DE HOMS À PALMYRE PAR LA PLAINE
Homs est, de ce côté, la limite du pays civilisé et régulièrement administré, si toutefois on peut appliquer cette double qualification à un point quelconque du territoire turc. Au delà on se trouve absolument chez les Bédouins, ét, pour y voyager avec sécurité, l’assentiment d’un chef puissant et une escorte par lui fournie deviennent deux conditions indispensables.
Jusqu'à ce jour, le privilége de conduire les voyageurs à Palmyre appartenait exclusivement aux Arabes Mizrab, de la tribu des Sbah. Leur chef, Û Mohammed, avait délégué ses pouvoirs à son frère Midjwell, et c’est avec ce dernier qu’on avait à traiter pour effectuer ce voyage. Sa résidence habituelle est Homs. Dans tous les cas on y trouve toujours un de ses agents, qui s’empresse de le faire venir à l’appel des touristes largement munis de napoléons ou de livres sterling.
Les prétentions de Midjwell suivent une progression croissante dont il est difficile de prévoir la limite.
En 1864, il n'hésite pas à demander 200 livres sterling (3,000 francs) pour fournir à de simples voyageurs l’escorte nécessaire pour aller à Palmyre, y passer quatre jours et en revenir avec sécurité. Il est bien entendu qu'il ne
se charge ni des montures, ni des vivres, ni des tentes, ni de leur transport, et ne répond pas des événements de force majeure, tels qu’une attaque d’ennemis supérieurs en nombre.
Grâce à l'intelligence de notre drogman, Anton Nicolaï, et à une influence bienveillante, nous avons pu réduire ce prix à 115 napoléons, chiffre qui s’est élevé jusqu'à 150 avec les bakhchichs accessoires. Encore, au dire de tous, avons-nous dù considérer ce résultat comme une preuve de grand désintéres- | sement de la part de Midjwell, eu égard à la nombreuse escorte que les { circonstances l’ont obligé à nous donner.
Ce monopole, si préjudiciable à la bourse des voyageurs, nous semble tou- {l tefois sérieusement menacé. Les Sbah, vigoureusement pourchassés par le fl! gouvernement turc et en butte à des divisions intérieures entre leurs différents | chefs, s’affaiblissent de jour en jour, tandis que leurs puissants ennemis Ml cherchent continuellement à s'étendre. Aussi le moment n’est-il peut-être pas | éloigné où Palmyre, tombant par droit de conquête entre les mains du vail- | lant Mohammed Dourhi, le voyageur trouvera tout avantage à partir de
Damas sous la garantie de ce brave chef.
L'influence de Mohammed Dourhi, chef des Ouled Ali, a été longtemps Î entravée par ses guerres avec Feïsal, chef des Rawallah. Depuis la mort de ( ce dernier, bon nombre de Rawallah se sont ralliés à Mohammed Dourhi, et maintenant il est assez puissant pour abandonner ses tentes auprès du Haurân \ et pousser ses incursions jusqu'à Homs et Palmyre, en attendant que des succès réitérés l’aient rendu seul maître de cet immense territoire. Les Sbah, ainsi menacés vers le sud, ont encore tout à craindre, au nord, L de la grande tribu des Schomar, qui franchit l'Euphrate de temps à autre et vient en force leur porter une guerre acharnée sur leurs propres possessions. Pris de la sorte entre le gouvernement qui les empêche de s'approcher de { Homs, et leurs ennemis dont le seul but est de les écraser, privés d’un chef lé énergique auquel ils obéissent aveuglément, les Sbah sont en pleine décadence. | Bientôt réduits à l’état de tribu secondaire et soumise, ils n’auront plus que le souvenir de leur ancienne puissance, à moins qu’une combinaison inat— tendue ne vienne à leur secours.
De Homs à Palmyre, deux routes s’oflrent au voyageur, l’une, celle des caravanes, est moins directe et passe sur les hauteurs. Elle exige entre 29 et
30 heures de marche; mais elle offre plus de sécurité en ce sens que le terrain accidenté est moins favorable aux évolutions des cavaliers ennemis. Les Sbah la préfèrent aux époques où ils n’ont rien à craindre des Schomar.
L'autre route, toute dans la plaine, n’exige pas plus de 25 heures; mais on est exposé à y être surpris par les ghazüs des Rawallah, qui peuvent sillonner cette contrée au galop et sans obstacles dans tous les sens.
Partant de Homs, la route traverse une plaine cultivée et se dirige en moyenne au sud 80° est. Elle laisse à droite (4 heure) le village de Zeïda, Tell Klef (45 minutes), et arrive au village de Zukera (55 minutes). Peu après Zukera la culture cesse, pour faire place, jusqu'à Palmyre, à une végétation uniforme. C’est une herbe qui pousse par touffes, que les chameaux mêmes ne mangent pas; mais au milieu de laquelle croît, de distance en distance, une plante grasse dont ils se montrent très-friands.
À 47 minutes de Zukera on traverse un large vallon courant au sud, au fond duquel on remarque, au pied d’un tell, les ruines d’un village. C’est Tell Batieh. Remontant de l’autre côté, on se trouve sur un plateau d’où l’on considère pour la dernière fois la citadelle de Homs, puis on redescend (37 minutes) dans un vallon large et verdoyant où l’eau vive abonde, et qui sert de campement d'été aux Sbah. Son nom est Aïfir.
Jusqu'à Palmyre on ne rencontrera plus que de l’eau croupie et rare, et il est bon d’engager les Arabes à remplir ici les outres que chaque dromadaire de l’escorte porte suspendues à ses flancs. À partir d’Aïfir, la route traverse des collines à pentes douces, puis redescend vers le ruisseau Es Seid (1 heure 35), qui va rejoindre Aïfir. C’est là que pour prendre la route de la plaine on doit obliquer à droite et se diriger au sud-est, vers Tell Forklos (50 minutes), où se trouvent deux ou trois puits contenant une eau médiocre, mais potable. De Tell Forklos, continuant au sud-est quart est, on arrive (22 minutes) à des mares qui paraissent contenir de l’eau toute l’année; puis on débouche (17 minutes) dans la grande plaine, que l’on ne quittera plus jusqu’à Palmyre.
Supposons que nous soyons parvenus à notre but par cette route, nous allons retourner à Homs par les hauteurs.
Pre Er É