J RECETTES
Subvention du Gouvernement . 6,ooo,ooof ooc
Subvention delà Ville . 6,000,000 00
Cartes de saison (100 fr. , 60 fr. , 4o fr. , 26 fr. , 20 fr.) . 935, o5o 00
Entrées aux tourniquets ( 1 fr. ) . 9,880,369 5g
Concessions, produits divers, vente des matériaux . 3,349,2 42 5o
Total . 26,114,662 09
DÉPENSES
Construction du Palais . . 1 1 ,783,024f 93e
Installation des machines . 1,347,567 80
Autres dépenses . 9,853,22 5 26
Total . . 22,983,807 99
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Lions , qui eut lieu le U février 1872, elle était réduite à 2,766,000 francs. Il restait en outre un fonds de réserve de h 7,283 francs pour cas imprévus ou pour une œuvre de bien public.
On avait adopté , pour la disposition générale des bâtiments de l’Exposition, une idée très ingénieuse, dont 011 attribue l’invention au prince Napoléon. Un jardin central était entouré par sept rangs de galeries concentriques formant une immense ellipse, chaque galerie correspondant à l’un des sept groupes suivants : ire galerie (la plus rapprochée du jardin) : œuvres d’art ; 2e galerie : matériel des arts libéraux ; 3e galerie : mobilier ; 4e galerie : vêtements; 5e galerie : matières premières ; 6e galerie : travaux des arts usuels ; 7e galerie (c’était la galerie enveloppante, dans laquelle on se trouvait d’abord en pénétrant dans ie Palais) : aliments et boissons. On voit que chaque galerie était consacrée à l’un des groupes dans lesquels l’Exposition elle-même avait été divisée. Il y avait dix groupes, et seulement sept galeries, parce que trois groupes avaient été nécessairement placés en dehors du Palais : le groupe VIII : produits vivants et spécimens d’établissements de l’agriculture ; ce groupe se trouvait partie dans le parc, partie dans l’ile de Billancourt; le groupe IX : produits vivants et spécimens d’établissements de l’horticulture ; ce groupe se trouvait dans un jardin réservé pris sur le parc; le groupe X : objets spécialement exposés en vue d’améliorer la condition morale et physique des ouvriers; les objets de ce groupe, qui comprenait jusqu’à des maisons entières, étaient dispersés dans le parc et dans le Palais. Mais chacun des sept autres groupes avait sa galerie qui lui était spécialement et exclusivement consacrée.
Ainsi, en arrivant à l’Exposition, qui couvrait une sur-
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face de 1 65,8 1 6 mètres carrés, le visiteur se trouvait d’abord dans le parc. Au milieu du parc s’élevait le Palais formant une ellipse. Au centre du Palais était le jardin ayant une surface de 5,7/13 mètres carrés. Ce Palais, comme nous venons de le voir, était divisé en sept galeries concentriques. Celle où on accédait la première renfermait tout ce qui, dans l’exposition de chaque nation, concernait les boissons et les aliments. En la parcourant dans toute son étendue, on faisait lout le tour du Palais dans son plus grand périmètre sans sortir du 7e groupe. On entrait ensuite dans la 6e galerie et le 6e groupe, puis dans la 5e galerie et le 5e groupe, et l’on arrivait ainsi, de groupe en groupe et de galerie en galerie, à l’Exposition des beaux-arts, qui occupait la partie la plus centrale, par conséquent la moins développée, et qui entourait immédiatement le jardin.
Les galeries étaient coupées par seize rues aboutissant directement du parc dans le jardin et divisant ainsi les galeries en un certain nombre de secteurs. Les produits d’une même nation étaient toujours placés dans le même secteur de chaque galerie, de telle sorte que si vous faisiez le tour de la galerie, vous restiez dans le même groupe, et que si, au contraire, vous alliez en droite ligne du parc au jardin en suivant la ligne du secteur, vous restiez dans la même nation. Le visiteur pouvait, à son gré, étudier l’ensemble d’un groupe ou l’ensemble d’un pays.
Les deux innovations principales de l’Exposition de 1867 étaient le groupe X (amélioration du sort des ouvriers), et renseignement.
L’enseignement ne figurait pas dans la classification sous son propre nom; il fallait le chercher dans les groupes II et X. Le groupe II comprenait le matériel et les applica-
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tions des arts libéraux; il était divisé en huit classes, savoir : classe 6, produits d’imprimerie et de librairie; classe 7, objets de papeterie, reliures, matériel des arts de la peinture et du dessin; classe 8, application du dessin et de la plastique aux arts usuels; classe 9, épreuves et appareils de photographie; classe 10, instruments de musique; classe 1 1 , appareils et instruments de l’art médical; classe 1 2 , instruments de précision et matériel de renseignement des sciences; classe 1 3 , cartes et appareils de géographie et de cosmographie. Le groupe X comprenait six classes, dont les deux premières se rapportaient directement à renseignement, savoir: classe 89, matériel et méthodes de l’enseignement des enfants; classe 90 , bibliothèques et matériel de l’enseignement donné aux adultes dans la famille, l’atelier, la commune ou la population. Gomme on le voit, il n’est question dans tout cela que de l’enseignement primaire, de l’enseignement populaire. Les branches plus élevées de l’enseignement 11e figurent dans la classification générale que par ceux de leurs instruments qui ont une valeur commerciale.
L’autre innovation portait sur les costumes, les meubles, les habitations à bon marché, etc. Les objets de cette classe étaient réunis, non pour leur espèce, mais pour leur prix et pour leur appropriation aux besoins des familles peu aisées.
Il y avait une troisième innovation, dont on fit très grand bruit, mais qui ne donnait lieu à aucune exhibition particulière, et 11e se manifesta pour le public que dans la séance solennelle de clôture. On avait créé un ordre distinct de récompenses ce en faveur, disait le programme, des personnes, des établissements ou des localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales, ont développé la bonne
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harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux et ont assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel ». Cette création a été fort critiquée; on a voulu y voir une sorte de charlatanisme, des avances faites aux ouvriers sans utilité véritable pour eux. Il faut être juste; la tentative n était pas sans grandeur; elle pouvait provoquer de généreux efforts. Voici les mérites à récompenser par le jury spécial du nouvel ordre de récompenses; cette classification, publiée officiellement par la Commission de 1867, doit être conservée, d’abord comme document historique, et ensuite comme indication utile, soit pour les expositions futures, soit pour l’Académie des sciences morales et politiques. La Commission poussa si loin l’amour de la précision dans une matière qui n’en paraît guère susceptible, quelle fixa elle-même, par un coefficient, la valeur relative des mérites. S’il y avait de la générosité dans le principe, il y avait quelque puérilité dans l’application.
i° Institutions remédiant a ! imprévoyance et au dénuement. Coefficient I.
Caisses de secours, pour les cas de maladies ou de blessures, subventionnées par les ouvriers ou par les patrons. — Hôpitaux. — Secours aux femmes en couches. — Soins aux nouveau-nés. — Participation aux assurances sur la vie. — Pensions de retraite. — Pensions aux veuves et aux orphelins. — Sociétés funéraires. — Bains et lavoirs. — Sociétés coopératives de consommation et de crédit. — Installation hygiénique des ateliers, etc.
20 Institutions remédiant au vice. Coefficient IL
Répression de l’ivrognerie. — Sociétés spéciales. — Eloignement et surveillance des cabarets. — Mesures tendant à conjurer le concubinage. — Association créée parmi les ouvriers pour réprimer les habitudes vicieuses. — Suppression des chômages du lundi. — Bons
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exemples des patrons. — Action personnelle. — Bonne discipline des ateliers (choix des contremaîtres, sévérité pour l’inconduite, suppression des occasions de désordre). — Transformation morale de certaines individualités particulièrement corrompues. — Prime pour la bonne tenue des habitations.
3° Institutions améliorant l’état intellectuel et moral. Coefficient IL
Soins donnés à l’instruction religieuse et au culte. — Construction de chapelles. — Aumônier attaché à l’établissement. — Création de salies d’asile. — Subvention aux écoles locales. — Cours d’adultes.
— Enseignement professionnel. — Ouvroirs pour les filles. — Ateliers d’apprentissage. — Patronage des apprentis. — Bibliothèques.
— Salles de lecture. — Cercles; divertissements honnêtes fournis aux ouvriers. — Sociétés de musique et de gymnastique.
4° Organisation de travaux et de salaires tendant à élever la condition de l’ouvrier. Coefficient III.
Travail à la tâche. — Primes, gratifications. — Bonne organisation du travail. — Systèmes d’entreprises des travaux, élevant en quelque sorte l’ouvrier à la condition du maître. — Accroissement du salaire avec la durée des services. — Ouvriers admis à participer aux produits ou aux bénéfices. — Conditions de propreté ou de décence introduites dans la construction et dans la tenue des ateliers réagissant sur la condition morale des ouvriers.
5° Subventions tendant à rendre stable la condition de l’ouvrier. Coefficient III.
Avances d’argent faites aux ouvriers pour leur faciliter l’achat ou la construction d’une habitation, l’acquisition de terres et de bestiaux, ou pour leur permettre de s’exonérer du service militaire. — Logements avec dépendances rurales loués à des conditions avantageuses ou fournis gratuitement ainsi que le chauffage. — Fourneaux économiques. — - Denrées alimentaires, telles que blé, pommes de terre, etc., et objets d’habillement vendus à prix réduits. — Assurances contre l’incendie du mobilier des ouvriers aux frais du patron. — Dots aux
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jeunes ouvrières qui se marient. — Sacrifices faits en vue d’éviter le chômage. — Vêtements spéciaux pour le travail fournis à l’ouvrier.
G0 Habitudes d’épargne. Coefficient III.
Caisse d’épargne établie dans l’usine ou dans la localité. Chiffre élevé des dépôts. - — Systèmes divers d’encouragement. — Habitudes d’épargne attestées par des acquisitions foncières ou par des achats de valeurs mobilières.
7° Harmonie entre les personnes coopérant aux mêmes travaux. Coefficient IV.
Absence de grèves et de débats. — Entente complète. — Travail non interrompu, même au milieu des troubles politiques. — Comités institués pour prévenir et trancher toutes les difficultés.
8° Permanence des bons rapports entre les personnes coopérant aux mêmes travaux. Coefficient IV.
Attachement traditionnel des ouvriers à rétablissement où ils sont employés. — Générations se succédant dé père en fils dans le même établissement. — Rapports personnels des ouvriers et du patron. — Faits particuliers de reconnaissance et d’union.
q° Alliance des travaux agricoles et manufacturiers. Coefficient IV.
Ouvriers employés dans les manufactures, cultivant les jardins qui leur sont loués ou vendus avec l’habitation, possédant des terres et les exploitant. — Vaste domaine agricole uni à l’établissement industriel et exploité par le patron ou les ouvriers. — Ouvriers agriculteurs exploitant diverses industries manufacturières.
io° Propriété de l’habitation ou permanence des locations. Coefficient V.
Construction d’habitations pour les ouvriers. — Système de libération par annuités. — Ouvriers propriétaires de maisons el de terres. -—Familles d’ouvriers se perpétuant au même foyer.
ii° Respect accordé au caractère de la jeune fille. Coefficient V.
Etablissements n’employant pas de jeunes filles, même au dé t ri -
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ment de l'industrie. — Ateliers spéciaux pour celles qui travaillent à l’usine. — Surveillance sévère et bien exercée. — Orphelinat pour recevoir les jeunes filles qui sont sans famille. — Réfectoires particuliers. — Direction exercée par une personne respectable. — Bonnes mœurs conservées. — Absence de naissances illégitimes.
1 2° Respect accordé au caractère de la mère de famille. Coefficient V.
Activité de la mère de famille concentrée au foyer domestique. — Travail à domicile donné par le patron. — Conditions particulières faites aux mères de famille qui travaillent dans batelier. — Possibilité pour elles de vaquer aux soins du ménage.
i3° Mérites particuliers. (Dans chaque cas particulier, on a laissé au rapporteur le soin de déterminer le coefficient qui convient à ce genre démérité.)
Esprit religieux répandu et enraciné. — Influence pratique et journalière de cet esprit sur la conduite de chacun. — Conditions traditionnelles d’harmonie, de bien-être et de moralité maintenues intactes dans une localité et associées à une prospérité soutenue et progressive. — Sollicitude témoignée par le patron pour la santé de l’ouvrier dans la construction et l’installation des ateliers. — Vastes établissements industriels créés dans les centres ruraux, y apportant l’aisance sans y compromettre les bonnes mœurs. — Avantages marqués dérivant delà grande propriété rurale unie à l'industrie. — Localité transformée, au point de vue du bien-être et de l’harmonie, par les efforts d’un grand propriétaire ou d’un chef d’industrie. — Grande fécondité des familles et aptitudes particulières pour la colonisation riche.
Ce programme n’est pas bien fait. H y a des répétitions, quelques puérilités, des phrases sans signification précise. On dirait les têtes de chapitre de quelque histoire de Charles Grandisson. L’auteur appartient évidemment à cette classe de philanthropes qui veulent faire le bonheur de l’humanité, à condition d’être eux-mêmes les dispensateurs de tous les biens et l’objet de toutes les admirations et de *
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toutes les affections. Certains aphorismes sont une date : rc Soins donnés à l’instruction religieuse et au culte. — Construction de chapelles. — Aumônier installé dans l’établissement. n On écrivait cela en 1867, douze ou treize ans avant la laïcisation, cc Système d’entreprises des travaux élevant, en quelque sorte , l’ouvrier à la condition du maître.*» Il n’y en a pas moins, au milieu de tout cela, des idées élevées et justes, sinon nouvelles; et c’est quelque chose, dans cette grande fête du travail, d’avoir fait une place à la moralisation de l’ouvrier, à son instruction et à son bienêtre.
Un des principaux attraits de l’Exposition de 1867, c’étaient les deux galeries du travail mécanique et du travail manuel. M. Le Play avait eu l’heureuse idée de montrer, à côté des produits du travail, le travail en action; et il montrait le travail en action sous ses deux formes : ia forme nouvelle, le travail mécanique, et la forme ancienne, le travail manuel. La Commission impériale mettait au service des exposants une force motrice de 1,060 chevaux; les exposants y avaient ajouté à leurs frais 219 chevaux, ce qui portait à 1,279 chevaux, Ie cheval représentant 75 kilogrammètres, la force motrice qui animait la galerie du travail mécanique et quelques services spéciaux de l’Exposition qui exigeaient un moteur. La galerie du travail manuel n’était pas destinée à établir un contraste entre le produit du travail manuel et celui des machines; il n’y a plus de démonstration à faire à cet égard; le travail manuel était présenté pour lui-même; on avait réuni les divers métiers qui se font encore à la main , ceux surtout qui ne paraissent pas pouvoir se passer de l’attention constante et de l’habileté professionnelle. Tels sont la gravure sur pierre, les plumes
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et fleurs, les éventails, la décoration de la porcelaine, la passementerie, la vannerie fine, la bijouterie, la maroquinerie, etc. etc.
Enfin, on avait exposé, sous le titre général de l’Histoire du travail, une quantité considérable d’objets précieux faisant partie de collections particulières et prêtés à l’État pour la circonstance. La Commission de Londres avait eu la même pensée en 1 8 5 1 , et il en est résulté une merveille ou une collection de merveilles, qui s’appelle le Musée de Kensington.
Le jury décerna 16,916 récompenses :
Grands prix . 64
Médailles d’or . 833
Médailles d’argent . 3,653
Médailles de bronze . 6,565
Mentions honorables . 5, 801
Ensemble . 16,916
Le jury spécial pour le nouvel ordre de récompenses partagea ses faveurs entre les différentes nationalités : la Prusse, le Wurtemberg, la Bohême, obtinrent chacun un prix; les États-Unis, un prix; l’Italie , un prix; la Société de Hoganas (Suède), mines et usines, un prix. La Belgique en eut deux, un pour la Société agricole de Blumeneau; l’autre pour la Société de la Vieille-Montagne, mines et fonderies, société dirigée par un Français, M. Saint-Paul de Cincé. La France eut quatre grands prix du jury spécial, obtenus par M. de Dietrich, forges de Niederbronn (Bas- Bhin); M. Goldenberg, forges de Zornhoff (Bas-Rhin); le groupe industriel de Guebwiller (Haut-Rhin), et M. Alfred Marne, le célèbre imprimeur-éditeur de Tours. Elle en au-
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rait eu un cinquième si M. Schneider, directeur du Creuzot, n’avait fait partie du jury spécial et ne s’était trouvé par là hors de concours.
Le mêmeM. Schneider eut deux grands prix, mais dans l’ordre des récompenses ordinaires : l’un dans la classe Zio, pour les fers; l’autre pour les forges, dans la classe k~] . M. Marne eut aussi un grand prix dans la classe 6. Parmi les autres personnes qui obtinrent des grands prix , on peut signaler, dans le groupe II, M. Sax pour ses instruments de cuivre, M, Fourdinois pour ses beaux meubles, la fabrique de Baccarat pour ses cristaux; dans le groupe V, les frères Japy pour leur fabrique de quincaillerie à Beaucourt; dans le groupe VI, MM. Farcot, de Saint-Ouen , pour machines à vapeur, et la Compagnie du canal de Suez, qui avait exposé des modèles de travaux; dans le groupe VII, M. Pasteur pour ses découvertes sur la fermentation des vins, M. Marès pour le soufrage de la vigne; dans le groupe VIII, quatre grands agriculteurs, dont l’un n’est autre que M. Bignon, propriétaire du café Biche, à Paris; dans le groupe IX, horticulture, M. Vilmorin- Andrieux; et enfin, dans le groupe X, l’empereur des Français, qui avait exposé une maison ouvrière (une médaille d’or fut donnée, également pour une maison ouvrière, à une société dont M. Jules Simon était le président , et M. Stanislas Ferrand , l’architecte) ; M. Henri Dufresne pour ses procédés de dorure sur cuivre. Parmi les établissements qui reçurent la médaille d’or, on trouve presque tous les grands noms de l’industrie française: les Cl ave, (es Hachette, les Morel, les Crété, dans la librairie et l’imprimerie; Niepce de Saint-Victor, Davanne, dans la photographie; veuve Erard, Herz, Pleyel, Debain, Alexandre, Cavaillé-Coll, dans les instruments de musique;
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Brégaet, Ruhmkorff, Froment, Auzoux, F eil , Branner, Deleuil, dans l’horlogerie et les instruments de précision; M. Maes, de Clichy, les usines de Saint-Gobain et de Saint- Louis pour les cristaux; la manufacture des Gobelins, la ville d’Aubusson, M. Sallandrouze de Lamornaix, pour les tapis; MM. Christofle, Odiot, Froment-Meurice, Poussielgue-Rusand , Armand Galliat, Duponchel, pour l’orfèvrerie; MM. Piver, Cbiris, pour la parfumerie; Aucoc, Tahan, pourda tabletterie de luxe. L’industrie des tissus y figurait avec éclat, avec les Schlumberger , les Mimerel, les Dollfus-Mieg, les Sellières, les Kœcldin, les Thierry- Mieg, les Gros-Roman, les Bourcart, les Seydoux, les Montagnac, les Vauquelin. Plusieurs chambres de commerce étaient récompensées, celle de Paris dans un grand nombre de classes; celle de Lyon, celle de Saint-Etienne. Médailles d’or très nombreuses dans les diverses industries métallurgiques. Je remarque Dorian-Holtzer et Cic, de Firminy; le chef de cette maison est le même Dorian qui fut ministre des travaux publics pendant le siège de Paris; les forges de Commentry; les houillères de la Loire; Paul Morin, mort sénateur de la Seine il y a quelques années, qui avait établi à Nanterre une fabrique de bronze d’aluminium; la Compagnie de Vialas; la Société de Montataire; Boignes, Rambour et Cie, de Paris; la Société des hauts fourneaux de Maubeuge; la grande fabrique Vieilard-Migeon, dont le chef fait actuellement partie du Sénat; pour les forêts, le marquis de Gayfïier, M. de Vibraye; pour les produits chimiques, M. Guimet (le bleu d’outremer), à Lyon, M. Kuhlmann, à Lille, M. Kestner, à Thann (M. Kestner, ancien membre de l’Assemblée constituante, était le beau-père du colonel Charras, de M. Scheurer-Kestner, aujourd’hui sénateur, et de
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M. Floquet); pour les sondages, MM. Laurent et Degousée (M. Degousée est le fils de l’ancien questeur de l’Assemblée de 1 848 ) ; pour les machines, MM. Marinoni, Normand, Arbel (de Rive-de-Gier, aujourd’hui sénateur), Cad et Cie, Gouin; les grandes compagnies de chemins de fer; pour les industries relatives à la marine, M. Normand père, M. Gouin, la direction des phares, la Compagnie générale transatlantique; les chefs de plusieurs exploitations agricoles, parmi lesquels je remarque le comte de Kergorlay, M. Chevandier de Vaidrôme,M. Haussmann père, M. deLapparent; des constructeurs de machines agricoles : MM. Champonnois, de Dombasle, Pinet, Gérard; MM. Menier et Devinck, fabricants de chocolat; M. Groult, fabricant de pâtes alimentaires.
La reconnaissance publique ne voudrait omettre aucun des hommes qui, par leur talent et leur énergie, ont contribué aux progrès et à l’éclat de notre commerce et de notre industrie. Les envieux disent qu’ils sont récompensés par la fortune. Autant vaudrait alors se montrer ingrats pour les écrivains, les artistes, les grands politiques; il est dans l’ordre naturel des choses que le succès accompagne le talent et le travail. Nous n’en sommes pas moins redevables aux grands hommes et aux hommes utiles, parce qu’ils ont occupé dans le monde la place qui leur est due. Leurs succès sont un honneur pour eux, une satisfaction pour nous si nous avons le cœur bien placé; en tout cas, nous ne devons considérer en eux que la patrie et l’humanité , dont ils ont été les serviteurs et les bienfaiteurs.
Rappelons-nous d’ailleurs, avec tristesse, que la fortune ne se montre pas toujours équitable envers le mérite ; ce n’est pas en vain que la langue latine et même notre langue française confondent à peu près son nom avec celui du
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hasard. 11 y a de grands vaincus dans toutes les batailles de la vie. Le génie et le dévouement qui meurent épuisés à la tâche sont les plus grands deuils et les plus profondes humiliations de l’humanité. On se console plus aisément de voir des criminels et des incapables, accaparer le pouvoir, l’argent, ou même la gloire.
En 18/19, la distribution des récompenses avait lieu dans la grande salle du Palais de justice; on avait placé dans les travées neuf grands écussons octogones portant ces inscriptions :
1 /i5o. Gutenberg invente l’imprimerie.
16/19. Pascal invente la presse hydraulique.
1690. Denis Papin invente la machine à vapeur.
1785. Berthollet invente le blanchiment au chlore.
1786. Philippe Lebon invente l’éclairage au gaz.
1790. Leblanc invente la soude artificielle.
1800. Achard invente le sucre de betteraves.
1810. De Girard invente la filature mécanique du lin.
1822. Fresnel invente les phares lenticulaires.
En supposant que ces noms fussent bien choisis, plusieurs de ces bienfaiteurs de l’humanité sont morts dans la misère et le désespoir; plusieurs 11’ont laissé qu’un nom obscur. Ce n’est pas une raison pour ne pas se dévouer. La maxime du sage est celle-ci : cc II faut faire le bien gratis.»
Le rapporteur général de l’Exposition de 1867 fut Michel Chevalier. Son rapport 11’a pas les dimensions, peut-être excessives, de celui de Charles Dupin, son devancier; mais il gagne en précision, en largeur de vue, ce qu’il perd en abondance de renseignements et de documents. Nous ne pouvons mieux faire que de le prendre pour guide.
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Michel Chevalier pose en principe que la force physique de l’homme ne s’accroît pas, quelle est aujourd’hui ce quelle était il y a dix siècles; mais que l’intelligence humaine, en créant des outils et des agents mécaniques, et en transformant le corps, arrive à disposer de forces qui surpassent la sienne un nombre indéfini de fois. Il en donne sur-le-champ des preuves saisissantes. Première preuve : pour filer à la main le coton que file l’Angleterre en une année avec les machines à filer, il aurait fallu 9 1 millions d’hommes; deuxième preuve : une habile tricoteuse fait à la main 80 mailles par minute; avec le métier circulaire Buxtorf, elle en fait 5oo,ooo; troisième preuve : une ouvrière cousant à la main fait 2 3 points par minute; avec la machine à coudre Weyler et Wilson, elle en fait 6/10.
Le principal instrument de la domination de l’homme sur la nature, c’est le fer; après le fer, depuis l’invention de la machine à vapeur, et peut-être à côté du fer, c’est la houille. Le fer et la houille sont, en réalité, les principales richesses de l’humanité. Les mines de fer et de houille sont aussi les seules, ou à peu près les seules qui soient exploitées en France. Ce 11’est pas que nous n’ayons des mines d’or, d’argent, de cuivre, etc. Mais, pour divers motifs, nos capitaux refusent de s’y engager. Au contraire, on se porte avec ardeur à l’exploitation des gisements de fer et de charbon. Peut-être cependant 11’en tirons-nous pas tout le parti possible. Nos ingénieurs sont meilleurs théoriciens que les ingénieurs anglais; les ingénieurs anglais ont plus de pratique et plus de sens pratique que les nôtres. Ce qui nous manque surtout, c’est une population de mineurs exercés comme on en trouve en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en Suède.
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Les progrès de la production de la fonte, du fer forgé, etc., sont immenses. Dans le premier quart du siècle, un haut fourneau, alimenté par le bois, donnait par jour de 3,ooo à 4,ooo kilogrammes; en 1867, alimenté par le charbon, il en donnait 5 0,0 00. La découverte de Bessemer, pour la transformation du fer en acier, était encore récente, au moins au point de vue des applications industrielles, quand Michel Chevalier écrivait son rapport, et on se demandait encore si cet acier remplacerait le fer pour les rails de chemin de fer, les chaudières, le blindage des navires. Le progrès des aciéries avait déjà permis la création des machines-outils et des engins énormes. La maison Krupp exposait une masse d’acier fondu pesant 4 0,000 kilogrammes.
Ce qui préoccupe particulièrement le rapporteur, c’est l’épuisement du combustible. Le bois diminue sous la triple influence de l’emploi du bois de charpente, des défrichements et de la dévastation. A la rigueur, on peut reboiser; l’Allemagne, la Suède, s’en occupent sur une vaste échelle. Il faut du temps, car une forêt plantée aujourd’hui ne sera pas utilisée dans ce siècle, et de grands sacrifices, car le rendement des prairies et des terres labourées est bien supérieur. Le bois, comme combustible, conserve son importance dans l’usage domestique; il 11’est plus dans l’industrie qu’un auxiliaire de second ordre. La houille est proprement l’âme de l’industrie; elle s’épuise sans se renouveler. Michel Chevalier calcule que l’Angleterre en a encore pour deux siècles, la France pour un siècle. Il faudra, quand le trésor sera vide, aller chercher au loin et à grands frais ce que nous avons à présent sous la main; c’est une des supériorités de l’Amérique sur 1 ancien continent. Plus le
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monde durera, pins les avantages que l’Amérique a sur nous se développeront. Le seul remède possible à celte approche de la disette est dans les économies. Michel Chevalier signalait l’industrie des agglomérés, qui utilise la poussière de charbon; le four annulaire d’Hoffmann; le système Siemens, qui produit 6,000 kilogrammes d’acier avec 1,000 kilogrammes de houille, tandis qu’il fallait six fois plus de houille avec les procédés anciens; les recherches de M. Henri Sainte-Claire Deville pour utiliser les huiles minérales comme combustible. On s’efforcait même de donner cette destination au pétrole, malgré son extrême inflammabilité.
Nous avons aussi, dans l’anthracite, une ressource importante qu’on utilise aux Etats-Unis dans l’industrie et dans l’économie domestique. Quand il est à peu près exempt de pyrite de fer, il brûle sans odeur. A la condition qu’on ait soin de charger la grille trois ou quatre fois par vingt quatre heures, il ne s’éteint pas, dans les chambres, de tout l’hiver, et dans les cuisines de toute l’année. Il donne une chaleur très suffisante. La Pensylvanie est le seul des Etats unis où on le rencontre, mais il s’y présente en abondance. En France, nous avons plusieurs mines d’anthracite, et particulièrement dans l’Isère. Michel Chevalier regrette qu’on ne s’en serve pas pour les usages domestiques et même pour l’industrie. On s’est découragé à la suite d’une tentative infructueuse faite à Vizille en 1825 011 1826. Mais les usiniers de Philadelphie avaient également échoué en 1812, ce qui ne les a pas empêchés de recommencer longtemps après, et de réussir.
Après le fer et la houille, Michel Chevalier passe en revue les matières textiles : d’abord le coton alors sortant de la
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crise; l’Amérique, l’Inde, et, à un degré inférieur, l’Egypte, le Brésil, sont les grands pays producteurs; la Cochinchine, l’Australie, la Turquie, la Grèce, l’Algérie, l’Italie, ne sauraient ni les concurrencer ni les remplacer; puis la laine, aussi importante que le coton, plus importante même pour la France , qui est pays producteur ; l’Australie , le Gap et la Plata ont développé leur production, qui devient menaçante pour notre agriculture; enfin la soie, encore convalescente, en 1867, de la dernière maladie dont M. Pasteur l’avait guérie. Il jette un coup d’œil sur quelques autres produits naturels : les bois, bois de charpente, de menuiserie et d’ébénisterie, bois de teinture; le soufre; le pétrole, découvert en Pensylvanie vers 1861. On en fait des huiles légères qui remplacent la térébenthine, des huiles épaisses pour le graissage des machines ; on l’emploie directement comme huile d’éclairage ou transformée en paraffine pour faire des bougies. Dix ans après, l’histoire du pétrole devait avoir une page sinistre.
Le rapporteur entre ensuite dans l’énumération des prodiges opérés par la mécanique. Tout se fait à présent à la mécanique : la peignerie des matières textiles, c’est le grand côté; les lorgnettes, les porte-plume, la chapellerie, les cigarettes, la menuiserie, la serrurerie; un chalet, exposé dans le parc et destiné à être transporté pièce par pièce, a été fait tout entier à la mécanique; les machines aratoires, la moissonneuse. Le pétrin mécanique remonte au siècle dernier; il s’acclimate à grand’peine, quoiqu’il fasse du pain excellent et qu’il réponde mieux aux idées d’hygiène et de propreté; la faute en est aux ouvriers boulangers, dont la corporation est bien organisée et puissante. La typographie est un des arts où la mécanique triomphe. En i83o , pour
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tirer un journal à 120,000 exemplaires, il aurait fallu 160 presses et i,5oo ouvriers; ce tirage se fait maintenant en une heure, avec 28 ouvriers et 4 machines Marinoni.
L’industrie a fait la conquête de nouvelles forces motrices : l’électricité, l’air comprimé qui transporte, à une distance de plusieurs kilomètres, la force et le mouvement fournis par une chute d’eau; l’air chaud, le gaz d’éclairage, le gaz ammoniac; l’eau sous pression, qui tantôt sert de moteur proprement dit (machines Armstrong, Coque, Samain), et tantôt d’accumulateur de force vive (montecharge, machines des docks, outillage Bessemer). L’eau sous pression a aussi des propriétés quasi-lubrifiantes qui ont donné lieu à l’invention des paliers hydrauliques de Jouffroy, destinés à équilibrer une partie de la pression que les arbres des machines tendent à exercer sur les surfaces bottantes.
M. Whitworth est le grand propagateur des machinesoutils dont on peut augmenter à volonté la dimension et la force, et qui rabotent, coupent, taraudent, scient le fer, sans bruit, facilement, avec précision, semblables à ces génies silencieux et dociles inventés par les contes de fées, et pour lesquels rien n’est impossible. Nous avons la scie à lame sans fin, le frappeur mécanique qui remplace le travail du forgeron, la machine-outil à faire les chaînes, à faire les clous, les charnières; une autre, qu’on pourrait appeler le menuisier universel; une autre qui prend la matière argileuse et la transforme en poteries de toutes sortes. L’appareil de M. Degousée va chercher l’eau à 858 mètres au-dessous du sol (1).
(1) Puits de l’hôpital delà marine à Rochefort (1866).
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L’art du soudage, entre autres services, rend possible l’exploitation des mines, lorsqu’il existe une nappe d’eau entre elles et la surface du sol. On a trouvé le moyen de creuser des puits de grand diamètre à niveau plein, c’està-dire au milieu de l’eau, et de les garnir d’un cuvelage imperméable qui garantit la mine de l’invasion des eaux traversées. C’est encore grâce au sondage que nous créons des oasis dans les déserts. Un jour peut-être, une série d’oasis, créées au moyen de puits dans le désert de Sahara, mettront l’Afrique centrale en communication avec l’Algérie. L’outil du sondeur nous permettra de créer un chemin de fer qui nous donnera un nouveau monde. Michel Chevalier n’ose pas prédire ce résultat, dont on parle aujourd’hui couramment; mais déjà nos soldats de l’armée d’Afrique avaient creusé soixante-quinze puits dans l’espace de dix ans.
De tous côtés, ce ne sont qu’inventions nouvelles : dans l’industrie de la laine cardée, le self-acting et le métier continu Vimont; dans le tissage, d’importantes modifications de la Jacquart. Les fils télégraphiques, en France, n’avaient pas moins de 33,648 kilomètres de développement; c’est bien loin de ce que nous voyons aujourd’hui, mais c’était une merveille en 1867. M. Hughes venait d’inventer le télégraphe imprimeur. Autre événement d’une importance incalculable: l’Amérique venait d’être reliée au vieux continent par un câble télégraphique. Une première compagnie anglaise avait échoué, tout près du but, en 1 8 6 5 . Le succès fut complet en 1866. Le conducteur se composait de sept fils de cuivre tordus ensemble, ayant chacun un demimillimètre de diamètre. Quatre couches de gutta-percha , séparées l’une de l’autre par un mélange de gutta-percha et de goudron de Stockholm, entouraient le conducteur et
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étaient elles-mêmes entourées par un bourrelet de chanvre protégé par dix fds de fer garnis de chanvre de Manille. Ce câble pesait 938 grammes par mètre dans l’air, et AA5 grammes dans l’eau. Il pouvait supporter, sans se rompre, une tension de 9,072 kilogrammes. Le Great-Eastern, qui, l’année précédente, avait pu porter l’autre câble à 1,100 kilomètres de Terre-Neuve, fut encore choisi pour porter celui-ci. Le i3 juillet 1866, après avoir soudé son câble au câble d’atterrissement préalablement fixé à Yalentia (petite île et bourg d’Irlande, près de la côte sud-ouest du comté de Kerry), il fit voile à travers l’Océan , accompagné de l’Albany et de la Medway , et du vaisseau de guerre le Terrible. Anderson était le capitaine, Canning, l’ingénieur. Deux fois par jour, un journal lithographié donnait les nouvelles d’Europe aux passagers et à l’équipage. La traversée dura quatorze jours. Le 28, le câble d’atterrissement fut placé dans l’anse de Heurt’s-Content, et le président Johnson put annoncer à la reine Victoria, par un message, le succès de l’entreprise. Le message avait quatrevingt-un mots, et fut transmis de Terre-Neuve à Valentia en onze minutes.
Dans l’ordre de la science, l’Exposition de 1867 rappelait d’importantes découvertes : le perfectionnement de la photographie, divers instruments et appareils de chirurgie, le cautère à gaz, le chloroforme remplacé par le protoxyde d’azote, l’optomètre de M. Javal, d’ingénieux mécanismes pour remplacer les membres perdus, le télescope de Foucault, la machine électrique sans frottement, la machine d’induction sans pile ni aimant de M. Ladd. M. Jacobi, de l’Académie des sciences de Saint- Pétersbourg, venait d’inventer la galvanoplastie; et déjà
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l’industrie en avait répandu les produits de tous côtés. La fontaine de la place Louvois, les deux fontaines de la place de la Concorde, les candélabres du gaz, sont en galvanoplastie; en bronze, ils coûteraient quatre fois plus. Nous avons à Paris, par panneaux détachés, une représentation de grandeur naturelle de la colonne Trajane. M. Nobel avait découvert la nitroglycérine et la dynamite, substances explosibles, quatorze fois plus puissantes que la poudre. C’est aussi l’époque du bronze d’aluminium. On inventa, pour les grandes constructions, des matériaux artificiels, la pierre de Ransome, le ciment de Portland, le béton Coignet. Les piles du pont de Kehl furent descendues à 20 mètres audessous du niveau de l’étiage à l aide de l’air comprimé. On remplaça, pour la construction des phares, la pierre par le fer, et, pour leur éclairage, l’huile par l’électricité. Le globe se couvrit de feux pour préserver des écueils les navigateurs nocturnes. Il n’y eut pas moins de 556 phares sur les côtes des Iles Britanniques, 291 sur celles de France (1) 2. O11 dessécha de grands lacs, le lac Fucino. On transporta des rivières : la Dhuys porta ses eaux à Paris. Treize couleurs nouvelles avaient été tirées, en 1862 , du goudron de houille ; on en trouva dix nouvelles l’année qui suivit l’Exposition. On trouva aussi de nouveaux moyens de conserver le lait, les aliments. La découverte del’osmogène accrut la production du sucre en permettant d’extraire de la mélasse des millions de kilogrammes qui y restaient immobilisés.
Quis potis est dignum pollenti pectore carmen
Gondere, pro rerum majestate hisque reperds^?
(1) Développement du littoral de la Grande-Bretagne, 9,204 kilomètres; de la France, 3, 806.
(2) Lucrèce, liv. V, v. 1 et 2.
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Un esprit aussi élevé que celui de Michel Chevalier, quoique voué surtout aux études industrielles, ne pouvait négliger l’agriculture. Il abonde en vues économiques et politiques sur la manière d’améliorer la condition du cultivateur, mais nous retrouverons plus tard ses idées; ici, je n’emprunte à son rapport et aux rapports de ses principaux collaborateurs que les faits propres à faire connaître l’importance de l’Exposition de 1867. H y a longtemps qu’on l’a dit: l’homme fait la terre. Avec de bons engrais, bien choisis et bien appropriés à la nature de la plante, on fait presque à coup sur de brillantes récoltes. Le fumier de ferme, les marnes, les plâtres, la chaux éteinte, la tungue et les maels (mélange de limon et de coquilles broyées par la mer), l’azotate de soude, le guano, comparurent devant le jury agricole de 1867. Les îles Chincbas, sur la côte du Pérou, paraissaient encore, à cette époque, une mine inépuisable de guano; mais il en sera de cette substance comme du charbon de terre: heureusement que la géographie commence à se faire, que les transports se simplifient et que nous avons le phosphate de chaux et la potasse. On peut aussi attendre beaucoup de l’acclimatation. Ni le blé, ni le maïs, ni la vigne, ni le bœuf, ni le cheval, ni le mouton, ni l’âne, ni le chien, ni l’olivier, ni le pommier, ni la pomme de terre, ni le ver à soie, ne sont indigènes dans la plupart des contrées où ils prospèrent. La canne à sucre et le caféier ne sont pas indigènes dans les Antilles, ni le coton aux États-Unis, ni la vigne en France. La Hollande a acclimaté à Java le thé et le quinquina; l’Angleterre les a acclimatés dans l’Inde. Au moment où Michel Chevalier écrivait son rapport, la Californie et l’Australie venaient de donner Y Eucalyptus (arbre à gomme)
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et le Séquoia gigantea ; l’Espagne, le Pinsapo; le Brésil, le Carauba (arbre à cire). On peut aussi acclimater les poissons, et plus particulièrement les crustacés. La pisciculture figurait avec honneur à l’Exposition de 1867. Nous ne sommes que des enfants en ce genre auprès des Chinois.
Quoique les deux expositions de Vienne (1873) et de Philadelphie (1876) soient dignes du plus haut intérêt, nous ne pouvons guère que les mentionner. A Vienne, les beaux-arts furent complètement représentés. Ils formèrent le groupe XXV. Il fut réglé qu’on n’y présenterait que les œuvres produites depuis l’Exposition de Londres en 186‘j. Des peintres, des sculpteurs, des architectes et des graveurs français, au nombre de 2Ûo, y obtinrent la médaille pour l’art, seul genre de récompense qui fût attribuée aux artistes. On peut citer, pour la peinture : MM. Cabanel, Chintreuil, Clairin, Corot, Daubigny, Desgolfe, Diaz, Jules Dupré, Paul Flandrin, Henner, M,le Jacquemart, MM. Landelle, Meissonier, Muller, Régnault, Robert-Fleury, Vollon. M. Bonnat faisait partie du jury. Parmi les sculpteurs, on remarque : MM. Carpeaux, Carrier-Belleuse, Falguière, Fremiet, Chapu, Mène, Mercié; parmi les architectes : MM. Duc, Boeswillwald; M. Bida pour le dessin; MM. François, Flameng, pour la gravure. MM. Guillaume et Viollet-le- Duc étaient hors concours en qualité de membres du jury. L’enseignement était cette fois enfin accueilli et récompensé sous son propre nom : c’est un titre d’honneur pour l’Exposition de Vienne en 1873. Le groupe XXVI était exclusivement consacré à l’éducation, à l’enseignement et à linstruction. Il ne s’agissait pas de l’instruction populaire, *
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comme dans plusieurs expositions précédentes, mais de l’instruction à tous ses degrés. Une section d’instruction populaire ou d’instruction élémentaire (car ces deux termes sont à peu près synonymes) est quelque chose de profondément différent d’une section d’enseignement. L’instruction populaire, isolée des branches plus élevées de l’enseignement, n’est plus qu’une des formes de la bienfaisance publique; sa place est marquée avec les sociétés de secours mutuels, d'épargne, de prévoyance, de crédit mutuel, de prêts d’honneur. 11 en est tout autrement de l’enseignement populaire, rattaché à l’enseignement secondaire et à l’enseignement supérieur. Il devient alors une branche importante de la culture intellectuelle de l’humanité. Son principe n’est plus la bienfaisance, mais la science; il faut l’étudier, non pour le bien qu’il fait aux individus, mais pour l’accroissement de dignité qu’il apporte à l’espèce. De même que toutes les parties de la science sont solidaires l’une de l’autre, les différentes branches de l’enseignement sont inséparables; elles se prêtent un mutuel appui, elles s’éclairent, elles se complètent, elles se pénètrent. 11 faudrait que le maître des petites écoles fût en état de briller dans une chaire de philosophie; et le philosophe le plus profond, l’orateur le mieux doué, devrait considérer comme une tâche méritoire, difficile, glorieuse, celle de donner aux plus petits enfants les plus humbles leçons. Celui qui, en matière d’enseignement, exagère le principe de la spécialité, ne sera jamais un véritable maître. Le dernier écolier de la dernière école, le plus incapable, le plus ignorant, le plus mal doué, est un homme après tout, et, puisqu’il est un homme, il est fait pour connaître la vérité, la comprendre, et vivre par elle.
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La Commission de Vienne était évidemment imbue de ces doctrines, en dehors desquelles il n’y a pas de pédagogie intelligente. Son premier diplôme d’honneur fut décerné à l’Ecole pratique des hautes études, une des institutions les plus utiles, les mieux conçues et les plus réellement et hautement scientifiques de l’Université de France. Elle donna la médaille de progrès à l’Association pour l’encouragement des études grecques, au Dépôt de la guerre pour la carte de l’Etat-major; la médaille de mérite aux Archives nationales. Il est à regretter qu elle ait donné des récompenses à des personnes et à des institutions trop peu connues; à d’autres, qui ne méritaient aucune distinction. Ces erreurs, en très petit nombre, montrent combien il est difficile de juger de loin. On se trompe involontairement; il est vrai que quand on est chargé de juger ce qu’on a sous les yeux, on se trompe quelquefois volontairement. L’idéal serait de concilier dans le juge la capacité avec l’impartialité.
L’Exposition de Philadelphie, ouverte le 10 mai 1876, avait, pour la République des Etats-Unis, un intérêt national. Elle célébrait ce jour-là le centenaire de son indépendance. C’était une entreprise privée, mais placée sous les auspices de l’Etat, qui lui accordait une subvention de i,5 0 0,0 0 o dollars (7,500,000 francs). La Commission du centenaire, qui a tout dirigé, comme le faisaient dans les autres pays les commissions supérieures, avait d’abord constitué un jury international; mais après les opérations terminées, quand les membres étrangers étaient déjà partis, elle créa un jury de révision exclusivement composé d’Américains , ce qui a donné lieu à des réclamations nombreuses et légitimes. La France a obtenu une large part dans les récompenses; son contingent a été de 700 médailles. L’ex-
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position coïncidant avec la surélévation excessive du tarif de douane des Etats-Unis, les exposants n’ont pas hésité a afficher le prix de revient de leurs produits. Cette manifestation a permis aux consommateurs américains d’apprécier la charge que font peser sur eux des tarifs à beaucoup d’égards prohibitifs.
L’Exposition était divisée en 7 groupes. Le 3e était consacré à l’éducation et aux sciences; le 4e aux beaux-arts. Les subdivisions pour les beaux-arts étaient au nombre de 6 : sculpture, peinture, gravure et lithographie, photographie, dessin industriel et d’architecture, modèles et décorations, décoration en céramique et matériaux vitrifiables, mosaïques et objets incrustés. Nos grands artistes hésitèrent à envoyer leurs œuvres à une telle distance. Citons cependant, dans la peinture, M. Protais, qui fut, à cette occasion, nommé officier de la Légion d’honneur, et, dans la sculpture, M. Doublemard.
Le 3e groupe (éducation et sciences) était très fortement organisé. Nous en mettrons le programme sous les yeux de nos lecteurs, malgré son étendue, parce que c’est la première fois que l’enseignement et l’éducation prennent une si large place dans une exposition.
Groupe III. — Education et sciences.
lre SUBDIVISION. - SYSTÈMES D’EDUCATION, METHODES ET LIVRES.
Classe 3oo. Instruction élémentaire. — Ecoles et jardins d'enfants, arrangement; ustensiles et leur application; mode d’éducation. Ecoles publiques, écoles mutuelles; agencement intérieur des cours et bâtiments; costumes d’écoles; cours, méthodes d’instruction, livres, appareils, y compris les cartes géographiques, globes, etc. Travaux d’é-
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lèves, y compris les dessins et les modèles d’écriture. Hygiène clés élèves.
Classe 3oi. Education supérieure. Académies et écoles supérieures. — Collèges et universités. Bâtiments. Bibliothèques. Livres. Musées de géologie, de botanique, de minéralogie, d’art et d’archéologie. Appareils pour les démonstrations et les recherches. Cours gradué de mathématiques, de physique, de chimie et d’astronomie. Livres, catalogues. Bibliothèques et gymnases.
Classe 3o2. Ecoles professionnelles. — Théologie. Droit. Médecine et chirurgie. Art dentaire. Pharmacie. Écoles des mines, des ponts et chaussées, d’agriculture et des arts mécaniques. Écoles de dessin industriel. Écoles militaires, navales, normales, commerciales. Ecoles de musique. Construction, livres, bibliothèques, appareils, méthodes et accessoires des écoles professionnelles.
Classe 3 o 3. Institutions pour V instruction des aveugles , des sourdsmuets et des idiots.
Classe 3 o A. Rapports et statistiques sur V éducation. — Ministère de l’instruction publique. Systèmes divers d’éducation appliqués par l’État, la ville, les collèges, les universités et les écoles professionnelles.
Classe 3o5. Bibliothèques. — Documents historiques, rapports, statistiques et catalogues.
Classe 3o6. Livres d’ éducation , etc. — Dictionnaires, encyclopédies, dictionnaires géographiques, livres d’adresses, indicateurs, catalogues, almanachs, traités, littérature en général, journaux, journaux techniques et spéciaux, journaux illustrés, littérature périodique.
2e SUBDIVISION. - INSTITUTIONS ET SOCIETES.
Classe 3 îo. Institutions fondées pour /’ accroissement et la propagation des sciences , telles que l’Institut de Smithson, l’Institut royal, l’Institut de France, l’Association britannique pour la propagation des sciences, l’Association américaine. Leur organisation, leur histoire et leurs résultats.
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Classe 3 1 1 . Sociétés scientifiques et d’éducation. — Sociétés géologiques et minéralogiques, etc. Sociétés techniques et professionnelles. Sociétés d’ingénieurs. Écoles des beaux-arts, de biologie, de zoologie et de médecine. Observations astronomiques.
Classe 3 12. Musées. — Collections. Galeries de beaux-arts. Expositions d’art et d’industrie. Concours agricoles, régionaux et nationaux. Expositions internationales. Musées des sciences et des arts. Collections ethnologiques et archéologiques.
Classe 3 1 3. Musique et art dramatique.
3e SUBDIVISION. - INSTRUMENTS SCIENTIFIQUES, PHILOSOPHIQUES