‹ Extrait d'un mémoire intitulé Des hallucinationsChapitre 20 sur 49 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Plusieurs parents aliénés. — Hallucinations de l'ouïe et de la vue au moment du sommeil , précédant de trois ans l'invasion de la folie.

Mademoiselle L..., âgée de quarante-cinq ans, est depuis douze ans à l'hospice de la Salpêtrière, dans la division des aliénées. On observe chez elle des hallucinations de la vue et de Fouie qui l'obsèdent presque continuellement. Elle parle à des

DES HALLUCINATIONS. j^jg

êtres invisibles et s'emporte contre eux. Souvent elle s'interrompt tout à-coup au milieu d'une phrase pour répondre aux voix qu'elle vient d'entendre. Ordinairement calme et laborieuse, elle ne devient guère agitée qu'à l'époque des règles. Elle frappe alors à grands coups sur les prétendus monstres dont elle se voit entourée.

Voici les renseignements que j'ai obtenus sur les antécédents de la malade et sur sa famille.

Mademoiselle L... a toujours été un peu bizarre; quoique simple couturière, elle avait la prétention de faire des vers, et on a imprimé plusieurs chansons de sa composition. Après son travail de la journée terminé, elle donnait une partie des nuits aux inspirations poétiques.

A trente ans environ, elle commença à éprouver un phénomène étrange et qui la jetait dans Fétonnement. Chaque soir avant de s'endormir elle entendait des voix qui lui parlaient très distinctement. Elle voyait autour d'elle des personnages et des animaux de toute sorte. Bien soui eut elle a entretenu sa mère et ses frères de ce fait, qu'elle ne pouvait s'expliquer. Elle comprenait d'ailleurs très bien qu'il n'y avait rien de réel dans tout ce qu'elle voyait et entendait Les fausses sensations n'avaient jamais lieu pendant le jour, ni même pendant la nuit quand la malade veillait; ce n était qu'au moment du sommeil que toutes ces apparitions survenaient.

Cet état durait depuis trois ans sans que la raison offrit le moindre dérangement, lorsque mademoiselle L.« perdit tout-àcoup la tète à la suite de couches.

Sa folie, caractérisée dès le début par des hallucinations de l'ouïe et de la vue, était évidemment le résultat d'une prédisposition héréditaire, comme le prouvent les renseignements qui suivent.

Le père de la malade, après avoir longtemps fait des excès de boisson, a fini par perdre la tète.

Un des oncles paternels, sans être complètement aliéné, offre

cependant des signes de folie, et dans le pays qu'il habite on ne l'appelle pas autrement que L... le fou.

Un des frères de mademoiselle L..., qui, comme le père, faisait des excès de boisson , a aussi eu un accès de folie.

Ainsi la malade a eu trois de ses parents aliénés ; elle-même avait toujours été un peu bizarre. Elle était donc éminemment prédisposée à la folie, qui, chez elle, a été précédée pendant trois ans d'hallucinations de la vue et de l'ouïe ne survenant qu'au moment du sommeil.

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