforme de cette décision impériale n’ait été faite qu’en 1871, quelle ait été abandonnée après le 2 lx mai, et qu’on tarde encore à y revenir. Les bourses données à la faveur ont à peine une raison d’être; données au concours , elles deviennent une institution vraiment et sagement démocratique.
Il reste à signaler un progrès qui n’existait pas à l’époque de l’Exposition , mais dont l’Exposition a démontré la nécessité : c’est la fondation d’écoles spéciales de dessin.
Il existe à présent à Paris U 9 classes de dessin pour les hommes.
Il n’y a point de classes communales pour les femmes; mais on a établi pour elles 2 0 classes libres subventionnées par la Ville à la condition de recevoir gratuitement un certain nombre d’élèves désignées par les mairies d’arrondissement.
Aux h 9 classes de dessin pour les hommes, il convient d’ajouter 6 cours libres subventionnés dans les mêmes conditions que les 20 écoles de femmes.
Pour les enfants des écoles primaires, l’enseignement du dessin, devenu obligatoire, est donné de la façon suivante: dans chaque école de garçons, il existe un cours et un professeur. Pour les fdles, elles sont réunies par groupes tous les jeudis dans des écoles dites écoles centrales , qui sont aujourd’hui au nombre de kk. Cette leçon du jeudi esl évi-
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demment insuffisante, cette inégalité entre les deux sexes est choquante et injustifiable. Les femmes réussissent parfaitement dans les arts du dessin. La gravure sur bois, la peinture sur porcelaine, la décoration des éventails, des écrans, etc., sont des professions qu’il importe de leur ouvrir. Les écoles centrales du jeudi ne sont qu’un commencement, un début, et ne peuvent être acceptées qu’à ce titre.
Pendant qu’on s’occupait, avec un succès croissant, à développer l’enseignement primaire, on faisait bien peu, on ne faisait rien pour l’enseignement secondaire. M. de Laprade, M. Ferneuil, M. Glavel, M. Deitour, M. Michel Bréal et moi- même, nous avions démontré, à des points de vue très divers, la nécessité, l’urgence dés réformes. Le personnel était, de tous points, excellent; mais il était insuffisant. Il se sentait un peu délaissé, et il en souffrait avec raison. L’extrême modicité de ses traitements l’obligeait à chercher des ressources, soit dans les leçons particulières, soit dans des travaux d’un autre ordre; l’avancement était rare, les situations mal garanties; en un mot, il y avait, de ce côté, beaucoup de mérite et beaucoup de souffrances. Les méthodes surannées qu’on imposait aux professeurs nuisaient au progrès des études, en même temps que les programmes d’admission aux écoles ne cessaient de surcharger les maîtres et les élèves. Les années d’études avaient cessé d’être une éducation pour devenir une préparation. On avait à peine le temps de faire un candidat; il ne fallait plus songer à faire un homme. L’éducation physique n’existait pas. Il n’y avait ni gymnastique, ni exercices militaires, ni escrime, ni équitation; l’hygiène même était négligée. On entassait la population toujours croissante des lycées dans
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de vieux couvents, où manquaient l’air, le jour, l’espace surtout. M. de Laprade, avec une hyperbole de poète, appelait cela Y éducation homicide. Enfin, après de longs efforts et de véritables tempêtes, la nécessité d’une réforme générale s’imposa. Les pouvoirs publics consentirent à donner de l’argent, non pas, comme pour l’instruction primaire, d’une main généreuse; mais enfin, on put bâtir quelques lycées, en améliorer plusieurs autres. L’Université elle-même demanda à grands cris des réformes, et l’Administration s’est mise résolument à l’œuvre pour les opérer.
L’Exposition de 1878 est venue à la veille de cette transformation. Il aurait mieux valu pour l’Université que ce grand congrès du travail et de la pensée eût lieu quatre ans plus tard : elle aurait recueilli l’honneur de ses nouvelles réformes, et elle aurait eu l’occasion de les faire apprécier et discuter. Nous avons pu montrer, en 1878, une instruction primaire et une instruction supérieure en grande voie de progrès; mais l’instruction secondaire, telle que nous l’avons fait connaître alors, n’existe déjà plus.
Les pays qui ont pris la plus grande part, avec la France, à l’exposition des classes 6, 7 et 8, sont l’Amérique, la Belgique, la Suisse, l’Angleterre. On exposait des maisons, des mobiliers scolaires, des instruments d’étude, des livres, des travaux d’élèves, des programmes et des notices. On avait beaucoup remarqué les maisons pour écoles primaires, à Paris, en 1867, et à Philadelphie. En 1878, les appropriations ont été encore améliorées au point de vue de l’espace, de la surveillance, du chauffage et de la ventilation, de la lumière. La plupart des exposants ne présentaient que des plans ou des albums contenant la description de maisons plus ou moins spacieuses, destinées à des écoles
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purement élémentaires ou à des écoles supérieures. L’album de M. Pompée a retrouvé son succès de 1867. M. Stanislas Ferrand avait construit sa maison avec une disposition de fenêtres un peu compliquée, mais très ingénieuse, pour distribuer la lumière dans les meilleures conditions de l’optique. Très peu d’écoles secondaires avaient envoyé le modèle de leurs bâtiments; l’attention des architectes ne s’était pas non plus portée de ce côté; on doit le regretter dans un pays comme la France, où le système de l’internat est encore très répandu. Des établissements tels que le lycée de Caen ou celui de Versailles, ou le petit lycée de Vanves, se seraient fait beaucoup d’honneur en exposant des plans en relief de leurs bâtiments et de leurs jardins. M. Hirsch avait envoyé un modèle en plâtre de la nouvelle faculté de médecine de Lyon (faculté de l’Etat), qui a eu un succès très mérité.
On n’expose guère de mobiliers d’écoles que pour les écoles primaires; la plupart des tables, sièges, chaires, tableaux, ardoises, employés dans les écoles primaires, peuvent l’être aussi avec de légères modifications dans l’enseignement secondaire. Il y a tout un art d’isoler les élèves et pourtant de les rassembler sous l’œil du maître; de donner aux sièges et aux tables le degré d’élévation et d’écartement qui protège le mieux l’enfant contre les déviations de la taille ou la compression de la poitrine; de faciliter les mouvements pour l’entrée et la sortie; de placer les tableaux et les modèles dans la meilleure lumière et à l’endroit même où ils sont le mieux aperçus par toute la classe; de fournir à chaque élève le moyen de ranger ses papiers et ses livres sans occuper trop d’espace. L’aménagement de la cour de récréation ne demande pas moins de soins : c’est là qu’on
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dispose les appareils de gymnastique. La disposition des dortoirs dans les internats a aussi une importance capitale. Il faut être un peu du métier pour se rendre compte de la valeur de tous ces détails.
La compétence est encore bien plus nécessaire pour apprécier les travaux délèves; car il s’agit ici, non de la valeur absolue de la page d’écriture ou du dessin qu’on a sous les yeux, mais de la valeur qu’ils peuvent avoir relativement à l’âge de l’élève, à la durée de ses études, aux instruments de travail qui lui sont fournis. Les recueils de devoirs que l’on publie n’ont pas de signification comme modèles; ce sont des éléments de comparaison très intéressants entre les pays, les classes sociales, les sexes, les méthodes. On n’exposait pas seulement des devoirs écrits; il y avait des collections d’histoire naturelle, des préparations de diverses sortes, des cartes, des plans, des dessins, des modelages. Pour tout cela encore, l’enseignement secondaire s’était partout effacé, sans qu’il soit possible d’en assigner une raison valable. L’exposition des lycées et collèges, s’ils avaient jugé à propos d’en faire une, aurait été moins imparfaite, d’un ordre plus élevé; elle aurait présenté plus de variété. L’instruction secondaire, très en vue aujourd’hui, grâce aux décrets sur les congrégations non autorisées, n’était pas encore à la mode en 1878. Il y avait un nombre considérable de livres pour ou contre l’enseignement. secondaire tel qu’il est donné ou plutôt tel qu’il était donné dans l’Université; mais que voit-on d’un livre dans une vitrine? La couverture, le titre par conséquent : c’est en vérité peu de chose. On ne peut le donner à manier à tout venant. Il faudrait, dans toutes ces salles, un guide instruit , un conférencier comme on dit aujourd’hui, un démonstra-
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teur comme on aurait dit ii y a cent ans, qui, à certaines heures, donnerait la raison et l’explication de tout ce que l’on voit. Tant qu’on ne fera pas cela, les expositions de l’enseignement seront à peine intelligibles, même pour les maîtres. Quand le rapporteur n’est pas de premier ordre ou quand il fait son rapport négligemment, le plus grand bénéfice de l’exposition se trouve perdu.
Il n’en est pas tout à fait de même de l’enseignement supérieur. D’abord, pour la partie scientifique, il peut exposer ses collections, ses appareils, ses préparations, des mémoires importants ou même définitifs sur de grandes questions; même pour la partie littéraire, il peut fournir l’énumération des recherches faites, des points d’histoire élucidés, des inscriptions lues, des manuscrits déchiffrés, etc. Une pareille exposition ne s’adresse plus seulement aux pédagogues; elle s’adresse en même temps à eux et à tous les savants, à tous les lettrés.
A l’époque de l’Exposition, on s’effrayait un peu, et bien mal à propos, en vérité, pour les facultés de l’État. La faculté qui est la meilleure sera toujours la plus fréquentée, et l’Etat aura toujours les meilleurs professeurs et les plus grandes ressources en livres et instruments, pourvu qu’il le veuille. L’Université avait une belle occasion de défendre son enseignement supérieur; elle n’avait pour cela qu’à le montrer tel qu’il est : ce qui ne veut pas dire qu’on ne puisse et qu’on ne doive l’améliorer. On aurait probablement laissé de côté les facultés de théologie, soit catholiques, soit protestantes, dont le caractère ecclésiastique répugne à ces solennités bruyantes. Elles n’intéressent plus maintenant que les personnes qui se destinent au sacerdoce , tandis que , si elles étaient dirigées d’une autre façon, elles pourraient
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intéresser au plus haut degré tous ceux qui s’occupent de droit, d’histoire, de philosophie. Nos quatre facultés (lettres, sciences, droit, médecine) présentent un très bel ensemble; on compte parmi les professeurs un grand nombre de savants célèbres, même en province. M. Demolombe, par exemple, pour ne citer que lui, veut bien consentir à être professeur à Caen; M. Th.-Henri Martin est professeur à Rennes, M. Caillemer est professeur à Lyon. Je résiste avec peine au désir de donner une énumération plus longue. Une faculté qui donnerait un abrégé de ses fastes, la liste de ses maîtres actuels, l’énoncé des livres ou mémoires publiés dans l’année et des découvertes les plus récentes, la liste aussi de ses principaux élèves, fournirait ainsi un ensemble de documents très glorieux pour elle et très instructifs. L’Amérique, la Russie, ont fait cela pour leurs plus grandes écoles. M. White, vice-président du groupe II, aujourd’hui ambassadeur à Berlin, a répandu à profusion ses excellents mémoires sur les hautes écoles de son pays; c’est un exemple qu’il aurait fallu imiter. On aurait vu avec plaisir les facultés libres placer leurs programmes et leurs œuvres en face de l’Exposition de l’Etat. Personne n’y aurait perdu; la science y aurait gagné. Tout ce qui est concurrence, publicité, lumière, lui profite.
On croit assez généralement que l’enseignement supérieur de l’Etat ne comprend que les facultés. Beaucoup d’établissements, en dehors des facultés, font partie du haut enseignement. On peut mettre assurément dans ce nombre, et tout au premier rang, l’Ecole normale supérieure, l’Ecole polytechnique, les diverses écoles d’application, les mines, l’artillerie, le génie maritime, les écoles de pharmacie, les écoles vétérinaires, l’Ecole des chartes, l’Ecole des langues
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orientales h). L’Ecole normale supérieure est à la fois une école de sciences et une école de lettres. Elle a compté parmi ses maîtres, en philosophie, Cousin, Jouffroy; en histoire, Michelet; en littérature, J. -J. Ampère, D. Nisard. Les professeurs de science sont du même ordre. En 1872, le ministre avait fait placer dans la salle des actes deux tables de marbre destinées à recevoir les noms des membres de Hnstitut sortis de l’école; il a fallu en placer une troisième, puis une quatrième, qui est déjà presque remplie. L’école compte actuellement à l’Académie française 5 de ses membres; à l’Académie des sciences, 9; à l’Académie des inscriptions, 11; à l’Académie des sciences morales et politiques, 16; en tout 4i membres de l’Institut pour une école qui ne reçoit guère que 4o élèves par année L’Ecole
(1) L’École des langues orientales a été fondée par un décret du 1 0 germinal an iii (3o mars 1795), rendu sur la proposition de Lakanal; organisée par un décret impérial du 22 mars 181 3 et une ordonnance royale du 22 mai 1 838 ; réorganisée par décrets du 8 novembre 1869 et du 8 juin 1870; elle a reçu sa forme actuelle par un décret du 11 mars 1872. Un arrêté ministériel, en date du 2 6' février 1872, institua des correspondants de l’École des langues orientales de Paris, dans le but de mettre l’école en communication directe avec des diplomates et des savants habitant les différents pays de l’Orient. Cette institution de correspondants, si elle était entretenue avec soin, pourrait avoir les plus heureux résultats au double point de vue de la science et du commerce.
Nomenclature des cours professés à l’École des langues orientales : arabe vulgaire, persan, turc, malais et javanais, arménien, grec moderne, hindoustani, chinois vulgaire, japonais, annamite.
(2) Académie française: MM. Mézières, Caro, Jules Simon, Gaston Boissier, Taine; Académie des inscriptions : MM. Wallon, Quicherat, Thurot, Girard, Heuzey, Perrot, Bréal, Foucart, Th.-Henri Martin, Duruy, Germain; Académie des sciences: MM. Puiseux, Bouquet, Tisserand, Jamin, Desains, Debray, Pasteur, Hébert, Van Tieghem; Académie des sciences morales : MM. Franck, Janet, Lévêque, Vacherot, Bouillier, Jules Simon, Caro, Martha,
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d’Athènes, dont la création remonte à M. de Salvandy; l’Ecole de Rome, que j’ai eu l’honneur de fonder en 1 872 , peuvent être considérées comme des annexes de l’École normale.
L’Ecole des hautes études, création très féconde de M. Dura y, est très différente de l’École normale et donne aussi, dans le même ordre d’études, de brillants résultats. On exprimerait peut-être le caractère particulier de ces deux grandes institutions en disant que l’École normale est une chaire, et l’École des hautes études un laboratoire. Ici, la science est affranchie de tous les règlements administratifs. O11 ne demande à un savant ni d’être docteur, ni d’avoir professé dans une autre école, ni même d’être Français : il suffit tout simplement d’être illustre pour devenir directeur d’études à l’École des hautes études. On n’y a pas de très gros traitements ; on peut dire qu’on n’y a pas de traitement du tout, mais seulement des indemnités, et tous les moyens d’étude en abondance. C’est le pays de la liberté, du travail obstiné et fécond. L’école a publié dernièrement la notice des travaux qu’elle a produits en quelques années; et une pareille liste ferait honneur à l’Académie des sciences et à l’Académie des inscriptions.
Une école plus ancienne est l’Ecole des chartes, d’où sortent les archivistes paléographes qui depuis un demisiècle ont mis en lumière tant de documents curieux sur
Gi*éard , Havet , Beaussire , Levasseur, Geffroy, Zeller, F ustel de Coulanges , Duruy.
L’école, qui n’a pas un siècle d’existence, a fourni en outre à l’Institut : Victor Cousin, Patin, Jouffroy, Guigniaut, Augustin Thierry, Alexandre, Dubois (de la Loire-Inférieure), Dainiron, Émile Saisset, Renouard, Pouillet, Beudant, Vincent, Delafosse, Bersot, Beulé , Prévost-Paradol.
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l’histoire de France. L’Ecole des langues orientales a pris de grands accroissements depuis que l’Algérie est conquise et la Chine ouverte. Il y a aussi des cours savants annexés à la Bibliothèque nationale. C’est là que M. Beulé avait fait sa réputation en revenant de l’Ecole d’Athènes. L’enseignement des beaux-arts compte le Conservatoire de musique et de déclamation, qui a eu à sa tête Cberubini, Auber, et qui est à présent dirigé par M. Ambroise Thomas; l’Ecole des beaux-arts, dirigée hier par M. Guillaume, aujourd’hui par M. Paul Dubois; M. Taine y a fait un cours d’esthétique. Diverses écoles nationales de dessin ou de musique à Paris, Lyon, Dijon, Marseille, Toulouse, appartiennent plutôt à l’enseignement secondaire, et ne peuvent être classées dans l’enseignement supérieur.
Le Collège de France est placé en quelque sorte audessus de toutes les écoles par la liberté de sa constitution, l’indépendance et l’élévation de son enseignement. Il n’y a pas là d’élèves nécessaires, ni de programmes imposés, ni d’examens à subir. Il n’y a pas non plus de carrière à préparer. La seule règle est celle-ci : chercher la vérité et ia répandre. C’est une merveille qu’une conception aussi libérale ait pu naître et se maintenir dans notre pays, tout rempli de préjugés, de précautions et d’inquiétudes, en matière d’enseignement surtout. Au Collège de France , le savant n’a d’autre souci que de ne pas se tromper. Le Collège n’appartient ni à une école, ni à un parti, ni même à un ordre de sciences particulières. Il n’a pas la prétention d’être complet ni de former un ensemble régulier. H n’est pas rare d’y voir fonder une chaire pour favoriser un génie indépendant qui n’entrerait dans aucun cadre. Malheureusement, quand le génie a disparu , la chaire reste ; il vaudrait mieux que les
5 kh
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attributions au moins pussent changer, et qu’il ne fût pas de nécessité absolue rie donner un successeur à Georges Cuvier ou à Claude Bernard. L’administrateur du Collège de France est ce que dit le mot : un administrateur; ce n’est pas un chef, c’est un des professeurs , chargé de représenter ses collègues et de diriger leur assemblée. Ces fonctions sont en ce moment confiées à M. Edouard Lahoulaye. Le Collège de France n’a pas un palais digne de lui. 11 habite un bâtiment construit dans les premières années de Louis-Philippe, et qui n’est ni majestueux au dehors, ni commode, ni spacieux. La Sorbonne, au moins, a un aspect vénérable; mais ici tout est étroit, insuffisant, mal conçu.
Il n’en est pas de même du Muséum, qui est pour l’histoire naturelle ce que le Collège est pour l’ensemble des sciences humaines : une école dont le caractère propre est la pleine et entière liberté. Le Muséum est placé au Jardin des plantes, au milieu de collections uniques au monde, en plantes vivantes, végétaux et animaux conservés. La ménagerie est loin d’être complète; mais elle est magnifique dans quelques-unes de ses parties. L’ensemble est tout à fait digne d’une grande nation. L’administrateur du Muséum était, hier encore, un vieillard de quatre-vingt-quatorze ans, qui s’intitule avec orgueil le doyen des étudiants de France, et qui étudiera, trouvera et enseignera jusqu’à son dernier souffle : l'illustre M. Chevreul.
La météorologie et l’astronomie termineront cette nomenclature par l’observatoire de Montsouris, actif et incomplet, comme ce qui vient de naître, et l’observatoire de Paris, qui, depuis quelques années, étend partout ses succursales, à Clermont, à Marseille, à Toulouse, qui bientôt en aura une aux portes mêmes de Paris, et qui n’en reste pas moins
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le glorieux centre des études astronomiques en France. Montsouris et l’Observatoire avaient envoyé quelques-uns de leurs plus précieux instruments à l’Exposition.
Quand on visite l’observatoire de Paris, après avoir admiré la grande lunette située à gauche du bâtiment principal, on est conduit dans les jardins, à un bâtiment construit tout exprès pour contenir la nouvelle lunette donnée par M. Bischoffsheim. M. Bischoffsheim n’est pas astronome; il est patriote. 11 aime la science, et il sait qu’on ne peut pas mieux servir et honorer son pays qu’en lui donnant les moyens de conserver sa supériorité intellectuelle. Cette lunette n’est pas la seule libéralité faite à la science par le donateur. On signale ici ce noble emploi d’une grande fortune pour constater, avec douleur, l’extrême rareté de pareils exemples. En toutes choses, en France, on s’en repose sur l’Etat; et l’Etat, jusqu’à ces dernières années, ne prodiguait pas ses trésors à l’enseignement. On est généreux dans notre pays ; on l’est pour les pauvres, d’une manière générale; pour les grandes infortunes, pour l’Eglise: on ne l’est pas pour les écoles. On a trouvé des millions pour les inondés, pour les victimes de la crise cotonnière; on fonde des hôpitaux, des hospices, des maisons de secours; des églises et des chapelles ; on a donné de grosses sommes pour le denier de saint Pierre. Mais ni le Muséum, ni l’Observatoire, ni Montsouris, ni le Collège de France, ni la Bibliothèque nationale, ni nos grandes facultés, ni nos collèges, ni nos écoles communales, ne s’enrichissent par des libéralités particulières. C’est un mouvement qui ne s’est pas encore produit et dont M. Bischoffsheim aura peut-être la gloire d’être l’initiateur. On ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment d’envie quand on apprend que toutes les universités anglaises doi- *
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vent leur origine et leurs richesses à des fondations particulières. On n’offensera pas les personnes qui , dans ces dernières années, ont fondé en France des facultés libres, en disant quelles ont eu en vue la propagande religieuse, et non la propagande scientifique. M: AVhite représentait à l’Exposition de 1878 the Cornell-University , dont il est le président, et que M. Cornell a fondée de ses deniers. C’est une école d’agriculture et d’arts industriels, originairement décrétée, en juillet 1862, par le Congrès des États-Unis, à laquelle, trois ans après, M. Ezra Cornell a fait un premier don de 5 0 0,0 0 0 dollars, suivi bientôt d’un don de 200 acres de terrain et de diverses libéralités qui montent à quelques centaines de mille dollars W. Est-il un plus bel emploi de la richesse? un plus noble service à rendre à l’humanité? un service qui rapporte plus en résultats féconds de toutes sortes? L’État aura beau comprendre ses devoirs, il restera toujours quelque chose à faire à côté de lui, en dehors de lui. Il aura beau être libéral, il a une responsabilité; il veut gouverner, il y tend chez nous de plus en plus. Il a imposé silence à Quinet et à Michelet; il a expulsé Renan, violant ainsi en quelque sorte la charte même du Collège de France. Il 11’y a pas, en Angleterre, de tout-puissant ministre qui
(1) L’enseignement de Cornell-University est très étendu. M. Andrew D. White y occupe une chaire d’histoire. Outre les chaires d’agriculture, chimie agricole, chimie industrielle, mécanique, génie civil, etc. , on y trouve des chaires de philosophie, d’histoire constitutionnelle, d’économie politique, de langues vivantes (français, anglais, allemand, espagnol, italien, etc.), de langues orientales, de sanscrit, de latin, de grec, de mathématiques, de médecine , de chirurgie , de médecine vétérinaire , etc. etc. , de tactique et science militaire, d’architecture, etc. L’Université compte plus de soixante professeurs, sans compter les employés de la bibliothèque, les préparateurs, les administrateurs.
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songeât à interdire un professeur d’Oxford ou de Cambridge. H n’y en a pas qui le pût.
Des libéralités comme celle d’Ezra Cornell sont des événements qui se renouvellent rarement dans l’histoire des sociétés. Ce qu’un seul ne peut pas faire pourrait résulter de l’accord des volontés. Un savant qui a illustré son pays par ses découvertes , un grand industriel qui doit aux travaux des savants sa considération et sa fortune, couronnent noblement leur vie, mettent le sceau à leur gloire, en armant les sciences des instruments qui leur sont nécessaires pour faire de nouvelles découvertes ou susciter de nouveaux génies.
En France , il est assez rare que les libéralités se portent de ce côté. Nous avons l’exemple illustre de M. de Montyon, quelques autres assez clairsemés. Çà et là, on fonde une école primaire , une bourse dans un lycée ou dans une école industrielle. Ce ne sont, le plus souvent, que des œuvres de bienfaisance. Une mère, une veuve, fonde un prix à l’Ecole de droit en souvenir du mari ou du fils qu elle a perdu; il ne peut rien se concevoir de plus touchant, de plus honorable. On crée de préférence des prix dans les académies. L’Académie française commence à être surchargée par les fondations; ses membres ne suflisent plus à juger tous les concours. Ce n’est pas tout que de donner; il faut donner à propos, savoir donner.
H y a quelques fondations, en trop petit nombre, d’une tout autre portée : la Société pour l’enseignement élémentaire, qui date de 181Û; les associations polytechnique et philotechnique, qui remontent, la première à 1 83 o, la seconde à 1 8 A 8 , œuvres durables par conséquent, puisqu’elles ont déjà derrière elles un glorieux passé; la Société d encouragement pour l’industrie nationale, qui a maintenant
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soixante-dix-huit ans d’existence, et que Chaptal signalait déjà en 1819 comme une des causes les plus puissantes des progrès de nos industries. Cette société recueille parfois des libéralités importantes. A défaut du Gouvernement, elle aurait pu donner à l’inventeur du téléphone articulant et parlant, M. Graham Bell, un prix de 5 0,000 francs. Citons encore la Société des amis des sciences, fondée par le baron Thénard.
11 faudrait rapprocher des écoles et des institutions scientifiques l’instrument principal de leurs succès, le livre. Indépendamment des grandes maisons qui publient des livres scolaires et qui réalisent par cette utile industrie des fortunes colossales, il se produit dans la librairie française des efforts très intelligents et très courageux pour renouveler les traditions de nos grands imprimeurs, de nos grands éditeurs, par la publication d’éditions d’auteurs classiques, irréprochables au point de vue de la correction des textes, et remarquables par leur belle exécution typographique. La maison Hachette avait exposé, outre ses livres d’éducation et ses publications illustrées, la belle collection des grands écrivains, que dirige avec une admirable sûreté de goût et d’érudition M. Adolphe Regnier. Le public de l’Exposition appréciait hautement les livres de M. Jouaust, qui ne se contente pas de les éditer à ses frais, de les imprimer dans son imprimerie, mais qui, parfois, se charge luimême de les commenter et de les annoter. M. Lemerre publie de belles œuvres, dans des éditions à la fois élégantes et commodes, qui attestent chez lui la science et le goût du bibliophile. Ce mouvement remonte assez haut dans ce siècle. Il évoque le nom de M. Jannet, les illustres noms d’Ambroise et Firmin Didot. L’État, de son côté, mul-
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tiplie les publications importantes. La plus considérable de toutes, la collection des documents inédits relatifs à l’histoice de France, remonte à M. Guizot. Elle est une des gloires de ce grand ministre. La ville de Paris publie sa propre histoire, qui ne compte pas moins de vingt magnifiques volumes. Dans cet ordre d’efforts, il n’y a pas de concurrence, il n’y a qu’une émulation féconde. C’est ici l’empire de la liberté et de la science.
Liberté, science, travail, voilà une trinité dont tous les termes s’enchaînent! Le travail ne vit que par la science et la liberté.
La science peut rendre des services dans toutes les directions du travail humain. Elle l’a prouvé de tout temps; jamais avec autant d’éclat que de nos jours.
Grâce à elle, le monde nous est à peu près connu. Nos voyageurs ont fait faire à la géographie des conquêtes immenses en Asie, en Afrique, en Amérique. Ces conquêtes, toutes considérables quelles sont, servent surtout à nous démontrer l’urgence de faire des conquêtes nouvelles et à nous en faciliter les moyens. L’ardeur pour les voyages de découvertes s’est réveillée de toutes parts. Les rois s’en sont mêlés personnellement; le roi de Suède a été récompensé, en 1878, pour le concours qu’il a donné à Nordenskjold; le roi des Belges a fondé la société qui provoque les explorations du centre de l’Afrique.' Il la dirige lui-même, avec le zèle et la compétence d’un savant. E11 avançant, au péril de leur vie et à travers mille souffrances, dans ces régions inconnues, la plupart des voyageurs n’ont que le but commun à tous les serviteurs de la science, c’est-à-dire la science elle-même;
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mais Us sont en même temps des conquérants et des bienfaiteurs. Ils apportent la civilisation aux barbares; ils ouvrent des débouchés à notre commerce; ils découvrent, pour nos industries, des arbres, des plantes nouvelles; des races d’animaux, des mines de fer et de houille, des métaux précieux, des engrais; ils jettent, pour ainsi dire, les premiers jalons des routes que le genre humain va construire pour mettre enfin en communication tous les membres de la famille. Même en Europe, les chemins de fer se sont faits par tronçons; et il en résulte, pour les grandes migrations d’hommes et de marchandises, des pertes de temps et d’argent. L’ère des véritables grandes lignes va commencer. L’Angleterre ira directement en chemin de fer à Constantinople. Le réseau européen de la Russie se reliera par le centre de l’Asie aux chemins orientaux. Gela pourra faire un chemin de quelques milliers de kilomètres. Cette dépense d’hommes et d’argent vaudra bien la construction des Pyramides. Le mot du xixe siècle est : prodesse ! II arrive au sublime par la grandeur des moyens et des résultats. L’Europe dirigera de toutes parts ses rails vers la Chine et l’envahira. Les sables de l’intérieur de l’Afrique ne seront pas un obstacle. Dût-on marcher la sonde à la main, creuser un nombre indéfini de puits pour multiplier les oasis, il y aura une ligne d’Alger jusqu’au Cap. Il y a quarante ans, on venait à Paris pour voir le chemin de Paris à Saint-Germain, cette merveille ; encore n’allait— il pas plus loin que le Pecq; il avait eu peur de cette taupinière, sur laquelle les rois ont mis un château et les citoyens une petite ville. Dans quarante ans, on rira de la génération d’à présent, qui appelle Paris-Lyon-Méditerranée une grande ligne et qui croit faire un voyage quand elle se promène de Pa-
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ris à Saint-Pétersbourg. L’Amérique a reconnu qu’il n’y a de New-York à San Francisco, d’un océan à l’autre, pas plus de 5,4oo kilomètres. C’est un trajet d’une semaine, avec un bon chemin de fer. On s’occupera aussi de l’Amérique méridionale. Un chemin de fer partira des rives de la Plata, traversera les Pampas, franchira la crête centrale des Andes et atteindra l’océan Pacifique sur la côte du Pérou ou du Chili. On pourra rendre le fieuve des Amazones navigable dans tout son parcours et le relier au Pacifique.
Le monde ne doit pas rester, comme le voilà, dépourvu de grandes lignes. Pendant la maladie du ver à soie , il fallait aller chercher des graines en Chine et au Japon; il fallait, pendant la guerre de la sécession, aller prendre du coton dans les Indes. Pas d’autre voie pour y parvenir que l’Océan! C’est une perte de temps impossible. En temps de famine , il est nécessaire d’avoir ici instantanément le riz des Chinois. En cas d’épuisement de la houille, il faudra faire arriver des trains de marchandises jusqu’à l orificedes mines les plus lointaines. L’espace ne doit plus être une objection.
On rencontre des obstacles. La science leur applique aussitôt le principe de la morale stoïcienne : cc Transformer l’obstacle en instrument, n Cette petite butte de la Terrasse, qui avait arrêté à ses pieds le chemin de fer de Paris à Saint- Germain, a donné naissance, après quelques années, à l’expérience du chemin de fer atmosphérique. On était embarrassé au moindre tournant : M. de Jouffroy a inventé ses trains articulés du chemin de fer de Sceaux. Il semblait qu’on dût s’arrêter aux premières assises du mont Cenis. En y pensant, on a trouvé qu’il ne s’agissait que de faire un percement de 1 2 kilomètres : une misère. Comme la poudre allait trop lentement, la science a fourni la dynamite. L’air
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manquait aux ouvriers, la science s’est chargée de leur en fournir. Un percement à air libre, comme l’isthme de Suez, ne l’embarrasse pas : elle vous dira d’avance comment s’établira le niveau entre les deux mers, quand la mine aura fait sauter le dernier obstacle. Si vous voulez passer sous la mer, elle est prête. Elle vous décrira d’abord la topographie du fond de la mer entre Douvres et Calais; elle vous en fera connaître la composition; elle vous apprendra l’épaisseur de la croûte qu’il faut maintenir entre l’eau et la voie ferrée. Creuser la terre ou le roc, soit en profondeur, soit en largeur; faire respirer les ouvriers dans ces souterrains; expulser les déblais; apporter à pied d’œuvre les outils, les matériaux, la lumière,, l’air respirable; construire des murs capables de résister aux plus fortes pressions, ce sont des jeux pour elle : la seule et unique question est de savoir si le profit compensera la dépense. Prouvez seulement que le chemin est utile, et le chemin sera.
Il y avait dans le monde deux isthmes, qui nous ont, en vérité, donné bien du mal pendant des siècles : l’isthme de Suez et l’isthme de Panama. Qu’on imagine un isthme fermant la Méditerranée à Gibraltar et en faisant un lac, dans la force du terme : l’aurait-on toléré ? On a eu de la patience avec l’isthme de Suez; M. de Lesseps l’a enfin percé. C’en est fait; l’Afrique est désormais une île gigantesque. II va de même séparer l’Amérique en deux îles, par la suppression de l’isthme de Panama. Ces deux percements ont pour effet de rapprocher toutes les parties de l’humanité; c’est comme une armée qui se concentre. Le monde se rapetisse par cette rapidité des communications; mais aussi, nous l’avons dans la main; nous achevons d’être chez nous.
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II faudra toujours du temps pour porter les hommes et les autres colis; il n’en faut plus pour porter la pensée, grâce au télégraphe et au télégraphe sous-marin. Nous n’avons encore immergé que les premiers câbles. Ces premières lignes ont ouvert une ère nouvelle. C’est tout un réseau qui commence. Il y aura bientôt une conversation entre tous les hommes, quel que soit le point de la terre qu’ils occupent.
Sénèque disait : «Non sum uni angulo natus : n ce Je ne suis pas né pour un coin de terre, d II parlait en philosophe, qui embrasse toute la terre dans sa pensée. Il n’en connaissait, ce savant, qu’une bien faible partie. Pour parcourir tout le monde connu, qui n’était qu’un petit monde, il lui aurait fallu passer sa vie en voyage. Aujourd’hui, l’impératrice des Indes a sa résidence à Londres. Elle est séparée de son empire par la moitié de l’Asie et l’Europe tout entière. On va de Londres au Japon en moins de deux mois. On fait le tour du monde en un trimestre. Les Japonais entretiennent une école à Paris. C’est un Français, M. Boissonnade, qui, â Yeddo, leur prépare un code civil. Les maisons de commerce de New-York ont des succursales à Bombay, au Cap et à Londres. Ce ne sont pas seulement les marchandises, les bœufs, les porcs, et les touristes qui voyagent; ce sont des populations entières. Une population se trouve à l’étroit dans son coin du globe; aussitôt elle monte en wagon et en steamer et s’en va chercher au loin de l’espace et des ressources. Les Etats-Unis surtout attirent le trop-plein des autres peuples par une attraction physique et une attraction morale : l’espace et la liberté; c’est ce qui explique la bigarrure de leur population. Vous avez là la race rouge, qui est indigène; la race blanche, qui a été conquérante ; la
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race noire, qui a été esclave, et la race jaune, qui est venue pour faire le commerce. Vous avez aussi toutes les langues : l’anglais, qui est la langue officielle; le français, à cause de nos anciennes colonies W ; l’allemand , très répandu,
(1) Les émigrations françaises sont peu considérables. Tandis que les Etats- Unis reçoivent par année i5o,ooo émigrants, et quelquefois davantage (4 ‘2 7,000 en 1 8 5 4 ) , les Français ne comptent dans ce nombre, composé en majorité d’Allemands et d’Irlandais, que pour un chiffre insignifiant de 4oo
ou 5 oo personnes.