Extrait du Projet de Paix Perpetuelle
CtomBMe jamais pFogec pins gF^nd,/pfaiB beau, ni plus •«die, noccspa FespiitliumaiQ, que odiû d'une paix pei^)élneUe et nniverselle centre tous les peuples de TËurope) jamais auteur ne mérita mieux Tattention du public que celui qui propose des moyens pour mettre ce projet en exécution. Il est même bien difficile ^'une pareille matière iaiesse un bomme sensible ^vertueuse «Eetnpt d un peu d'enthousiasme; et je ne sais si liHnsion d'un >Gœur vérUablement humain, à qui son zHe veaà tout âioile.^ ai'est pas en cela fvHéreLhle à ^oettte âpre et repoussante raison qui trouve toujours cbns scm indiiférenoe pour le bien pubUfC le pi^BQMrr obstacle à tout ce qui |)eut le favoriser.
i^ ne 4ocite ^msicpie beaucoup de lecteurs ne s'arment d avance «[^incrédulité pour résister au plaisir de la pei<suasion, et je les plains dç prendre si triste* aae»t Tentêlemetit pour la sagesse. Mais j'espère que quebjueame boilnéte partagera rémortieci' délicieuse avec laepeHe je {n^ends la plume sur un sujet si intéressant pour l'bnmanilé. Je vais voir, du moins en idée , les hommes s'unir et Vaimer ; je vais penser à
une douce et paisible société de frères, vivant dans une concorde éternelle, tous conduits par les mêmes maximes , tous heureux du bonheur commun ; et , réalisant en moi-même un tableau si touchant, Fimage d'une félicité qui n est point m'en fera goûter quelques instants une véritable.
Je n ai pu refuser ces premières lignes au sentiment dont j'étois plein. Tâchons maintenant de raisonner de sang froid. Bien résolu de ne rien'avancer que je ne le prouve, je crois pouvoir prier le lecteur à son tour de ne rien nier qu il ne le. réfute; car ce ne sont pas tant les raisonneurs que je crains que ceux qui, sana se rendre aux preuves, n'y veulent rien objecter.
Il ne faut pas avoir long-temps médité sur les moyens de perfectionner unrgouvernement quelconque pour apercevoir des embarras et des obstacles , qui naissent moins de sa constitution que de ses relations externes; de sorte que la plupart des soins qu'il faudroit consacrer à sa police , on est contraint de les donner à sa sûreté, et de songer plus à le mettre en état de résister aux autres qu'à le rendre parfait en lui-même. Si l'ordre social étoit, comme on le. prétend , Touvrage de la raison plutôt que des paasions , eût-on tardé si long-temps avoir qu'on en a fait trop ou trop peu pour notre bonheur; que chacun de nous étant dans l'état civil arec ses concitoyens, et dans l'état de nature avec tout le reste'du monde , nous n'avons prévenu les guerres particuliènes que pour en allumer de générales, qui soat mille fois plus terribles; et qu'eu nous unissant à quelques hommes
nous devenons réellement les ennemis du genre humain?
S'il y à quelque moyen de lever ces dangereuses contradictions, ce ne peut être que par une forme de gouvernement confédérative, qui, unissant les peu* i pies par des liens semblables à ceux qui unissent les / individus, soumettent également les uns et les autres 1 à lautorité des lois. Ce gouvernement paroît d ailleurs ; préférable à tout autre, en ce qu'il comprend à-Ia-fois les avantages des grands et des petits états, qu il est redoutable au^dehors par sa puissance, que les lois y sont en vigueur , et qu'il est le seul propre à contenir ; également les sujets, les chefs, et les étrangers.
Quoique cette. forme paroisse nouvelle à certains égards,' et qu elle n ait en effet été bien entendue que par les modernes , les anciens ne Font pas ignorée. Les Grecs eurent leurs amphictyons, les Étrusques leurs lucumonies, les Latins leurs fériés, les Gaules Leurs cités; çt les derniers soupirs de la Grèce dis vin- rent encore illustres dans la ligue achéenne. Mais nulles de ces confédérations n'approchèrent, pour la sagesse, de celle du corps germanique, de Ja ligue helvétique , et des états*généraux. Que si ces corps politiques sont encore en si petit nombre et si loin de la perfection dont on sent qu'ils seroient susceptibles , c'est que le mieu^ ne s'exécute pas comme il s'ima* gine, et' qu en poUtique ainsi qu'en morale l'étendue de nos connoiSsances ne prouve guère que la gran-deur de nos maux.
Outre ces confédérations publiques, il s'en peut former tacitement d'autres m<Hns apparentes et noa
moiiits réelles , par Funîon des intér^ , pav le rapport des maximes , par la conformité des coutumes , ou par dautres. circonstaDces tpà laissent sobâster des relations communes entre des peuples diqrisési C'est ainsi que toutes* les puissances de l'Europe forment; entre elles une sorte de système qui les unit par ttii€( mâne religion, par un même droit des gens, parle» mœncs , par les lettres , par le commerce, et par une sorte d'équilifene' qui est FeSet nécessaire de toutcda*,. et qui^ s^ns que perscmne songe en effet à le conser-i^er, ne seroit pourtant pas si facile à rompre q»e le pensent beaucoup de gens.
Cette sociétéctes peuple^de FEuropen a pagtoBJonr» existé,, et les csnises particulières qui Font hi$ nafttre servent endore. à la msânteinr . E» efiFet ^ a^nt les con** qu^s des Romains, tous les peuples dé cette pàiiso du monde, barbares et inconnus les ans aux autre» , n avoient rien de commun que leur qualité d'hémmes^, qu£di1é qui, ravalée alors par lesdai^age, ne diffiéroii guère dans leur espo^it de celle de brute. Aussi lest &recs, raisonneurs et vains, distingaeient*ik, pour ainsi dire, deux espèces dans rbumanité, dont Fune , savoir la leur , étoit £Mte pour commander ; et l'autre , qui comprenait tout lereslie du monde, umquemen^ poiu* servil*. De ce principe il résultent quun Gaulois ou un lb«re n étoit rien de plus pour v.n 6r«c que n'eût été un Cafre ou un Américain ; et les barbures; eun-mémes n arei^nt pas plus^ d'^ni(8 entre eux que n en avoient les Grecs avec les uns et les aatves^
Mais quand ce pe«^|^, souverain par nature, eut fté soumi«taux fiomatoe ses esclaves, etquf «ne partie
DE PAIX PXirPIÈTUELLE. . ^.
de llléimaphène eomii» enl^ wbt le ménifi jouf[^ il se. fiMrma une unkm {Mdkii>pie et cÊvife totoe toos les, flMnxibrest d'an Qiéme< empise. Cett^t umos fut beaiir fi mip icasorée' jiBB là BNUcima^. os. trèa aage ou tcès^ 111060968 ^ de comimimqiier atax Tanmia» W^ le» doetei des ¥aîiiQpieiiirft., et surtout psoi ]ie> fiuneuai décvet de^ Claude, qui iacorporpià tpns. lea sujets d& Koaie au» nondûtei dli aee dioyeiis. ^
A la dbalne pidiH({a0 ^pi^ véunîs^oit ainst loue k& flWBduies en un: oorp» se* joignieHt les însCitifliensi civiles et les lois ^ cpsàdoKHSDeiifi noe nouvelle fbvœ à ces lÂeiiB), en dsteoninant d «nei oi^iiicre équitafale , daîire^ et ppéeise^ dUt maiBS; aani^t qaW £e poumnt dtee.iiD aï iPMte^ emfinref ke devem ctlcs droits rtcin pvoqfues dM priotoe et dea sujets» efteenx des citoyens enlré eux. Le Gode de Théodwe». et ensuite les Lignes de Justinien ^ Itupenâ une notirrettf chaîne, de justice et de raison y ^ubstiittéè à peopas à celle du pouvoir sdiiK ▼erain, qui se reUHdrail tcéa sensiblement* Ce sapplément retarda beiaiconp la dissobubon de Femp^e y et lui conserva long^tempa une sorte de jundictîon sur les barbases méaies qui le déooloiei^
Un troisième Uea, pins fort que les préoedents, fîii celui defemligfioa; et ronnepeut nier que ce ne soit ' snrleiiill au christiaumne <pie VEnrope doit ensore ^ aujeurd'lMin Fespéce de société qn» s'est perpétuée entre ses membres , tellement que celui de ses mem'* bres ipii n a peint adopté si«r ce point le sentiteitf^t des autres, est touyioars demenié coeame éftrangK* parmi eux. Le dhristianîsme, si mqprisé à sa naissance, servit enfin d'asile à ses détractenrs. Après
ravoir si cruellemenft et si Vainement persécuté , Tem* pire romain y trouva les ressources qu'il n avoit plus dans ses forces; sçs missions lui valoient mieux que des victoires V il en voyoit des cvéques réparer les £3iutes de ses généraux , et triomphoit par ses prêtres quand ses soldats étoient battus. C'est ain^i que les Francs, les Goths, les Bourguignons , les Lombards , les Avares, et mille autres , reconnurent enfin lauto* rite de Teimpire après Ta voir subjugué, et reçurent, du moins en apparence , avec la loi de TÉvangile celle du prince qui la leur faisoit annoncer.
Tel étoit le respect qu'on portoit encoreà ce grand* oorps expirant, que jusqu'au dernier instant, ses destructeurs s'hoaoroientde ses titres : on voyoit devenir offiders de l'empire les mêmes conquérants qui l'a- ¥oient avili; les plus grands rois accepter, briguer même , les honneurs pratriciàux , la préfecture , le consulat; et, cqmme un lion qui flatte l'homme qu'il pourroit dévorer, on voyoit ces vainqueurs terribles. ' rendre hommage au trône impérial, qu'ils étoient maîtres de renverser.
Voilà comment le sacerdoce et l'empire ont formé le lien social de divers peuples qui , sans avoir aucune communauté réelle d'intérêts , de droits ou de dépendance, en avoient une de maximes et d'opinions, dont l'influence est encore demeurée quand le prin^ dpe a été détruit. Le simulacre antique de l'empire romain a continué de former une sorte de liaison en* tue les membres qui l'avoient composé ; et Rome ayant dominé d'une autre manière après la destructicm de.
Tempirâ/il est resté de ce dcmble lien ' une société plus étroite entre les nattons de TËurope, où étoit le centre des deux puissances, que dans les autres parties du monde, dont les divers peuples, trop épars pour se correspondre-, n'ont de plus aucun point de réunion.
Joignez à cela la situation particulière de l'Europe , plus également peuplée , plus également fertile , mieux réunie en toutes ses parties;. le mélange continuel des intérêts que les liens du sang et les afïaires du commerce, des arts , des coloiries , ont mis entre les «souverains ; la multitude deis rivières-et la variété de leur cours, qui rend toutes les communications faciles; rhumeur inconstante des habitants, qui les porte à voyd^er sans cesse et à se transporter fréquemment les uns chez les autres^ l'invention de Timprimerie et le goût général des lettres , qui a mis entre eux une communauté d'études et de connoissances; enfin la multitude et la petitesse des états, qui, jointe aux besoins du luxe et à la diversité des climats, rend les uns'toujours nécessaires aux autres. Toutes ces causes réunies forment de l'Europe , ^non seulement, comme l'Asie ou l'Afrique, une idéale collection de peuples qui n'ont de commun qu'un nom , mais une so<ûété réelle quia sa religion, ses mœurs, ses coutumes , et
' Le respect pour l'empire romain a^ tellement snrvëcu à sa puis;sance, que bien des jurisconsultes ont mis en question si l'empereur d'Allemagne n*étoit pas le souTcrain naturel du monde ; et fiartkole a poossë les choses jnsqa*à traiter d*liët^tiqne quiconque osoit en douter. Les livres des canonistes sont pleins de décisions «emblables sur Fautorité temporelle de l'Église romaine.
lO PROJET
néme ses lois, dont aweui» de^ peuple» cpii ta^ CM»p^seiu ne peut sécaKtsv sans causer anssitto des troubles»
A voir y d'un aistre eôtâ , les diseensions- perpétud^ les , ks brigandages ^ les usurpations, les réroltes, les guerres, les meurtres, qui désolent journellement ce respectable séjoiEr des sagest, ce brillant asile des scKDces eu des ans; à considérer nos beaux disjoouvs et nos piiooédés horrUi^lesv tant d'immanité dans les^ woaiîmfts et de aruaute 4aKS les acdonsv une reBgioa si douée et une si saaguâiiaipare intolérance , une polir* tique SI sage dans* W li?^res et si dure dansi ht pvaÉH que, des chefs sî beenfariants et des peuples si misé-' raUe&, des; goisveinenieaits si modérés et dès^ gnenres) m erudles; on. sttt à peme eonment concilier* ces étranges contpanélaée, et cette fminrnîté prél;endwe f des penplea de FBitt^ope ne sernU^ être: cpa un npî» de déri^on ponr exprimer avec ironie leur muttielto animositB.
Cependant bs choses ne font que snivre en cda leur eoors naturel. Totite- soci^ sans lois ou sans* chôfii , tonte union formée onmwitenue par le hasard, doit nécessairement dégénéffeor en qonrdle et dissensioa à ïm première circonstance qui vient à daanger. L'an*^ tique union des peiqiles de rEur^pe a con^iqué kuca intérêts et leurs droits de raille manières ; ils se tou* chent par tant de points , que le moindre mouvement des uns ne peutaiai;iqui^.de choquer les autres ;leur& divisions sont d'autant plus fimestes , qne leura Uaisons sont plus intimes , et leurs fréquentés quereHes ont presque la cruauté des guerres civiles.
DE PAIX PERPÉTUELLE. ir
. CoUvenoQSidiDflBC que4'état relatif des pdissanscs ds VIEurapeest proprement ù» état degueire, et que toasi les traités partais entre quelques unes de ces ptbs^ aaiices>sdnt plUIêt^^N^tréves. passagères cpie de v^ilables pMx > soîit paiTceqoe ces traités n'ooi pcànt conih làunéiBBnt d'autves gacajits que les partie» coiitrac<> tantes , s<»l.parceque les draîta des^unes el des anlares B y sont jamais décidés radicalement, et que ces dcoitsi mal éteiîits y ou les prétentions qui' en ti^ooient Jieu én^ tare despuissances qui ne Eefsonmiissettt aucum supé«mur , Siéront ia£nl)ibkmfiirt des souDcc {(oerrea ^ shftt que d^antres cironmteMice&aoriMKt donné de nouvettea fbnees aux pf)ét^dants«
D'aiDeiirftr ^ droit public de rBnsx^ n étant point élaUi' qru ansoriséde' concevt, n ayant adcims prin^* cipes généramt, et vaviant mcessamment selcm le» temps et ka Uen», il est plein de régies 4l)Ptradic- ] toircs 9 qui ne se peuvent (BociKer que paille droi^ïdiE ^ plus.fcivt;de.-8Qifte que b iaiaan>, si^isi guide assncréy ) se pliant toujours vers Tintérét persoopd dans les | ehoses douteuse», la gnerreserottencoi^ inévitable, cpiand aa^éme diaaun voudreit ê6re j sste. Tout oe jcp W peut faive avec de bonnes intentieew , eest de.ééifli(i«r ees sortes d^affidres> par la Toie dpa armes, ou de les assôupiv par des traités passagers : mais bientûft aïoiX) ocoasioiis qui raniment ks mêmes. quercHsi il s'en joint dantrea qui les modifieni , tmit: s'embrouille ^ tout sQ: eompUqtie; on ne voit phts rien au fond dsa cboses 'y IksorpaÉÎon passe pour drmt,^ la fbiUesêe ponr injustice; et , parmi ce désordre contioiiel, chacun se trouve insensiblement si fort déplacé, que si Ton pou-
voit remonter au droit solide et primitif, il y auroit peu' de souverains en Eurc^e qui fié'duss^it rendre tout ce qu'ils ont.
Une autre semence de guerre plus cachée et mm \ moins réelle, c'est que les choses ne changent point de forme en changeant de nature : que des états héréditaires en effet restent électifs e^ apparence; qu'il y ait des parlements ou états nationaux dans des monar» chies, des chefs héréditaires dans désrrépubUques; qu'une puissance dépendante, d'une autre conserte encore une apparence de liberté ; que tniis les peuples soumis au même pouvmr né soient plas gouvernés par les mêmes lois ; que l'ordre de succession soili différent dans les divers états d'un même souverain ; enfin que chaque gouvernement tende toujours à s'altérer sans, qu'il soit possible .d'empêcher ce. progrès. Voilà. Içs causes générales et particulières qui nous unissent pour nous détruire, et nous font écrire une si belle do<5tiine sociale avec des mains :toujours teintes de sang humain.
' Les eauses du. mal étant une fois connues^ le remède, s'il existe ,'«3t suffisamment indiqué par elles. Cha^uft voit que toute société se forme par les intérêts iCO|nmuns;^que toute division liait des intéréts| opposés; que .mille événements^ foi*tuits pouvant changer eflCmodifiei: les uns et les autres , dès qu'il y a société, il faut nécessairement une forcevcoactive qui ordonne et concerte les mou^^ments de ses membres, s£tti*de donner aux communs intévéis éi aux en^ gagements réciproques là solidité qu'ils ne sauroient avoir par eux-mêm^s^
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Ce seroit d!aillears une grande erreur d espérer que cet état violent pût jamais changer par la seule force des choses et sans le secours de Tart. Le système de TEurope a précisément le degré de solidité qui peut la maintenir dans une agitation perpétuelle , lans la renverser tQut«à-j(ait ; et si nos maux ne peuvent augmenter, ils peuvent eacore moins finir, parceque toute grande révolution est désormais impossible.
Pour donner à ceci l'évidence nécessaire , commençons par jeter un Coup d'oeil général sur 1 état présent de FEurope. La situation des montagnes , dés mers, et des fleuves, qui servent de bornes aux nations qui Thabkent, semble avoir décidé, du nombrç et de la gran* deur de ces natioAs; et Ton peut dire que Tordre po^ litique de cette partie du monde est , à certains égards , Touvrage de la nature.
En effet, ne pensons pas que cet équilibre si vanté ait été établi par personne, et. que personne ait rien £ût à dessein de le conserver : on trouve qu'il existe; et ceux qui ne sentent pas en eux-mêmes assez de poids pour le rompre, couvrent leurs vues particulières du prétexte de le soutenir. Mais qu on y songe ou non, cet équilibre subsiste, et n'a besoin que de lui-même pc«|r se conserver , sans que personne s en mêle; et quand il se romproit un moment d^un côté, il se rétablirait. bientôt dun autre : de sorte que si les princes qu on accusoit d'aspirer à la monarchie universelle y ont réellement aspiré, il^ montroienten cela plus d'ambition que de génie. Car comment envisager un moment ce projet , sans en voir aussitôtle ridicule? comment ne pas sentir qu'il n'y a point de potentat en
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Euroqpe«$8ez;6upeiieiir aux autres pourpouToirj»naÎ8 «H devenir le maître? Toue les conquérants qui ont fait des révolutions se présentoient tocijoare avec des forces inattendues, ou avec des troupes étrangères et d&fiEâremnfient agueraies y à des peuples ou désarmés^ <m divisés, ou sans discipline; mais où-prendroit un prince européen des forces inattendu^ pour accabler^ tous le^ autres, tandis que le plus puissant d^entce; ^epc esit une si petite padrtte du tout, et qu'ils ont de j concert une si grande vigilance? Aura-»t-^îl plus detroupes qu'eux tous? Il ne le peuC,.ou nen sera que plus tôt ruiné, ou.ses troupes sevont plus maiwaises, on raison de leur plus grand nombre.. En aiira^«-iL4ie mieux aguerriesi?, Il en aura moins àpropcAtion. Dail* leurs la discipline est p^ntont^peu près la tnéfl^e^ou le deviendra dans peu. Aura-.t-il plus d'argegnt? Les sources en sont communes., et jamais largent né fit de glandes conquêtes. ^erà-t*il une invasion subite? La famine ou des places fortes larréteront à chaque pas. Vioudra-^t-il s agrandir pied à pied? Il donne aux ennemis de moyen .de*s'uiiir pour résister; le temps, Targent , etles bomn^es , netarderiMitpas àlui manquer. Divisera-4*il les autve^ puissances pour les vaincre Tune par 1 autre? Les masimes de lïlm^ope nemdent cette politique vaine ; et le >prinoe le plus borné ne donneroit pas dans ce.jMége. Enfin, aucun d'eux ne pou* ^axU. avoir de ressources .^sclusives , la résistance est ^ à la longue , égale ^ reifort , et le temps rétabli t bientôt les brusques ' accidents de b tfortune, sinon pour cbaque prince en particulier, au moins pour la oonsti* tution générale.
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VéutHDQ arâiateiurat stipposer à plaisir 1 accoivi de deux ou trois potentaCB fHHir subjuguer toiit leiteste? -Qes tpcâs poientats , quels qu'ils saîent^ ue feront pas ea&eaàie Ja moitîë de 'l'Eui«|}e. Alors Fiailtre moitié S s'vaoàtBL osrtaineiiieBl; ooaatre «nnc; ils auront dame à iramiye piiisiartxp'euK^mêiDefi J ajouleqùe. les vues des iu»:ao<ittrap opposées à œlles desiantres^ et qu'il «ègne uùe tvap iffmide jidousie entiie «ux y poiu:<{u'ils | fMÛBseut nnéase former un iseaiUaUe .projet. J'ajoute BUGOve .q[ne ^ quand ils 1 auroieut formé, qu'ils ie met- 4roiesit enteacéoutieii, et qu'il mroit^pelqiie» suooè^, ces siiooàs ^méuKs aeroiènt , pour les toouquerasrts sa- -liés, des semenoes de discorde; parœqn'il ne seroit pas (possible que les »?autageB Aisseot teUemeutpur- «ages ifoe dmcmn sis trouvât ég ak as m t sa^fait ^d^ *Mnft, €t qoe le moins beuceux siopposerok bieÉktôt aux progrès des aoAres, iqui , par une isemUahie xai- 4on, (ue tanderoîent ipas àae^Tiser eùx-^mèmes. «fe 'doute ^que , dcptàg .que ie aatonde existe ^ oa ait jaiiHÛs inM^ trois m même devt jgra^des poissanoes laieu unies >eu «idsijugaer d^^antres ^sans se brouiller sur les contm- •igeuts ou survies partagea, tet sans douuer bîentât, par leur mésintefiigence , de nouvelles iiessonrces aia fbi- 'bles. Ainsi, quelque «i^posîlîon qu'on fasse, il n'est pass vraiaremblable jque m prinoe^ ni ligue pubse dé- -9eitttiais4;famger oonsîdéiadilenBeKt età demoare l'étaa 'ées'cboses parmi noua. >
Ce u.'^st pas à^îre que les idpes, le Rhin^ ia mer^ iest^yrénées, soiem des tidistandes snsnrmestables à Cambîtion ; mais -ces obstacieB ^sont soutenus par d'au*- ^ tres qui Ses fortifie^t,oununènleDatiesét«tsfll!lxm(êmes
l6 PROJET
limites, quand des effî>rts passagers les en ont écartés. Ce qui fait le vrai soutien du système de l'Europe, c est bien en partie le jeu des négociations, qui presque toujours se balancent mutuellement : mais ce système a nn autre appui plus solide encore , et cet appui c'est le Corps germanique , placé presque au centre de [ l'Europe, lequel en tient toutes les autres parties en \ respect, et sert peut-être encore plus aa maintien de ses voisins qu'à celui de ses propres membres : corps redoutable aux étrangers par son étendu#, «"par le \ nombre et la valeur de ses peuples; mais utile à tous < par sa constitution, qui, lui ôtant les moyens et la volonté de rien conquérir , en fait l'écueil des conquérants. Malgré les défauts de c^Blé constitution de l'empfl*é, il est certain que, tant qu'elle subsistera, jamais i'équililM'e de d'Europe ne sera rompu, qu'aucunpotentat n'aura à craindre d'être détrôné par .un autre , et que le traité de Yestphalié sera peut-être à jamais ^ parmi nous la base cfu système politique. Ainsi le droit ^ public , que les Allemands étudient avec tant de soin, est encore plus important qu'ils ne pensent, et n'est pas seulement le droite public germanique, mais, à certains égards , celui de toute l'Europe.
Mais si le présent système est inébranlable, qest en cela même qu'il est plus orageux; car il y a, entre les puissances européennes, une action et une réac^ tion qui, sans les déplacer tout-à-fieût, les tient dans une agitation continuelle; et leurs efforts sont toujours vains et toujours renaissants, comme les flots de là mer, qui sans cesse agitent sa suiiace sans jamais en changer le niveau ; de sorte que les peuples sont
incessamment dé3olés sans aucun profit sensible pour les souverains.
Il me seroit aisé de déduire là même vérité des intéréts particuliers de toiltes les cours de l'Europe ; car je ferois Voir aisément que ces intérêts se croisent de manière à tenir toutes leurs forces mutuellement en respect : mais les idées de coinmerce et d'argent y ayant jHXwlilit une espèce de £smatisme politique, font si promptement changer les intérêts apparents de tous les princes, qu'on ne peut établir aucune maxime stable sur leurs vrais intérêts , parceque tout dépend maint^iant des systèmes économiques, la^plupart fort bizarres, qui passent par la tête dés ministres. Quoi qn'il en soit, le commerce, qui tend journellement à se mettre en équilibre , étant à certaines puissances l'avantagé exclusif qu'elles entiroient, leur ôte en même temps un des grands moyens qu'elles avoient de faire la loi aux autres. > .
& j'ai insisté sur l'égale distribution de force qui résulte en Europe de la constitution actuelle , c'étoit pour en déduire une conséquence importante à' Fêta-
' Les choses ont cjxva^é depuis que j'éciivois ceci; mais mon; principe sera toujours vrai. Il est, par exemple, très aisé de prévoir < que, dans ving^ ans d*ici,' 1* Angleterre, avec toute sa gloire, sera minëe, et, de phis, aura perdu le reste de sa liberté*. Tout le monde assure que ra^ricnkure fleurit dans cette ile^ et moi je parie • quelle y dépérit. Londjres s'agrandit tons les jours; donc le royaume se dépeuple. Les Anglois yeulent être conquérants; donc ils ne tarderont pas d'étrè esclaves.
* n avoit d'abord écrit , aura perdu sa liberté. Voyes le motif de cette correction .dans la Cùrrespandanee ( Lettre à M. de Baiiide, dn 16 juia 176* ).
l8 PROJET
blissemeot d'une association généra; car, ponr former une confédération solide et durable y il faut en mettre tous les membres d9B$ une dépendance tellement mutuelle , qu'ancun ne 9oit seul en état de rési»tejr à touç lies autres, et que les associations particulières qv|i pourroie0t miire à la grande y rencontrett des obstacles sufEsaïai,^ pour empêdier leur exécujUon ; sans quoi la confédération sermt vaine y et ohacim serait réellem^CAt iodépendant , i^xitô une apparente sujétion. .Or.y si ces obstacles sont tels que j!ai dit cidevant, ma;intenant que toutes les puissances sont danaune ^tière liberté déformer entre elles des Uguea et des traités of{eA9ifs , qja on juge de ce qu'ils seioiépt qqaud il y aujBoit une gr^Ad^ ligue aripée, temjcpiirs pi:ete à prévenir çe^j. qui voûdrovsnt enti?e|)rendiie de la détruire pu de lui rési^t^r • Gecd 3ufi^t pour montrer quuue telle as^Qçit^ç^ n^ ç&jo^^^t^roit pas est débbé^ rations vaines , auxquelles ohacwii pAt résister impn-* nément; mais qu ilenn^ltreitun/epuissanioe e^Eective, capable de forcer lei3 aiitbitieux à ae tenir dsuos les bornes du trail;^ gén^éraL
Il résulte de. cet exposé trois vérités incontestables :. Tune, qu exicepté le Ture, il régne entre tous les peuples de l'Europe une liaison sociale ii^parf^te, mais^plus étroite que lea njoeu|d;S genérau:^ et lâches de l'huxua^ité ; la sec<Hidie,.que l'imperfection de cette société rend la condition de ceux qui la comr posent pire que la privation de toute. société eijtre eux ; la troisième , que ces premiers liens , qui rendent cette société nuisible, la rendent en -même tamps Êicile à perfectionner; en sorte que tous ses memblres
pOurr4M0attîr6r leUr boaheur dç; ce qui i^t notulement leur misère, et changer eu njie paix éteraelie 1 état de guérie ({ui régoe epître eux.
VoyQiis maiateoaDt de quelle loaiûère cegraudou* vrage ^ cofumeAcé |i^r la fortune , peut être achevé par] la raison; et çp^^meut la société. libre et volontaire' qui unit ti<^us les états çuropéens , j>renant la force et lasQlidUéd'un vmi corps. politique, p^ut se changer en ttoeeonfjêd^ation réeUe. Il est indubitable qu un pareil étabUssement donnamt à cette association la perfectiQ|;i<|ui.lul snanquoit ^n détruira Tabus, en étendra les avantages, et,foreera toutes les parties à CQnqou^ir au bien commun : mais il fauV pour cela que çeitfi confédération soit tellement générale, que nielle, pnia^iM:e<s^nsi.dérablQ ne s^y re^u^^ qu elle ait uja tribmail jud^<^ire qui puisse étai^ les lois et les i^leffU^t^ Ajffll dpi vent obliger tous les membres; ^U ell^ ^t uf^ force coactive et coercitive pour con- 4raindire chaqufl ^t^t de $e soumettre aux délibération^ ^mmi^neSi spit pour agir, soit pour s abstenir; enfin, quelle soit ferme et durable, poiu*. empêcher (pie les in^mbres ne s'en détachent ^ Leur volonté, sitôt qu'M^ croiront voir leur intérêt particuUer con- %p^tfi à Ti^érêt général. Voilà les signes certains au3tquels on reconnoîtra que Tinstitution est j^age , utile , et inébranlable. Il s'agit maintenant d étendre cette supposition, pour, chercher par analyse quels effets doivent en résulter , quels moyens sont propre^ à rétablir, et quel eqpoir raisonnable on peut avoir jie la mettre en exécution.
{1 $^ £prme de temps en temps parmi nou^ des es<»
péced die^étés générales sous lé nom de congrès, où Toh se rend solennellement de tous les états de TEurope pour s'en retourner de même; où Ton s assemble pour ne rien dire;* où toutes les afiaires publiques se traitent en particulier; où Ton délibère en commun si la table sera ronde ou barrée , si la salle aura plus Km moins de portes, si un tel plénipotentiaire aura le vi« sage ou lé dos tourné vers la fenêtre , si tel autre, fera deux pouces de chemin de plus ou de moins dans unevisite, et sur mille questions de paf^eitleimpbrtaiice ^ inutilement agitées depuis trois siècles, et très digne*; assurément d'occuper les politiques du nôtre..
Il se peut faire que lés membres d'une de liies as*semblées soient une fois doués du sens commun; il n'est pas même impossible qu ils veuillent ^noètne*^ ment le bien public; et, parles raisons qui seront ciaprès déduites, on peut concevoir»' encore qu'apilès^ avoir aplani bien des difficultés ils auixmt ordre de leurs souverains respectifs de signer la confédération générale que je suppose sonunairement contenue dans les cinq articles suivants. / • '
Par le premier, les souverains contractants établiront entre eux une alliance perpétueUe et irrévocable , et nommeront des plénipotentiaires pour tenir j dafi» un lieu déterminé, Une diète où un congrès permanent, dans lequel tous les différents des parties contractantes seront réglés et terminés par voie d'arbitrage ou de jugement.
Par le second , pn spécifiera le nombre des souverains dont les plénipotentiaires auront voix à la diète ; ceux qui seront invités d'acdéder au traité; l'ordre, le
t«mp9,^ lamamèredantlaprésidencepasseraderua à Fautive par intervalles égaux ; enfin la quotité réla^ tive des contributions , Vt la manière de les lever p6iir • •fbunûranx dépenses communes. ' ~ -^
Par le troisième, là confédération garantira à chacun tlê ses membres la possession et le gouvernement • de tous tes états qu'il possède actuellement , de méioie j que la succession élective ou héréditaire , selon que U / 'tout est établi par les \oh fondamentales de chaque i pays.; et, pour supprimer tout dun cdupla soupfe des démêlés qui renaissent imcessammen^, on conviendra de prendre la posse^ion .actuelle et les derniers traités pour base de tous les droits mutuels des puissances contractantes ;/ renonçant pour jamais et réciproquement à toute autre prétention antérieure ; sauf les successions futures contentiétises, et autres droits à échoir, ^ui seront tous réglés à Farbitrage de la diète, sans qu'il soit permis dé s'en,faire raison par voies de foit, ni' de prendre jamais les armes Tun contre Tautre, sous quelque prétexte que. ce puisse être.
Par le quatrième, on spécifiera les cas où tout allié i infracteur'du traité seroit mis au foàn de l'Europe , et proscrit comme ennemi public; savoir, s'il refusoît d^écuter les jugements de la grande alliance , qu'il fit des préparatifs de guerre , qu il négociât des traités contraires à la confédération, quil prit les armes pour lui résister bu pour attaquer quelqu'un des alliés. ».
Il se>a encore convenu par le même article qu'on armera et agira oifeusivemënt, conjointement, et à,
frais communs,, contre tout état au ban de rEuroptef,
jusqii a ce qu il ait mis lias les armes, exécuté les jn-
» gements et règlements de la •âiéte , réparé les torts ,
^remboursé les frais , et fait raison même de prépara^
tifs de guerre contraires au traité, - '
Enfin , par lé cinquième , les plénipotentiaires du corps européen auront toujours le pouvoir de former dans la diète,' à la pluralité des voix pour là provision, et aux trois quarts des voix cinq ans après pour la définitive , sur les instructions de leurs cours , les règlements qu'ils jugei^t itnportants pour procurer à la république européenne et à chacun de ses meei^ bres tous les avantages possibles; mais o#ne pouri-a jamais rien changer à ces cinq articles fondamentaux que du consentement unanime des confédérés.
Ces cinq articles , ainsi abrégés et couchés en régies générales, sont, je ne l'ignore pas ,* sujets â mille petites difficulté^, dont plusieurs demanderoient de longs édaircissen^nts ^. mais les petites difficultés se lèvent aisément au besoin; et ce n est pas d'elles qu'il s'agit dané une entreprise de l'importance de celle-ci. Quand il sera question du détail de la police du congrès , on trouvera mille obstacles et dix mille moyens de les lever. Ici il est question d'examiner, par la nature des choses, si l'entreprise est possible ou non. On se perdroit dans des volumes de riens , s'il felloit tout prévoir et répondre à\out. En se tenant aux principes incontestables, on ne doit pas vouloir contenter tous les esprits , ni résoudre toutes les objections , ni dire comsnent tout se fera; il suffit de montrer que tout se peùft faire. -
DE PAIX /PERPÉTUELLE. sS
Que faut-il donc examiner pour bien juger, de ce système? Deux questions seulement; car c est uôe insulte que je ne veux pas faire au lecteur, de lui prouver qu en génércd Tétat de paix est préféraUe à letat de guerre.
La première question est, si la confédération proposée iroit sûrement à son but et^ seroit suffisante \ pour donner à TEurope uue paix solide et perpétuelle. !
Xa seconde , s'it est de Imtérét dés souverains d'éta- l blir cette cônfédérçttidn et d adbietéi: ime paix, constante à <3epri:s.
Quand l'utUité générale et particulière sera ainsi ' démoAtrée , on ne voit plus ,, dans la raison deschoëes, quelle cause pourroit empêcher TefSèt d'un étabbssemenl qiû ne;dépaad cjpe de la volonté des intéressés.
Pour discuter d'abord le premier article , appli-» quons ici ce (pie j'ai dit ci-devant du système général de r^Iurope, et de VeSoH commun qui djrcpnscHt chaque puissance à peu près dans ses bornes, et ne lui pei'met pas d'en écraâer çntièiiement d autres. Pouv pendre sur ce point mes faisoninemeiits {dûs sensi** blés , je join^ ici la liste des dix-àeiif puissançi93 qii on suppose composeï^ la république europi^entte ; en sorte | que, chacune ayant vçix égsde, il y auix^t dix^-neuf / ^oix dans la diète :