‹ Exposition universelle de 1878Chapitre 7 sur 47 · MINES D ANTIMOINE · texte numérisé non relu

MINES D ANTIMOINE

Antimoine métallique . i2,9ook 25,8Aof

Sulfure fondu . 21,600 A,o43 32,783

Crocus . 2,900 2,900

MINES DE PLOMR.

Alquifoux (pour les poteries). /i,oook i,4ftof i,A4o

Total . 1,661,689

Il ressort de ce tableau que notre travail sur les métaux autres que le fer l’emportait de beaucoup sur notre production, puisque nous importions, rien que pour l’industrie du cuivre, 610,800 kilogrammes de cuivre étranger. Notre consommation en cuivre dépassait 8 millions ; en plomb (métal, alquifoux et litharge), elle atteignait le chiffre de 22,3^3,700 kilogrammes.

Ainsi, d’un côté nous avons des mines assez nombreuses, de l’autre nous avons des besoins assez étendus. II est donc regrettable que nos mines soient en grande partie délaissées. M. Le Play, rapporteur de la section en 18/19, sen plaint amèrement. L’exploitation de nos mines serait d’autant plus fructueuse que les besoins de notre fabrication sont

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plus importants^. H rejette la langueur de notre industrie extractive d’abord sur nos lois, dont il n’a jamais cessé de provoquer le redressement, allant même jusqu’à réclamer la liberté absolue de tester sans tenir compte des réserves; ensuite sur ce fait, que l’exploitation des mines autres que celles de fer et de houille ne rapportant de bénéfices qu’à long ternie, les capitaux français, entravés par les lois sur la matière, refusent de s’y porter.

A l’époque de l’Exposition de 18A9, nous étions mieux partagés pour le fer que pour les autres métaux. Non seulement nous tirions de nos mines une meilleure quantité de minerais, mais nous faisions venir des minerais de l’étranger pour les travailler dans nos forges. Une partie considérable de notre travail métallurgique se faisait alors au bois, procédé beaucoup plus dispendieux que le travail à la houille, mais qui donne des résultats très supérieurs.

Notre production de fonte, en 1 846 , était de 622,683 kilogrammes , dont 282,683, près de la moitié , au bois ; notre production de fer était de 360,190 kilogrammes, dont le tiers environ (io5,865 kilogrammes) au bois. Nous n’importions presque pas de fer forgé; toutes les importations de fer se faisaient en minerais, que nous nous chargions nous-mêmes de préparer pour les divers besoins de l’industrie. En 1 85 6 , toute l’importation se borna à 7,o5o tonnes de fer de Suède destiné à la fabrication de l’acier.

Les efforts de notre industrie, au lieu de se porter sur l’exploitation des mines, se concentraient sur les moyens d’économiser le combustible, et ils y étaient parvenus dans une proportion assez considérable. Le jury signalait l’em-

(1) Exposition de 18/19. Rapport de M. Le Play sur les métaux autres que le fer.

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ploi, dans nos forges, de marteaux-pilons pesant jusqu’à i,ooo kilogrammes. Celui dont le Creusot a exposé un facsimilé en 1878 ne pèse pas moins, pour sa masse active, de 80,000 kilogrammes. O11 peut mesurer par là le progrès accompli. Le marteau-pilon de /i, 000 kilogrammes paraissait presque une merveille en 1869.

De nouvelles fonderies de cuivre, bronze et laiton, le développement des anciennes, l’invention du fer galvanisé, due à M. Sorel, de notables améliorations introduites dans les procédés de la fonte, et notamment l’emploi des gaz du haut fourneau pour l’affinage de la fonte, pratiqué par M. d’Andelarre, donnaient une certaine importance à l’exposition de la métallurgie. MM. Calla, Decoster, Durenne, Louis Lemaître, la maison Huguenin, Ducommun et Dubied, de Mulhouse, exposaient des chaudières, des machines-outils, des machines à vapeur. La machine Meyer, mise à l’essai sur le chemin de fer d’Orléans, parut supérieure à la locomotive de R. Stephenson en ce qu’elle consommait la même quantité de coke et une quantité d’eau inférieure. M. Ernest Gouin exposait la première de vingt locomotives construites par lui pour le chemin de Paris à Lyon. On remarqua aussi les toiles métalliques deM. Roswag, ayant 9,225 mailles au centimètre carré; nos aciers, pour la variété de la fabrication comprenant les aciers naturels, les aciers cémentés et les aciers fondus; les ressorts, les limes; les faux en acier fondu obtenues pour la première fois dans nos fabriques en i844; des instruments de chirurgie, des outils. La coutellerie restait stationnaire. La quincaillerie avait pris un grand essor. La fabrique de vis à bois de MM. Vieliard-Migeon, à Morvillars (Haut- Rhin), fut récompensée non seulement pour son importance

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et l’excellence cle ses produits, mais pour les soins pris par les chefs de l’établissement pour fournir à leurs ouvriers des logements convenables, des denrées alimentaires de bonne qualité à prix réduits et des moyens d’épargne. En même temps que nos mécaniciens se rendaient habiles à fabriquer des machines à vapeur, on s’attachait à tirer un meilleur parti des forces hydrauliques. M. Poirée fut récompensé pour ses barrages mobiles; MM. Fromont, Fourneyron, pour leurs turbines; M. Thénard, pour un nouveau système de barrage peu dispendieux. M. Letestu exposa ses pompes d’épuisement. MM. Laurent et Degousée, M. Mulot, se firent remarquer par de puissants appareils de sondage.

Le jury ne récompensa pas uniquement les objets exposés; il alla prendre, en quelque sorte, au dehors les inventions nouvelles ou les applications heureuses d’anciennes découvertes. C’est ainsi qu’il récompensa M. Eugène Flachat pour la construction du chemin de fer atmosphérique du Pecq à Saint-Germain , et qu’il donna une médaille d’or à M. de Ruolz.

L’application de l’électricité à la dorure et à l’argenture était certainement un fait très considérable. Ce n’était pas seulement un événement industriel et scientifique, c’était un événement parisien. On en peut dire autant de l’héliogravure, dont la découverte était déjà ancienne, mais qui figura, avec de nombreux perfectionnements, à l’Exposition de 18/19. Le PuMic prit sous sa protection la photographie, le ruolz , le chemin de fer atmosphérique et le puits de Grenelle, terminé en 18/11, qui popularisa, pour quelques mois, le nom de M. Mulot. Le navire à hélice, qui remonte, pour la France, du moins, au 6 décembre 18/12, date du lancement du Napoléon , produisit moins d’effet, parce que

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le public frivole voit ce qui frappe les yeux et n’admire jamais par réflexion.

La vogue, ou la popularité, n’est pas la même chose que la gloire, et la gloire elle-même n’est pas toujours proportionnée au mérite. Parmi les grandes découvertes scientifiques qui ont changé les conditions d’existence de l’humanité , il en est dont on ignore absolument les auteurs ; il en est qu’on se disputera toujours ; certaines usurpations ont été tellement consacrées par la croyance universelle, que les démonstrations les plus victorieuses, admises par les savants et les compétents, n’arrivent pas jusqu’à la foule. L’immense publicité des expositions sera sans doute un remède à ce mal ; elle sera du moins un palliatif, car il n’y a pas de moyen humain d’empêcher l’humanité d’être ingrate. Ce qui explique et justifie quelquefois les hésitations de la gloire, c’est qu’une invention se produit peu à peu, et que plusieurs générations de savants y concourent; c’est ainsi que le public connaît celui qui a touché le but et ignore le véritable homme de génie qui l’a indiqué de loin. Quel est l’inventeur de la navigation à vapeur ? L’Américain Robert Fulton franchit la distance de New-York à Albany, le 1 6 août 1807, avec une vitesse de 7,500 mètres à l’heure, sur un bateau à vapeur construit sous sa direction. Ce bateau s’appelait le Claremont. Ce n’est, pas le premier qui fut fait, c’est seulement le premier qui ait réussi. L’inventeur de la navigation à vapeur est un médecin français que la révocation de l’édit de Nantes obligea de s’expatrier ; c’est Denis Papin, qui commença par inventer la machine à vapeur à cylindre et à piston, et qui s’en servit, entre autres applications, pour mouvoir un bateau sans le secours de rames ou de voiles, précurseur tout à la fois de Watt et de Fulton. Denis

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Papin fit construire son bateau en Allemagne et l’essaya sur la Fulde, à Casse!. Le succès fut complet ; si complet que les bateliers de la Fulde mirent le bateau en pièces. Robert Fulton , à un siècle de là, rencontra un obstacle d’un tout autre genre: il avait proposé son système à Napoléon, qui nomma une commission de savants pour l’examiner ; la commission fit un rapport défavorable. Il fallut aller en Amérique.

Même difficulté historique et chronologique pour la découverte de la navigation à hélice. L’ Anglais Smith lança un bateau à hélice le ier novembre 1 836. Le Suédois Ericson proposait, à la même époque, le même système. Le gouvernement anglais fit construire son premier navire de guerre à hélice en i84i. Mais avant Smith, avant Ericson, bien des ingénieurs et des mécaniciens avaient eu l’idée de ce propulseur, ou même en avaient fait l’expérience. On peut citer parmi les Français : Duquet (1693), Bouguer (17/16), Dallery (1 8o3) , Delisle (1 8^3), Sauvage (1827).

C’est Brugnatelli, un élève de Volta, qui observa en i8o3 qu’on pouvait dorer au moyen d’une pile et d’une dissolution alcaline d’or. De la Rive, quelque temps après, appliqua la pile à la dorure. Ruolz, Elkington, perfectionnèrent le procédé. M. Christofle, ce qui est un mérite différent, mais un très grand mérite, fit d’une grande découverte une grande industrie. La galvanoplastie, dont les applications sont innombrables dans la science et dans les arts, fut inventée à la fois, en 1887, par Jacobi, à Saint- Pétersbourg, et par Spencer, à Londres. Le public, en 1 8 A 9, en admirant les photographies, les produits de la manufacture de M. Christofle et ceux de la galvanoplastie, se disait surtout qu’il pourrait se procurer à bon marché des gravures, de l’argenterie et des bronzes d’art.

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Les produits chimiques étaient représentés avec éclat par Charles Kestner, Kuhlmann, Menier. Le jury signala l’introduction, dans la peinture, du blanc de zinc, qui résiste à l’action de i’air chargé de gaz sulfhydrique, et ne compromet jamais la santé des ouvriers. M. Rocher, de Nantes, exposait un appareil pour la distillation de l’eau de mer, qui fournissait, par jour, 6,000 litres d’eau douce. L’industrie de la conservation des aliments se maintenait avec succès, quoique sans progrès nouveaux depuis la découverte du procédé Appert, qui avait été récompensé en 1827. Guimet obtint une médaille d’or pour la découverte du bleu d’outremer.

Il faut citer aussi à l’Exposition de 18/19 : M. Mouette, pour les cuirs tannés et vernis; M. Zuber, M. Délicourt, pour les papiers peints; les cristalleries de Baccarat, Saint- Louis, Glichy, Cirey ; les fabriques de papier d’Annonay; les appareils de chauffage à la vapeur de Duvoir-Leblanc ; la typographie de MM. Marne, Firmin Uidot, Plon, Paul Dupont, Duverger; des objets d’orfèvrerie, très remarqués, provenant des maisons Uuponchel , Froment-Meurice , Odiot, Rudolphi; des instruments d’optique, de chimie, de physique, dus à MM. Soleil, Froment, Deleuil, Lerebours ; de très beaux instruments de musique : les violons de Vuillaume, les cuivres de Sax, qui furent un événement musical, ceux de Raoux ; les grandes maisons de pianos : Erard, Pape, Pleyel, Herz, déjà souvent récompensés; les fusils de M. Gauvain, de M. Delvigne; dans l’horlogerie : MM. Schwilgué, Wagner, Benoît, Henri Robert, François et Henri Lepaute. Certaines industries, qui tiennent une place très importante dans notre richesse nationale, hésitaient à se produire, ou, quand elles exposaient, le jury hésitait à les

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récompenser. La carrosserie paraît pour ia première fois à l’Exposition de 1839. Notre ébénisterie, sans rivale, resta longtemps sans obtenir de récompense ; la première médaille d’or fut obtenue en 18/19 Par Meynard. Le jury ne croyait pas que l’industrie des fleurs et plumes fût digne d’obtenir une récompense plus élevée que la médaille d’argent. Le vêtement proprement dit, pour hommes et pour femmes, n’était même pas exposé. La chaussure obtenait des récompenses, peut-être comme annexe de la tannerie. La ganterie de peau, qu’on dédaignait, faisait des progrès rapides, puisque la valeur de ses produits, qui était, en 18Û0, de 28 millions, atteignait 36 millions en 18/19.

Mais le trait important, caractéristique, de l’Exposition de 1 8 4 g , était la part faite à l’agriculture, qui avait pour la première fois exposé en son propre nom au lieu de mettre ses produits dans la classe des textiles, ses machines dans la classe de la mécanique, etc. Deux galeries latérales, isolées du bâtiment principal, reçurent les animaux vivants. Cette innovation, due au ministre, M. Tourret, le même qui eut l’honneur de fonder l’Institut agricole de Versailles W, n’avait pas été admise sans discussion dans le sein de la commission parlementaire, cr H a été répondu, dit M. AL taroche dans son rapport, que l’introduction moins étroitement mesurée des produits agricoles dans nos expositions périodiques est une idée heureuse et féconde ; que l’agriculture, dans son travail intellectuel de production ou d’amélioration, est une industrie comme sa rivale, ou plutôt que les deux forment un seul tout qui s’appelle l’industrie française; il est bon de prouver à l’agriculture, trop né-

(1) M. Tourret était ministre du commerce quand l’Exposition fut décidée, M. Buffet quand elle fut organisée , et M. Dumas quand elle s’ouvrit.

gligée jusqu’à présent, que la République l’honore et la protège, et la meilleure démonstration, c’est de lui faire désormais une large part dans les honneurs comme dans les récompenses de nos expositions. Ce qu’on propose cette année pour elle est sans doute bien imparfait, ajoutait-il, et l’exposition des divers échantillons de nos races sera nécessairement fort incomplète. Toutefois, on peut compter sur de beaux produits, et cette exposition, même restreinte, aura, par l’émulation et le contrôle, de bons résultats, n

L’Assemblée , en vertu de ces principes , avait donné à l’Exposition de i 8/19 le titre d Exposition de l’industrie française, manufacturière et agricole.

L’objection la plus forte qu’011 puisse faire contre la réunion de l’industrie et de l’agriculture dans une même exposition, c’est le nombre croissant des exposants et des produits à chaque exposition nouvelle. On n’avait pas soulevé cette difficulté en 18/19; ma^s succès même des dernières expositions lui a donné une force toute particulière. Il semble à beaucoup de bons esprits qu’au lieu de tout réunir, il faudrait tout séparer. Mais il y a un autre moyen de résoudre le problème; c’est d’armer les jurys d’admission d’assez d’autorité pour que ce soit déjà une récompense de paraître dans les galeries. Un jour viendra peut-être où il n’y aura plus d’autre récompense que celle-là , ni d’autre jury que le jury d’admission. On éviterait, par ce moyen, l’encombrement, la dépense excessive, l’énorme difficulté de l’étude; et on ne serait pas réduit à séparer l’industrie proprement dite de l’industrie agricole, qui, dans la réalité, ne peuvent vivre et prospérer que l une par l’autre.

De tout temps, la plus grande partie de la population française a été vouée à l’agriculture; mais il s’en faut que

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notre pays soit cultivé comme il devrait l’être, et donne les produits qu’on aurait droit d’en attendre. Avant 1789, une grande partie du sol était aux mains de la noblesse, grande ou petite; beaucoup de terres appartenaient à l’Église. Les grandes propriétés, qui étaient assez nombreuses, étaient gouvernées par des intendants et cultivées par des serfs, dont la condition était déplorable; partout ailleurs, le défaut d’éducation et de ressources rendait toutes les améliorations impossibles. C’est ainsi que Young expliquait, peu d’années avant la Révolution, le triste état de notre agriculture. Dix années de révolutions violentes, compliquées de guerres perpétuelles , 11’étaient pas faites pour l’améliorer. L’égalité entre les citoyens, la liberté , la possession des droits politiques, l’abolition des douanes intérieures, devaient sans doute exercer une utile et décisive influence. On pouvait regarder aussi comme favorable, toute question de principe mise à part, la vente des biens nationaux, qui augmenta dans une forte proportion le nombre des propriétaires. Mais, à côté de ces bons résultats de la Révolution, il y en avait un désastreux; c’était le principe, d’ailleurs éminemment juste, de légalité des partages, qui ne cesse d’augmenter la division des parcelles et qui nous réduira à la petite culture, si on ne lui trouve pas de correctifs. Il y a peu de pays au monde où il y ait autant de propriétaires dans la classe des cultivateurs; mais ces propriétaires ne possèdent que des surfaces peu étendues, dont l’exploitation ne suffit pas à leur activité, ni le rendement à leurs besoins. Les riches se défont de leurs terres quand ils le peuvent, pour tirer un plus grand bénéfice de leurs capitaux, et contribuent ainsi à augmenter le morcellement. II en résulte que la culture de la terre est aban-

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donnée, comme autrefois, à des ignorants, au moins pour la plus grande partie, et que le capital, comme autrefois, ou plus qu’autrefois, leur fait défaut. Le nombre est d’un côté; l’argent et l’instruction de l’autre. Le rapporteur de l’Exposition agricole de 18Ô9, M. Moll, en fut très frappé; et cependant on ne prévoyait pas encore la lutte terrible que notre agriculture aurait à soutenir quand l’Amérique, par ses défrichements d’une part, et de l’autre par les développements des transports maritimes , entrerait en concurrence directe avec elle.

M. Moll établissait d’abord que, sur 53 millions d’hectares, la France en mettait en culture 4i millions, savoir: en terres labourables, 2 5 millions et demi; en prés, 5 millions; en vignes, 2 millions; en vergers, un demi-million; en cultures diverses, 1 million; en bois, 7 millions. Nous verrons dans quel sens cette répartition des divers usages delà terre s’est modifiée, ce Les trois quarts de la population, ajoutait-il, sont occupés à la culture du sol, et il est vrai de dire que la partie éclairée, pensante et influente de cette population n’a aucune sympathie pour l’agriculture. 11 cherchait le remède dans une transformation de l’éducation nationale, cr Cet étrange et fâcheux antagonisme, disait-il, entre les goûts du pays et ses intérêts, entre le bras qui agit et la pensée qui devrait le diriger, cet antagonisme résulte de la plus singulière, delà plus étonnante erreur en matière d’instruction publique, -n II se flattait de voir prochainement commencer l’éducation agricole du pays. L’Institut de Versailles, la fondation des comices, très imparfaitement réorganisés en 1820 par une circulaire ministérielle, un certain nombre de fermes-écoles, lui faisaient concevoir à cet égard des espérances dont 011 a vu depuis l’exagération.

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Tout, ou presque tout, restait à faire, jusqu’à la présente année, pour propager les connaissances agronomiques; et, maintenant qu’on y a pourvu, il reste encore à faire des lois pour faciliter le crédit et l’association.

La place dans les galeries d’animaux vivants fut plus avidement recherchée par les exposants qu’on ne s’y était attendu; il fallut refuser des demandes. La race ovine particulièrement avait fait de tels progrès et envoyé de si nombreux spécimens, que le jury fut obligé de diviser les laines en quatre catégories : laines mérinos de première linesse, M. Godin aîné, de Châtillon-sur-Seine, obtint un rappel de médaille d’or; laines de moyenne finesse, une médaille d’or fut attribuée à M. Richer, de Gouvix (Calvados); laines longues mérinos destinées au peignage, rappel de médaille d’or à M. Graux, de Mauchamp (Aisne); laines communes plus grosses et plus dures que les laines mérinos , obtenues de moutons plus rustiques et plus faciles à engraisser; le jury ne décerna que des médailles d’argent pour ce genre de produits. Les progrès furent très marqués dans la race bovine et la race chevaline : progrès pour la qualité et la quantité dans la race bovine; progrès importants pour la qualité dans la race chevaline. Le haras de Pompadour envoya des chevaux de race arabe pure, nés en France, d’une beauté et d’une vigueur que nous n’avions pas encore atteintes. Le jury donna 8 médailles d’or. M. Auclerc, éleveur à la Celle-Bruère, près de Bourges , reçut la croix.

J1 y eut, pour les grandes cultures, 12 médailles d’or, et une croix, donnée à M. Martine. Le jury put constater une grande amélioration dans le rendement du froment, qui donnait de 12 à i3 hectolitres par hectare, au lieu de 8 à 9 hectolitres qu’011 récoltait du temps de Vauban. Il

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constata aussi l’introduction des rizières qui se multiplièrent dans tout le Midi, depuis la Camargue jusqu’aux landes de Bordeaux. Enfin, la culture du mûrier, autrefois concentrée dans quelques départements méridionaux, se répandit dans les départements du Centre, et l’on put affirmer que le mûrier pouvait s’acclimater partout où l’on cultive la vigne. Parmi les établissements récompensés, la magnanerie du major Bronski appartenait au département de la Gironde; celle de M. Camille Beauvais, au département de Seine-et-Oise. L’acclimatation du ver sina (la soie blanche) était un fait accompli. On en devait la propagation principalement à M. Boqueblave, qui reçut une médaille d’or.

Le nombre des exposants pour les machines agricoles montra que cette fabrication était en progrès, au moins pour la quantité. Il y avait eu 62 exposants en 18ÛÛ; il y en eut 128 en 18Û9. Le jury reconnut qu’à une exception près, les engins ordinaires employés en Angleterre étaient supérieurs aux nôtres : il est vrai que cette exception n’était rien moins que la charrue. Quant aux engins plus perfectionnés, le jury faisait une distinction : pour les outils à la main, l’Angleterre avait la supériorité; pour les machines compliquées servant à la première préparation des produits, machines à battre, hache-paille, coupe-racines, concasseurs, de même que pour les semoirs, les herses, les rouleaux, les extirpateurs, scarificateurs, houes à cheval et buttoirs, nous étions, à peu d’exceptions près, au niveau de nos voisins. Pour l’instrument aratoire par excellence, c’est-à-dire pour la charrue, nous avions sur eux une supériorité incontestable.

M. xMoll constatait que les perfectionnements introduits dans les instruments aratoires recevaient si peu de publicité, que beaucoup de constructeurs inventaient des ma-

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chines, déjà inventées, employées et abandonnées, ce qui constituait une dépense inutile de temps, de capital et de talent. Si les constructeurs eux-mêmes en étaient là, on ne devait pas s’attendre que les cultivateurs, et surtout les petits cultivateurs, fussent au courant du progrès de l’outillage agricole. M. Moll recommandait l’exemple donné par les sociétés d’agriculture de Rouen, de Toulouse, de Clermont (Oise), qui avaient créé des musées agricoles, où figuraient, à côté des meilleurs modèles, les instruments défectueux, avec l’indication de leurs défauts. Il provoquait aussi des publications à bon marché, contenant de bonnes gravures sur bois, ce Le grand obstacle qui s’oppose à l’avancement de notre agriculture, disait-il, c’est l’ignorance des travailleurs, l’absence, ou du moins la pénurie de guides sûrs et éclairés dans lesquels ils aient confiance.

Le jury récompensa deux grands agriculteurs d’Algérie, M. Frutié et M. Charles Héricart de Thury. M. Héricart de Thury se livrait à tous les genres de culture; il cultivait, outre les céréales, le tabac, la garance, le sésame, et même le coton. Il avait des mûriers; 2 hectares de jardins, qui fournissaient Alger de légumes. Il entretenait un bétail nombreux, 6,000 moutons, et obtenait quelques succès dans l’élève des chevaux. Quoique l’Algérie soit en progrès, l’exemple de M. Héricart de Thury n’a pas été assez imité. On ne donne pas assez de soins à l’immigration, à la colonisation. On n’arrive pas à modifier les procédés de culture employés par les indigènes. Si la colonie 11’entre pas pour une plus grande part dans l’alimentation de la France, c’est la faute des institutions et des hommes; ce n’est pas celle de la terre.

Il y avait à l’Exposition de 1 8 4g une curieuse collection

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de fromages. La France possède en ce genre de très belles qualités, le camembert, le brie, le roquefort, le gruyère, etc. Outre ces espèces renommées, qui donnent lieu a un commerce considérable, chaque contrée a, pour ainsi dire, sa production particulière, qui suffit à la consommation courante. Le jury se montra assez sévère. Il reprocha à la plupart des fabricants de ne pas améliorer leur routine, de procéder sans soin et sans propreté. Ce dernier défaut, qui tend maintenant à disparaître, pouvait avoir des inconvénients graves pour la santé publique. La production du fromage représente en France une valeur de Uo à 5o millions, qui serait facilement augmentée, si les paysans pouvaient renoncer à leur routine et à leur incurie.

Enfin, on avait ménagé dans les galeries une place pour les vins, ce qui était aussi une innovation, et une innovation heureuse. Le résultat ne fut pas très important. Il ne vint guère que du vin d’Arbois, qui est un vin agréable du Jura, et de qualité courante. Les grands vins, se fondant sur leur renommée, dédaignèrent de comparaître. Il en lut de même des vins du Midi, qui n’avaient nul besoin de se procurer des débouchés, puisque les commandes affluaient. La situation fut tout autre quand vint l’heure de la libre concurrence et celle des expositions universelles; mais alors surgit une difficulté que l’Exposition des sciences appliquées à l’industrie, en 1879, a essayé de résoudre: celle de la constatation d’origine. On ne viendra à bout de résoudre ce difficile problème que par une forte organisation des jurys d’admission départementaux. Quoi qu’il en soit, 1 absence du vin dans les expositions françaises était une lacune regrettable, puisque notre vin est à la fois une de nos gloires et une de nos principales richesses.

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Tel est, en peu de mots, le bilan de l’Exposition de 18/19. Telle était, en France, la situation de l’agriculture et de l’industrie, à la veille de deux événements qui devaient produire dans le monde économique une révolution comparable à celle que nous devons à la vapeur. L’Exposition universelle de 1 85 1 et les traités de commerce de 1860 ont mis fin à la guerre industrielle et commerciale que se faisaient les peuples par le moyen de la prohibition et de la protection. On peut encore discuter et voter des tarifs de douane; mais on ne pourra plus les faire durer. Ils ne serviront tout au plus qu’à faciliter la transition entre un régime qui n’est plus et la liberté définitive du travail.

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