‹ Extrait d'un mémoire intitulé Des hallucinationsChapitre 33 sur 49 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

Hallucinations de l'ouïe au réveil, suivies immédiatement d'un délire qui n'a plus cessé

depuis huit ans.

Madame L..., âgée de trente-sept ans, avait déjà eu un premier accès de folie dont elle était .parfaitement guérie depuis plusieurs années. Un soir, après s'être couchée, sur les dix heures, elle se réveille à minuit poussant de grands cris. « Les entends-tu? dit-elle à son mari; les voilà, ils viennent nous assassiner. » Elle demande du secours et entre dans une grande agitation. Les hallucinations de l'ouïe continuent jusqu'au lendemain midi; alors il y a un peu cic calme ; mais le soir elles recommencent de nouveau. Depuis lors, huit ans se sont écoulés, et madame L... est restée aliénée; elle est aujourd'hui à la Salpètrière dans un état complet de démence.

Il me serait facile d'ajouter aux observations qui précèdent d'autres faits dans lesquels les hallucinations ont très probablement commencé au moment du sommeil, ou immédiatement après le réveil; mais les détails donnés par les auteurs ne sont point assez précis. Ainsi un malade, jusque là bien portant, est pris d'hallucinations au milieu de la nuit; il se lève, et on le trouve dans le délire, poursuivi par des fantômes, etc.... Voilà le plus souvent comment le début est indiqué. Les observations que j'ai rapportées peuvent sans doute faire admettre que ces hallucinations survenues au milieu de la nuit, le malade étant couché, ont très probablement précédé ou suivi le sommeil ; mais il suffit que le fait ne soit pas mieux indiqué pour (pic je m'abstienne de citer les observations de ce genre, qui sont assez nombreuses. Esquirol, dans son chapitre sur la démonomanie, raconte entre autres l'histoire d'une femme cpii, après une longue course, se couche par terre très fatiguée; bientôt elle entend

dans sa tête un bruit qu'elle compare à celui d'un rouet à filer. Plus tard elle est poursuivie par d'autres hallucinations , et devient dénaonomaniaque. Cette femme s'était-elle assoupie? Voilà ce qu'il est permis de penser, mais ce qu'on ne saurait affirmer, d'auteur n'ayant rien dit à cet égard. Il en est de même d'autres observations qu'on trouve dans »les mémoires de MM. Lelut, Moreau, Bottex, dans l'ouvrage de Fodéré, etc.

Je me bornerai à faire remarquer, pour les observations de la seconde série, que, dans toutes, les hallucinations, au moment du sommeil, ont précédé le délire ou ont marqué son début. Il n'en est plus de même dans celles qui suivent.

§ îlî. — DE L'INFLUENCE DE L ETAT INTERMÉDIAIRE A LA VEILLE ET AU SOMMEIL SUR LA PRODUCTION DES HALLUCINATIONS PENDANT LE COURS DE LA FOLIÉ.

Page 1