EXAMEN ET DISCUSSION DES OBSERVATIONS
Les observations qui précèdent prouvent d'une manière incontestable l'influence de l'état intermédiaire à la veille et au sommeil sur la production des hallucinations, chez les sujets prédisposés à la folie, au début et dans le cours de cette maladie. Sur les trente faits que j'ai cités, onze sont empruntés à divers auteurs qui n'ont rien dit de la cause (pie je viens d'indiquer, et qui ne paraissent pas même l'avoir remarquée. Ces onze observations ne sauraient donc être suspectes, et si j'avais pu avoir quelques doutes sur celles que j'ai moimême recueillies, cette circonstance les eût dissipés. C'est donc, je crois, désormais un point bien établi (pie cette influence de l'état intermédiaire à la veille et au sommeil sur la production des hallucinations dans la folie.
J'ai dit que la nuit avait déjà été signalée, dans plusieurs ouvrages, comme un moment de paroxysme pour les hallucinés; mais on se bornait à énoncer le fait sans en rechercher la cause, ou bien on donnait des explications en dehors de la vérité. Voici, par exemple, comment s'exprime Fodéré dans son Traite du délire.
« Il est à remarquer, dit Fodéré, que quoiqu'en général ces apparitions aient lieu le jour aussi bien que la nuit, cependant elles commencent ordinairement avec les ténèbres , et elles sont plus fortes pendant la nuit, parce qu'alors on a moins de moyens de s'informer de la véritable raison de ce qu'on croit voir ou entendre, et que d'ailleurs l'obscurité et le silence prêteur singulièrement au travail de l'imagination.))
Une explication analogue a été donnée par M. Calmeil (1), dont le travail est un des plus récents.
« Les hallucinations de l'ouïe, dit-il, présentent quelquefois
(1) De la folie. Paris, 1845, tome I, page 9.
t. xii. 64
5o6 CAUSES ET THÉORIE
le jour une sorte de rémittence ou même d'intermittence, et se réveillent ensuite au moment de la nuit; soit que le mouvement, les occupations de la journée, exercent sur l'esprit une diversion heureuse, soit que l'obscurité, le silence, l'isolement, contribuent, en concentrant l'attention sur un petit nombre d'objets, à exalter l'imagination et à égarer le jugement. Tel aliéné qui est calme et satisfait tant que le soleil est sur l'horizon, voit arriver la fin du jour avec une sorte d'appréhension, convaincu qu'il est que les scènes de la nuit précédente vont encore se renouveler jusqu'au lendemain. »
Les causes indiquées par Fodéré et par M. Calmeil, pour expliquer les hallucinations qui ont principalement ou même uniquement lieu pendant la nuit, peuvent assurément avoir quelque chose de vrai; mais on ne doutera pas, en lisant les observations qui précèdent, que la principale de ces causes n'ait échappé aux auteurs que je viens de citer. Cette cause est l'influence de l'état intermédiaire à la veille et au sommeil, pendant lequel se produisent comme des rêves anticipés, accompagnés souvent d'hallucinations.
Le moment précis auquel le phénomène a lieu est d'ailleurs clairement indiqué par les malades eux-mêmes.
C'est avant de s'endormir et à son réveil que la mélancolique de Pinel (observation XV) éprouvait les hallucinations qu'elle décrit si bien.
C'est au moment où il allait s'endormir que l'aliéné dont parle M. Leuret entendait dans la tête ce singulier frappement (observation XI).
C'est encore avant le sommeil, et lorsqu'il s'éveillait, que cet ancien employé des finances, dont j^ai transcrit l'observation , entendait des voix ; c'est alors aussi qu'il avait des visions (observation XVI).
Le fait n'est pas moins bien indiqué dans les observations de MM. Cazauvieilh et Moreau, ni dans celle de l'halluciné dont parle Bodin (observations XXI, XXII, XXIII, XXVII).
Je cite de préférence les faits empruntés aux auteurs, parce que les termes dont ils se sont servis ne sauraient être suspects. Ils prouvent que les malades que j'ai moi-même interrogés n'ont rien dit que ce qu'ils éprouvaient.
Il est important de ne pas confondre ces hallucinations survenant, alors que le besoin de sommeil se fait sentir, que les paupières se ferment, mais qu'on n'est point encore endormi, avec celles du sommeil proprement dit. La jeune fille qui voyait le diable, et qui peut-être est une de celles qui expliquent le moins nettement l'état dans lequel elle se trouvait, me disait qu'en sortant de cet état, elle n'avait jamais conscience du réveil; il lui semblait qu'elle n'avait pas cessé de veiller ; quoique ses yeux se fussent fermés, elle avait continué à entendre tout ce qui se passait autour d'elle (observation XVII).
11 y a loin de là aux hallucinations des rêves. Quand on a rêvé et par conséquent dormi, on est éclairé au réveil sur le phénomène qu'on vient d'éprouver, et il n'y a tien de semblable chez les malades dont j'ai parlé.
— Est-il bien sûr que vous ne dormiez pas quand tout cela se présente à vous? demande M. Leuret à l'aliéné qui fait le sujet de la seizième observation.
— Sûrement je ne dors pas, répond-il , car je vois très distinctement.
M. Leuret n'accepte pas cette réponse, et démontre facilement qu'elle n'est pas rigoureuse, car on peut voir très distinctement dans un rêve. Cependant le malade était dans le vrai, il ne dormait pas; il était seulement légèrement assoupi. Au reste, c'est un de ceux auquel il suffisait, même pendant le jour, de fermer les yeux pour avoir des hallucinations de la vue. .1 insiste sur ce point, parce que c'est, je crois, une distinction qu'on devra faire désormais, que celle des hallucinations survenant dans l'état intermédiaire à la veille et au sommeil, et des hallucinations qui ont lieu pendant le sommeil. Ces dernières ont beaucoup moins d'influence sur l'esprit des malades, sont beau-
5o8 CAUSES ET THÉORIE
coup moins dangereuses; les autres, au contraire, affectent l'imagination bien plus vivement, parce qu'on ne dort pas. Comme le disent les malades, ce n'est pas un rêve; on voit et on entend jbien réellement. D'ailleurs, que de différence entre les unes et les autres sous le rapport de la gravité ! Les hallucinations dans les rêves sont sans doute un signe d'excitation cérébrale , mais elles peuvent exister longtemps sans qu'on ait à craindre l'invasion de la folie; les autres, au contraire, qui se rapprochent sous ce rapport des hallucinations de la veille, ne tardent pas, pour peu qu'elles persistent, à devenir continues et à entraîner le délire.
Je dis que les hallucinations qui précèdent le sommeil deviennent bientôt continues et entraînent le délire; c'est", en effet, ce qui a lieu le plus souvent. Cependant les trois premières observations prouvent qu'il n'en est prs toujours ainsi, et que la folie peut ne survenir qu'après plusieurs années chez -des sujets qui, tous les soirs, étaient tourmentés par des hallucinations au moment du sommeil. Je connais une dame, d'un •esprit distingué et douée d'un excellent jugement, qui n'a jamais pu s'endormir sans une lumière, à cause des visions dont elle est assiégée dans l'obscurité. On devra surtout tenir compte de ce symptôme chez des sujets nés de parents aliénés ou qui ont d'autres signes de prédisposition à la folie. Des trois malades dont j'ai donné l'histoire , deux , en effet , ont fini par perdre la tête, et le troisième a été plusieurs fois dans l'imminence du délire. Les hallucinations, au moment du sommeil, •devront donc être recherchées , chez les sujets prédisposés à la folie , comme un des traits de cette prédisposition.
L'étude des hallucinations qui précèdent le sommeil offre plus d'importance dans le prodrome et au début de la folie; elle montre, en effet, dans beaucoup de cas, le point de départ et l'origine des fausses sensations qu'on observe pendant la veille. D'ailleurs , c'est après un temps variable que les hallucinations, qui se sont d'abord produites uniquement au moment du som-
DES HALLUCINATIONS. bo$
meil, deviennent continues. Ainsi, chez Alexandrine J.... (observation IV), cela n'a eu lieu qu'après une douzaine de jours. D'abord il lui suffisait de sauter de son lit et d'avoir de la lumière pour retrouver le calme; ce ne fut qu'après ces douze jours que, les hallucinations persistant malgré la lumière, la malade en vint à se disputer avec les voix et à se sauver dans les rues en demandant du secours. Dans d'autres observations, le phénomène a persisté moins longtemps isolé. Dans la huitième, par exemple, le bruit survenu au moment du sommeil continue, dès la première fois, pendant tonte la nuit. Chez la malade de la treizième observation, les hallucinations durent pendant six heures, dès le premier jour. Knfin,chez madame L.... (observation XIV), un délire violent a suivi immédiatement et n'a pas cessé depuis huit ans.
Les hallucinations qui surviennent au moment du sommeil, après être devenues continues , peuvent de nouveau , avant de se terminer complètement, revenir à leur point de départ. C'est ce qui a eu lieu spontanément dans la cinquième observation, et sous l'influence du datura dans les observations X\I1 et XXIII.
Cette espèce de marche décroissante pourra quelquefois faire reconnaître le point de départ des hallucinations, alors que les renseignements sur le début n'auront pas permis de l'établir bien nettement.
Quelle que soit l'origine des hallucinations, elles deviennent souvent plus fortes au moment du sommeil. On voit cette espèce de paroxysme indiqué par les malades eux-mêmes dans les observations XVI, XX Vit, XXIX et XXX.
Il arrive assez souvent que des aliénés, hallucinés d'un ou de plusieurs sens pendant le jour, ont des hallucinations d'un autre sens dans l'état intermédiaire à la veille et au sommeil (observations XXIV, XXV, XXVI et XXVII).
Les fausses sensations qui précèdent le sommeil font quelquefois redouter aux malades le moment où ils vont s'endormir.
C'est ce qui explique pourquoi celui-ci ne rentrait chez lui que le plus tard possible, ou même passait la nuit dans les rues (observation XII); pourquoi une autre ne s'est pas couchée pendant deux mois (observation XXVI); pourquoi, enfin, cette jeune fille chlorotique luttait contre le sommeil , dont elle avait, disait-elle, si grand besoin (observation XXIX). Quelque chose d'analogue avait lieu chez un fébricitant qui me demandait souvent, au milieu de la nuit, de ne pas cesser de lui parler, ou de lui faire une lecture pour le tenir éveillé, parce que, dès qu'il s'assoupissait, il avait des illusions fatigantes qu'il décrivait avec Ja plus grande précision.
Depuis que j'ai fait les observations qui précèdent, sur l'influence du passage de la veille au sommeil, j'ai rencontré plusieurs malades, non aliénés, qui ressentaient beaucoup plus vivement leurs douleurs quand ils s'assoupissaient. J'ai été consulté, entre autres, par une femme dont les douleurs névralgiques se produisent quelquefois uniquement au moment du sommeil. Enfin j'ajouterai que l'influence 'du passage de la veille au sommeil doit être étudiée chez les épileptiques. Chargé provisoirement, pendant deux mois, du service de ces malades à la Salpêtrière, j'en ai vu une chez laquelle cette cause provoquait manifestement les accès. On sait que ceux-ci surviennent très souvent pendant la nuit, et il reste à rechercher quels rapports l'invasion peut avoir avec celle du sommeil ou avec le réveil.
Les hallucinations qui se produisent le plus souvent dans l'état intermédiaire à la veille et au sommeil sont celles de l'ouïe et de la vue. Ce sont aussi celles qu'on observe chez le plus grand nombre des malades dans l'état de veille. Cependant les hallucinations de la vue sont certainement ici relativement plus fréquentes. Dans plusieurs observations , il y a eu de fausses sensations du toucher et de l'odorat.
Il est des malades chez lesquels les hallucinations surviennent seulement au moment du sommeil (observations I, II, IV, VI,
DES HALLUCINATIONS. 5l T
VII, IX , XI, etc. ): c'est le cas le plus fréquent. Elles ont rarement lieu uniquement au réveil (observations XIII, XIV); il est plus commun, au contraire, de les observer immédiatement avant et après le sommeil. C'est ce qui existait dans les obscrtions IH, V, VIII , XV, XVI, XVHI, etc.
Les hallucinations qui se produisent sous l'influence du passage de la veille au sommeil sont souvent simples et confuses; ce sont, par exemple, des bourdonnements d'oreilles, des bruits de différente nature. C'est un frappement qui s'opérait sur le tympan chez le malade de M. Leuret (observation II); pour d'autres, c'est un bruit de voix dans lequel les malades ne distinguent rien. Dans certains cas, il en est autrement, les paroles sont nettement prononcées; ce sont des menaces, des injures, on annonce au malade des événements fâcheux. On demandait à une femme des messes pour l'âme de ses parents morts. Une autre entendait des assassins qui venaient là tuer ainsi que son mari.
Les hallucinations de la vue sont très variées. La malade qui fait le sujet de la neuvième observation voyait presque toujours des militaires. Une autre apercevait le diable chaque soir, toujours sous la même forme. Ainsi on ne peut rien établir de général, et les hallucinations de l'état intermédiaire à la veille et au sommeil ne diffèrent en rien, sous ce rapport, de celles qui ont lieu pendant la veille.
La comparaison des observations que j'ai citées me parait faire ressortir, quant à l'étiologie , un fait de quelque intérêt.
Chez Àlexandrine J (observation IV) les hallucinations
survinrent à la suite de la suppression des règles, et cessèrent après une application de sangsues qui les fit reparaître.
La femme L.... (observation V) avait, depuis quelque temps, de la céphalalgie, des étourdissements, des bourdonnements dans les oreilles. Elle était très colorée et sous l'influence d'une congestion cérébrale permanente, qu'aggravaient encore des excès
5l2 CAUSES ET THÉORIE
de boisson. Les hallucinations , après avoir cédé une première fois , revinrent à l'époque des règles.
Denise B.... (observation VI) avait omis de se faire pratiquer une saignée, à laquelle elle était habituée depuis plusieurs années; ses migraines avaient augmenté, et elle était aussi très colorée.
Dans les septième et huitième observations , les malades étaient arrivées à l'âge critique; l'une d'elles était forte, pléthorique et sujette à des étourdissements.
Chez la malade de l'observation IX , les règles, depuis quatre ans, avaient toujours été en diminuant.
Dans l'un des faits empruntés à M. Aubanel, le malade avajt de la céphalalgie, la figure rouge, le front chaud. Les hàHucinations cédèrent à une saignée que fit pratiquer M. Ferrus.
Dans tous les cas que je viens de rappeler, et dans d'autres encore, la congestion cérébrale paraît avoir joué le principal rôle pour la production des hallucinations. C'est un point qu'il faut constater, parce qu'il fournit des indications bien précises pour le traitement.
Le délire qu'entraînent les hallucinations survenant au moment du sommeil est souvent de peu de durée.
La malade de la quatrième observation fut guérie quelques jours après son entrée à la Salpêtrière. Il en fut de même pour celle de l'observation VII. La femme qui entendit plusieurs nuits de suite la voix de ses parents qui lui demandaient des messes ne donna aucun signe de délire à l'hospice, et celui qui avait dû provoquer son entrée avait déjà cessé. Les malades des vingt et unième et vingt-deuxième observations furent aussi très promptement guéris.
Plusieurs auteurs, et Esquirol entre autres, ont signalé l'analogie des rêves et des hallucinations. Cette analogie existe, et les faits que j'ai cités me semblent surtout propres à la démontrer: cependant on a négligé de faire une distinction sur laquelle je crois devoir insister.
I)i:S HALLUCINATIONS. 5 l 3
11 y a deux sortes de rêves : les uns sont simples et purement intellectuels, si je puis dire; les autres sont accompagnés d'hallucinations véritablement sensorielles.
Les rêves simples sont les plus fréquents; on se rappelle souvent des conversations qu'on a eues avec des personnages qu'on n'a pas vus, et de la voix desquels on n'a conservé aucun souvenir. Il se passe dans ce cas ce qui a lieu très souvent, mais avec conscience, dans l'état de veille, lorsqu'on est très préoccupé. Jl arrive alors qu'on se parle à soi-même mentalement à la seconde personne, comme le ferait un interlocuteur. C'est ainsi que nous nous adressons des reproches et que nous nous faisons des objections auxquelles, nous répondons, etc. Mais dans ces espèces de dialogues intérieurs il n'y a que des pensées formulées sans aucun bruit de voix. C'est un phénomène intellectuel indépendant de l'action des sons.
Ces rêves simples constituent aussi de fausses perceptions de l'ouïe, puisqu'on croit entendre des paroles; mais ces paroles, on les entend sans bruit, elles sont tout intérieures, ce sont des hallucinations incomplètes et qui diffèrent des véritables hallucinations par l'absence des phénomènes sensoriels.
Quelquefois on se rappelle avoir vu certaines figures, entendu certaines voix pendant le sommeil; ce qu'on a éprouvé est alors tout-à-fait idenliqucavec ce qu'éprouvent les hallucinés pendant la veille, et une des observations que j'ai citées le prouve d'une manière évidente; la malade entendait des voix avant de s'endormir et en se réveillant, mais, de plus, elle se rappelait les avoir entendues pendant son sommeil : quelquefois même ces voix la réveillaient. Ainsi l'hallucination avait lieu avant, pendant et après le sommeil, et, dans tous les cas, elle était évidemment de la môme nature.
Il importe donc, si on compare les rêves aux hallucinations. de tenir compte de la distinction dont je viens de parler, et sur laquelle je vais bientôt revenir pour montrer qu'elle doit également être faite pour les phénomènes qu'éprouvent les hallucinés, t. xii. 65
5l4 CAUSES ET THÉORIE
La nature des hallucinations est très diversement comprise par les auteurs : les uns les considèrent comme un symptôme purement physique, dont le bourdonnement d'oreilles est le degré le plus simple; les autres comme une espèce particulière de délire qui ne diffère des conceptions délirantes, en général, que par sa forme. Pour les uns, les hallucinés sont réellement impressionnés comme s'ils voyaient et entendaient, etc.; pour les autres, au contraire, ces malades se trompent, et n'éprouvent rien de ce qu'ils disent. Les partisans de la première opinion préconisent surtout les moyens physiques; ceux de la seconde, le traitement mor-aU
Les observations que j'ai citées me semblent de quelque intérêt pour la solution de la question. Elles fournissent un des arguments les plus solides à l'opinion, surtout bien défendue par M. Foville, qui fait des hallucinations un symptôme tout physique. C'est, en effet, d'une manière en quelque sorte mécanique qu'on les voit survenir au moment du sommeil. Elles sont alors évidemment le résultat du changement qui s'opère dans les centres nerveux, changement inconnu, mais qu'il est impossible de concevoir autrement que comme un fait purement organique. Le simple abaissement des paupières suffit pour provoquer chez quelques malades des hallucinations de la vue; ils aperçoivent alors des objets variés dont ils n'avaient pas la moindre idée un instant auparavant. La position horizontale paraît même contribuer beaucoup à la production des hallucinations. La mélancolique citée par Pinel cessait, dès qu'elle était assise, d'entendre la voix qui lui parlait. J'ai dans mon service une malade qui entend plus fortement le bruit des voix qui la tourmente quand elle a la tête basse. Dans l'une des observations empruntées à M. Moreau , les hallucinations recommençaient dès que le malade posait sa tête sur l'oreiller, et il lui suffisait de se mettre sur son séant pour s'en débarrasser. Chez les femmes, c'est, dans beaucoup de cas, sous l'influence de la suppression des règles et de symptômes de congestion
DES HALLUCINATIONS. 5l5
cérébrale que les hallucinations surviennent an moment du sommeil. Or, j'ai montré que ces hallucinations étaient souvent le point de départ (te celles qui oui lieu pendant la veille. Elles doivent donc, au moins dans ce cas, être considérées comme un symptôme physique, et qui appelle surtout remploi de* moyens physiques.
Les hallucinations qui précèdent le sommeil , pour peu qu'elles persistent pendant plusieurs jouis, doivent éveiller l'attention du médecin, surtout s'il s'agit d'un sujet prédisposé à la folie, ou qui a déjà été aliéné. C'est, eu effet, parce qu'elle permettra quelquefois de prévenir un délire imminent que l'étude des hallucinations de l'état intermédiaire à la veille et au sommeil peut avoir quelque utilité pratique.
Il me reste à parler des faits que j'ai eilés sous le rapport de la médecine légale.
Un paysan allemand , réveillé au milieu delà nuit, frappe d'un coup de hache un fantôme qu'il aperçoit devant lui. Cet homme immole ainsi sa femme, avec laquelle il avait toujours vécu en très honne intelligence. Il n'avait donné jusque là aucun signe de folie, et il n'en donna aucun après. Ce cas devait intéresser à un haut degré les médecins légistes, et il provoqua une longue consultation, que Marc a traduite en entier, et qu'il cite comme un modèle (i). Les auteurs de cette consultation, après avoir rappelé l'espèce de délire qui survient souvent au moment du sommeil et du réveil, déclarent que le meurtre a dû être commis dans un état intermédiaire à la veille et au sommeil. Chose singulière, cette opinion , étayée de l'autorité des plus célèbres physiologistes, ne s'appuie sur aucun fait emprunté à la pathologie mentale. Holfbauer (2) et Marc, dans les chapitres consacrés à l'examen de l'état intermédiaire à la veille et ail
(1) De la folie considérée dans ses rapports avec /es questions médico-judiciaù Paris, J8M, t. I, p. 56 et suiv.
(2) Médecine légale relative attx aliénés , aux sourds-muets, avec des notes par Esquirol et Itard. Paris, 1827, in-8.
5i6 CAUSES ET THEORIE DES HALLUCINATIONS.
sommeil , sous le rapport médico-légal , ne citent non plus aucun fait observé chez les aliénés. C'est le silence d'auteurs si érudits qui m'a surtout engagé à publier les observations que renferme ce mémoire. Elles devraient , en effet , être invoquées dans le cas où des hallucinations seraient alléguées comme excuse d'un meurtre commis pendant la nuit par un homme qu'on retrouverait le lendemain parfaitement sain d'esprit. On a vu les hallucinations provoquées par le passage de la veille au sommeil se continuer, dès la première fois, une partie de la nuit et cesser le matin (observations VII et XIII). Il y a donc là une cause de folie transitoire, dont il pourrait ne rester aucune trace. Il faudrait alors rechercher si le malade s'était couché, s'il avait eu un commencement d'assoupissement, ou si c'est au réveil que les hallucinations ont commencé, etc.
Ko?
Srf^gïS
■'' ' ' f ri V
oo
fef,
WSMŒMÊËft
fS, O
» * :':W' cij
^BÇ^k/riJr^**?* '
•^Jte».&
fid ■"-,-■ si"
mmm
SUSi^
iWf
BPIL
•' \fp.