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CHAPITRE IL

LES EXPOSITIONS INTERNATIONALES. — 1851-1867

On avait pensé un moment à rendre l’Exposition de 18/19 internationale. L’idée de la fraternité des peuples était une de celles que la Révolution de février avait rendues populaires : idée mal définie, mais généreuse, et qui était bruyamment proclamée chaque soir dans les clubs. Les expositions nationales devaient infailliblement conduire aux expositions internationales; et pourtant il y avait entre elles une différence très profonde. A l’origine, les expositions nationales avaient été comme une forme de la guerre que les peuples se faisaient les uns aux autres. Si l’on se reporte, par exemple, à la première de toutes, celle de 1798, on verra sans doute que François de Neufchâtean se proposait surtout de prouver que la liberté vaut mieux que le privilège pour assurer la prospérité des Etats; mais la liberté à laquelle il pensait était la liberté intérieure, la suppression des jurandes, de la réglementation excessive et des charges fiscales de toute nature. Depuis les fameuses lois de l’Assemblée constituante, il n’y avait plus de guerre entre les corps de métiers, ni, dans chaque corps de métier, entre les maîtres et les compagnons, ni entre les compagnons et les ouvriers qui exerçaient un état sans en avoir acquis le privilège. Les barrières des douanes inté-

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ri eu res qui séparaient naguère les provinces, et les barrières plus odieuses et plus infranchissables qui séparaient les diverses classes de la population , étaient tombées devant la grande pensée de l’unité française et la conquête des droits de l’homme et du citoyen. De ce côté, la révolution était définitivement accomplie. L’égalité fut comprise et pratiquée dès le jour où elle fut proclamée; pour la liberté, c’est autre chose; on ne la comprit pas du premier coup; on voulait, on croyait bavoir; on l’avait au moins dans les ateliers. L’établissement de l’égalité dans le travail, de l’égalité devant la loi, remplissait d’orgueil les amis de la Révolution, et ils exprimaient leurs sentiments avec emphase. Voici comment parlait François de Neufchâteau lui-même dans son discours d’inauguration, prononcé le 2e jour complémentaire an vi : relis ne sont plus ces temps malheureux où l’industrie enchaînée osait à peine produire le fruit de ses méditations et de ses recherches, où des règlements désastreux, des corporations privilégiées, des entraves fiscales, étouffaient les germes précieux du génie; où les arts, devenus à la fois les instruments et les victimes du despotisme, lui aidaient à appesantir son joug sur tous les citoyens et ne parvenaient au succès que par la flatterie, la corruption et les humiliations d’une honteuse servitude . . . n

Mais si l’on comprenait au dedans la fraternité des citoyens, l’esprit philosophique n’était pas encore assez puissant et assez répandu pour que l’on comprît la fraternité des peuples. On avait reculé jusqu’aux frontières les barrières anciennes, on ne les avait pas pour cela supprimées; tout au contraire, on les maintenait, on les fortifiait. 11 est vrai que nous étions en guerre avec l’Europe, et que nous n’avions à attendre d’elle, comme on eût dit alors, que

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des chaînes. Bien loin de songer à ouvrir au producteur français le marché européen, et à faire profiter le consommateur français du travail des autres peuples et des progrès de leur industrie, on regarda l’exposition de notre industrie nationale comme une manière de prouver que nous étions en état de suffire à nos besoins et à l’entretien de nos armées, comme une campagne contre l’industrie étrangère et surtout contre l’industrie anglaise, l’Angleterre étant alors notre principale ennemie, cc Cette première Exposition, conçue et exécutée à la hâte, est réellement une première campagne, une campagne désastreuse pour l’industrie anglaise et glorieuse pour la République W. v François de Neufchâteau, qui se proposait de faire une nouvelle Exposition en 1799, en avait à l’avance tracé le plan. On y lisait cette promesse, qui est en même temps une menace : cr Chacun des vingt manufacturiers désignés par le jury recevra du président du Directoire exécutif une médaille d’argent analogue à l’Exposition; et celui des vingt qui, à raison de la perfection de sa fabrication et de l’étendue de son commerce, aura été jugé avoir porté le coup le plus funeste à l’industrie anglaise, recevra la même médaille en or®.-»

Ce 11’est qu’après les longues années de paix de la Restauration et du Gouvernement de juillet, après les modifications introduites dans les relations internationales par la navigation à vapeur, les chemins de fer et les télégraphes, après le succès du Zollverein allemand; ce n’est, dis-je, qu’après cette transformation politique et géographique du monde, qu’a pu se faire jour 1 idée des expositions internationales. En 1 8 3 3 , M. Boucher de Perthes,.

(1) François de Neufchâteau, circulaire du 2 4 vendémiaire an vu.

(2) Circulaire du ministre de l’intérieur, du a 4 vendémiaire an vu.

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président de la Société d’émulation d’Abbeville, parlant aux ouvriers pour les exciter à prendre part à l’Exposition de i834, demandait pourquoi nous n’ouvririons pas nos galeries aux Belges, aux Anglais, aux Suisses, aux Allemands, rr Croyez-vous que si la place de la Concorde, ouverte, au ier mai i834, aux produits de l’industrie française, l’était à ceux du monde entier, croyez-vous que Paris, que la France en souffrît, et que l’on y fabriquât ensuite moins ou moins bon ? v Michel Chevalier remarque que tous les Etats allemands prirent part à l’Exposition de Mayence en 18/12, à celle de Berlin en i8àà. C’était peut-être un acheminement; cependant il y avait loin de cette hospitalité entre nations germaniques, à des expositions véritablement internationales. Les différents Etats allemands ont pu avoir autrefois des intérêts opposés, et même guerroyer les uns contre les autres; ils n’en faisaient pas moins partie d’un même peuple, parlant la même langue, séparés par quelques points, réunis ou plutôt confondus par une foule d’autres, et la ligue du Zollverein en fut une démonstration éclatante, avant la fondation du nouvel empire d’Allemagne. La ville de Birmingham, qui fit une Exposition en 18/19, déclara quelle y admettrait tous les peuples. Cette fois, c’était bien la conception des expositions internationales. Quoique Birmingham soit une ville considérable, illustre par son industrie, une telle pensée ne pouvait être réalisée avec éclat que par la capitale d’un empire.

Le Gouvernement y pensa, comme je le disais tout à l’heure, quand il se disposait à ouvrir la onzième Exposition nationale française. L’avis d’y appeler non pas seulement toute l’Europe, mais toute la terre, fut exprimé par

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M. Tourret dans le conseil des ministres. On consulta les chambres de commerce, qui répondirent négativement. L’industrie française et les chambres de commerce, par conséquent, étaient alors dominées par un certain nombre de manufacturiers puissants qui, ayant le monopole de notre marché grâce aux droits protecteurs, ne voulaient affronter ni les chances de la concurrence, ni l’accroissement de frais et d’activité qu’elle nécessite, et qui d’ailleurs, sous le régime clu suffrage restreint, avaient exercé, non seulement dans les chambres de commerce, mais dans les assemblées politiques, une influence prépondérante dont il leur restait le goût, l’habitude, et, malgré les apparences, un peu de la réalité. Notre industrie cotonnière était florissante, parce que les tarifs de douane lui assuraient le marché français; elle n’avait même pas eu besoin de renouveler ses appareils, qui déjà paraissaient barbares à ceux qui revenaient de visiter les grands centres de la fabrication étrangère. Elle sentait que les expositions internationales étaient comme les prémices du libre-échange, dont la première conséquence serait de la contraindre à'' renouveler de fond en comble un outillage très coûteux. Gomment pourrait-elle lutter de bon marché avec l’Angleterre et la Belgique, qui avaient le charbon en abondance, et par conséquent à bas prix ? On n’avait pas même pris soin de faciliter le transport de nos charbons, soit par canaux, soit par chemins de fer. Mulhouse déclara que, si les Anglais et les Belges étaient admis à l’Exposition, elle s’abstiendrait. Baccarat, qui redoutait les verres de Bohême, Creil, Saint-Gobain, firent des protestations semblables. Les industries essentiellement françaises, la soie, la laine, le lin, les instruments de précision, l’agriculture, en y comprenant surtout l’indus-

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trie vinicole, ne pouvaient que gagner au contraire à la comparaison et à la liberté; mais c’était le temps où la science économique était considérée comme une branche ennuyeuse de littérature, et où l’on confondait le libreéchange avec les utopies fouriéristes. La France, qui avait eu l’honneur d’ouvrir l’ère des expositions industrielles en 1798, qui avait poursuivi cette grande pensée avec courage et persévérance, refusa de suivre M. Tourret dans la voie nouvelle où il l’appelait. L’Exposition de 18/19, res" freinte à la France, réunit, comme nous l’avons vu, 4,532 exposants. Deux ans après, sur l’initiative de la Société des arts, vivement appuyée par le prince Albert, qui comprit sur-le-champ la portée de cette innovation, la première grande Exposition internationale s’ouvrit à Londres avec le plus grand éclat. Le ier mai i85i sera certainement une date importante dans l’histoire au point de vue moral et politique, autant qu’au point de vue économique et industriel. Le prince Albert aura rhonneur d’y avoir attaché son nom. 17,062 exposants répondirent à son appel et à celui de la Société des arts. Cinquante- trois ans auparavant, à Paris, l’Exposition de 1798 en avait attiré 1 10.

Combien y a-t-il eu d’expositions internationales depuis cette époque jusqu’à l’Exposition de 1878? On serait tenté de dire qu’il n’y en a eu que quatre : Paris en 1 8 5 5 et 1867, Vienne en 1 873, Philadelphie en 1876. On peut y ajouter, si l’on veut, les diverses expositions internationales qui se sont succédé à Londres. Mais la construction du Palais de cristal, en rendant les expositions faciles et pério-

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cliques, leur a ôté quelque chose de l’importance exceptionnelle qu’avait eue l’Exposition de i85i, et qu’ont reçue depuis, chez d’autres grands peuples, des expositions préparées de longue date, et considérées à juste titre comme des événements historiques. Il y a donc lien de placer tout à fait hors ligne l’Exposition de Londres en 1 85 1 , celles de Paris en 1 8 5 5 et 1867, celle de Vienne en 1870 et celle de Philadelphie en 1876. On y ajoutera désormais notre Exposition de 1878. Ce sont là, en elïet, les grandes solennités, les expositions vraiment internationales et vraiment universelles. En grand nombre d’autres villes ont voulu, pendant les trente dernières années, ouvrir une arène à l’industrie de tous les peuples; mais, ou ces villes n’avaient pas une importance comparable à celle de Londres, Paris, Vienne, Philadelphie, ou, quand elles l’avaient, diverses circonstances empêchèrent la réussite complète de leurs projets.

Il ne sera pas cependant sans intérêt de donner ici la liste de ces convocations adressées avec courage à tous les travailleurs du monde.

Dublin, mai 1 8 5 3 .

New-York, juillet i853. (New- York ne donna pas aux commerçants la sécurité et les franchises qui auraient assuré le succès; l’Amérique eut sa revanche, en 1876, à Philadelphie.)

La Nouvelle-Orléans, septembre i85A.

Bruxelles, septembre 1 85 5. (Quatre mois et demi après l’Exposition de Paris, ouverte le 1 5 mai.)

Bruxelles, août 1867.

La Haye, mai 1 858.

Alger, octobre 1862. (C’est Tannée de la seconde Exposition internationale de Londres.)

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Dublin, 9 mai 1 854.

Dunedin (Nouvelle-Zélande), janvier 1 8 6 5 .

Rome, 9 mars i865.

Dublin, 9 mai 186 5.

Stettin (Poméranie) , 1 5 mai 1 86 5.

Amsterdam, 18 juillet 1 865 .

Bergen (Norwège), ier août 1 86 5.

Porto, i5 août i865.

Le Havre, 1 01 juin 1868. (Un an après la seconde Exposition internationale de Paris.)

Saragosse, octobre 1868.

Santiago (Chili), avril 1869.

Amsterdam, 1 5 juillet 1869.

Alton a (duché de Holstein), 27 août 1869.

Rome, 17 février 1870.

Cassel (Hesse-Cassel), ier juin 1870.

Lima, icr juillet 1870.

Naples, ier septembre 1870.

Gratz (Styrie), septembre ou octobre 1870.

Cordoba (République Argentine), i5 octobre 1870.

Londres, 1871.

Lyon, i5 mai 1872.

Moscou, 3o mai (11 juin) 1872.

Londres, 1872.

Saint-Pétersbourg, i5 (27) octobre 187 A.

Londres, 187 A.

Sydney (Nouvelle-Galles du Sud), avril 1876.

Valparaiso (Chili), 10 septembre 1875.

Santiago (Chili), 16 septembre 1876.

En ce moment même, une Exposition internationale est ouverte à Melbourne. On ne peut en connaître ni même en prévoir les résultats. C’est un événement considérable qu’une pareille tentative dans ce monde si lointain, si nouvellement associé à la civilisation européenne, et dans cette

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ville déjà immense, dont la fondation ne remonte pas à un demi-siècle.

Les expositions dont on vient de lire la liste sont bien des expositions internationales. L’Exposition de Munich, en i854, n’y est pas comprise, parce que les Etats allemands y furent seuls admis. Cette Exposition fut très considérable; 6,588 exposants y prirent part.

Une exposition peut être universelle sans être internationale, et internationale sans être universelle. Les expositions françaises antérieures à 1 85 1 n’étaient pas internationales; les Français seuls y étaient admis ; mais elles étaient universelles, c’est-à-dire quelles appelaient sans exception toutes les industries françaises. Parmi les expositions internationales que je viens de mentionner, il y en a d’universelles ; il y en a un certain nombre de spéciales. Telles sont l’Exposition de Bruxelles en 1 8 5 6 , exclusivement consacrée aux produits de l’économie domestique; l’Exposition de Bruxelles en 1 85 7, consacrée aux arts industriels; l’Exposition d’Alger en 1862, pour les machines et instruments agricoles; celle de Borne en 1 865, pour les objets d’art, et principalement pour les objets d’art servant au culte catholique. Une pareille exposition offrait un champ très étendu; elle comprend les monuments, depuis les basiliques jusqu’aux simples chapelles, aux calvaires, aux croix de mission; les vitraux, les mosaïques, la peinture et la sculpture; l’imagerie, dont le culte catholique est le plus grand producteur; la sculpture d’ornement en bois, pierre et métal; le mobilier d’église, très compliqué ; l’orfèvrerie, qui produit des chefs-d’œuvre en ostensoirs, crucifix, lampes, chandeliers, calices, crosses, bannières , etc. ; la librairie : antiphonaires, rituels, missels, bréviaires, paroissiens, caté-

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chismes, almanachs et brochures en nombres infinis; les vêtements d’église , qui surpassent en faste et en richesse la toilette des femmes; la bijouterie : croix pastorale, anneau pastoral, mitre incrustée, reliquaires; les orgues et, à la rigueur, tous les instruments de musique ; les cloches. La seule énumération du mobilier et du vestiaire de ce monde à part demanderait tout un livre. L’Exposition d’Amsterdam , en 1 865, était une exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie; celle de Bergen, la même année, ne comprenait que les produits et engins dépêché; celle du Havre, en 1 8 68 , était une exposition maritime. Elle était organisée et dirigée par M. Nicole, le même qui eut le courage de provoquer à Paris, en 1879, un an après l’Exposition universelle, une Exposition des sciences appliquées à l’industrie, et qui la fit réussir à force d’énergie et d’habileté. L’Exposition de Santiago (Chili, 1869) était une exposition agricole; celle d’Amsterdam , la même année, une exposition d’instruments de travail ; celle de Rome, en 1870, une exposition d’objets de piété, plus exclusive que celle de 1 865, qui faisait une large part à l’archéologie et aux arts profanes; l’Exposition deCassel, en 1870, était une exposition d’architecture pratique; celle de Naples, en 1870, une exposition maritime; celle de Cordoba, en 1870, n’accueillait que les machines agricoles; celle de Saint-Pétersbourg, en 187 A, était exclusivement réservée aux industries textiles; enfin, celle de Berne, en 1876, était une exposition de chaussures. Le canton avait voulu savoir comment on se chaussait dans tous les pays du monde.

La première Exposition, à la fois universelle et internationale, à laquelle nous revenons, eut lieu à Londres en 1 8 5 1 . C’est là, c’est à cette date, que les travailleurs du

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monde entier se réunirent pour la première fois en champ clos, dans une bataille éminemment pacifique, et purent, en toute liberté, s’étudier et se comparer. On ne saurait trop répéter que ce sera une grande date, une très grande date dans fliistoire du monde, et que les résultats de cette transformation des expositions industrielles iront sans cesse en s’affirmant et en s’accroissant, non seulement par les progrès de l’industrie, la multiplication et la plus grande facilité des communications et des échanges, mais par l’adoucissement des mœurs. On verra avec le temps que les expositions internationales sont l’instrument le plus puissant de la paix universelle.

Si l’on juge de l’importance d’une exposition parle succès et l’éclat, celle de 1 8 5 1 doit être placée au premier rang. Tous les ateliers du monde furent en mouvement pour s’y préparer; elle passionna également les esprits sérieux et les esprits frivoles. Les jugements du jury furent rendus avec compétence, et, somme toute, avec impartialité. Les erreurs et les injustices sont toujours possibles dans les concours; elles le sont moins que partout ailleurs dans des concours de la nature de ceux-ci, parce que les pièces restent pendant plusieurs mois sous les yeux des concurrents et du public. Les éloges furent unanimes pour le zèle et l’intelligence du prince Albert et de ses collaborateurs de tous les pays; pour l’accueil fait aux étrangers; pour la magnificence du Palais de cristal; pour l’heureuse disposition des galeries et la savante classification des matières ; pour la sécurité des produits exposés; pour les mesures d’ordre et de police, la facilité des communications. Le nombre des exposants était de 17,062. La France y figurait exactement pour un dixième; elle comptait 1,756 exposants, dont 68pourl’Al-

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gérie. Le jury décerna deux sortes de récompenses, les grandes médailles, appelées médailles du conseil, réservées aux inventions, et les médailles d’un ordre inférieur, ou médailles de prix, pour les perfectionnements. Il y eut 172 médailles du conseil, 2,921 médailles de prix. On y joignit 2,098 mentions, soit en tout 5, 186 récompenses pour 17,062 exposants. Sur ce nombre, la France obtint 56 médailles du conseil, 622 médailles de prix, 372 mentions, soit en tout i,o5o récompenses pour 1,761 exposants. Il était permis d’être fiers d’un tel résultat 6). Les rapports de la Commission française sont faits avec beaucoup de compétence et de talent. Charles Dupin , le rapporteur général , entreprit à cette occasion un recensement et une comparaison des forces productives de toutes les nations, qui ne comporte pas moins de sept gros volumes, et dont les derniers parurent après l’Exposition française de 1 855. On peut signaler, dans cette exposition d’ailleurs si complète, trois lacunes : l’agriculture, les beaux-arts et l’enseignement.

Nous avons vu, en parlant de l’Exposition française de 18/19, (Iue Tourret, alors ministre du commerce de la République française, et qui était un agronome très dis-

{1) Voici le détail, par classe d’exposants, des récompenses obtenues par nos nationaux :

Council medal.

Prize medai.

Mention.

1 18 classe (Produits bruts) . 11

2e classe (Machines) . 22

3e classe (Produits manufacturés) . 2

io4

4e classe ( Ouvrages en métaux, céramique, etc.) 1 2

5 8 classe (Ouvrages divers) . 6

6e classe (Beaux-arts) . 3

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tingué, convoqua l’agriculture en même temps et dans les mêmes conditions que l’industrie. Il tint spécialement à placer dans l’enceinte de l’Exposition deux galeries pour les animaux vivants. Cette innovation fut très discutée. Les uns pensaient que l’agriculture est une des deux grandes branches du travail humain, que l’industrie est l’autre; qu’il n’y a pas lieu de les réunir dans un même concours, et que les expositions industrielles doivent conserver leur caractère exclusivement industriel. Les autres, préoccupés de l’intérêt de l’agriculture, voulaient des expositions exclusivement agricoles, parce que les produits de la terre et le bétail ne pouvaient être exposés que dans des conditions spéciales , sous la direction d’hommes spéciaux , et pour un public différent de celui qui s’intéresse à l’industrie proprement dite. M. Tourret pensa que ces raisons n’étaient pas de nature à le faire hésiter. On fait assez fréquemment des expositions agricoles régionales dont l’utilité est incontestable. Mais c’est seulement dans une exposition internationale que les différentes régions d’un même pays et les différents peuples peuvent comparer leurs produits et leurs procédés, obtenir des récompenses éclatantes, populariser et répandre les grandes découvertes. Il y a même un intérêt très réel à forcer en quelque sorte les agriculteurs et les industriels à se connaître mutuellement; il y en a un autre à démontrer par des faits, à la foule ignorante ou indifférente, la possibilité d’augmenter par une bonne culture le rendement de la terre et de perfectionner les races. L’Angleterre, où l’agriculture est très honorée et très estimée, parce que l’aristocratie y est très riche , propriétaire de la terre et accoutumée à s’occuper avec soin de la production et de l’amélioration du bétail et des céréales, aurait dû

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suivre l’exemple de M. Tourret. Elle aurait dû comprendre que les rapports de l’agriculture et de l’industrie deviennent chaque jour plus intimes et plus nécessaires. L’une et l’autre tirent un égal profit des progrès de la chimie et de la mécanique. L’agriculture fournit les matières premières : laine, soie, lin, chanvre, jute, crin, poil de chèvre à l’industrie textile; elle emprunte à l’industrie les machines et les outils dont elle se sert, et notamment la machine à vapeur; elle utilise, comme engrais, une partie des résidus et des déchets de ses fabriques; elle lui dispute les forces intellectuelles, les capitaux, les forces physiques de l’homme et des animaux. En un mot, les points de contact sont innombrables; il s’en découvre chaque jour de nouveaux. Le philosophe et l’homme d’Etat ne peuvent étudier le travail humain qu’à la condition d’embrasser d’un même coup d’œil le développement des forces animales et végétales, et la transformation des matières brutes par le génie et le travail de l’humanité.

On doit regretter au même titre l’absence des beaux-arts à l’Exposition de 1 85 1 . Assurément on y trouvait, et même en foule, des objets qui auraient été à leur place dans une exposition spéciale des beaux-arts; de même qu’à défaut d’une exposition d’agriculture, il n’y manquait pas d’échantillons de soie grège, ou de laine, ou de coton sous leurs différentes formes. On ne bannira jamais, quoi qu’on fasse, l’agriculture et les arts d’une exposition industrielle. Mais, au lieu de les y laisser pénétrer d’une façon subreptice et incomplète, il faut les y appeler, leur y donner la place, l’importance à laquelle ils ont droit. C’est ce que la Commission chargée d’organiser l’Exposition de i 8 5 1 n’avait pas fait. La 3oc classe, qui portait le nom de classe des

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beaux-arts , n’était en réalité que la classe des beaux-arts appliqués à l’industrie. Ainsi, on y avait reçu la sculpture; plusieurs de nos sculpteurs y figuraient : Jean et Auguste Debay, Etex, Pradier, Fratin avec ses groupes d’animaux; Mène avec ses bronzes d’art; François Laurent, Knecht avec leurs sculptures sur bois. Mais, chose étrange, la sculpture n’obtint d’être admise que comme auxiliaire de l’industrie; et la même raison qui poussa le jury à montrer cette condescendance détermina aussi de grands artistes à refuser d’en profiter. La peinture fut exclue, ou du moins elle n’eut pas d’emplacement spécial; elle ne figura qu’à titre d’auxiliaire de l’architecture; on récompensa des vitraux parce qu’ils embellissent des édifices, et des peintures sur porcelaine parce quelles embellissent les porcelaines. La Commission, en traitant ainsi la peinture, commettait une faute, même au point de vue exclusivement commercial et industriel où elle se plaçait, car l’ornementation dans l’architecture, la couleur et le dessin dans les étoffes, dans les objets usuels, même les plus vulgaires, ont besoin d’être rectifiés ou inspirés par les traditions et l’étude du grand art.

Enfin , et toujours dans le même ordre d’idées, la science, présente partout, n’avait nulle part son cadre particulier, ses instruments de découverte et de propagation. Ces trois lacunes, l’agriculture, les beaux-arts, l’enseignement ou la science, furent en partie comblées dans l’Exposition internationale de Paris en 1 85 5, au moins pour l’agriculture et les beaux-arts, et c’est ce qui lui donne une réelle importance : à dater de ce moment, les grandes expositions internationales furent bien près d’être vraiment universelles.

Le nombre des exposants à Paris, en 1 8 5 5, fut, pour

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la section de l’industrie, de 21,779, péages par moitié entre la France et les pays étrangers: 10,91/1 exposants français d), 10, 865 exposants étrangers. De même pour la section des beaux-arts, le nombre des exposants, qui était de 2,175, se divisait en 1,072 français et 1,1 o3 étrangers. Cette section comprenait trois classes : l’une pour la peinture, la gravure et la lithographie; l’autre pour la sculpture et la gravure en médailles; la troisième pour l’architecture.

L’agriculture (en y comprenant toutes les cultures de végétaux et d’animaux) comptait 889 expositions faites par des Français, 7/11 expositions faites par des étrangers : en tout, i,63 o expositions. La science et l’enseignement n’avaient pas de classe spéciale; la classe 8 était affectée aux arts de précision et aux industries se rattachant aux sciences; la classe 12 embrassait l’hygiène, la pharmacie, la médecine et la chirurgie; la classe 26, le dessin et la plastique appliqués à l’industrie.

Une innovation assez importante eut lieu. A l’origine des expositions, en 1798, on avait permis aux exposants de vendre leurs produits. Cet usage se continua aux expositions suivantes. Le but était d’attirer les commerçants; mais il en résultait que les expositions ressemblaient un peu à une foire. La Commission de 1 8 5 1 avait pris un grand parti : elle avait interdit absolument l’indication des prix. C’était assurément plus digne; mais cette interdiction avait pour conséquence de fausser les décisions du jury, qui ne pouvait plus constater le progrès industriel. Si, par exemple, deux horlogers exposent chacun une montre et que l’un ait dépensé pour parfaire la sienne dix fois plus d’argent que l’autre, on s’explique aisément que sa montre soit su-

(1) Y compris 911 représentants des colonies françaises,

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périeure, tandis que son concurrent sest donné pour but de livrer de bonnes montres à très bas prix, ce qui est un service très réel rendu aux consommateurs. La comparaison de diverses étoffes suivant leurs prix et leurs qualités donnerait une démonstration tout aussi claire. Faire le plus beau drap possible ou babiller le plus grand nombre possible en faisant du drap solide à bon marché sont deux opérations industrielles très différentes, dont la seconde constitue un progrès au moins aussi important que la première. La mention du prix de vente, sinon du prix de revient, est donc, dans une foule de cas, une condition indispensable pour arriver à une appréciation équitable. La Commission de 1 8 5 5 laisse cette indication facultative. Le prince Napoléon, qui fut président et rapporteur de la Commission centrale, s’en plaint dans son rapport. Il aurait voulu une mesure plus radicale : l’indication obligatoire du prix. Les industriels n’étaient pas tous disposés à y consentir. Ils répugnaient encore plus à faire connaître les prix de revient en regard des prix de vente, et à livrer ainsi au public leur secret commercial. On peut ajouter cette autre objection contre le système de l’indication obligatoire : c’est qu’il n’y a pas de sanction qui établisse la véracité des déclarations. Le droit de préemption ne s’applique qu’au prix de vente, et il ne fournit même pas un argument décisif, parce qu’on peut s’exposer à une grande perte pour se faire une grande réclame.

Les traités de commerce n’existant pas en 1 8 5 5 , une des questions les plus difficiles était de fixer les droits à percevoir, et de suspendre les prohibitions, soit en les remplaçant par un tarif spécial temporaire, soit en limitant le nombre des importations, soit en obligeant les exposants à

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fournir ia preuve de ia réexportation. Ce reste de la barbarie commerciale devait disparaître à l’Exposition de 1867.

C’est en 1 8 5 5 que fut construit le Palais de l’industrie aux Champs-Elysées. Il fut construit sur les dessins de M. Viel, architecte, par une compagnie à laquelle il coûta 5, 5 0 0,0 00 francs. La compagnie concessionnaire devait se couvrir de ses frais par des fêtes et des expositions nationales. L’Exposition de 1 8 5 5 lui rapporta, comme produit des entrées, 3,2 02,68/1 francs.

Ce palais rend de véritables services, et on serait souvent bien embarrassé s’il n’existait pas. Il a l’inconvénient de n’être ni beau ni commode. 11 eut, dès cette première fois, le malheur d’être insuffisant.

La superficie du palais proprement dit, corps principal et pavillons, est de 56, 160 mètres carrés.

On dut construire une annexe sur le quai, avec galerie de jonction, et un local spécial pour les beaux-arts au pied de la colline du Trocadéro. L’ensemble de ces annexes, en y comprenant le jardin, couvrait un espace de 95,912 mètres carrés, et coûta 4,536,58 1 francs. Il fut dès lors évident que le palais ne pouvait pas servir pour les expositions futures, et, en effet, il fallut transporter celle de 1867 au Champ de Mars W.

(1) Comme terme de comparaison, voici quelques chiffres concernant l’Exposition de Londres en 1862.

L’emplacement donnait, au rez-de-chaussée, une surface de 90,2 i5mq,07; au premier, 3o,i78mq,i 2 ; ensemble, 1 25,393mq,i9. Le nombre total des exposants était de 27,466, dont 4,671 pour la France et 85o pour nos colonies; ensemble, 5,52 1 exposants français.

La construction du palais coûta 8,2 2 5,o42 fr. 20 cent.; les autres dépenses de toute nature montèrent à 3,2 46,1 52 fr. 35 cent. Total des frais : 1 1,471,194 fr. 55 cent.

Il y avait cinq catégories de billets de saison : à 5 guinées (i3if25c); à

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L'Exposition de 1867 fut véritablement colossale. Elle le fut à ce point que le très habile commissaire général, M. Le Play, fut effrayé de son succès et se mit à rêver la suppression des expositions universelles temporaires et leur remplacement par des expositions permanentes sous le nom de musées généraux ou musées commerciaux. La France fut représentée par 15,969 exposants; le reste du monde en envoya 36,23 1, soit, tout ensemble, 52,200 exposants. Il en vint de la Perse, de la Chine, du Japon, du royaume de Siam, de Tunis, du Maroc, de toutes les républiques américaines. L’Exposition fut visitée par trois empereurs, sans compter l’empereur des Français , par quatorze rois ou reines , par le vice-roi d’Egvpte et par trente-trois princes ou princesses de familles régnantes. Dans cette foule de souverains, il faut signaler, à titre d’événement nouveau et extraordinaire, la présence du sultan et du frère du taïkoun. On évalue à 1 38,2 48 le nombre moyen des visiteurs «par jour, et à 3 0 millions le nombre total des visiteurs pendant la durée de l’Exposition. Les sommes encaissées pour les en-

3 guinées (78^5°); à 5o shillings (6‘2f5oc); à 3o shillings ( 3yf 5oc) ; à

10 shillings ( 1 2f 5oc).

Les entrées par billets de saison produisirent . 2,23i,202f 5oc

Les entrées par billets de jour et entrées payées au guichet. 8,22 i,65o 5o

Montant des entrées . 10, 45a, 653 00

Recettes diverses (concessions, catalogues, etc.) . 1,277,538 10

Total des recettes . . 1 1,690,790 20

Total des dépenses . 11,671,194 55

Bénéfice . 1 9,695 65

LES EXPOSITIONS INTERNATIONALES

trées par billet et les entrées par abonnement s’élevèrent à 10,765,419 francs. Le produit, pour les mêmes services, en 1 855, n’avait pas atteint 3, 3 00,0 00 francs. Les diverses concessions, restaurateurs, limonadiers, salons et boutiques, catalogue officiel (ce seul article représente plus de 3oo,ooo francs), ateliers photographiques, concessions d’eau et de gaz, concerts de musique, etc. etc., dépassèrent 1,200,000 francs. Les matériaux de démolition du Palais furent vendus 1,011,779 francs> ceux du parc 63,476. Bref, le total des recettes, en y comprenant la subvention de l’Etat (6 millions) et la subvention de la Ville (6 millions également), monta à plus de 26 millions. Les dépenses, au 3o juin 1869, étaient d’environ 2 3 millions d). Un capital de garantie de 1 0 millions qui avait été fourni se trouva n’être pas autre chose qu’une avance de fonds, puisque les dépenses furent plus que couvertes par les recettes. La plusvalue fut partagée par tiers entre l’Etat, la ville de Paris et l’association de garantie. Elle s’élevait, d’après les premiers calculs, à 3,i3o,844 francs; mais, à la clôture des opéra-

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