Extrait d'un mémoire intitulé Des hallucinations
Médecin à l'hospice de la Sulpètrii'-n-. (MÉMOIRE COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE DANS LA SÉANCE DO 17 DECEMBRE 18W.
L'Académie avait mis an contours pour i S ,\ \ la question suivante : Des hallucinations, des causes qui les produisent , et des maladies qu'elles caractérisent.
La réponse à cette question se divisait naturellement en deux parties. La première devait être une histoire complète des liallneinations, et comprenant par eon séquent la description des causes ; la seconde se trouvait consacrée à l'étude des maladies dans lesquelles les hallucinations se présentent comme symptôme principal ou accessoire.
ilya,dans l'histoire des Causses perceptions sensorielles, deu\ parties tout-à-fait distinctes : la physiologie et la pathologie. L'étude des affections caractérisées par les liallneinations comprend aussi deux points différents : la description de la folie t. xh. 35
sensoriale et celle des hallucinations qui interviennent comme symptôme accessoire dans diverses maladies. Il restait, pour compléter ce sujet, à examiner le phénomène sous le rapport médico-légal.
Le travail pouvait ainsi être subdivisé en cinq parties : i° Physiologie. Etude de la nature et du mode de production des hallucinations , examen critique ctes opinions des auteurs, etc.
20 Pathologie. Causes, symptômes, marche, terminaison, pronostic, diagnostic, caractères anatomiques, traitement des hallucinations.
3° Description de la folie sensoriale. MaTà^lFlrrdTqrrée , mais non encore décrite, divisée en aiguë et chronique, ses caractères, son traitement, etc.
v- 4° Des hallucinations dans les maladies. Examen de ce phé-
nomène considéré comme symptôme accessoire dans le délire fébrile, le délirium tremens, la manie, l'extase, l'hystérie, etc. 5° Médecine légale des hallucinations. Observations propres à faire connaître les difficultés que peuvent quelquefois soulever les hallucinations sous le rapport médico-légal.
De ces cinq parties, je ne publie ici que la partie physiologique, dont j'ai dû cependant, à cause de l'étendue, retrancher l'examen des opinions des auteurs, la physiologie des illusions des sens et de l'inspiration.
J'ai joint un extrait de la partie pathologique comprenant un travail spécial dans lequel j'ai cherché à démontrer l'influence de l'état intermédiaire à la veille et au sommeil sur la production et la marche des hallucinations. Ce travail, quoique se rattachant plus particulièrement à l'étiologie de la folie sensoriale, peut cependant, comme mious le verrons, servir à éclairer la nature et le mode de production du phénomène.
DM HALLUCINATIONS. HJZ
i Importance de l'étude physiologique des hallucinations. — Les faits d'hallucinations existant aujourd'hui dans la science sont extrêmement nombreux. Non seulement les médecins qui ont écrit sur les maladies mentales en ont beaucoup publié, mais les traités sur la dénionologie, la sorcellerie, les apparitions, en offrent une foule d'exemples.
Si ces observations ne suffisaient |>as, il serait facile d'en recueillir chaque jour de nouvelles dans les hospices d'aliénés, et même dans le monde, car les fausses perceptions sensorielles se rencontrent assez souvent d'une manière passagère chez des personnes saines d'esprit. Les recherches historiques, qui ont déjà fourni tant de documents curieux , sont d'ailleurs loin d'être épuisées. Ce qui manque désormais, ce ne sonfdonc plus les faits particuliers, mais bien l'étude du phénomène en lui-même, et pour ainsi dire son histoire intime.
(v)uand un halluciné affirme qu'il voit ou qu'il entend, alors que nul excitant extérieur n'est à portée des sens, quelle idée doit-on se faire de ce qu'il éprouve?
Les appareils sensoriaux sont-ils réellement ébranlés, et le malade perçoit-il des sensations qui ne différeraient des sensations normales que par leur mode de production?
Ou bien, au contraire, les sens sont-ils complètement en repos, n'y a-t-il là qu'une erreur de l'imagination, et, comme ou La dit, qu'une conception délirante, analogue à toutes celles que la folie enfante?
N'a-t-on pas confondu sous le nom commun d'hallucination plusieurs phénomènes distincts, quoique semblables en apparence ?
276 des hallucinations;
Comment l'hallucination se produit-elle, et quelle est sa nature?
Telles sont les questions qui se présentent tout d'abord, et dont la solution intéresse au plus haut degré la physiologie et la médecine pratique.
L'hallucination est considérée par les uns comme un symptôme physique, et qui exige l'emploi des moyens physiques. Les autres, au contraire, ne voient chez les hallucinés que des phénomènes intellectuels, et ceux-là préconisent avant tout le traitement moral. Ces contradictions prouvent combien il est important au point de vue pratique d'étudier la nature et le mode de production des hallucinations. Convaincu que c'est là désormais qu'il y a un progrès possible, je me suis surtout attaché à l'analyse du phénomène en interrogeant avec soin un grand nombre d'hallucinés dans des conditions diverses et à desépoques différentes de leur maladie.
2. Division de l'étude physiologique des hallucinations. — Voici l'ordre dans lequel j'exposerai le résultat de mes recherches.
i. Parmi les faits d'hallucinations il en est que certains détails indiqués souvent par les malades eux-mêmes rendent plus propres que d'autres à éclairer la physiologie. Ilsn'iu seuxblé-q«^il importait d'abord de réunir ces faits pour servir à une description des fausses perceptions des divers sens. Cefte description, d'après des observations choisies ainsi uniquement en vue de l'étude physiologique, n'a point été faite, et cependant elle est comme un préliminaire obligé de cette étude, puisqu'elle doit fournir les éléments de la discussion. Pour peu qu'on vive au milieu des hallucinés et qu'on les interroge avec soin, on ne tarde pas à s'apercevoir combien sont variés les phénomènes qu'ils éprouvent, combien peu les fausses perceptions de l'un ressemblent à celles de l'autre. Souvent aussi on découvre chez le même malade des symptômes très différents.
La description dont je viens de parler doit réunir toutes ces
variétés, et ce n'est, en effet, qu'à cette condition qu'elle pourra servir de base à la théorie. Je commencerai donc par décrire avec détail les hallucinations des divers sens , en choisissant parmi les observations celles qui m'ont paru les plus propres à éclairer la nature et le mode de production de ce phénomène.
II. J'examinerai ensuite la question de la nature des hallucinations, question sur laquelle les auteurs sont divisés, et dont il me sera facile de faire comprendre l'importance. En prenant pourexemple les hallucinations de l'ouïe, on sait que les malades sont souvent alors poursuivis par des interlocuteurs invisibles qui leur adressent parfois de longs discours, et avec lesquels ils enyngtirt de véritables conversations. On sait aussi que les hallucinés, dans ce cas, non seulement se rappellent ce qu'on leur a dit, mais qu'en outre ils décrivent la manière dont ils ont été impressionnés par ces voix, qui sont fortes et graves, ou bien faibles et criardes, et qui leur arrivent dans telle ou telle direction.il y a évidemment ici deux choses distinctes, les discours des prétendus interlocuteurs d'une part, et de l'autre les impressions toutes sensoriales décrites par les malades. Les premiers prouvent (pie l'intelligence joue un rôle actif dans la production des hallucinations, les secondes tendraient à démontrer (pie la part des sens n'est pas moins réelle. On serait (jonc porté, d'après l'observation, a admettre dans les hallucinations deux éléments, l'un intellectuel et l'autre sensorial: mais de ces deux éléments il y en a un qui a été et qui peut, m effet, au moins dans certains cas, être mis en doute, c'est ('élément sensorial. 1) est donc indispensable de rechercher quelle idée on doit se faire des sensations (pie les malades prétendent éprouver, et de décider si le phénomène est simple et de nature purement psychique, ou bien au contraire s'il est complexe et dû à la double action de l'imagination et des organes des sens.
III. Le mécanisme intime de l'hallucination est et sera probablement toujours inexplicable; mais malgré cette limite im-
posée d'avance à nos connaissances, nous n'en devons pas moins faire tous nos efforts pour approcher autant que possible de la vérité, en déterminant, par exemple, les conditions qui favorisent la production des fausses perceptions sensorielles, et sans lesquelles elles n'ont pas lieu, en cherchant à reconnaître si leur point de départ est dans les organes des sens ou dans l'intelligence, etc.
J'ai pu ainsi diviser l'étude physiologique en trois chapitres. Dans le premier, j'ai décrit séparément les phénomènes intellectuels et sensoriaux dans les hallucinations des divers sens, en réunissant autant que possible les observations qui m'ont paru les plus propres à éclairer la physiologie; le second est consacré à l'appréciation de la natur^e^èT^hirnTJclTTaTtons ; j'ai étudié dans le troisième le mode de production du phénomène.