LA RA1S0* ET LA FOI
Et mit au fond des cœurs ce double sentiment : Ame, esprit immortel; corps, matière et néant.
Des êtres qu'on aima sur la Terre où tout passe , Le souvenir se garde et l'image s'efface. Avec le temps , si l'art n'a fixé leurs portraits , Des figures on voit s'évanouir les traits; La mémoire du cœur à les chercher succombe : Ils y vont s'effaçant comme au fond de la tombe. Au chemin de la vie où le temps m'a vieilli , Si rapide en son vol ! souvent seul , recueilli , Vous qui me fûtes chers aux jours de mon jeune âge , J'ai voulu retrouver, rappeler votreimage ,
Le son de votre voix, votre air, votre regard
Tout est resté confus ; le Ciel a fait sa part :
Au souvenir l'esprit , à l'oubli la matière.
Le Ciel à la raison montre cette lumière :
Quand tout d'un corps mortel à nos yeux reste absent ,
Tout de l'ame immortelle à notre ame est présent.
Vertu, bonté , talens , esprit et caractère ,
Rien de vous ne se perd, rien de vous ne s'altère ;
Sur vous en vain les ans s'amassent révolus :
L'ame a ses souvenirs quand les sens n'en ont pi us.. . . .
C'est ainsi que Dieu même a voulu nous instruire
Que, souffle divin, l'ame, il ne peut la détruire;
Que, matière, le corps, de l'ame séparé,
De la poudre sorti, dans la poudre est rentré.
D'une vie à venir et de l'ame immortelle
Ainsi s'ajoute encor une preuve nouvelle.
Cette horreur du néant que l'on trouve en tous lieux , Dans la nuit des humains est un éclair des Gieux.
8 t'A RAISON ET LÀ FOI.
Qui mit ce sentiment immortel dans notre ame ? Dieu qui fit les soleils, la lumière et la flamme. Ces soleils s'éteindront , car tout corps doit périr ; Mais tout esprit vivra : i'ame ne peut mourir (1) !
La raison à la foi n'est pas ici contraire;
On doit croire, espérer : je crois donc et j'espère.
Villenave père.
(1) Vita mutatur, non tollitur. (Préface de la messe des morts.)
Imprimerie et lithographie de Félix Malteste et Ctè, rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur, 18»
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