OBSERVATION XV
Hallucinations de l'ouïe au moment du sommeil et du réveil chez un mélancolique.
Voici ce qu'écrivait à Pinel une mélancolique dont il a rapporté l'observation dans sa Nosographie. Je cite d'abord ce fait, parce qu'aucun ne m'a paru plus important pour le sujet de ce travail.
«Je cède, dit-elle, au désir de rendre compte d'un phénomène dont je me garderais bien de donner connaissance à l'homme peu instruit, il me rirait en face; mais je le crois digne d'être communiqué à l'observateur philosophe s'il veut bien se persuader que je respecte trop ses lumières pour vouloir les exercer sur des rêveries. Le matin à mon réveil, et le soir avant de m'endormir, les artères de ma tête étant plus vivement agitées, j'entends très distinctement, vers le derrière et au sommet de la tête, une voix (je manque d'autre expression ou plutôt je sens que celle-là seule est exacte) ; cette voix rend des sons franchement articulés, construit des phrases dont le sens est rare-
DES HALLUCINATIONS. 4g5
ment obscur; levée sur mon séant, cette voix cesse de se faire entendre. »
Ainsi les hallucinations n'avaient lieu qu'au moment du sommeil et du réveil; -elles se produisaient même d'une façon en quelque sorte toute mécanique. 11 suffisait, en effet, à la malade de quitter la position horizontale pour que la voix cessât de se faire entendre.
Je m'étonne que cette observation et plusieurs de celles qui la précèdent, dans lesquelles l'influence du passage de la veille au sommeil sur la production des hallucinations est si nettement indiquée par les malades eux-mêmes, n'ait point éveillé l'attention sur ce point. Pinel, non plus que les auteurs cités plus haut, n'a fait à ce sujet aucune réflexion.