SUR LA RELATION PRÉCÉDENTE
NOTE (1) , Page 125.
" Et la France, de l'état de paix et de prospérité " qui lui avait été rendu, a été, en moins de trois " semaines, replongée dans l'abime de maux quelle " croyait fermé. Il eit important défaire connaître *' par quelle progression de causes irrésistibles la trahison *' a pu enchahier, dans cette circonstaîice, la force '^ publique et la volonté nationale."
Ce début donne au lecteur l'espérance de trouver, dans la suite de la Relation^ le développement de cette " prO" " gression de causes irrésistibles" êoni l'effet a été si prompt et si terrible : mais cette espérance n'est point réalisée. Ce développement aurait été l'histoire de la marche de l'opinion, et si une fois l'auteur de la Relation avait entamé ce sujet, il aurait été entraîné à convenir cjuec'est cette marche irrésistible qui a déterminé la chute du Roi et le succès de Buonaparte. Or, après un tel aven, il aurait bien pu entretenir le public de la progression des évènemens et des défections successives qui les ont amenés ou accélérés, mais il aurait été forcé de renoncer à les présenter à l'Europe, comme le résultat d'un complot secondé par de vastes intelligences (a), dont, au reste, on chercherait en vain dans sa Relation les détails ou les preuves. Je suis convaincu qu'il n'j a eu ni complot, ni conspiration, et ce qui me confirme dans celle opinion, c'est que je n'en ai vu nulle part aucun indice, et que tous les efforts qu'on a ftiit pour en découvrir, ont toujours été infructueux. La cause de la chute du Roi a été l'état de l'opinion. Buonaparte a eu
(a) Voyez la Relation publiée à Gand, Page 125, ligne 17,
connaissance, de cet état de l'opinion, et avec l'audace qui a presque toujours caractérisé ses entreprises, il a tout risqué pour en profiter, et il a réussi. C'est la seule conspiration que j'aye vu de son côté. Si l'opinion de la Nation française avait été telle qu'on la représente fréquament dans la Relation publiée à Gand, il n'y a pas de conspiration qui eut pu la comprimer, ou pour me servir des expressions de l'auteur, qui eut "pu enchaîner " la volonté, nationale." La même Relation nous parle d'une opposition complelte entre l'opinion de l'Armée et celle de la Nation ; elle nous dit que "jamais opposition "plus marquante entre l'esprit du soldat et du citoyen " n'a éclaté, chez un peuple" {h). Cependant cette prétendue opposition ne s'est manifestée par aucun acte, et je ne crois pas qu'elle put exister. Nos Armées modernes sont trop nombreuses et ont trop de ramifications dans toutes les classes de l'Etat, pour qu'il puisse y avoir une différence complette entre l'opinion nationale et celle de l'Armée. II peut y avoir eu des nuances, et je crois qu'il y en a eu ; mais ces nuances ne portaient que sur les moyens d'atteindre le but. La plupart des français desirait, ainsi que l'Armée, un changement de système qui mît un terme aux prétentions de la Cour, et qui calmât les allarmes que cette iufluence toujours croissante avait généralement répandues. Voilà ce que voulait la Nation, et ce qu'elle attendait du Roi. Je suis persuade que si la volonté nationale n'avait pas été méconnue, peut-être même dédaignée, la Nation n'aurait pas témoigné pour la cause du Roi, cette indifférence qui lui a été fatale. 11 est de fait que depuis le moment où Buonaparte a débarqué avec mille hommes, jusqu'à celui où le Roi a quitté la France (c'est-à-dire, pendant vingt trois jours !), le Roi n'a reçu aucune assistance de la Nation ; et comme il est dit très justement dans la Relation de Gand, " les forces asseni-
(h) Voyez la Relaiion publiée à Gand. Page 133, ligne 17".
èlêes pour résister au torrent, nejirent que le grossir et en alimenter la violence" (c).
Il n'y a pas de conspiration qui puisse produire un pareil résultat. Aussi ceux qui voyaient toujours des conspirations partout, ceux auxquels tous les évèneniens de la Révolution n'avaient jamais cessé de paraitre le résultat d'autant de conspirations, sentirent eux-mêmes que l'aveu d'une conspiration nationale contre le Roi et son Gouvernement, pourrait produire sur l'opinion de l'Europe, un effet contraire à celui qu'ils se proposaient, lis n'abandonnèrent pas entièrement le moyen bannal d'attribuer le résultat de leurs propres fautes à des conspirations qu'ils prétendent ensuite qu'on doit réprimer et punir; mais ils s'attachèrent en même tems, à représenter la Nation française aux Puissances étrangères, *' comme un peuple bon et sensible que le Roi avait laissé " en proie à tous les excès d'une soldatesque égarée" (d), et à montrer à l'Europe celte Armée française dont le seul nom l'allarmait encore, " comme une soldatesque crédule ,'* qui suivait dans Buonaparte '^ le dévastateur du monde, " qu'elle voyait prêt à lui en rendre les dépou-illes" (e).
Ces différens thèmes pouvaient présenter l'avantage de remplir des vues du moment, et de satisfaire des passions particulières ; mais ils ont essentiellement contribué à faire méconnaître la source et la véritable cause du mal qui était l'état de l'opinion ; et je suis persuadé que si le Roi l'avait bien connu, et surtout s'il avait voulu agir en conséquence, il n'aurait pas eu de peine à la conserver, ni même à la reconquérir, loisqu'il a da s'appercevoir que sa Cour l'aliénait. Je suis également persuadé que si l'opinion n'avait pas été ce qu'elle était devenue, Buonaparte n'aurait pas formé cette entreprise extraordinaire, dont le succès a été si étonnant, et néanmoins si facile.
(c) Voyez la Relation publiée à Gand. Page 127, ligne l^J^ (<l) Voyee la Relation publiée à Gand. Page 132, ligne 31. (e) Voyez la Relation publiée à Gand. Page 133, ligue 29,
NOTE (2) , Page 125.
" Il était nécessaire de prendre les mesures que suggé- " rait la prudence, et qu'aurait prescrites le 2^1 as immi-
" nent péril."
Quiconque aura lu ce qui précède, peut juger si les mesures ciui furent adoptées alors, éiaient de cette nature. Non seulement, il n'était pas permis de croire que le péril fût imyninent, mais il suffisait d'exprimer quelques craintes sur le succès de Buonaparte et la solidité du trône du Roi, pour être immédiatement soupçonné de désirer sa chute. Je ne puis assez répéter que ces illusions et les fausses mesures qu'elles ont constamment fait adopter, ont été les meilleurs auxiliaires de Buonaparte dans son entreprise,
NOTE (3) , Page 126.
" Bans le cas cependant où Buonaparte aurait formé " quelques intelligences, un corps placé à Lyon devait *' r arrêter"
Ce Corps n'a jamais été rassemblé, et il est évident qu'il n'aurait pu l'être, qu'autant que Buonaparte aurait été releriu assez longtems en Provence ou en Dauphiné, pour que les Troupes auxquelles on avait donné l'ordre de se rendre à Lyon, eussent eu le tems d'y arriver. Quant aux personnes que l'auteur de cette Relation suppose avoir été d'intelligence avec Buonaparte, je ne comprends pas pourquoi elles auraient attendu pour se déclarer que ce Corps fût réuni à Lyon, surtout après la prise de Grenoble.
NOTE (4) , Page 126.
J'ai déjà manifesté mon opinion sur le Maréchal Ney, et je me réfère à ce que j'en ai dit dans mon Journal. (/)
(/) Voyez mon Journal, Pages 31 et 32. T
NOTE (5) , Page 126.
" Tout fut lirépart à Lyon pour la plus vigoureuse *' résistance ; mais malheureusement, il ne s'y trouvait „ aucunes munitions de guerre."
Ces deux assertions sont contradictoires. Il est clair qu'il ne pouvait pas y avoir une vigoureuse résistance, là où il n'y avait aucunes munitions de guerre, et où on était dépourvu de tout, (g)
NOTE (6} , Page 126.
" // n était encore arrivé à Lyon qu'un petit nombre *' de troupes" (le 20! de Ligne, venu de Montbrisson); '' mais Monsieur, que le Maréchal JMacdonald s'était " empressé de rejoindre, ne s'en décida pas moins à tenir *' derrière des barricades élevées à la hâte."
Il n'y avait à Lyon d'autres barricades, que celle du pont de la Guillotière, qu'on eut en effet beaucoup de peine à fermer, mais qui fut ouverte très aisément et sans aucune résistance, par les troupes qui formaient l'avantgarde de Buonaparte.
L'assertion que le Maréchal Macdonald s'était empressé de rejoindre Monsieur (h), n'est pas plus exacte. L'auteur de la Relation parait aveir cru nécessaire de se servir du langage de Cour, et d'attribuer au Maréchal Macdonald un empressement qu'il n'avait, ni ne pouvait avoir. Il est extraordinaire que l'auteur ait oublié (car il parait difficile qu'il ne l'ait pas su) que le Maréchal Macdonald n'était pas destiné à accompagner Monsieur, que cette destination avait été assignée au Maréchal Gouvion de Si Cyr, et que c'était par hasard, et non pas par empressement, que le Maréchal Macdonald s'était trouvé à Lyon auprès de Monsieur, (z)
(g) Voyez mon Journal, Pages 10 et 11.
(/i) Voyez la Relation publiée à Gand, Page 126, ligue 32.
(i) Voyez mou Journal, Fages 7 et 8.
NOTE (7) , Page 127.
Il y avait certainement beaucoup de raisons pour " craindre une suite rapide de désastres •" mais les détails que j'ai donnés, et le récit de mes conversations à mon retour de Lyon, doivent avoir donné une idée exacte du peu d'impression que ces nouvelles avaient faites sur la Cour, et surtout de l'inefficacité des mesures ■qu'on prit pour arrêter cette suite rapide de désastres.
NOTE (8) , Page 127.
" L'opinion agitée par tant de craintes et de défiance, " cherchait ailleurs que dans ïascendant d'un seul *' homme, la cause de son déplorable succès,"
Ceci est un aveu précieux, qui fait présumer que la véritable cause de ce déplorable succès, n'était pas inconnue à l'auteur de la Relation, et qu'il avait sur l'état de l'opinion, des notions plus exactes que celles qu'il a manifestées dans le reste de son récit.
NOTE (9) , Page 127.
Pour que le lecteur puisse bien comprendre la Relation de la Gazette de Gand, il n'est peut-être pas inutile d'expliquer que le mot on est employé pour désigner la Cour, sans nommer personne ; ainsi dans ce paragraphe : "On ne voulait pas croire que la séduction ** de sa présence eut produit vu tel effet sur les
" troupes." On prétendit voir l'indice d'une
" trahison," .... signifient que c'est la cour qui *' îie
" voulait pas croire" la cour qui "prétendit
'* voir l'indice d'une trahison, dans cette ancienne marque *' de dévouement" que le Maréchal Duc de Dalmatie avait donnée à Napoléon, en étant " le dernier à sou- " tenir les armes à la main" Cen 1814; " sa cause.
" déjà perdue," Le public ne [)artageait pas plus les opinions de Ja Cour sur ces points I4 que sur bien d'aulres; mais il allendait les évènemens en silence, ne manifestant que de J'indifFérence sur ce qui se passait, sans s'cmb;iirasser des conspirations et des tndiisons dont on s'entretenait à la Cour.
11 est à remarquer que ce même Marécbal Duc de Dalmaiie, que la Relation publiée à Gand le 14 Avril, absout de l'accusation de irabison, en disant, " quelle ue. *'jût point du tout prouvée, et quon doit peut-être la " mettre au nombre de ces calomnies populaires qui *' se répandent au moment des grands périls" {k), soit néanmoins le premier individu porté sur la liste de la seconde classe de ceux qui furent compris dans l'Ordonnance du 24 Juillet 1815, quoique cette Ordonnance ne dût frapper que ceux, qui s'étaient rendus coupables avant que le Roi ne fût sorti de France, c'est-à-dire^ antérieurement au 23 Mars.
XOTE (10) , Page 127.
On se décida à former un Corps d'Armée devanê '' Paris, et à réunir le plus grand nombre possible de " Gardes-Nationales et de Volontaires.''
Quoique ce projet fut devenu à peu près inexéculablCj, depuis que la défection d'une partie des troupes avait ébranlé le reste, on persistait à s'en occuper exclusive-: ment, et on en attendait toujours les plus grands résultats. Ce fut dans cette illusion, que les Places de la frontière du Nord furerit dégarnies, non seulement de la presque totalité des troupes de Ligne qui composaient leurs, garnisons, mais aussi de ces Gardes-Nationales et de ces Volontaires, qu'on appellait encore à Paiis pav télégraphe le 18 Mars, et avec lesquels cependant ou
(hj Voyez la Relation publiée à Gaild, Page 127, li^ue 1?.
pictendit ensuite, qu'on aurait pu défendre ces mêmes Places, si on les y avait trouvés le 22. Mais la Relation ne nous apprend pas ce qui empêcha de réunir devant Paris, ce plus grand nombre possible de Gardes- 'Suiionales et de Volontaires-, cependant il parait que cette réunion éprouva des obstacles insurmcjnlables, puisqu'il est dit plus loin : " Dans la matinée du 19, " ton sut quil jCy avait pas en avant de Paris, un seul f Régiment sur lequel on put compter Ainsi rien ne "pouvait plus arrêter la marche de Buonaparte, et h " seul parti qui restât au Roi était de se retirer avec sa piaison militaire" (/). Si rien ne pouvait plus arrêter la marche de Buonaparte, si- le 19 Mars, il ne restait plus au Roi que sa Maison Militaire, il ne s'était donc pas réuni devant Paris, un bien grand nombre de Gardes- Nationales et de Volontaires ; et cet esprit du Citoyen, si favorable au Roi et si opposé, selon la Relation de Grand, à celui du soldat, ne lui avait donc procuré aucuns bras pour sa défenic,
KOïE (IJ) , Page 120.
^' Cependant les dispositions à prendre pour Vorgani- *?' sation des volontaires et des colonnes mobiles deman- " daienl quelques jours. Chaque instant enfantait un *f nouveau danger."
Je crois qu'il n'a élo question de ces colonnes mobiles que dans la Relation de Gand ; et si on s'est occupé d'en réunir, ce que j'ignore, je puis au moins assurer qu'on n'en â formé aucune. En général, les colonnes mobiles ont pour objet de comprimer les insurrections des-peuples, et de désarmer les habitans ; cl c'est probablement le parti que les Gouvernemcns Républicains ont tiré des colonnes mobiles dans la Guerre de la Vendée, qui a fait
Q) Vo^ez la RtLtion publiée à Gûncl, Page 1C9, ligne 10,
penser à l'auteur de la Relation, que le Roi aurait du en organiser dans cette circonstance; cependant, plus on se rapprochait de son opinion sur l'opposition de l'esprit du soldat à celui du citoyen, plus cette mesure devait paraître inutile.
NOTE (12) , Page 128.
Relativement au mouvement des Garnisons du Nord, je ne puis que référer aux détails que j'en ai déjà donnés dans mon Journal, (m)
KOTE (13) , Page 128.
" On voulut former sous le Commandement du Duc " de Trévise, une Armée de réserve à Péronnt, où les " Troupes réunies seraient moins exposées à la séduction. ** M. h Duc D'Orléans partit pour s'y rendre,"
Il paraîtra au moins bizarre à quiconque aura lu mes Lettres de Service {n), et toutes les conversations dont j'ai rapporté les détails, que dans une Relation publiée sous les yeux du Roi, on ait osé établir que le Comman» dément dont le Roi m'avait investi, avait été donné au Duc de Trévise, et insinuer que c'était de ma propre volonté, que j'avais été rejoindre l'Armée commandée par ce Maréchal.
Quant à l'assertion que les troupes réunies seraient moins exposées à la séduction, il est extraordinaire d'entendre dire qu'on regardait la réunion des troupes comme un moyen d'arrêter les progrès de là séduction, tandis que le Roi et ses Ministres m'avaient formellement recommandé de les tenir assez éloignées les unes des autres, précisément pour prévenir la contagion, (o)
(m) Voyez mon Journal, Pages 28, 29 et 30i
(n) Voyez mon Journal, Page 53.
(o) Voyez mon Journal, Pages 59 et 45.
NOTE (14) , Page 129.
" D'après h rapport du Maréchal Macdonald, Sa *' Majesté prit, le 21 à midi, la résolution de se renfer- " mer à Lille."
Cet aveu de l'auteur de la Relation est d'autant plus important, qu'il confirme plein€ment tout ce que j'ai déjà dit dans mon Journal, pour démontrer que le Roi n'avait arrêté aucun projet sur les Places, avant le moment où il a quitté Paris, et que par conséquent, il n'avait pu donner aucunes instructions à cet égard. ( »)
NOTE (15) , Page 130.
" Sa Majesté avait été devancée à Lille par M. le " Duc d'Orléans, et par le Duc de Trévise gui avait cru " devoir y faire rentrer la garnison. Cette dernière " circonstance, dent le Roi n'était pas instruit, pouvait " déconcerter les plans de résistance qui venaient d'être "formés."
C'est sans doute parce que l'auteur de la Relation ignore que je commandais dans les Déparlemens du Nord, qu'il attribue la rentrée des troupes de la garnison de Lille au Duc de Trévise et non à moi. Quoiqu'il en soit, il est étonnant qu'on prétende que celte rentrée de la garnison de Lille, dont h Roi n'était pas instruit, (quoique j'en eusse informé le Roi et le Minisire de la Guerre par mes lettres de Péronne et de Lille) pouvait déconcerter les plans de résistance qui venaient d'être formés. Je n'ai jamais connu ces plans, et je crois avoir prouvé dans mon Journal qu'il n'y en avait aucun (q). Je crois surtout avoir prouvé que celui de défendre Lille, " avec les Gardes-Nationales et la " maison militaire du Roi, et d'assurer au Roi ce dernier " asyle sur le territoire français" (r), élait absolument
(p) Voyez mon Journal, Pages 82, 84, et 85.
(q) Voyez mon Journal, Pages 58, 59 et 6o.
(r) Voye? la Relation publiée» G and, Page 130, ligne 5.
înexéculable, tandis que je ne comprends pas encore poiMcjuoi le Roi n\i pas entrepris de défendre avec ces ïiioj'cns, la Place de Dnnkerque qui en émit susceptible, et où rien ne l'empccbait de re9sa3'er. L'auteur de la Relation a soigneusement évité de donner aucun éclaircissement sur ce point. Il ne donne de même aucun apperçu de ces plans de résistance qui venaient, selon lui, d'éire Jormés, et néanmoins il reprocbe nii Maréchal Morlier de les avoir déconcertés par la rentrée de la garnison de Lille !
NOTE (16) , Pao-e 130.
*' Le Maréchal Mortier déclara franchement aif " Roi, qu'il ne polirait répondre de la garnison."
Il me semble qu'en disant que le Maréchal Mortier avait fait cette déclaration au Roi, la bonne foij autant que la reconnaissance, exigeaient que Tauteur de la Relation rapportât aussi, ce que ce Maréchal répondit ert même tems à une autre question que le Roi lui fit, " que '^ dans ce moment là. Sa Majesté ne courait aucun dan- " ger à Lille, et qu'elle n'en courrait aucun, tant qu'il " aurait une goutte de sang dans les veines." (s)
KOTE (17) , Page 131.
" Qu'il" (le Maréchal INIortier) " conjurait le JRoi de "partir pour éviter le plus affreux malheur; queri " escortant lui même Sa Majesté hors des portes de la *• ville, il espérait imposer encore aux soldats, ce qui lui " deviendrait impossible, si Von diférait le départ d'un " seul insta)it."
Le Maréchal Mortier n'a rien dit de tout cela: il a déclaré que 'Me Roi n'était pas en sûreté à Lille;" mais il n'a jamais insinué que ses jours fussent en danger, et il a même dit le contraire. Loin d'avoir témoigné
(s) Voyez mou Journal, Pages 9ûet91.
la crainle de ne pouvoir pas en imposer aux soldats, il a répondu que la garnison ne se porterait à aucun excès contre la Personne du Roi, et qu'elle ne mettrait aucun obstacle à son départ. En outre, lorsqu'à midi (et non pas à une heure, comme il est dit dans la Relation (t) ) le Roi lui notifia^ ainsi qu'à moi, la résolution qu'il avait prise de partir à trois heures, le Maréchal n'exigea pas que son départ ne fût pas différé d'un ieul instant; il ne fit aucune objection, et le Roi ne sortit en effet de Lille qu'après trois heures, (u)
NOTE (18) , Page 131.
" Le Roi jugea devoir alors (Je 23 Mars à une hrure après midi) envoi^er à sa maison militaire l'ordre de " se porter sur DimîcerqueJ"
Il y a ici une erreur de date. Cet ordre a été expédié dans la soirée du 22, lorsque le Roi avait pris la résolution de se rendre directement de Lille à Dunkerque, et non pas le 23, lorsque son départ pour Ostende était déjà arrêté, (r)
NOTE (19) , Page 131.
" Quant à lui (le Roi), ?ie pouvant se rendre direc- *' temtnt dans cette ville (Dunkerque), il se dirigea sur '' Ostende"
Je crois avoir établi que le Roi pouvait et devait l'entreprendre. J'ignore encore ce qui l'en a empêché ; mais quels qu'ayent été ses motifs, il parait que l'auteur de la Relation les ignorait aussi, ou qu'il n'a pas voulu les faire connaître, puisqu'il s'est borné à affirmer une impossibilité qui n'existait pas. (x)
(t) Voyez la Relation publiée à Gantl, Page 13o, ligne 31, (ti) Voyez mon Journal, Pages lo5, io6, et lo6. ( u) Voyez mon Journal, Page lo2.
(x) Voyez mon Journal, Page» loo, loi, io2, et io5. T
^^OTE (20) , Page J3l.
" Sa Majesté partit de Lille à trois heures, accom-^ ^' pagnéc du Maréchal Mortier et suivie de M. le Duc " d'Orléans:'
Je n'entends pas quel peut avoir été le but de l'auteur de la Relation en établissant celte distinction entre le Maréchal Mortier et moi.
NOTE (21) , Page 131.
" A\i bas du glacis, le Duc de Trévise se crut obligé " de rentrer pour prévetiir les désordres que pourrait ^' commettre la garnison pendant son abience."
Il n'y avait rien à craindre à cet égard ; mais si le Maréchal de Trévise n'était pas rentré immédiatement dans la Place, la garnison aurait pu croire qu'il allait aussi quitter la France et suivre le Roi en pays étrangers. Je me rappelle même qu'il a dit au Roi que c'était cette crainte qui l'empêchait de l'accoiiipagner jusqu'à la frontière, et que d'ailleurs il le croyait inutile, puisque le Maréchal Macdonald devait avoir cet honneur.
NOTE (-22) , Page 133.
" Grande leçon pour les Nations gui auraient rim-^ " prudence de se soumettre à un Gouvernement mili- " taire !"
Cette remarque porte à croire, que l'Auteur de la Relation suppose que les nations ont la faculté de ne se soumettre à un gouvernement que quand il leur convient ; quoiqu'il en soir, il n'est que trop vrai que les malheurs de la France présentent de grandes leçons ! Mais ce n'est pas seulement aux nations, c'est surtout aux Rois et aux Princes qu'il conviendrait de recommander d'en profiter ; c'est à eux et à leurs Cours, o^u'il importe de faire sentir les dangers du despolis^le
et du Gouvernement militaire, el. les maUieurs qui en résultent tôt ou tard. Ce ne sont ni les Nations, ni même les Armées modernes, qui désirent le despotisme militaire, et je suis persuadé que dans l'état actuel des opinions et des lumières des hommes, un système sage et constitutionnel est le meilleur moyen de consolider un trône, et de préserver une Nation du despotisme militaire et de celui des courtisans,
NOTE (23) , Page 133.
'* C'est cet instant, cest la réflexion qui suit l'ivresse " d'une grande erreur, que le Roi attend avec toute " Vimpatienct que lui donnent les heureux résultats " quil en espère"
Je crois que le Roi aurait attendu longtems les heureux résultats qu'il espérait, s'il avait dû attendre que la force empruntée de Buonaparte, lui fut enlevée par la réjlexion qui suit Vivresse d'une grande erreur,"
TABLE des MATIÈRES.
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