‹ Extrait d'un mémoire intitulé Des hallucinationsChapitre 35 sur 49 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

Hallucinations de la vue, se produisant uniquement au moment du sommeil. — Hallucinations do l'ouïe pendant la veille, mais devenant plus fortes avant et après Fp sommeil.

L'observation suivante est celle d'un malade avec lequel j'ai vécu, pendant plusieurs mois chez M. Esquirol. Je possède beaucoup de papiers que ce malade m'a remis, et des note* que j'ai recueillies sur son délire, qui est des plus curieux. Cependant je renonce à dire ce que j'ai moi-même observé, aimant mieux me borner à transcrire le fait tel que l'a déjà rapporté M. Leuret dans ses Fragments psychologiques. J'aurais arrangé à plaisir cette observation pour démontrer l'influence du passage de la veille au sommeil sur la production des hallucinations, qu'elle ne saurait prouver cette influence a un plus haut degré.

« Je donne des soins, dit M. Leuret, de concert avec mon confrère M. Mitivié, à un ancien employé supérieur dans l'administration des finances, âgé d'environ soixante ans, qui éprouve ce qu'il appelle des suscitations. Lorsqu'il se sent excité à faire quelque chose, il attribue le désir à un autre qu'à lui ; cet autre

pour le déterminer à agir, lui représente les objets dont il veut l'occuper. »

«cil n'est pas en mon pouvoir, dit un jour ce malade à M. Leuret, de faire cesser mes suscitations; je ne vois pas même ceux qui les produisent, je les entends, et rien de plus. Cela m'arrive surtout le soir au moment où je vais m' endormir, et le matin lorsque je ni éveille. »

Un peu plus loin le malade ajoute : « Indépendamment de «ela, il y a un autre objet très considérable; ce sont des visions -qui se présentent à mes yeux avant mon sommeil. Je ne puis mieux comparer ce que j'éprouve qu'au théâtre pittoresque de Pierre; mais les objets qui se présentent à moi sont de grandeur naturelle; ce sont des places, des rues, des monuments, des églises, des intérieurs d'appartements, des hommes nus, des femmes aussi, mais rarement.

« Est-il sûr, demande M. Leuret au malade, que vous ne dormiez pas quand tout cela se présente à vous?

— Sûrementye ne dois pas, car je vois très distinctement.

— Avez-vous quelquefois pendant le jour de semblables visions?

— Le jour, quand je ferme les yeux , je vois aussi quelque chose ; ce n'est pas le théâtre, mais différents objets. C'est lorsque je m'assoupis que ces visions arrivent.

— Avez-vous des visions chaque fois que vous vous assoupissez ?

— Oh non ! quand je m'assoupis de moi-même, je ne vois rien, c'est quand on m'assoupit. Je suppose que c'est par le souffle, par la respiration qu'on me fait dormir.»

M. Leuret rapporte cette observation dans son chapitre des visions, lesquelles ne sont pour lui que des hallucinations survenant pendant le sommeil. Je crois qu'il faut soigneusement distinguer les fausses sensations dont il s'agit ici, et dans tous 3es exemples qui précèdent, de celles qui ont lieu pendant les rêves. C'est ce que j'essaierai de prouver plus loin; mais je dois

DES HALLUCINATIONS. 4g-r

faire remarquer dès ce moment que les hallucinations ont lieu à l'instant où le malade s'endort, quand il s'éveille, et non pendant son sommeil. Il n'y a encore chez lui qu'un premier degré d'assoupissement dans lequel les impressions externes sont perçues, au moins en partie. C'est de l'état intermédiaire à la veille et au sommeil qu'il s'agit ici, et non du sommeil même.

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