OBSERVATION V
Hallucinations de l'ouïe se produisant , pendant plusieurs jours , uniquement avant le sommeil et au réveil , et devenant ensuite continues. .-
Madame L..., fruitière, âgée de quarante et un ans, d'une constitution forte, d'un tempérament éminemment sanguin , est née d'une mère atteinte d'une maladie convulsive. Elle-même, depuis vingt ans, a des convulsions avec perte de connaissance, et qui reviennent à des intervalles très irréguliers. Depuis un an, céphalalgies fréquentes, étourdissements, bourdonnements dans les oreilles, et surtout dans l'oreille droite. Ces signes de congestion sont aggravés par des accès de boisson, et la malade est obligée d'avoir recours de temps en temps à la saignée.
A la fin du mois de juillet i84i, madame L... éprouve des contrariétés assez vives. Elle commence alors à entendre des voix
quand elle est couchée ; c'est le soir et le malin cju'on lui parle dans son lit au moment de s'endormir, ou quand elle se réveille; elle distingue très bien ce qu'on lui dit; ee sont des mena des injures, des accusations ; on va la mettre en jugement, briser ses meubles, etc. Quelques jours se so/it à peine écoulés, et ce* hallucinations de l'ouïe l'obsèdent une partie de la nuit. Alors elle répond aux voix et se dispute avec elles. Pendant quinze jours environ les finisses sensations disparaissent le matin, mais bientôt elles continuent pendant le four. Un matin la malade, se croyant poursuivie, se jette par la fenêtre du premier étage de la maison qu'elle habite; elle était dans ses règles, qui, malgré cet accident, ne furent pas arrêtées: trois jours après, elle lut conduite à la Salpêtrière. A son entrée, madame L... est obligée de s'aliter; l'une des cuisses, par suite de la chute, est tuméfiée et douloureuse; le ventre est très sensible à la pression, et il y a de la fièvre. Cette malade est d'ailleurs très calme, et M. Milivié, dans Je certificat d'entrée, déclare qu'elle ne paraît pas aliénée. Cependant, après quelques jours, on s'aperçoit que cette dame, en apparence si raisonnable, éprouve encore des hallucinations de l'ouïe qui ne reviennent que le soir et le matin quand elle est couchée. Elle croit que ce sont des gens de son pays, cachés derrière le mur, qui la tourmentent ainsi. Après quinze jours, les fausses sensations cessent, et le retour à la raison parait complet. A l'époque menstruelle, les hallucinations reparaissent, mais seulement le soir et le matin quand la malade est couchée; il n'y en a point pendant le jour. Avec les fausses perceptions, retour du délire.
Depuis le début de la maladie, les voix se font beaucoup plus entendre de l'oreille droite; c'est aussi à droite que les bourdonnements sont le plus forts. Vers le if) oetobre, l'oreille de ce côté commence à couler; la malade trouve, le matin, son bonnet taché, tantôt d'une eau roussàtre, et tantôt d'un peu de sang. Les règles ont reparu le 16 octobre et ont cessé le 10. Les hallucinations continuent d'ailleurs au moment du sommeil et du ré-
veil, et elles existaient encore, quoique plus faibles, lors de la sortie de la malade, le a3 octobre i8/£i (i).
On voit dans cette observation les hallucinations de l'ouïe survenir d'abord au moment du sommeil et au réveil, durer bientôt une partie de la nuit, et enfin avoir lieu pendant le jour, puis revenir à leur point de départ.