‹ Extrait d'un mémoire intitulé Des hallucinationsChapitre 23 sur 49 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Hallucinations de l'ouïe et de la vue , se reproduisant d'abord au moment du sommeil et devenant ensuite continues.

Alexandrine J..., ouvrière, âgée de trente ans, passait, il y a quelque temps, dans la rue du Temple au moment où la femme Renaud venait d'être assassinée par Soufflard (i). Elle accourut aux cris de désespoir que poussait la fille Renaud , qui la première avait pénétré dans la chambre où le meurtre avait été commis.

L'impression que cet événement fit sur mademoiselle J... fut si vive, que ses règles se supprimèrent. Quelques jours après, elle était dans le délire. Conduite à la Salpêtrière, dans le service

(1) Voy. Ânn. d'hyg.publiq. et de méd. légale. Paris, 1839, t. XXII, p. 170 et suiv.

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de M. Pariset, elle en sortit guérie au bout de deux mois.

Depuis lors, plusieurs aceès ont eu lieu , et le i3 août dernier mademoiselle J... est entrée à la Salpêtrière pour la quatrième fois (i).

Elle me raconte (pie depuis trois mois ses règles se sont de nouveau supprimées sans cause connue. Depuis lors, elle a des frayeurs sans motif, son sommeil est agité; la nuit, elle se réveille en sursaut, toute tremblante, et reste longtemps sans se rassurer complètement. Bientôt elle est prise d'hallucinations au moment de s'endormir; elle aperçoit des figures qui l'épouvantent , elle entend aussi très distinctement des voix qui lui parlent. Effrayée, elle saute de son lit, et aussitôt qu'elle a de la lumière, les fausses perceptions cessent.

Après une douzaine de jours, les hallucinations continuèrent malgré la lumière. Elle entendit \esvoix une partie de la nuit, et même pendant le jour. Les visions, au contraire, n'eurent toujours lieu qu'au moment du sommeil.

La malade éprouve d'ailleurs le même phénomène que j'ai déjà fait remarquer dans l'observation qui précède. Lorsqu'elle fixe un objet pendant quelques instants, cet objet se transforme en une figure d'homme ou d'animal qu'elle voit remuer.

Mademoiselle J... a parfaitement conscience de son état; mais elle explique très bien comment, au milieu de la nuit, au plus fort de ses hallucinations, elle n'est plus maîtresse de sa frayeur et tombe dans une sorte de délire; elle répond aux voix et pousse des cris. La veille de son entrée à la Salpêtrière, elle avait été arrêtée à minuit dans la rue, appelant des gens à son aide.

La malade, outre les fausses sensations de l'ouïe et de la vue, a des hallucinations de l'odorat, du goût et du toucher; elle est obsédée par des odeurs, par des goûts singuliers; quel-

(1) Cette date, ainsi que toutes celles qui sont consignées dans ce mémoire , n'est plus exacte aujourd'hui , puisque trois années se sont écoulées depuis que lecture en a été faite à l'Académie.

quefois il lui semble tout-à-coup recevoir sur la tête un pot d'eau froide.

Peu de jours après l'entrée, M. Mitivié fit faire une application de sangsues aux cuisses ; les règles, supprimées depuis trois mois, reparurent le lendemain et coulèrent bien; les hallucinations cessèrent après quelques jours, et la malade fut bientôt complètement guérie.

Le seul fait que je veuille faire remarquer dans cette observation, c'est que les fausses perceptions de la vue et de l'ouïe n'ont d'abord existé qu'au moment du sommeil ; elles ont ensuite continué toute la nuit, et enfin tout le jour : alors seulement il y a eu des moments passagers de délire. Ainsi la maladie de mademoiselle J... a été dès le début caractérisée par des hallucinations, et ces hallucinations ont eu bien évidemment leur point de départ dans celles qui d'abord n'avaient existé qu'au moment du sommeil; elles rien ont été, pour ainsi dire, que l'extension.

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