L'AVENIR DES EXPOSITIONS
est iiiconteslable que si, dans les Expositions, l’examen des vitrines offre pour les commerçants et industriels, dans les différentes branches qui les concernent, un intérêt certain, il ne saurait en être de même pour les profanes auxquels la visite des galeries où ils n’onl sous les yeux que des vitrines et des étalages d’une uniformité lassante, ne laisse le plus souvent que le souvenir d’une promenade fatigante, fastidieuse et sans attrait.
Il était donc nécessaire de chercher une formule nouvelle qui, sous une forme amusante et instructive, fit imju-ession dans l’esprit des visiteurs et gravât dans leur mémoire les produits qui leur étaient montrés.
M. le président Donckèle, persuadé de l’intérêt réel qu’il y aurait pour la Classe 86 à réaliser une telle innovation, étudia quelle industrie parmi celles faisant partie de la Classe possédait les éléments les plus favorables à l’établissement d’une attraction instructive et originale, capable de séduire le visiteur par la nouveauté de sa présentation et de l’intéresser par la curiosité du spectacle qui lui serait ainsi offert.
C’est à la suile de cet examen qu’il conçut le projet du diorama de l’industrie delà plume qui devait obtenir à Liège un si retentissant succès. Le Comité de la Classe 86 adopta à runanimité la proposition de M. Donckèle qu’il faut féliciter hautement pour son
EXPOSITION DE LIEGE
intelligente initiative, aussi heureuse en résultats immédiats que féeonde en enseignements pour l'avenir.
Le diorama de la plume, dont l’exécution des décors fut confiée au talent du peintre bien connu M. Jambon, était divisé en trois parties.
La première rejirésentait une ferme française où, sous la surveillance d'une petite fermière, étaient réunis les principaux spécimens de nos animaux de liasse-eour.
La seconde ligurait une forêt tropicale où voltigeaient, dans un véritable fouillis de [liantes les [ilus diverses, assemblées par des .ianes cajiricieuses, une variété intinie d’oiseaux exoli((ues, aux plumages les [ilus éclatants.
La troisième offrait une vision du désert; on y voyait, placées au milieu d'un [laysage africain, des aiitrucbes entourées de leurs aulruebons ; ce tableau pittoresque, d’une exécution parfaite, étaic du [ilus beureux effet.
Ces trois tableaux montraient, dans leurs cadres naturels, les principales matières premières employées par l’industrie de la plume et c’est ainsi, qu’à côté des Expositions des fabricants, [iréscntant les [iroduils achevés, les visiteurs pouvaient contempler les matières brutes, et it était permis d’espérer que cet ensemble constituerait non seulement une attrayante démonstration, mais encore une excellente leçon de choses.
Le Comité de la (Jasse 86 entendait également, parce diorama, démontrer que nos fabricants de jilumes encouragent l’élevage des volatiles de toutes sortes et ne méritent pas le reproche qui leur est fait, de détruire un grand nombre d’es[)èecs d’oiseaux pour les besoins de leur industrie; bien au contraire, ils en favorisent la culture, ilsélèvent l’autruche d’une façon domestique, ils s'ajipliquent de plus en plus à récolter les [ilumes d’aigrettes au moment des amours et de la mue, ils s’ingénient, par des transformations successives, à donner l’illusion de la plus belle et de la plus douce fourrure, à l’aide de l’unique cm[)loi des plumes d’oies et de dindons, utilisant ainsi les produits de nos contrées pour le plus grand profit des spécialistes de cet élevage.
Le succès obtenu par ce diorama de la [ilume fut considérable et le nombre des visiteurs fut tel qm^ l'on dut, pour éviter le bris des glaces du diorama, les jirotéger [lar une rampe.
Un tel résultat fut la juste récompense de l’initiative prise [lar
le Comité de la Classe 86, qui n’hésita pas, malgré la charge très lourde que représentait pour lui cette installation coûteuse, à en assumer la responsabilité.
Il estimait en effet qu’il y avait là œuvre utile à tenter, qu’il était nécessaire de renouveler les vieilles méthodes en usage, et de chercher à rendre les Expositions attrayantes pour le visiteur; qu’il était indispensable d’attirer son attention, d’éveiller son esprit, de frapjier son imagination par une présentation nouvelle, qu’il fallait, en plus de vitrines plus ou moins heureusement disposées, lui fournir l’occasion de profitables leçons de choses, qui graveraient dans sa mémoire un souvenir précis et durable des produits exposés.
C’est cette idée d’une démonstration intéressante et instructive, montrant, à côté des objets fabriqués, les matières premières, leurs pays d’origine et de production, qui présida à l’organisation du diorama de la plume, dont le succès fut si grand c{ue plusieurs Classes résolurent d’adopter, pour une prochaine Exposition, une présentation analogue pour certaines de leurs industries.
C’est ainsi qu’à Milan, nous allons voir des applications multiplés de l’innovation tentée avec tant de réussite par le Comité de la Classe 86; nous avons appris, en effet, que le })eintre Jambon avait actuellement en préparation 24 dioramas, dont deux destinés à l’Exposition particulière de la Ville de Paris.
Le (Comité de la Classe 86 ne pouvait espérer une plus éclatante consécration de l’initiative qu’il a prise à Liège, initiative qui marquera une date dans l’organisation des Expositions futures et qui contribua certainement au succès considérable remporté par la Section française.