Extrait d'un poème sur la vie future
Mais, ce Dieu , quel est-il ? insensés que nous sommes ! Ne suffit-il donc pas qu'il se révèle aux hommes , Réglant de l'Univers l'harmonie et le sort , Et qu'il ait tout pouvoir sur la vie et la mort ! Quelle est la folle erreur de ces prétendus sages, Qui , pour chercher le jour, assemblent des nuages ; Et, pour ne croire à rien , dans leur égarement , De Dieu font le hasard, du hasard le néant !
(1) Voyez Y Annuaire de 1840, pag. 185, et celui de 1841 ,
ag. 75.
4 Là RAISON ET Là FOI.
C'est de l'esprit humain la plus triste utopie. Le hasard est un mot plus absurde qu'impie ; Le hasard peut-il être immuable , infini, Ainsi que Dieu compris, et jamais défini?.... Être Suprême , en toi la raison dit de croire : Des sphères le concert est l'hymne de ta gloire; Et qui peut , dans Téther élevant son regard , Saisir l'œuvre de Dieu clans les mains du hasard ! C'est un délire immense encor plus qu'un blasphème De vouloir Dieu partout, excepté dans Dieu même ! C'est rouler le néant sur la Terre et les Cieux , Expliquer l'Univers , un bandeau sur les yeux, Mettre tout son esprit à faire tout matière , Et ne voir que la nuit au sein de la lumière : Tandis qu'alla raison , dans toute leur splendeur, Les cieux racontent Dieu , sa gloire et sa grandeur (1) !
Esprits forts r quelle est donc votre étrange faiblesse ? Plus Dieu vous a faits grands, plus votre orgueil l'abaisse: Dieu n'est que la Nature à défaut du hasard! Vous faites Dieu de tout , d'un éclair, d'un brouillard, Des Alpes, de la mer, de la comète errante, Des élémens discords , d'une étoile filante ; Et la Terre et le Ciel, tout espace , tout lieu, Ensemble réunis , vous dites : « Voilà Dieu. » Ainsi , vous confondez créateur, créature , Et la Nature avec l'auteur de la Nature !
Amateurs du néant , d'autres rêveurs enfin Font le monde éternel, sans principe et sans fin !
(1) Cœli enarrant gloriam Dei. (David, Ps. xviii.)
Lk RAISON ET LA FOI. 0
Mais comment prouvent-ils l'éternité du monde
Quand on le voit vieillir, et que la preuve abonde,
Aux yeux du géologue, exempt de préjugé,
Qu'animaux , plantes , sol , ont plusieurs fois changé ?
La Terre offre à Cuvier de trois âges les traces,
Et d'êtres différens trois successives races :
Les fossiles, du globe insignes monumens ,
Sont les révélateurs de ces grands changemens.
On a vu, dans un temps encor non historique,
La Sicile arrachée à l'Italie antique ;
Où fut un même sol, Neptune le fendant,
Entre Douvre et Calais éleva son trident,
Et noya , renversant d'Hercule les barrières ,
Dans trois nouvelles mers des nations entières ;
Du Zuyderzée où sont les villes , les châteaux
Et les champs?... Descendus dans l'empire des eaux (1)!
Rien ne dure , tout meurt , ou se perd , ou varie :
Le soleil africain brûla la Sibérie :
On trouve, en ses déserts, les squelettes géajis
D'animaux inconnus , monstres jadis vivans ;
Des volcans sont éteints ; jadis plus abaissée ,
La côte Scandinave apparait exhaussée ,
Tandis qu'en Palestine on voit se déprimant
La mer Morte , et son sol et son fleuve dormant (2);
La Loire voit tarir ses ondes navigables;
Le Rhin a pour cercueil un archipel de sables ;
Et l'avenir regarde, en funèbres bandeaux,
Les Dunes s'avancer sur le front de Bordeaux (3) !
(1) Au commencement du xuie siècle.
(2) Séances de l'Académie des Scienees, 1642*
(3) Jbid.